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(fr) Une "gauche de gauche" au-dessus de tout soupçon

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sat, 6 Mar 2004 12:39:56 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

Lorsque les travailleurs intellectuels - ceux, qui,
comme le rappel Georges Sorel " font profession de
penser [et, perçoivent pour cette " noble " tâche] un,
[voire deux] salaires aristocratiques " [1]- tentent
de se mettre au service des classes populaires, on
assiste une fois encore, à un triste retour de
l'histoire. Au FSE, un véritable aréopage de
théoriciens s'affichaient sinon comme les détenteurs
d'une vérité historique, à tout le moins comme des
intellectuels dont la mission serait de dicter aux
militants les types d'action qu'ils devraient mettre
en œuvre. Ainsi, lors du séminaire du 14 novembre
2003, Claude Poliak[2], après avoir disserté sur la
désaffection des classes populaires à l'égard de la
politique - lieu commun pour les militants mais élevé
au rang des découvertes scientifiques par les "
experts " -, se demandait comment gagner les majorités
aux idées du mouvement altermondialiste ? Son
discours, invitant à " réhabiliter les mécanismes de
délégation " (sic), finit de la ridiculiser, lorsque,
cherchant à se dédouaner d'opter pour un choix si peu
démocratique, elle cita le défunt autocrate[3] Pierre
Bourdieu : " il faut toujours risquer l'aliénation
politique pour échapper à l'aliénation politique ".
Pirouette rhétorique qui permettait au vieux chef[4]
d'inviter ses adeptes à voter tout en les mettant en
garde contre les illusions du vote. L'esprit
libertaire hostile à toutes les formes de
représentation politique ne saurait s'y laisser
prendre : " la lutte pour atteindre ces objectifs [une
société "sans classes, sans Etat, sans appareils de
médiation politiques"] exclut l'utilisation des moyens
qui sont ceux de l'Etat, et elle est seule en mesure
de contrecarrer ces tendances totalitaires partout à
l'œuvre dans les partis et les institutions politiques
qui se proclament défenseurs des valeurs démocratiques
"[5].

Ils ont beau prétendre avoir rompu avec la conception
léniniste de l'avant-garde, leurs discours montrent
qu'ils restent fidèles à l'élitisme qui l'inspirait.
Ainsi en témoigne la conclusion de cette chercheuse :
" le mouvement altermondialiste [doit] se donner les
moyens d'être présent dans les banlieues ou les cités
les plus démunies " remplaçant au passage la lutte des
classes par la lutte des places.

Partant, une première question se pose. Qui est censé
aller dans les cités ? Claude Poliak ou les
militants[6] ? Si, au lieu de pérorer dans les postes
qu'elle occupe, cette " conseillère scientifique " se
rendait dans les cités, sans doute s'apercevrait-elle
des aberrations qu'elle professe. Pourquoi faire appel
aux " citoyens " pour se joindre à un combat que l'on
prétend commun (rappelons que l'objectif d'Attac et
consorts est que se constitue un parti de masse et que
ses militants votent pour celui-ci[7]), alors que
n'occupant pas les mêmes places dans les rapports de
production leurs intérêts sont divergents. Les uns
produisent - quand ils ne chôment pas - de la
plus-value ; les autres vivent grassement de sa
rétrocession.

Ensuite, cette idéologue nous parle de politisation
des masses - tâche que se donne la " petite
bourgeoisie intellectuelle " - et non d'émancipation
humaine - tâche qui revient au prolétariat - qui
mettrait en lumière les contradictions de la " petite
bourgeoisie intellectuelle " qui profite largement du
système qu'elle critique. Cela amène donc une autre
question : celle de la préservation de ses privilèges.
Ce qui confirme ce que l'on savait déjà : les
ambitions critiques de la petite bourgeoisie
intellectuelle à l'égard de l'ordre établi ne peuvent
aller au-delà des possibilités historiques que cet
ordre offre à cette fraction de classe.

Un autre exemple de cet élitisme citoyenniste nous est
donné avec les théoriciens d'Acrimed[8], qui, avec les
représentants de l'Observatoire français des médias[9]
étaient seuls autorisés à tenir séance au FSE pour
parler des médias. Rien de révolutionnaire dans la
critique d'Acrimed totalement déconnecter d'une
analyse des médias en terme de classe. " L'objet de
leur "critique" n'est pas le monde tel qu'il est, mais
le monde tel qu'on le fait apparaître, c'est-à-dire
l'"image" que les médias en donnent […] En outre, elle
est, pour certains intellectuels, une filière ou
plutôt un filon gratifiant sinon lucratif qui leur
permet de se tailler ou de consolider une réputation
de non-conformistes, tout en les dispensant de devoir
afficher un esprit de rébellion suranné "[10]. Quant à
l'Observatoire français des médias, diplomatiquement
correct, présenté comme une " force civique morale ",
il serait inconvenant, selon Ignacio Ramonet, que cet
observatoire lutte contre ce qu'il appelle : " la
nouvelle coalition des dominants "[11].

L'œil rivé sur le " journalisme de marché ", l' "
univers des connivences ", Acrimed oublie de balayer
devant sa porte. En fin de compte, Acrimed n'échappe
pas, elle-même, comme le reste de la profession, aux "
réseaux d'amitiés et d'intérêts "[12] tant dénoncés
par Serge Halimi. Pourtant, il reconnaît lui-même
avoir beaucoup de chance au regard d'autres
journalistes. Certes, Serge Halimi n'est pas un
précaire. Autrement dit, c'est un nanti[13]. Dès lors,
taire[14], comme il le fait, depuis des années, le
comportement tyrannique de Daniel Mermet à l'égard de
ses collaborateurs, est inacceptable[15]. En date du
27 novembre 2003, alors que depuis plusieurs jours,
une lettre de Joëlle Levert dénonçant le harcèlement
de Daniel Mermet à son endroit circulait sur le net,
il devenait impossible à Acrimed de ne pas parler de
l'affaire. Tirant la couverture à eux, Acrimed feint
de découvrir le pot aux roses : " la place
particulière occupée dans le paysage médiatique par
l'émission "Là-bas si j'y suis" […] ne justifie pas
que l'on passe sous silence […] " (sic).

La réponse[16] du " Teinardier " est irrésistible tant
elle est cousue de fil blanc. Sa justification reflète
tout le narcissisme et le mépris du bonhomme. Faute de
pouvoir s'appuyer sur des faits réels qui viendraient
contredire le témoignage de Joëlle Levert, ce potentat
tente de lui imputer : " une fragilité psychologique
", " des problèmes personnels ", son incapacité à
assumer les tâches qui lui sont confiées, etc. Bref,
le coup classique ! Le diffuseur radiophonique des
justes causes entame ensuite une logorrhée sans
intérêt qui l'amène à la conclusion suivante : "
curieux cas de servitude volontaire ". Daniel Mermet
semble oublier une chose fondamentale : la servitude
volontaire n'enlève rien au fait qu'il soit, pour
reprendre sa propre expression, " un salaud de patron
". Enfin, laisser entendre, comme il le fait, qu'à
l'émission " Là-bas si j'y suis " les relations de
travail peuvent se vivre comme " une histoire d'amour
" relève, ni plus ni moins, de la schizophrénie.

Au bout du compte, et quoi qu'en dise l'irrévérencieux
Daniel Mermet, la colère, lorsqu'elle est justifiée,
comme c'est le cas ici, est une bonne chose. Elle mène
souvent à la révolte, au moins à l'insoumission et au
refus de se taire. En conséquence, nous ne pouvons que
saluer la courageuse démarche de Joëlle Levert. Face à
cette intelligentsia, une évidence s'impose : nous
n'avons ni les mêmes valeurs, ni les mêmes objectifs.
Il faut bien le dire : nous n'appartenons pas tout à
fait au même monde.

Valérie Minerve Marin .


1 G. Sorel, Réflexions sur la violence, Paris, 1908,
cité par Alexandre Skirda in J.W. Makhaïski, Le
socialisme des intellectuels, Les Editions de Paris,
2001, p. 7.

2 Claude Poliak est chercheuse au Centre de sociologie
européenne (CSE), chercheuse au CNRS, membre du
conseil scientifique d'Attac, membre de l'association
Raison d'Agir.

3 Les enjeux de luttes dans le champ sociologique et
de la recherche sont tels, que Pierre Bourdieu se
conduisait en mandarin. Il justifiait au nom de la
recherche scientifique, le fait qu'un directeur
d'étude puisse imposer à son étudiant ce que bon lui
semble (séminaire du mois de novembre 2001). C'est
ainsi, pour satisfaire les intérêts de Patrick
Champagne, alors que ma recherche portait sur Charlie
Hebdo, que j'aurais dû mener des entretiens sur
Marianne, puis sur Politis. Un étudiant nous rapporta
le témoignage suivant : " J'avais une copine à
l'EHESS, elle travaillait sur Le Monde et était suivie
par Patrick Champagne en DEA. Elle ne m'en disait pas
que du bien. Il se servait d'elle pour récupérer ses
entretiens et aussi ses observations " (mail du
vendredi 10 janvier 2003). Patrick Champagne a
également récupéré mes entretiens et observations sur
Charlie Hebdo. Pour autant, je n'ai eu droit à aucune
aide. C'est le sociologue, chercheur au CNRS,
Jean-Pierre Garnier qui a suivit mon travail.

4 Seul la vénération de chefs persistent après leur
mort in Robert Michels, Les partis politiques, Champs
Flammarion, 1971. Un énième hommage à Pierre Bourdieu
est organisé par le CSE du 23 au 25 janvier 2004.

5 Louis Janover, Les intellectuels face à l'histoire,
Galilée, 1980, p. 135-136.

6Au moment des grèves du printemps 2003 sur la
décentralisation, l'école et les retraites, les
chercheurs du Centre de sociologie européenne, comme
l'ensemble de la communauté universitaire, sont restés
de manière symptomatique dans l'enfermement
académique, témoignant par-là de leur conception de
l'intellectuel engagé et de la division du travail
militant.

7 Propos tenus par le président d'Attac, Jacques
Nikonoff, lors d'un débat de Génération République, le
samedi 11 octobre 2003.

8Action Critique Média dont les représentants sont :
Patrick Champagne, Serge Halimi, Henri Malher.

9 L'Observatoire des médias doit faire office de "
cinquième pouvoir ". Comme pour l'Acrimed, ses membres
sont le plus souvent : chercheurs, universitaires
et/ou journalistes.

10Jean-Pierre Garnier, Louis Janover, " La Pensée
aveugle. Quand les intellectuels ont des visions ",
Spengler, 1993, p. 142.

11 Le Monde diplomatique, octobre 2003.

12Serge Halimi, Les Nouveaux chiens de garde, Raison
d'Agir, 1997.

13 Non content d'être né bourgeois, il a cumulé comme
la majorité des journalistes du Monde diplomatique,
deux salaires pendant plusieurs années : Universitaire
à Paris VIII puis à l'Institut d'études européennes
tout en exerçant sa fonction de journaliste au Monde
diplomatique.

14 Olivier Cyran du CQFD, ancien de Charlie Hebdo
passé par PLPL a travaillé quelques temps pour Mermet.
Il raconte, comme tant d'autres, l'exploitation par
son ancien boss. La rédaction du CQFD dénonce les "
invités à répétition qui savent ce qui se passe et
n'ont jamais moufté ". Un petit tour sur le site de
l'émission Là-bas si j'y suis, nous apprend que parmi
les " invités à répétition ", le journaliste et
critique des médias Serge Halimi n'est pas mal loti.
CQFD n° 7, décembre 2003, on peut lire aussi le
témoignage de Joëlle Levert sur leur site :
http://www.cequilfautdetruire.org

15 Rappelons qu'en début de chaque mois, l'émission
est consacrée à la présentation du Monde diplomatique.
Sans aucun scrupule, étaient présents à la dernière
émission en date du 4 décembre 2003 : Dominique Vidal,
Serge Halimi, Ignacio Ramonet. On retrouve
régulièrement à cette émission, le réseau de
connivence composé : d'Acrimed, du Monde diplomatique,
PLPL, Agone, Pierre Carles, Raison d'Agir, etc.

16 Réponse de Daniel Mermet : http://acrimed.samizdat.net

[ texte envoyé par <valerie_marin2(a)yahoo.fr> ]



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