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(fr) Bilan de la permanence antirépression G8 - 2003 Evian (2)

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Fri, 25 Jun 2004 18:09:09 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

Il s'agit de la deuxième partie du bilan du groupe antirépression (gar)
de Lausanne. Nous ne parlerons que de ce qui concerne la répression. Il
ne s'agit pas d'un bilan politique général des mobilisations contre le G8
à Evian en 2003.
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Résumé de la chronologie des événements en lien avec la répression

Jeudi 22 mai 2003
· Vers 14 heures une personne est interpellée par deux policiers
lausannois près d'Ouchy, alors qu'elle est en train de filmer et de
photographier la zone rouge. Les policiers lui interdisent de filmer, la
personne est fouillée.
· Deux personnes sont interpellées à Ouchy et sont informées que leur
séjour est illégal en Suisse. Elles ont jusqu'au 27 mai 2003 pour quitter
le pays. Ces personnes n'avaient pas subi de contrôle à la frontière et
étaient donc dans l'impossibilité de savoir que leur séjour était
illégal.

Samedi 24 mai 2003

Pendant la nuit, le Puits (lieu autogéré) est cambriolé, du matériel
disparaît. La même nuit, un camion, contenant également du matériel, est
embarqué par la police car il est parqué sur une zone de stationnement
interdite.
Les téléphones en allemand et en français de la permanence antirépression
sont mis en fonction.
A la suite de la dissolution du collectif «Oulala c'village», des
personnes occupent le terrain de Dorigny au bord du lac et mettent en
place, sans autorisation, une tente d'information, une cuisine, un bar,
une scène. Ils/elles se donnent une nouvelle dénomination, «Où ce k'il
est c'village».

Dimanche 25 mai 2003

Le nouveau collectif «Où ce k'il est c'village» négocie avec
l'Université, l'EPFL et les autorités politiques. Ces dernières acceptent
un espace «forum» durant la journée (conférences, discussions, ateliers,
concerts, etc.). Par contre, les manifestant-e-s ne seront pas
autorisé-e-s à camper à l'espace forum. Les autorités menacent de faire
évacuer le site par les forces de l'ordre si cette consigne n'est pas
respectée. Seul-e-s les organisateurs/trices du forum peuvent installer
leurs tentes à proximité. D'autres conditions sont imposées à «Où ce k'il
est c'village»: les banderoles posées au bord de la route doivent être
retirées, l'espace où il est possible de dormir doit être délimité,
l'installation de toute tente supplémentaire du forum doit être négociée
avec les autorités.

Lundi 26 mai 2003

Environ 150 gymnasien-ne-s se rassemblent à 16 h 30 au parc de Mon-Repos
afin de manifester contre le G8. C'est la première manifestation à
Lausanne depuis le 1er mai. L'ambiance est très tranquille et aucun
slogan n'est scandé. Par contre, la ville est envahie de policiers/ères
antiémeute (du jamais vu). La manifestation est infiltrée de
policiers/ères en civil. Cela donne un avant-goût du dispositif
sécuritaire préparé pour les jours à venir.

· A 19 heures, la manifestation se dissout à la place du Château. A 19 h
20, deux personnes sont arrêtées devant l'hôtel de police. Raison
invoquée: «arrestation préventive» (après la manif?). Selon la police,
ces personnes auraient eu un comportement suspect.

Mardi 27 mai 2003

Les quatre numéros de téléphones (en français, allemand, italien,
anglais) de la permanence anti-répression sont mis en fonction.
Les autorités imposent de nouvelles conditions aux occupant-e-s de
Dorigny: renoncer au terme «village«» et cesser de coller des
autocollants appelant à camper à Dorigny. Ces conditions sont
remplies par le collectif qui se rebaptise «Oulala c'forum».
Les hélicoptères continuent à survoler régulièrement le camping.
Comme l'installation de tentes se poursuit à Dorigny, les pressions
policières et politiques augmentent. Face aux risques d'une intervention
policière durant la nuit, un appel sur Indymedia invite les
manifestant-e-s à s'installer à la Bourdonnette, camping officiel.
L'intensité de la menace policière diminue.

Mercredi 28 mai 2003

· Deux personnes, arrêtées à Davos en 2003 dans le cadre des
mobilisations contre le WEF, se voient refuser le droit d'entrer en
Suisse à la douane de Genève. Elles ont l'interdiction de séjourner en
Suisse jusqu'au 5 juin 2003. La décision d'interdiction de séjour porte
la date du 3 mai 2003. · Une autre personne venant d'Allemagne se voit
refuser le droit d'entrer en Suisse. Si elle enfreint cette interdiction,
elle risque 6 mois d'emprisonnement ou Fr. 10'000.- d'amende. Elle a
déposé un recours contre cette décision. La seule infraction que cette
personne avait commise en Suisse était d'avoir utilisé un transport
public sans titre de voyage valable, ce qui lui avait valu une amende de
Fr. 60.-.

Environ une trentaine de personnes du «Pink and Silver Bloc» manifestent
vers 16 heures au centre ville. Beaucoup de policiers/ères en civil sont
présent-e-s.
Au camping de Dorigny de nouveaux/elles arrivant-e-s installent leurs
tentes au bord du lac. Les autorités politiques et policières
renouvellent les pressions.

Jeudi 29 mai 2003

Le matin, une caravane à vélo composée d'environ 200 participant-e-s
quitte Berne, à destination de Lausanne, en passant par Fribourg, la
région de la Gruyère, Vevey.
A 13 heures, des trains en provenance de Suisse allemande sont attendus à
Lausanne par une centaine d'antiémeutes. Ceux-ci évacuent le quai de la
gare et se mettent en ligne parallèlement aux voies de chemin de fer. La
situation est très tendue. Selon la police, les passagers/ères auraient
commis de très graves déprédations dans les wagons. Après négo-ciations,
les antiémeutes quittent le quai de la gare.
Vers 13 h 40, une centaine de personnes en provenance de Bâle et de
Zurich arrivent à Lausanne. Après l'arrivée d'un autre train occupé par
environ 300 manifestant-e-s de Berne, un petit cortège se forme en
direction du parc de Milan, où les manifestant-e-s attendent pendant
environ une heure les bus qui les conduiront au camping de la
Bourdonnette.
Dès 17 h 30, les manifestant-e-s se rassemblent à Bellerive en vue de la
manifestation autorisée. 2500 à 3000 personnes selon les
observatrices/eurs et la police, environ 10'000 selon les
organisateurs/trices avancent sous une pluie battante. La présence de
policiers/ères en civil est très importante. Le cortège monte vers le
centre ville dans une ambiance festive. A la place Chauderon, des
antiémeutes sont visibles: ils/elles se placent devant la Banque
cantonale vaudoise. Des grenades lacrymogènes sont tirées et des
manifestant-e-s lancent quelques projectiles; cet échange de peu
d'importance est couvert par 30 à 50 journalistes. Les apparitions
ultérieures de la police donnent lieu à de petites confrontations.
A 19 h 30, la manifestation se termine à la place de la Riponne où une
fête est organisée.
A 21 h 55, la porte d'entrée latérale de l'Hôtel de ville, situé à 100
mètres de la place de la Riponne, brûle à cause, semble-t-il, d'un court
circuit électrique. Le jour suivant, les médias écrivent qu'on ne peut
exclure que des militants anti-mondialistes soient à l'origine de
l'incendie.
Le Centre de convergence se fait également cambrioler. Un fax,
appartenant au Groupe média, ainsi qu'un disque dur appartenant à
l?association qui hébergeait le groupe disparaissent. La police refuse de
prendre les empreintes digitales sur le cadre extérieur de la fenêtre,
arguant qu'il y en a trop.




Vendredi 30 mai 2003

· Une fois la fête terminée, deux personnes sont arrêtées à 1 h 30 sur la
place de la Riponne.
· Vers 14 heures les cyclistes en provenance de Berne et de Lausanne se
retrouvent à Vevey. Entre 300 et 500 personnes occupent le grand
carrefour situé devant le bâtiment Nestlé.
· A 13 h 50, une personne mineure est arrêtée à la gare de Vevey par deux
policiers en civil. Elle porte sur elle un canif, des lunettes de
protection, ainsi que des fusées de fabrication artisanale. Tout lui sera
rendu sauf son téléphone portable. Une enquête est ouverte par le juge
d'instruction.

A 19 heures, la caravane arrive à la place Chauderon à Lausanne et
continue jusqu'à la Bourdonnette.

Samedi 31 mai 2003

Durant l'après-midi, environ 380 militant-e-s arrivent à la gare de
Lausanne. Ils/elles seront conduit-e-s en bus à la Bourdonnette. Au Forum
de Dorigny, une rumeur circule selon laquelle les nouveaux/elles
arrivé-e-s se sont fait encercler et arrêter par la police. Il s'agira
d'une fausse alerte.
Vers 18 heures, entre 200 et 300 personnes se rassemblent à la gare.
Elles manifestent à travers la ville, le long de la zone jaune et
retournent au camp. La manifestation se déroule sans autorisation. La
présence policière est importante.
Dans le cadre de la manifestation «Feux au lac» autour d'Evian, le soir
le feu officiel est allumé à Lausanne par les pompiers. La présence
policière est également importante.

Dimanche 1er juin 2003

· Une personne (interpellée deux fois à Gênes en 2001) est arrêtée, alors
qu'elle circule en voiture à Lausanne. Les autres passagers/ères sont
simplement contrôlé-e-s.
· Deux personnes sont arrêtées, alors qu'elles effectuent des sprayages
sur la façade du consulat de France. Elles sont détenues toute la nuit et
relâchées en début d'après-midi. Une enquête pour dommage à la propriété
est ouverte. Elle se conclura par un non-lieu: le propriétaire retirera
sa plainte après paiement des frais de nettoyage, soit Fr. 100.-.

Premier blocage d'autoroute à Morges

A Morges, une action de blocage est menée à un endroit où les voies de
l'autoroute, de la route cantonale et des chemins de fer sont très
proches les unes des autres.
· Une femme est arrêtée durant cette action. Le soir, elle est transférée
du centre de la Blécherette à la prison pour femmes de la Tuillère. Le 4
juin, son avocate déposera une demande de libération qui sera accordée
par le juge. A 17 h 30, elle pourra quitter la prison. Une procédure
pénale pour entrave à la circulation publique est ouverte. L'activiste
sera condamnée à une peine de 45 jours de prison avec trois ans de
sursis. Le jugement sur recours aura lieu à Morges le 26 janvier 2004. La
peine sera réduite à 20 jours de prison avec deux ans de sursis.

Deuxieme blocage d'autouroute à Aubonne

Sur cette même autoroute, des activistes organisent un blocage sur le
pont de l'Aubonne, haut de plus de 20 mètres. Deux activistes se
suspendent à chaque extrémité d'une corde de grimpe qui traverse
l'autoroute. Sur le pont, la visibilité et le blocage des voies sont
assurés par plusieurs personnes avec des banderoles. Un policier coupe
alors la corde à laquelle sont accroché-e-s les deux activistes. L'un,
Martin Shaw, tombe dans la rivière et se blesse grièvement. La chute lui
vaudra une longue
hospitalisation au CHUV et il n'est pas certain qu'il se remettra un jour
de ses blessures. L'activiste suspendue à l'autre bout de la corde,
Gesine, est retenue par les autres manifestant-e-s et peut remonter.
Néanmoins, elle restera traumatisée.
· Hormis deux personnes hospitalisées, treize personnes sont contrôlées,
six sont arrêtées. Elles doivent donner leurs empreintes digitales et
sont photographiées. Elles sont relâchées après dix heures de détention.
Trois autres personnes sont arrêtées, mais ne font pas l'objet d'une
enquête à notre connaissance. Une procédure contre les deux personnes
hospitalisées et les six arrêtées est ouverte pour entrave à la
circulation publique et mise en danger de la vie des automobilistes. Les
huit seront condamné-e-s à des peines de 15 jours d'emprisonnement avec
deux ans de sursis, ainsi qu'à Fr. 420.- chacun-e de frais. Trois
personnes ont fait appel: Gesine, Martin et un activiste resté sur le
pont. Ils/elle seront jugé-e-s le 28 juin 2004 à Nyon. Ces mêmes
personnes ont déposé plainte contre la police. L'enquête est toujours en
cours et avance très lentement. Le policier qui a coupé la corde est
identifié, mais ni lui, ni ses supérieur-e-s ne sont inculpé-e-s.

Les blocages de Lausanne

Dès 6 h 30, des blocages s'organisent à Lausanne. Les manifestant-e-s se
décrivent comme appartenant à trois groupes distincts mais solidaires:
les «Pink and Silver Bloc, Samba-Band», les «Anthracit Bloc» et un groupe
constitué de personnes à vélo. Ils partent du camping de la Bourdonnette.
Ils visent à perturber l'arrivée de délégations au débarcadère de
Lausanne en investissant les carrefours stratégiques du bas de la ville,
placés en zone jaune. Par ailleurs, une partie de la «Caravane à vélo»
bloquera l'autoroute de Lausanne-Sud.
Une partie des blocages ont lieu sur le mode festif et ludique, l'autre
par la mise en place de barricades.
La police n'intervient pas immédiatement et donne l'apparence, peu
crédible, d'avoir été prise par surprise. Le dispositif policier comprend
des agent-e-s en tenue antiémeutes, des canons à eau et toute la panoplie
des armes dites non létales: gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes
(utilisées pour la première fois en Suisse romande), balles en
caouthcouc, matraques, spray au poivre. La zone est survolée par des
hélicoptères militaires. Des témoignages laissent en plus supposer
l'utilisation de balles colorantes.
Les armes sont largement utilisées par la police, à tort et à travers,
voire sans respect des normes qui les régissent. Selon les nombreux
témoignages, ceci a occasionné passablement d'atteintes à
l'intégrité de manifestant-e-s et passant-e-s et des arrestations, que
nous énumérons ci-dessous.
· Un cycliste se fait renverser par un camion militaire roulant beaucoup
trop vite. Le vélo est cassé et le cycliste légèrement blessé à la jambe.
· Une personne s'effondre dans un nuage de gaz lacrymogène et est arrêtée
par la police.
· Une femme et un homme s'effondrent en état de choc.
· Un homme est blessé par un coup de matraque à la jambe.
· Un autre homme est touché par une balle en caoutchouc tirée à 2 m de
distance. Il présente de forts saignements et est évacué en ambulance. ·
Une femme saigne fortement à la jambe, elle est également transportée en
ambulance.
· Une personne s'effondre après avoir été atteinte à la tête par un
lacrymogène. Les médics veulent la secourir et sont chassé-e-s par des
policiers/ères à coups de matraque. Les médics sont poursuivi-e-s de
manière ciblée. Deux autres personnes sont arrêtées.
· Une jeune femme a des difficultés respiratoires et n'arrive plus à
bouger. Sa peau est rougeâtre.
· Un autre manifestant est arrêté.
· Plusieurs brûlures aux bras et aux jambes sont causées par des gaz
lacrymogènes et des grenades. Une femme est blessée à la jambe gauche. Le
personnel du CHUV l'interrogera sur la manifestation. Elle demandera et
obtiendra un constat médical et une attestation d'incapacité de travail.
Elle déposera plainte le 1er septembre 2003. L'enquête est toujours en
cours, les policiers/ères ne sont toujours pas identifié-e-s.
· Une personne qui avait déjà des béquilles avant la manifestation est
atteinte à la jambe par une grenade lacrymogène. La jambe et la cuisse
sont gravement brûlées, elle est jetée contre un mur. Elle peut s'enfuir
grâce à l'aide d'une medics.
· Une femme enceinte est attaquée de manière ciblée par des grenades
assourdissantes et s'effondre. Elle est brutalement arrêtée par trois
policiers/ères.
· Une grenade assourdissante explose sous une poussette (la famille n'a
pas participé à la manifestation). L'enfant d'un an et demi doit être
hospitalisé-e.
· Une personne est frappée brutalement par des policiers/ères. En plus
des coups de pied et poing dans le dos, sur les jambes et les pieds, elle
reçoit notamment trois coups de poing à l'oeil droit et des coups de
matraque. Lors de son arrestation, elle saigne fortement. Elle passera
dix jours en prison, soit jusqu'au 10 juin 2003, sans soins adéquats et
sans pouvoir obtenir un constat médical. A sa sortie de prison, elle
devra subir une intervention chirurgicale. Une enquête a été ouverte
contre cette personne pour «émeute, violence et menace contre les
autorités et les fonctionnaires, entrave à la circulation publique».
L'ordonnance de condamnation la déclare coupable d'émeute, mais l'exempte
de toute peine en raison de l'importante lésion de l'?il droit qu'elle a
subie lors de son arrestation. Le non-lieu est prononcé pour les autres
charges. Le juge a en outre ordonné la confiscation et la destruction des
deux couteaux suisses et de la cagoule appartenant à cette personne. Les
frais de l'enquête, qui se montent à Fr. 2'151.- en raison de la longue
détention, sont mis à la charge de la personne condamnée. Celle-ci a
déposé plainte contre la police le 27 août 2003. L'enquête est toujours
en cours, les policiers responsables des blessures sont identifiés.
· Une autre personne est également arrêtée. Apparemment, elle s'est
blessée en tombant lors de son arrestation. Elle a un large hématome.
Elle n'a été libérée que le vendredi 13 juin 2003.
· Suite à la détonation d'une grenade assourdissante à un mètre d'elle,
une personne a une perte importante d'acuité auditive. Elle souffre
également d'acouphènes. Le 7 juin elle souffre encore d'une perte
d'audition résiduelle.
· Nombre de personnes se plaignent encore plusieurs jours après la
manifestation de maux de tête et de bruits dans les oreilles dus aux
grenades assourdissantes.
· Au moment où la police charge la manifestation à coups de gaz
lacrymogènes et coups de matraque, deux personnes sont arrêtées.
· Une personne ayant quitté la manifestation dès les premières
confrontations avec la police se retrouve à l'avenue de Cour et s'adresse
aux forces de l'ordre pour savoir comment rejoindre le centre ville et
donc quitter la manifestation. A chaque fois, les policiers-ères lui
conseillent de partir vers la Maladière, alors qu'ils sont en train de
repousser tou-te-s les manifestant-e-s dans cette direction. A la
Maladière, elle redemande comment elle peut se rendre «pacifiquement» au
centre ville. Là, la police lui conseille de partir vers la Bourdonnette.
Elle se fait rejoindre par le cortège et se retrouve au milieu des
grenades lacrymogènes et assourdissantes. Elle essaie alors de quitter la
manifestation en avançant vers le cordon antiémeutes, les mains en l'air.
Les policiers/ères la laissent passer, mais elle se fait ensuite
interpeller par deux agents bernois qui procèdent à une fouille complète.
· Un cycliste bloque un camion militaire au giratoire de la Maladière. Un
policier descend du camion et le frappe avec une matraque.
· Plusieurs personnes sont chargées à coups de gaz lacrymogènes et de
grenades assourdissantes dans les passages sous-voies du giratoire de la
Maladière, alors qu'elles souhaitent se distancer de la manifestation. ·
Finalement, le cortège des manifestant-e-s sera conduit par la police
vers le camping de la Bourdonnette, à coups de gaz lacrymogènes et de
grenades assourdissantes. Des renforts de police arrivent, comprenant des
policiers/ères allemand-e-s.



Encerclement et arrestations

au camping de la Bourdonnette
Après avoir repoussé les manifestant-e-s au camping de la Bourdonnette,
la police organise le siège du lieu, dès 12 h 30: ses issues sont
bloquées et toutes les personnes présentes, qu'elles aient participé à la
manifestation ou non, sont empêchées de quitter l'emplacement. La police
annonce son intention de procéder à un contrôle d'identité. Elle ne
s'exprime qu'en français; les personnes encerclées tentent d'assurer
elles-mêmes une traduction sommaire, afin d'éviter l'amplification d'un
mouvement de panique naissant. Par ailleurs, elle fouille toutes les
tentes des campeurs/euses. Les personnes encerclées refusent de se
soumettre à un contrôle systématique d'identité, d'autant plus que
quelques-unes d'entre elles ne portent pas leurs documents d'identité sur
elles. La police déclenche alors une vaste opération d'arrestations, qui
durera environ cinq heures et se déroulera dans des conditions non
conformes aux droits humains: les personnes encerclées demeureront sous
un soleil tapant, sans nourriture, avec un approvisionnement difficile en
eau, sans accès à une assistance médicale, sans accès aux médicaments
personnels, limitées dans l'utilisation des sanitaires. Relevons
notamment qu'une femme victime d'un malaise n'a pu être secourue qu'à la
suite de l'insistance d'une députée sur place; qu'une femme a dû uriner
en plein air sous le regard de policiers mâles; que les personnes
encerclées doivent au surplus subir les railleries et provocations de
policiers/ères (par exemple: «vous avez faim, alors vous n'avez qu'à
boire de l'eau»). Selon des témoignages, la police vaudoise sera secondée
dans cette opération par des détachements des polices bâloise, bernoise,
genevoise. Vers 13 h 30, la police commence à emmener des personnes
encerclées, dont quelques-unes suivent, d'autres opposent une résistance
passive. De nombreuses violences sont perpétrées par les forces de
l'ordre dans cette phase de l'opération, notamment à l'endroit des
personnes qui se sont exprimées au mégaphone:
· sont utilisés de gestes tels que clés de bras, clés d'étranglement,
coups, introduction de doigts dans les yeux, les oreilles, le nez; · il
est fait usage de matraques pour séparer des personnes qui se tiennent
par les bras;
· des personnes sont traînées par terre, par les cheveux, par les pieds
ou saisies par le cou;
· des personnes déjà à terre sont assaillies par plusieurs policiers/ères
qui s'acharnent sur elles;
· toutes les personnes sont menottées, dont certaines de façon très
douloureuse car trop serrée.
· A titre d'exemple, une femme est portée par la police et ensuite lâchée
violemment à terre. Elle est victime d'une crise de spasmophilie. Après
avoir passé une heure et demie dans la tente médicale, elle sera arrêtée
et emmenée au centre de détention. A sa libération, l'examen médical
révélera une fissure du coccyx.

Progressivement, des intervenant-e-s extérieur-e-s affluent sur place, à
la demande de personnes encerclées et du groupe antirépression: d'abord
une députée, puis des membres du Comité vaudois anti-G8, Luc Recordon
(responsable des observateurs/trices), le Legal Team Europe. La députée
témoigne des agissements auxquels elle a assisté, en considérant que
l'intervention de la police est inadéquate, disproportionnée et de
surcroît ridicule. M. Recordon pense pour sa part que, d'après ses
observations, il n'y a pas à protester. Enfin, le Legal Team Europe
arrive sur place à 16 h 15, en provenance de Genève: ses membres
interviennent énergiquement auprès des responsables de police, afin de
faire cesser ce qu'ils/elles considèrent comme une intervention illégale
et totalement disproportionnée.
Petit à petit, très lentement, la police emmène des groupes de personnes
menottées dans ses fourgons, vers les centres de détention prévus à cet
effet dans un abri de protection civile et au centre de la police
cantonale, tous les deux situés au Mont-sur-Lausanne. A 17 h 45, après
avoir procédé à 312 arrestations (selon le gar), la police lève le siège
du camping de la Bourdonnette et abandonne sa volonté d'emmener toutes
les personnes présentes, sans explications.

Aux centres de détention

La détention et le contrôle des personnes emmenées par la police posera
des questions à plusieurs titres.
Du point de vue des violations de la légalité, la police a:
· procédé à des prises d'empreintes et de photos, sans qu'il y ait
ouverture d'enquête et sans répondre aux demandes de restitution au
moment de la libération;
· refusé d'établir un inventaire complet des affaires saisies;
· privé les mineur-e-s du droit d'avertir leurs parents;
· omis d'informer les personnes sur le motif de leur détention;
· abusé de son pouvoir en menaçant une personne de prolonger sa détention
à trois jours si elle demandait une traduction et une autre de prolonger
sa détention si elle insistait à poser des questions sur le sort des
autres détenu-e-s.
Notons en outre que la police n'a pas autorisé les détenu-e-s à contacter
le gar.

Du point de vue des conditions générales de détention, les traitements
dégradants et non conformes aux droits humains ont été systématiques. Les
détenu-e-s ont été:
· gardé-e-s pendant des heures dans des cellules ou locaux trop petits
(par exemple, 50 personnes enfermées dans une cellule d'environ 20 m2),
dans des fourgons, dans des souterrains mal aérés;
· gardé-e-s pendant des heures sans assistance et sans réponse des
gardien-ne-s;
· privé de nourriture et d'eau;
· limité-e-s dans leur accès aux sanitaires;
· empêché-e-s d'accéder à quelque soin que ce soit.

Du point de vue des mauvais traitements, la police a:
· proféré des insultes, notamment racistes;
· infligé des coups entraînant des blessures (par exemple, coups de
matraque sur le sexe d'un homme);
· forcé des femmes à uriner sous le regard d'hommes;
· infligé des humiliations (par exemple, elle n'a pas rendu le pantalon
d'une personne qu'elle avait forcée à se déshabiller et qui a dû attendre
des heures en caleçon).
·
Les détentu-e-s de la Bourdonette ont tou-te-s été libéré-e-s entre le
1er juin à 18 heures à et le 2 juin à 12 h 30.

Autres événements

Durant l'encerclement et les arrestations au camping de la Bourdonette,
10 policiers/ères investissent «Oulala c'forum». Trois personnes sont
arrêtées.
Dans la matinée, la police communique l'interdiction de la manifestation
prévue pour l'après-midi par le Comité vaudois anti-G8 et préalablement
autorisée. Cette communication est ensuite confirmée par le pouvoir
politique. Suite à des négociations, les autorités autorisent un
rassemblement mais maintiennent l'interdiciton d'un défilé. Néanmoins,
environ 5000 personnes se rassemblent au Parc de Milan et partent en
cortège en direction de Bellerive, puis, pour une partie, à la
Bourdonnette. La police n'intervient pas.
A 18 h 30, un train en provenance de Genève arrive à Berne. La police
bloque toutes les sorties. 36 personnes sont arrêtées.
A Zurich également, les manifestant-e-s sont attendu-e-s par un
déploiement important de policiers/ères.

Lundi 2 juin 2003

A 19 heures, sept personnes sont interpellées lors d'un contrôle routier,
apparemment en raison d'une confusion. Elles seront libérées à 1 h 30.

Mardi 3 juin 2003

A 2 h 40, deux personnes passent la frontière en voiture à Vallorbe en
direction de la France. Elles sont alors fouillées, retenues longtemps
sans raison et victimes d'intimidations. Un soldat avec un fusil se place
devant leur voiture. La douane française est informée et la même
procédure se répète. Cela dure environ deux heures.
A 8 h 15, la police lausannoise procède au contrôle de l'identité d'une
quinzaine de personnes, encore endormies au camping de la Bourdonnette.
Cela provoque un incident diplomatique, le camping se situe sur le
territoire de la commune voisine, qui ne saurait tolérer l'intrusion
lausannoise.
Une personne est arrêtée brutalement alors qu'elle refuse de donner son
identité. Elle est relâchée après avoir été contrôlée. Elle a un constat
médical.
Une manifestation contre la répression est organisée en solidarité avec
les personnes détenues à la prison du Bois-Mermet et des victimes de
l'action de la police sur le pont de l'Aubonne. Elle part du Grand-Pont à
10 heures. Beaucoup de policiers/ères sont présent-e-s et très
nerveux/ses. A la hauteur de l'Espace Autogéré, av. César-Roux, une
personne en train de sprayer est frappée à coups de matraque par des
policiers/ères. Sans logique apparente, la police canalise la
manifestation vers le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV),
les autres voies sont bloquées. A la rue du Bugnon, une personne est
jetée au sol par trois policiers alors qu'elle entend franchir le cordon
de police. A la hauteur du CHUV, la manifestation se fait encercler.
Après une heure, la police lève l'encerclement. La manifestation est
dissoute à l'Espace Autogéré. Une personne est arrêtée après la
manifestation et relâchée au bout de quelques heures.
Une personne est arrêtée à 14 h 30 à la Bourdonnette car elle a endommagé
une Mercedes sur le terrain de l'Université. Elle est relâchée à 18
heures. Le juge des mineurs ouvre une enquête pour dommages à la
propriété.

Mercredi 11 juin 2003

A 14 heures, une action est organisée par le gar. Elle se déroule devant
la prison du Bois-Mermet. Les manifestant-e-s revendiquent la libération
des personnes encore détenues et demandent de pouvoir avoir la liste de
toutes les personnes arrêtées et relâchées, conformément à l'engagement
de la police, qu'elle ne tiendra pas.

Vendredi 13 juin

Vers la fin de l'après-midi, la dernière personne est libérée.



Bilan

Bilan en chiffres

Au total, la permanence antirépression a répertorié 349 personnes
arrêtées durant la période du 22 mai au 3 juin. Parmi ces personnes, 19
sont mineures. 22 personnes ont fait l'objet d'une enquête. Parmi
celles-ci, 8 personnes sont liées à l'action de blocage autoroutier du
pont de l'Aubonne. Enfin, 5 personnes ont déposé des plaintes contre la
police.Ces chiffres se basent sur les témoignages recueillis par le gar. Ils
sont probablement en-dessous de la réalité, car toutes les personnes
concernées n'apportent pas leur témoignage.

Bilan juridique

Ci-dessous, nous présentons le résumé des qualifications juridiques
pouvant être retenues s'agissant des comportements des autorités lors des
manifestations du G8 à Lausanne, ainsi qu'un bilan des actions intentées
contre la police.

Violations de la liberté personnelle - Abus d'autorité -
Lésions corporelles -Insultes
Personnes interdites de filmer
Fouille dans la rue sans justification
Ordre de quitter la Suisse donné à des personnes qui n'ont pas subi de
contrôle à la frontière
Interdictions d'entrer en Suisse signifiées sur la base de «listes
noires» contenant des informations erronées
Plusieurs arrestations non justifiées, dont deux arrestations
«préventives» en l'absence de tout soupçon ou de tout délit.
Placement en détention préventive pour des délits mineurs, pour une durée
excessive: plus de 12 heures de détention pour de simples sprayages, les
auteurs ayant été arrêtés en flagrant délit, ayant admis les faits et
pouvant justifier de leur identité et d'une adresse fixe en Suisse. C'est
d'autant plus disproportionné que, vu les dégâts de peu d'importance, un
arrangement à l'amiable a pu être trouvé pour un retrait de plainte.Durée excessive de la détention préventive pour des personnes ayant été
arrêtées le 1er juin lors des manifestations du matin ou lors de
blocages: entre 4 et 10 jours de détention, alors que les faits sont
simples. Arrestations massives au camping de la Bourdonnette le 1er juin:
· personnes privées de liberté durant plus de 4 heures
· personnes emmenées à la police cantonale pour contrôle d'identité alors
qu'elles pouvaient se légitimer sur place
· mineur-e-s arrêté-e-s sans que les parents ne soient avertis
· insultes répétées contre des personnes arrêtées
· violences lorsque des personnes sont embarquées de force: clés de bras,
clés d'étranglement, menottes trop serrées, doigts introduits dans les
nez / yeux / oreilles, coup de poing,
· personnes portées puis brutalement lâchées à terre, le tout entraînant
des lésions corporelles
· refus de la police de donner accès aux soins durant plusieurs heures ·
lieu de détention non approprié: abri de protection civile équipé de
cages métalliques,
· personnes détenues en grand nombre dans un trop petit espace, personnes
placées dans des placards ou des armoires
· refus de laisser les personnes arrêtées contacter la permanence
juridique · aucune indication des motifs justifiant l'arrestation
· prise de matériel d'identification sans ouverture d'une enquête pénale
· 312 arrestations qui ne débouchent sur aucune procédure pénale ou
autre: elles doivent être assimilées à un contrôle d'identité, avec
recours à des moyens disproportionnés.
· mauvais traitements ou traitements dégradants: personnes empêchées de
boire tout en étant obligées de rester sur place au soleil, femmes devant
uriner sous le regard de policiers mâles.


Usage disproportionné de la force -
Abus d'autorité - Lésions corporelles
Interventions intempestives de policiers lourdement équipés («robocops»)
à la gare de Lausanne
Utilisation excessive de la force et des armes (grenades lacrymogènes ou
assourdissantes, matraques, coups de poing avec gants spéciaux renforcés)
lors des manifestations du dimanche matin:
· nombreuses lésions corporelles, dont certaines graves
· A noter le recours abusif aux grenades assourdissantes, qui ont
provoqué des brûlures, des pertes d'audition, des blessures graves aux
jambes, une déchirure de la rétine, ainsi que l'hospitalisation d'un
enfant de 1 an et demi.
· La police n'a pas apporté les secours nécessaires aux blessé-e-s ou a
empêché que de soins soient prodigués sur place.
· Des personnes ne présentant manifestement pas de danger particulier ont
été attaquées: une femme enceinte, un enfant dans une poussette.

Usage disproportionné de la force -
Mise en danger de la vie - Lésions corporelles -
Tentative d'homicide - Abus d'autorité - Insultes
Intervention catastrophique de la police lors d'un blocage de
l'autoroute, avec coupure d'une corde retenant deux personnes, entraînant
des lésions corporelles graves et une mise en danger de la vie, voire
tentative d'homicide; les autres participant-e-s ont également subi une
mise en danger de la vie, la police ayant fait circuler des voitures sur
l'autoroute en présence de nombreux/euses manifestant-e-s. Insultes
répétées de la part de la police.

Actions intentées contre la police

A notre connaissance, les 5 plaintes suivantes ont été déposées contre la
police:
· deux plaintes contre le policier qui a coupé la corde lors du blocage
autoroutier du pont de l'Aubonne et contre son commandement, ainsi que
contre l'intervention générale de la police dans ce cadre;
· une contre l'intervention des policiers/ères contre les activistes sur
le pont lors de ce même événement;
· une contre le policier qui a gravement blessé à l'?il une personne au
cours de son arrestation;
· une contre les policiers/ères ayant utilisé des grenades
assourdissantes et ayant blessé une activiste par ce moyen.

Du point de vue de l'activité des instances judiciaires, nous constatons
que les enquêtes ouvertes à la suite de ces plaintes sont instruites de
manière très lente. Aucune inculpation n'est prononcée à ce jour. Dans un
cas, l'identification des policiers/ères responsables du fait n'a même
pas encore eu lieu. Cela contraste avec la rapidité avec laquelle les
enquêtes ouvertes contre les activistes ont été conduites et ont débouché
sur des condamnations.
Du point de vue de l'attitude de la police, nous constatons que celle-ci
conteste toute responsabi-lité et ne prend aucune mesure disciplinaire
contre les responsables.


Bilan politique

Nous l'avons indiqué, du point de vue de la répression il y a eu un avant
et un après G8. Nous n'entendons pas par là qu'il y ait eu une rupture,
mais une accélération de processus qui étaient en cours de façon plus ou
moins larvée.

Confusion et exploitation politiques:
«violence», «casseurs/euses», «black bloc»

Ces trois termes se sont imposés dans le langage médiatique et politique
courant, sans souci de définition, comme si leur sens faisait l'objet
d'un consensus, y compris quant aux personnes qu'ils désignent: des
manifestant-e-s, toujours. Ces représentations atteignent la caricature.
Or, qu'est-ce qu'une action violente de la part de manifestant-e-s? Des
insultes proférées contre des hommes et femmes politiques ou contre la
police? Le jet d'objets contre un barrage de policiers/ères antiémeutes?
Le barbouillage d'une affiche? Le sprayage d'un slogan sur un mur? Le
bris d'une vitrine? Le saccage d'un commerce? L'érection d'une barricade?
L'usage d'explosifs? La prise d'otages? L'atteinte à l'intégrité physique
de personnes? Le meurtre? L'attentat à l'explosif contre des populations
civiles? A écouter celles et ceux qui parlent de «violence» on ne sait
pas au juste ce qu'ils/elles désignent dans cette gamme d'actions très
large. A l'inverse, la violence des institutions capitalistes et la
violence de la police en armes contre les manifestant-e-s sont
complètement ignorées, à croire qu'elles constituent la norme.
Quant au terme de «casseur/euse», il a désormais reçu son homologation.
Qu'est-ce qu'un-e casseur/euse? Une personne qui commet des actes
gratuits de déprédation, atteignant aux sacrosaints biens matériels. Pas
de débat sur ce que ce genre d'action peut représenter, ni sur le
pratiques de provocation et d'infiltration policières sur ce terrain
privilégié de la manipulation. Cependant, il faut relever une certaine
ambiguïté au sein de la gauche: selon les épisodes, les auteurs/trices de
déprédations ne sont pas qualifié-e-s de casseurs/euses, comme s'il y
avait une casse propre et une casse à condamner, selon des critères
d'opportunité politique du moment.
Enfin «le black bloc» qui, au niveau des fantasmes, semble fournir le
support idéal de projection du Mal, sorte de synthèse des deux
représentations décrites ci-dessus, renforcées par le port si controversé
de la cagoule. Le black bloc est une forme d'action, mais médias et
personnages politiques insistent à vouloir le faire passer pour une
organisation structurée au sein de laquelle agissent des «manifestant-e-s
violent-e-s», d'ailleurs «casseur/euses».
Bien que la ficelle soit grosse, il est consternant de constater à quel
point une majorité des forces de la gauche se laisse entraîner dans ces
représentations, si clairement utilisées pour manipuler et diviser le
mouvement, pour le criminaliser, pour justifier et légitimer la
répression. Il serait opportun qu'à gauche on veille d'une part à la
portée et à la définition des vocables qu'on emploie et, d'autre part, on
consente l'effort de mémoire qui permet de se souvenir que les luttes
sociales n'ont pas toujours respecté l'intégrité des biens matériels. Le
débat sur les formes d'action des un-e-s et des autres est intéressant et
légitime; la collaboration avec les man?uvres de criminalisation d'une
partie du mouvement est à éviter. Or nous ne sommes pas, en ce moment,
sur le bon chemin.

Polices, armes, armée

A Lausanne, le G8 a permis la régularisation de la police antiémeutes.
Depuis les années '80 elle n'apparaissait plus qu'exceptionnellement. Le
G8 a été l'occasion de l'équiper et de la légitimer. Désormais, il est
rare qu'une manifestation se déroule sans la présence visible ou à
proximité de grappes nombreuses de policiers/ères antiémeutes.
A Lausanne toujours, nous avons pu constater un important élargissement
de l'autonomie de la police. Lors de récentes manifestations, compte tenu
des déploiements de policiers/ères antiémeutes, la permanence du gar a
été amené à interpeller des conseillers/ères municipaux/ales et le
syndic. Il ressort de leurs déclarations que le chef de la police a reçu
de la Municipalité des instructions générales au terme desquelles il lui
appartient d'évaluer la situation sur le terrain et de décider l'envoi de
détachements antiémeutes en cas d'«indications spéciales». Apparemment,
la police jouit de la part du politique d'une très grande délégation dans
l'appréciation de l'opportunité des interventions. Cette place croissante
que prend la police en ville de Lausanne est confirmée par les éléments
déjà relevés plus haut relatifs à sa pénétration de plus en plus
importante dans la conception de la prise en charge des désordres sociaux
occasionnés par la précarisation des conditions d'existence. Elle se
concrétise d'ailleurs par une très grande visibilité des forces de police
en ville, résolument omniprésentes.
Cette évolution s'inscrit bien entendu dans la tendance générale vers un
affinement de la gestion policière de la société. En ce sens, le G8 aura
mis en évidence et permis d'exercer aussi la collaboration des corps de
police des différents cantons, voire de pays limitrophes. On assiste à
une tendance vers l'uniformisation de la formation et de l'entraînement
des polices, une globalisation policière en quelque sorte, qui assoit sa
légitimité sur les menaces réelles ou supposées de terrorisme.
Dans ce même contexte, il importe de relever l'implication de l'armée.
Censée protéger la population contre les menaces extérieures, celle-ci
est utilisée face à la population civile, pour le maintien de l'ordre
intérieur, comme auxiliaire de la police. Bien que cela ne représente pas
une nouveauté dans l'histoire helvétique, le détournement n'est pas
anodin du point de vue de la désignation de l'ennemi à maîtriser.
Du climat d'obsession sécuritaire et de criminalisation des mouvements
sociaux découle aussi une utilisation de la part de la police d'armes
anciennes et nouvelles. Durant le G8, la police a fait un large usage de
matraques, gaz lacrymogènes, lances à eau, grenades assourdissantes,
balles en caoutchouc. Elle a occasionné de nombreuses blessures. Il nous
paraît évident que la police, s'il ne se trouve personne pour lui mettre
des limites, agit dans ce domaine comme bon lui semble dans la logique
qui lui est propre. Force est de constater qu'il n'y a pas de discussion
politique sur l'opportunité et l'ampleur de l'usage d'armes contre les
manifestant-e-s. La gauche institutionnelle ne fait pas exception et
semble s'accomoder parfaitement de cette nouveauté dès lors qu'elle est
dirigée contre des «manifestant-e-s violent-e-s» d'ailleurs
«casseurs/euses» et membres «du black bloc». Nous pensons qu'il est
urgent de s'en inquiéter. D'autant plus urgent que le fonctionnement de
la justice lors de plaintes contre la police n'est pas satisfaisant
(lenteur et extrême réticence à inculper des policiers/ères) et que, du
côté de la police, il n'y a aucune reconnaissance de ses responsabilités
dans des événements graves et aucune mesure n'est prise pour les
sanctionner.

Formes de répression

Hormis la répression par la présence intimidante ou la force brutale de
la police, d'autres moyens de répression ont été mis en ?uvre et se sont
renforcés depuis le G8.
Nous avons été confronté-e-s à la suspension de libertés fondamentales
dans des zones de la ville et dans le pays, touchant notamment la liberté
de mouvement et les libertés d'opinion, d'expression et de réunion. Nous
pensons notamment aux zones rouge et jaune de la ville de Lausanne et aux
interdictions infondées d'entrer dans le pays.
Dans ce domaine, nous n'avons pas encore la pleine mesure du fichage
politique lors de ce genre de mobilisation, fichage qui a eu lieu en
l'occurrence au travers des arrestations massives de la Bourdonnette. A
cet égard, relevons que l'épisode de la Bourdonnette suggère une
tentative d'imposer les contrôles d'identité massifs. Les événements qui
se sont déroulés à Landquart en janvier 2004 confirment cette stratégie.
Parmi les pratiques qui se sont affirmées, puis élargies, à l'occasion du
G8, relevons encore les contrôles au faciès et les arrestations
préventives, lesquelles, faut-il le rappeler, n'ont pas de base légale.
Dans ces registres, c'est le droit de manifester qui est attaqué. La
tentative de le limiter est évidente et clairement illustrée par
différents épisodes: l'interdiction de la manifestation du dimanche
après-midi 1er juin 2003 à Lausanne; ou encore le projet de loi genevois,
prévoyant de tels obstacles à l'organisation de manifestations politiques
qu'elle en devient quasi impossible. Il est à noter que ces obstacles à
l'organisation de manifestations sont déjà testés, avec ou sans loi
spécifique pour les fonder. A cet égard, il est édifiant d'observer
l'utilisation grandissante des moyens de répression pécuniaire, qui
invoquent notamment la responsabilité civile des organisateurs/trices
dans les dommages causés à des tiers. Rien de tel pour étouffer un
mouvement que de le ruiner ou d'en ruiner les représentant-e-s réel-le-s
ou supposé-e-s.
Enfin, nous mentionnerons la résurgence de l'interdiction
professionnelle: plusieurs personnes ont fait l'objet de menaces plus ou
moins directes sur leur emploi, suite à leur implication dans la
résistance contre le G8 ou dans des activités militantes particulièrement
réprimées.

Cibles privilégiées de la répression

A Lausanne, depuis le G8, nous constatons un acharnement manifeste des
autorités contre les milieux alternatifs. Il est peut-être bien la
conséquence des menaces que ces milieux ont reçues durant le G8 par des
représentant-e-s du PSL. Cet acharnement revêt plusieurs formes.
A Lausanne et dans ses environs, d'avril 2003 à avril 2004, 10 maisons
occupées par des squats ont été fermées. La police lausannoise est
intervenue sans hésitation dans l'évacuation violente de squats, même en
plein hiver, contrairement à la pratique en vigueur précédemment.
Le Puits, centre de culture alternative qui avait joué un rôle dans
l'organisation d'événements durant le G8, a été évacué et muré par les
autorités lausannoises. Des militant-e-s de ce lieu ont été amendé-e-s
pour débit de boissons non autorisé : entre amendes et frais, ils en ont
pour environ Fr. 15.000.-.
La manifestation roulante (février 2004) et la manifestation dénonçant la
crise du logement (mars 2004) ont été sévèrement encadrées par la police
en tenue antiémeute, sans que des événements sur le terrain en donnent
les raisons. Questionné à cet égard par la permanence du gar, le syndic
de Lausanne a affirmé que ces déploiements sont motivés par la présence
dans les manifestations de personnes liées à l'Espace autogéré car, en
raison de leur rôle durant le G8, la Municipalité ne leur fait pas
confiance. Cependant, la répression s'étend à des milieux plus
institutionnels. Récemment, on a vu à Lausanne des syndicalistes
condamné-e-s à des peines de prison avec sursis pour avoir entravé durant
quelques quarts d'heure la circulation des transports publics, lors du
détournement de parcours de la manifestation du 1er mai 2001.
Le gar considère qu'il est urgent d'unir les forces de résistance à la
répression, en surmontant dans ce domaine les clivages dus aux choix
différents de moyens d'action politique.

Annexes (sur demande)

«Appel de la Coordination européenne contre le G8»
«Mémorandum d'accord entre le Conseil d'Etat de la République et Canton
de Genève et la Police genevoise et le Forum Social Lémanique»
Communiqué de presse du 13 mai 2003 du FSL «Objectifs et moyens d'action
de la mobilisation anti-G8»
«Déclaration du comité vaudois anti-G8/G21»
«Charte de la permanence juridique genevoise pour la défense des droits
fondamentaux de tou-te-s les manifestant-e-s pendant le sommet du G8
d'Evian - juin 2003»
«Protocole d'accord entre le Comité vaudois anti-G8 et les représentants
de l'Etat pour les manifestations du 29 et 31 mai, 1er juin 2003»
«Doctrine d'engagement des forces de police pendant le Sommet du G8»,
relative au Canton de Vaud «Sommet du G8 d'Evian - Rapport final du
Conseil d'Etat au Grand Conseil et Réponse complémentaire à
l'interpellation Philippe Martinet», document relatif au canton de Vaud
(nous pouvons vous faire parvenir une copie en cas de demande)«Réponse du Conseil d'Etat aux interpellations Félix Glutz, Jean-Paul
Dudt, Christian van Singer, Yves Ferrari, Jean-Yves Pidoux et Patrick de
Preux concernant le G8», document relatif au canton de Vaud (nous pouvons
vous faire parvenir une copie en cas de demande)

«Pol Cant information - Spécial Sommet d'Evian - Hors série août 2003»,
document relatif au canton de Vaud (nous pouvons vous faire parvenir une
copie en cas de demande)

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Document transmis par la Coordination anti-OMC de Lausanne
mail : contre-attaque(a)squat.net




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*******
****** Agence de Presse A-Infos ******
Information d'intérêt pour et au sujet des anarchistes

INFO: http://ainfos.ca/org http://ainfos.ca/org/faq-fr.html
AIDE: a-infos-org@ainfos.ca
ABONNEMENT: envoyer un email à lists@ainfos.ca avec la commande suivante
dans le corps du message "subscribe (ou unsubscribe) nomdelaliste votre@email".

Les options pour toutes les listes se trouvent à http://www.ainfos.ca/options.html


A-Infos Information Center