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(fr) Répression en Suisse et à Lausanne en particulier

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Date Tue, 18 May 2004 18:09:43 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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RÉPRESSION ET CRIMINALISATION en Suisse et à Lausanne
Un projet de société ?

Les conditions de vie de la majeure partie des habitantEs de ce pays se
dégradent sur fond de privatisation des services publics, de
précarisation de l'emploi, de mise sous condition des assurances sociales
et de spéculation sur un marché du logement déjà tendu. Cette situation
s'accompagne d'une offensive sécuritaire et d'une tentative de
restreindre les droits sociaux qui s'affichent désormais sans fard.
L'Etat suisse ne fait bien entendu pas cavalier seul et des tendances
similaires sont observables dans tous les pays qui nous entourent et bien
au-delà. Les gestionnaires de l'Etat s'avèrent être clairement au service
de la défense des intérêts privés des puissants. Contrôle et répression
représentent eux aussi des débouchés pour de juteux profits et permettent
de contenir et prévenir des potentielles fourdres populaires.

Mondialisation de la répression

Les polices aussi se mondialisent et le G8 de Gênes a passablement changé
la donne. A Gênes, les forces répressives ont en définitive démontré
qu'elles pouvaient, en Europe, faire ce qu'elles voulaient des
manifestantEs. En Suisse de nombreux flics semblent prendre les
événements de Gênes comme point de référence. Nombre de cadres des
polices cantonales y étaient présents en tant qu'observateurs
indépendants ou envoyés officiels.

Tournant dans la répression en Suisse

En Suisse un seuil a été franchi dans la répression en 2003 lors des
manifestations contre le World economic forum (WEF). Pour la première
fois la manif devant se dérouler à Davos avait été autorisée. Du moins
sur papier, car sur le terrain les cerbères de l'Etat exigeaient que
chaque manifestantE passe dans un sas de sécurité installé dans un bled
entre Landquart et Davos afin d'être fouilléE, enregistréE et filméE. Un
tri entre le bon grain et l'ivraie des manifestantEs devait y être
effectué. La victoire du mouvement avait alors résidé dans un refus
solidaire de se prêter à ce jeu-là et ce malgré les tentatives de
division du Parti socialiste qui en bon parti gouvernemental n'y voyait
pas de problèmes. Ce jour là, on passa de l'obligation de demander une
autorisation de manifester octroyée collectivement, déjà discutable en
soi, à une autorisation accordée individuellement.
Il y a eu ensuite l'agression par les forces anti-émeute, en gare de
Genève, de manifestantEs voulant prendre le train après la manif contre
l'OMC du 29 mars 2003. Si l'affaire de la balle marquante, tirée à bout
portant sur une syndicaliste a fait grand bruit, la terreur ordinaire que
les flics ont fait régner a quant à elle eu beaucoup plus de peine à
sortir au grand jour. La syndicaliste gardera à vie des éclats de la
balle, incrustés dans la peau du visage. Cet épisode s'est déroulé
quelques mois avant le sommet du G8 d'Evian et peut être compris comme
une opération pour dissuader les manifestantEs de revenir dans la cité du
bout du lac à cette occasion de même que comme une ultime répétition
générale.

G8 dans l'arc lémanique

Nous ne nous attarderons pas ici sur la période G8, si ce n'est pour dire
que la répression s'était mise sur son trente et un et que depuis les
forces anti-émeute se croient plus souvent qu'auparavant obligées de
sortir dans leurs nouvelles tenues d'apparat comme s'il fallait justifier
les dépenses engagées alors. Rappelons tout de même l'utilisation, pour
la première fois en Suisse romande, de grenades détonnantes lors des
blocages à Lausanne le 1er juin 2003, suivie d'une arrestation de masse
au camping de la Bourdonnette mis à disposition par les autorités. A
Genève, il y a eu une tentative similaire sur un pont, des razzias dans
les rues, des blessés graves et bien sûr le raid sur l'Usine procédé par
des flics en civil déguisés en "black bloc". Au bout du lac, les
arrestations et inculpations pour émeutes se poursuivent à ce jour. Sur
son site internet, la police genevoise a publié des photos de ce qu'elle
a nommé des "casseurs avérés" en en appelant à la délation publique. Le
nombre d'arrestations et d'inculpations post-G8 qui se poursuivent
avoisinent actuellement la centaine. Deux activistes avaient été suiviEs
durant deux mois puis embastilléEs durant une dizaine de jours. Elle et il
sont toujours inculpéEs. Il nous faut encore mentionner le fait que la
police a sectionné la corde au bout de laquelle deux activistes étaientsuspenduEs afin d'opérer un blocage sur le pont d'autoroute de l'Aubonne.
Un des activistes a été grièvement blessé en faisant une chute de vingt
mètres. Il passera, avec trois autres activistes en procès à Nyon le 28
juin 2004.

Manifs de plus en plus improbables

Depuis le G8, il devient de plus en plus difficile de s'exprimer
publiquement dans la rue. Ainsi à Genève, le 12 décembre 2003, la
dispersion et la répression d'un rassemblement en zone piétonne d'une
cinquantaine de personnes opposées au Sommet mondial de la sociétés de
l'information (SMSI) révèlent l'acharnement des autorités sur la liberté
d'expression. Des amendes viennent récemment de tomber.

Les blesséEs sont de plus en plus nombreux/ses lors des manifs. Des
blesséEs et des arrestations, il y en a eu également lors de la grève
d'Allpack dans le canton de Bâle-Campagne, lorsque le piquet de grève a
été attaqué par les flics anti-émeute. Les ouvrières ont été menottées et
embarquées.

Le 16 décembre 2003, un défilé singeant la cérémonie d'intronisation
d'Armée XXI a également été agressé par les forces de l'ordre tirant une
fois de plus des balles en caoutchouc à bout portant. Un des manifestants
n'a, à l'heure actuelle, toujours pas retrouvé l'usage de son oeil
touché.

Cette année encore, les mobilisations contre le WEF ont donné lieu à des
débordements policiers. La répression s'est abattue sur les manifestantEs
lors des manifs contre le sommet de Davos du 10 janvier à Winterthour, du
17 janvier lors de la manif Fribourg - Berne - Burgdorf - Langenthal,
atteignant son apothéose le 24 janvier à Landquart lors du retour de la
manif de Coire. A cette occasion, plus de mille manifestantEs de retour
de cette manif tranquille se sont faitEs terroriser, tabasser et humilier
durant sept heures dans la neige et le froid. Ils/elles ont été fichéEs
unE à unE dans le parking mis à disposition par la Coop. Le communiqué
officiel du canton des Grisons ainsi que celui du Conseil fédéral diront
que tout s'est bien passé lors du WEF 04.

Généralisation de la répression

Si jusque-là l'attitude des autorités communales vis-à-vis des
manifestations variait passablement d'une ville à l'autre, on observe de
plus en plus une uniformisation des pratiques. Elles vont dans le sens
d'un traitement répressif du mécontentement social qui passe par des
tentatives de criminalisation des mouvements et d'acharnement sur
certainEs militantEs. A ce propos, l'inculpation à Genève d'Olivier de
Marcellus pour incitation à la désobéissance civile, émeute, dommage à la
propriété et violation de domicile durant le G8, alors qu'il était
porte-parole du Forum social lémanique qui appelait à un "défilé
pacifique", à des "sit-in ou autres types de blocage non-violent" et
s'opposait "à toute atteinte aux personnes et aux biens" est révélatrice.

Soulignons que, si l'Etat tente de diviser les mouvements sociaux sur la
question de la violence, le fait de parsemer les appels d'adjectifs tels
que "non-violent" ou "pacifique" ne met aucunement à l'abris de
poursuites et de la violence autrement plus réelle de l'Etat. Se déclarer
pacifiste et non-violentE est une obligation, une tentative de soumettre
les gens à l'ordre établi, comme à une autre époque le devoir de saluer
le chapeau du bailli perché en haut d'un mât relaté dans un des mythes
fondateurs de ce pays où il était question d'un certain Guillaume. La
violence de l'Etat n'a donc aucunement besoin de la violence du mouvement
social pour s'abattre sur celui-ci. D'ailleurs, si cette dernière
n'existe pas, l'Etat l'invente en assimilant par exemple quelques
sprayages à des saccages.

L'Etat semble ne vouloir accepter plus que les manifestations qui ne
remettent pas en cause l'ordre social, telles que le salon de l'auto, le
comptoir suisse ou encore la foire au oignons. Les autorités communales
cherchent toutes à restreindre les droits démocratiques et notamment
celui de manifester. A Genève un nouveau projet de loi particulièrement
liberticide, mais qui reflète bien la tendance nationale, a été déposé
par la droite et l'extrême-droite. Au menu de ce dernier nous trouvons
par exemple: l'obligation de demander une autorisation 30 jours à
l'avance, l'interdiction et la répression des manifs qui n'ont pas fait
l'objet d'une demande d'autorisation ou qui n'ont pas été autorisées, le
refus de délivrer une autorisation en fonction du thème de la manif,
l'obligation pour les organisateurs/trices de contracter une assurance
responsabilité civile, la mise sur pied d'un service d'ordre subordonné à
la police. Ce projet de loi institue également la responsabilité
personnelle des organisateurs/trices en cas de dommages matériels causés
lors de la manif. A Neuchâtel, où des jeunes avaient appelé le 24 janvier
à un rassemblement contre le WEF, les autorités avaient dans un premier
temps demandé à ce qu'une assurance de responsabilité civile soit
contractée. A Lugano, où les gens luttent pour la stabilisation du centre
social " il Molino " les autorités ont saisi le prétexte de leur
implication dans les luttes contre le WEF pour augmenter les pressions
sur le centre. Quant à Berne, cela fait maintenant plusieurs années que
la Ville tente d'imposer des parcours de manifs qui évitent le centre
ville arguant des nuisances que celles-ci représentent pour le commerce
et les affaires.

Polices et armée en Suisse

En Helvétie, les expérimentations policières, en matière de nouvelles
armes notamment, semblent encore facilitées du fait qu'elles relèvent de
l'autorité des polices cantonales. Il y a bien, au niveau fédéral, une
commission technique de la police mais celle-ci a pour seule tâche de
tester les nouvelles armes et de donner des conseils sur leur utilisation
ou non. Il en résulte une très grande marge de manoeuvre des cantons qui
semblent faire entièrement confiance aux hiérarchies policières qui ont
ainsi les coudées franches. Les parlementaires fédéraux s'accommodent
fort bien de cette situation puisque cette année encore, ils/elles ont
refusé une proposition de loi fédérale sur les armes de la police. C'est
le primat de la police sur le politique. Le domaine où l'arbitraire et
l'expérimentation policiers peuvent s'exprimer le plus librement est
indéniablement celui qui touche les réquérantEs d'asile et les immigréEs.

A cela, il faut ajouter le rôle de plus en plus prépondérant que joue
l'armée. Rappelons qu'en 1991 les troupes avaient été mobilisées aux
frontières pour repousser une supposée invasion de réquérantEs d'asile.
Aujourd'hui, les troupes sont dotées de tâches de police comme durant le
G8 ou autre WEF. Même l'aviation y participe pour mieux nous suggérer un
danger imminent, alors que les premiers dangers sont justement ces
polices et cette même armée.

La situation lausannoise

Récemment il nous a été donné d'assister à un déploiement ubuesque de
flics anti-émeute cantonaux et municipaux à Lausanne lors d'une ballade à
vélo de cent cinquante personnes protestant contre l'évacuation des
squats.

La situation à Lausanne montre que la couleur politique d'une ville
importe de moins en moins et avec les années, l'arrogance de ce qui dans
les prospectus publicitaires électoraux est présenté comme la "gauche"
vaut finalement dans la pratique bien celle de la droite. Cette
municipalité de "gauche" n'a pas attendu la grève d'Allpack à Reinach
pour faire charger par la police un piquet de grève aux Presses Centrales
en 2001. Récemment des syndicalistes ont été condamnés pour avoir, suite
à cet épisode, modifié quelque peu le parcours de la manif du 1er mai de
la même année pour manifester devant l'entreprise en question. Verdict:
quatre syndicalistes condamnéEs de 3 à 5 jours de prison avec sursis
ainsi qu'à 8'000.- de dédommagement aux Transports lausannois (TL). Il
est à noter que des flics se sont rendus au siège du syndicat Comedia
pour exiger la remise des procès-verbaux relatifs à la préparation du 1er
mai, sans quoi ils menaçaient de revenir avec un mandat de perquisition.
Bien leur en a pris, puisque aussi incroyable que cela paraisse, le
responsable syndical a obtempéré. C'est semble-t-il sur la base de ces PV
que les condamnations ont été prononcées.

Il nous faut ici également relever le rôle que jouent les TL dans la
répression des manifestations. Régulièrement les TL qualifient les manifs
de " prise d'otage " des usagers. Il y a quelques années, les TL ont été
jusqu'à tenter d'extorquer 10'000 fr. aux deux personnes ayant déposé la
demande d'une manifestation de la fonction publique en guise d'une sorte
de droit de passage du Grand Pont.

Mentionnons encore la chasse aux africains à laquelle s'adonne la police
depuis quelques années au prétexte de lutter contre les dealers. Trois
zones d'interdiction ont été créées à l'usage des "requérants d'asile
dealers": St Laurent, la gare, la place de la Navigation. Pour être
interdit de ces zones nul besoin d'être arrêtéE en possession de quelques
substances illicites. Il suffit d'être contrôléE quatre fois dans les
zones en question!

Les videurs et autres services d'ordre qui fleurissent de nuit devant les
pubs et autres bars soient également à mettre à l'actif de prescription
émanant de la municipalité. C'est tellement plus sympa de se faire
fouiller avant d'aller boire un verre.

Sur le front du logement, des squats et autres espaces culturels
autonomes la municipalité a également innové cette année. Nous assistons
à un véritable nettoyage de la ville, la municipalité ne se gênant plus
désormais d'expulser en plein hiver, et le fait qu'aucun projet concret
n'existe sur les maisons en question n'y change rien. Elle se permet
aussi de couper eau et électricité (Rôtillon). Jusqu'à présent, la
municipalité se refusait de procéder à des expulsions si aucun projet
n'existait sur une maison occupée. La nouvelle ligne semble être de
prétexter la séparation des pouvoirs entre le judiciaire et l'exécutif. On
peine a y croire lorsque, comme dans le cas du Puits, c'est la ville
elle-même qui dépose plainte puis procède à l'évacuation du lieu culturel.
Lors de la dernière manif pour le droit au logement du 27 mars les
manifestantEs se sont vuEs encadrer par les flics anti-émeute sous le
regard éberlué des badauds.
Ce texte est loin d'être exhaustif. Partout la tactique policière semble
être d'isoler non seulement politiquement les personnes qui s'opposent
collectivement aux coupes réglées du capitalisme, mais également
physiquement en déployant des dispositifs policiers énormes, non pas -
comme l'affirme le cdt Hagen[b]locher - pour ne pas avoir à utiliser la
force, mais bien pour séparer, isoler, couper les manifestantEs du reste
de la population. La force, les flics lausannois ne se sont guère privés
d'en faire usage, lorsqu'à l'abri des caméras, ils ont eu l'occasion de
tabasser les squatters de la Riposte lors de la deuxième évacuation.
N'ayant pas de dangereux terroristes islamistes à brandir, il semble que
les milieux gravitant autour de l'Espace autogéré fassent amplement
l'affaire. A la question du pourquoi de tels déploiements policiers posée
par une membre du Groupe anti-répression, le syndic a répondu qu'il en
serait désormais ainsi lorsque les gens de l'Espace autogéré descendent
dans la rue car depuis le G8 on ne peut plus s'y fier! On ne résiste pas
ici à citer le cdt Hagen[b]locher: " Personne ne peut savoir si une
manifestation sera pacifique ou non. Qui plus est lors d'un défilé non
autorisé (...) qui soutient une action illicite, à savoir l'occupation
d'habitation. On est loin d'un contexte pacifique " (24H 17.2.04). Le
fait que le même dispositif a été déployé lors de la manif suivante qui
elle était autorisée suffit à souligner l'ineptie des propos. D'autre
part, on attend toujours que les autorités nous dressent la liste de ces
effroyables saccages qui auraient eu lieu ces dix dernières années. Mais
la question n'est pas là, la Municipalité et ses flics veulent mettre la
ville au garde-à-vous: une ville moderne, où tout se paie, où même
s'amuser à un prix, où ne reste plus que le droit de consommer pour
celles et ceux qui en ont les moyens. Mais certainEs l'entendent d'une
autre oreille. Les mauvaises herbes, quand on les arrache, ça repousse
toujours!

Paru dans le T'Okup' n°45
Espace autogéré de Lausanne
http://squat.net/espaceautogere

[ expéditeur/expéditrice <espaceautogere(a)squat.net> ]



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