A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) L'implication de la France dans le génocide au Rwanda

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Wed, 5 May 2004 21:04:37 +0200 (CEST)


_________________________________________________
A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

Il est des courriers qu¹on n¹aimerait jamais recevoir. C¹est peut-être ce
que s¹est dit Dominique de Villepin, actuel ministre de l¹Intérieur, en
découvrant le livre de Patrick de Saint-Exupéry, journaliste au Figaro : «
L¹inavouable : la France au Rwanda ».
Au printemps 1994, Patrick de Saint-Exupéry était là-bas, dans ce petit pays
de la région des grands lacs, un petit pays en guerre civile sombrant dans
le génocide. Il y vit les génocideurs applaudir les soldats français de
l¹opération Turquoise ; il y vit des Tutsis massacrés et d¹autres attendant
de l¹être ; il y vit des soldats français perdus, ne sachant pas très bien
qu¹elle était le sens de leur mission : sauver des vies ? Réprimer ceux-là
même qui applaudissaient à leur présence ?
De retour en France, il constata bien vite que les élites politiques de
droite et de gauche mouillés jusqu¹au cou, même si parfois ce fut avec
réticence, dans le soutien apporté au dictateur déchu, Habyarimana,
n¹étaient nullement décidées à reconnaître la réalité du génocide, préférant
parler de génocides au pluriel, limitant ainsi la responsabilité de leur
ancien allié. Or, si le Front patriotique rwandais a pu commettre des crimes
de guerre, ceux-ci n¹ont rien de commun avec l¹organisation méthodique de la
liquidation physique de plusieurs centaines de milliers de Tutsis et
d¹opposants hutus au pouvoir en place, une organisation si forte qu¹elle
impliquait la participation d¹une fraction importante de la population hutu
du pays.
En septembre 2003, alors qu¹il est poste à Moscou, Patrick de Saint-Exupéry
entend Dominique de Villepin parler de nouveau de génocides au pluriel : «
Ce pluriel n¹a l¹air de rien, mais il est terrible. Il m¹a tétanisé »
écrit-il. Patrick de Saint-Exupéry prend donc la plume. Car il sait que
Dominique de Villepin n¹ignore rien du conflit rwandais puisqu¹il était le
directeur de cabinet d¹Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères
d¹un gouvernement aux mains d¹Edouard Balladur, sous l¹¦il d¹un président
socialiste, François Mitterrand.
Patrick de Saint-Exupéry prend donc la plume et nous entraîne dans la région
de Kibuye, sur la colline de Bisesero, en compagnie de soldats français. Là,
il y retrouve des Tutsis transformés en fugitifs décharnés, guettant chaque
matin le flot de leurs agresseurs montant sur la colline pour les couper.
Là, il y constate l¹impuissance des soldats français de l¹opération
Turquoise mis dans l¹incapacité d¹agir immédiatement pour sauver ces hommes
et femmes d¹une mort assurée.
Patrick de Saint-Exupéry prend la plume et nous entraîne à L¹Elysée et
Matignon, là où la complicité de génocide se noue. Là, tout ce petit monde
respectable, au nom de la raison d¹Etat, des intérêts supérieurs de la
Françafrique ou d¹amitiés honteuses, s¹entend pour sauver ce qui peut
l¹être. Le président Habyarimana a été tué dans l¹explosion de son avion
dans des conditions non encore élucidées ; son épouse et ses acolytes
viennent de lancer leurs troupes, soient l¹armée nationale et les milices
Interahamwé, à l¹assaut des Tutsis, encadrant une population hutue
embrigadée et sommée de tuer pour prouver sa loyauté au régime ; en face, il
y a des rebelles tutsis venus de l¹Ouganda voisin, souvent anglophones.
Depuis plusieurs années, l¹Etat français a choisi son camps : devant la
menace tutsie, donc ougandaise, donc américaine, il faut serrer les rangs et
soutenir un pouvoir dictatorial, brutal et affairiste en lui fournissant
armes et encadrement militaire. Et quand la logique génocidaire se met en
route sans que cela n¹empêche la débandade de l¹armée rwandaise, l¹Etat
français lance l¹opération Turquoise. Pour sauver des vies ? Non, six
semaines se sont déjà écoulées. Non, Turquoise a une fonction essentielle
puisqu¹il est trop tard pour sauver le régime de Kigali : protéger nos
alliés c¹est-à-dire l¹appareil politique et militaire organisateur du
génocideur, dans une zone humanitaire sous contrôle.
Patrick de Saint-Exupéry prend la plume et nous entraîne du côté de
l¹Assemblée nationale. Nous sommes en mars 1998 et vient de débuter la
mission d¹information parlementaire sur le Rwanda. Sous l¹¦il bleu de Paul
Quilès, cette mission qui n¹est pas d¹enquête, est censé faire toute la
lumière que l¹implication de la France dans le génocide rwandais. Les
témoignages se succèdent : chercheurs, militaires, politiciensŠ Le linge
sale se lave, mais plus en famille. C¹est une première. Et tout y passe :
les amitiés douteuses des Mitterrand père et fils avec les Habyarimana père
et fils, la forte présence des militaires et des services secrets autour de
l¹ancien président rwandais depuis le début de l¹offensive du Front
patriotique rwandais, ses armes que l¹on vend directement ou que des
intermédiaires bien connus de nos services se chargent de faire parvenir,
les relations tendues entre l¹Elysée et Matignon quant à la stratégie à
adopter, sans oublier les éternels alibis justifiant les sales guerres : les
Tustis du FPR sont des khmers noirs, et derrière eux, il y a l¹ombre
américaine qui en veut à notre EmpireŠ cela mérite bien une complicité de
génocide !
Evidemment, cette mission d¹information absoudra l¹Etat et son armée :
complicité de génocide ? Non, tout juste peut-on leur reprocher un manque de
clairvoyance quant à la nature réelle du pouvoir alors à Kigali.
Le livre de Patrick de Saint-Exupéry est une nouvelle pierre apportée à ceux
que ce négationnisme insupporte. Une pierre qui fait mouche et ce faisant
fait peur.
Le journal Le Monde a confié à son spécialiste de l¹Afrique Stephen Smith le
soin de régler son sort à cet ouvrage. Cet ancien journaliste de Libération,
jadis peu apprécié des états-majors français car anglophone, s¹est évertué
dans l¹édition du 18 avril dernier à disqualifier la thèse du livre, soit
l¹implication dans le génocide. Pour se faire, il faut d¹abord disqualifier
son auteur. Mais voilà, Patrick de Saint-Exupéry est trop connu pour son
sérieux et sa conscience professionnelle pour être malmené. Alors on s¹en
prend au directeur de collection des Arènes, Mehdi Ba auteur par le passé
d¹une brochure sur le sujet chez L¹Esprit frappeur, une petite maison
d¹édition placée à l¹extrême-gauche sur l¹échiquier éditorial ; or, il fut
le rédacteur en chef d¹une revue appelé Maintenant, aux côtés de Thierry
Meyssan, un imbécile qui soutînt dans un livre qu¹aucun avion ne s¹était
effondré sur le Pentagone le 11 septembre 2001 ; puis, Stephen Smith indique
que Patrick de Saint-Exupéry a présenté son livre sur les ondes de
Radio-Courtoisie, une radio connue pour ses fortes accointances avec le
Front national. Ensuite, s¹appuyant enfin sur le livre, il s¹attarde sur le
sauvetage au bout de trois jours de quelques centaines de Tutsis sur la
colline de Bisesero. Il ne dit pas grand chose de l¹affaire mais s¹en prend
ensuite à ce que l¹on peut retrouver sur le site internet de l¹éditeur, soit
des témoignages accablant sur l¹implication de l¹armée française directement
dans les massacres, témoignages contrebalancés par celui d¹un photographe de
Paris-Match qui lui conclut à aucune collusion assassine entre les soldats
de l¹Opération Turquoise et les miliciens du génocide. Et pour donner bonne
mesure, ce photographe indique que le pouvoir actuel de Kigali pousserait
les rescapés à accabler l¹armée française.
Ainsi donc, « l¹infamante accusation de complicité de la France est portée
sans preuves », car tel est le titre donné par la rédaction du Monde à cet
article.
Stephen Smith utilise là un procédé habile et classique : Patrick de
Saint-Exupéry, journaliste honnête mais éprouvé psychologiquement, est en
lien avec quelqu¹un, Mehdi Ba qui a des relations douteuses sous la forme de
l¹imbécile Thierry Meyssan : il ne sait donc pas s¹entourer ; Patrick de
Saint-Exupéry, journaliste honnête mais éprouvé, accepte de parler sur un
media d¹extrême-droite, ce qui est moralement condamnable, mais bon les
extrêmes de gauche et de droite se rejoignent parfois, alorsŠ ; quant aux
témoignages que l¹on retrouve sur le site de l¹éditeur, ils sont bien sûr le
fruit des manipulations du pouvoir en place, férocement anti-français !
Les ventes d¹armes ? Stephen Smith n¹en parle pas ! Pourtant, pour faire la
guerre au FPR, il faut des armes : sans arme, on ne se bat pas et on ne peut
permettre à ceux restés à l¹arrière, de disposer de temps pour liquider les
Tutsis. D¹ailleurs, c¹est Edouard Balladur qui évoquera devant la mission
d¹information des livraisons d¹armes entre 1993 et 1995 !
La formation des soldats rwandais ? Stephen Smith n¹en parle pas ! Pourtant,
en 1993, il y eut l¹opération Chimères dont le but était, selon les
documents officiels « d¹encadrer et de commander indirectement une armée
d¹environ vingt mille hommes », d¹être « la première application à grande
échelle, depuis vingt ans, du concept d¹assistance opérationnelle d¹urgence
». Un opération drivée par des militaires dépendant du service action de la
DGSE, soit les services secrets !
L¹exfiltration des dignitaires du régime ? Stephen Smith n¹en parle pas ! Si
la France n¹est pas complice de génocide, pourquoi diable a-t-elle permis
aux têtes pensantes du régime, aux organisateurs du génocide de fuir le
pays, de gagner qui la France, la Belgique, le Zaïre ?
Les camps de l¹Est zaïrois ? Stephen Smith n¹en parle pas ! Pourquoi ne
dit-il rien sur le contrôle des camps par les génocideurs, par le fait que
ceux-ci, avec la bénédiction de l¹Etat français, s¹y réarment et se
préparent à contre-attaquer le FPR à partir de ce sanctuaire généreusement
offert par le vieux M-o-b-u-t-u ? Le gouvernement français ne le savait-il pas ?
La mort du président Habyarimana ? Stephen Smith n¹en parle pas ! Pourtant
cet événement déclencheur du génocide a fait l¹objet de bien des
controverses ! Qui a fait exploser cet avion ? Le FPR ? L¹aile dure du
régime qui trouvait qu¹Habyarimana était trop disposée à la négociation,
avec le soutien de barbouzes à la solde d¹Etat français ? Idée saugrenue ?
Pourtant, Patrick de Saint-Exupéry nous renseigne page 214 de son livre.
Paul Quilès demande à François Léotard : « Pourquoi n¹y a-t-il pas eu
d¹enquête sur cet attentat contre un avion piloté par trois Français ? » ;
réponse du ministre de la Défense : « Aucun soldat, à ma connaissance, n¹a
pu accéder aux lieux de l¹attentat » ; réponse étonnante quand on sait que
le commandant Grégoire de Saint-Quentin s¹y est rendu deux fois, le soir de
l¹attentat et le lendemain matinŠ
La préparation du génocide ? Stephen Smith en parle ! Mais pour dire quoi ?
Qu¹en « dépit de tous les signes annonciateurs, qui ont été nombreux en
l¹occurrence, l¹élimination méthodique d¹une population est un projet bien
trop monstrueux à envisager pour être facilement prévisible » ! Croit-il
sincèrement à cela ? Croit-il véritablement que ce plan soigneusement
préparé mais qui engageait un nombre très conséquent de militaires et de
politiciens nationaux et locaux ait pu échapper aux services secrets
français présents sur le territoire et si proche du pouvoir ? Et que fait-il
du télégramme du général Dallaire adressé à l¹ONU et à différentes
ambassades, dont celles de la France, télégramme les informant dès janvier
1994 que des milices sont prêtes dès qu¹on leur en donne l¹ordre à
exterminer les Tutsis ? Information émanant d¹un membre de la sécurité
personnelle du président Habyarimana, bref d¹un homme au c¦ur du régime ?
Comment imaginer que cela soit trop gros pour être vrai quand on sait que
des massacres de masse ont déjà eu lieu dans ce pays, notamment en 1973, et
que depuis 1991, des Tutsis sont tués régulièrement ? Comment imaginer que
cela soit inimaginable alors que les tracts et les media rwandais en
appellent à la liquidation des cancrelats et de leurs alliés, soient le FPR,
les Tutsis et les Hutus modérés ? La France était-elle sourde ou bien trop
faible pour ne pas contraindre celle qu¹elle entretenait à grands coups
d¹aide au développement.
De tout cela, Stephen Smith ne veut pas en entendre parler. Sa thèse est
simple :
- les soldats français ont disparu du Rwanda à la fin de l¹année 2003, après
la signature des accords d¹Arusha entre le pouvoir et la guérilla, n¹y sont
revenus qu¹en juin 2004 : ils n¹ont donc pas participé au génocide. Des
barbouzes, des mercenaires ? Stephen Smith n¹en a pas vu, ni entendu parlé
visiblement ; pourtant, ce spécialiste de l¹Afrique doit bien savoir comment
certains pays ou services secrets sous-traitent certaines affaires ! Bob
Denard, à ma connaissance, n¹a jamais cessé d¹être un porte-flingue de nos
services secrets !
- L¹Etat français a été seule à intervenir avec l¹opération Turquoise, une
opération humanitaire mais ambiguë, non du fait de la France, mais des
extrémistes hutus qui pensaient avec elle reconquérir le pays.
- La communauté internationale n¹a rien fait : les Etats-Unis ont laissé
faire, la Belgique a retiré son contingent quant dix de ses casques bleus
ont été tués, l¹ONU s¹est montrée incapable d¹agir avec force.
Bref, tous coupables de n¹avoir rien fait : rien fait du tout ou rien fait à
temps ? Non, le bon soldat Stephen Smith vole au secours de l¹Elysée et de
Matignon en nous livrant ce qu¹il appelle une évidence : « l¹engagement de
la France auprès de l¹Ancien régime ne pouvait éviter le bain de sang qu¹à
condition que d¹autres puissances exercent sur la partie adverse, le FPR et
son allié ougandais, le même type d¹« amicales » pressions ». En clair, la
France a pris ses responsabilités, les autres, c¹est-à-dire les Américains,
les alliés de l¹Ouganda, non !
Il y a quelques années, Jean-Paul Gouteux, auteur d¹Un génocide secret
d¹Etat, était attaqué par le Monde pour diffamation. Il gagna son procès et
publia en 1999 un livre intitulé « Le Monde, un contre-pouvoir ? ­
Désinformation et manipulation sur le génocide rwandais ». Il s¹en prenait
avec force et arguments à la façon dont la rédaction de l¹honorable
quotidien avait parlé de la situation politique au Rwanda, ramenant le
conflit Hutu/Tutsi à u conflit millénaire, stigmatisant les Tutsis, bref,
reprenant sans sourciller les analyses officielles de l¹Etat et de ses
services. Il semble bien que Stephen Smith se soit mis au diapason, à sa
façonŠ

Patsy <patsy-alternantes(a)internetdown.org>

Texte issue de l'émission de radio "Le Monde comme il va"
Hebdo libertaire d'actualité politique et sociale, nationale et
internationale

Tous les jeudis de 19h à 19h50
Alternantes FM 98.1 Mgh (Nantes) / 91 Mgh (Saint-Nazaire)
Alternantes FM 19 rue de Nancy BP 31605 44316 Nantes cedex 03

http://www.alternantesfm.net/sommaire.htm


*******
*******
****** Agence de Presse A-Infos ******
Information d'intérêt pour et au sujet des anarchistes

INFO: http://ainfos.ca/org http://ainfos.ca/org/faq-fr.html
AIDE: a-infos-org@ainfos.ca
ABONNEMENT: envoyer un email à lists@ainfos.ca avec la commande suivante
dans le corps du message "subscribe (ou unsubscribe) nomdelaliste votre@email".

Les options pour toutes les listes se trouvent à http://www.ainfos.ca/options.html


A-Infos Information Center