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(fr) Bilan de la permanence antirépression G8 - 2003 Evian (1)

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Fri, 25 Jun 2004 18:05:39 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

Il s'agit de la première partie du bilan du groupe antirépression (gar)
de Lausanne. Nous ne parlerons que de ce qui concerne la répression. Il
ne s'agit pas d'un bilan politique général des mobilisations contre le G8
à Evian en 2003.
-------------------------------------------------------
Les pages qui suivent constituent un modeste bilan de la permanence
antirépression de Lausanne, mise en place pendant les mobilisations
contre le G8 d'Evian en mai-juin 2003. Ce bilan nous le terminons une
année plus tard. Depuis le G8, beaucoup de choses se sont passées du
point de vue de la répression policière (notamment, la répression de
Landquart au retour de la manifestation autorisée de Coire contre le WEF
2004, des évacuations musclées de plusieurs squats sur le plan
lausannois, pour ne citer que quelques-unes des interventions violentes
dont la police nous a gratifié-e-s). Il nous paraît donc d'autant plus
important de garder une trace de ce qui s'est déroulé pendant le G8, dans
la mesure où il apparaît assez clairement - pour Lausanne du moins - que
du point de vue de la répression il y a un avant et un après G8. La
présence bien visible des antiémeutes lors des dernières manifestations en
témoigne.
Contexte médiatique et politique

Un climat de psychose

Le premier élément qu'il est essentiel de rappeler est le climat de
psychose généralisée. Durant les mois précédant les événements, les
interventions publiques alarmistes et angoissées des élu-e-s sur les
dégâts que pourrait engendrer la venue de centaines de milliers de
manifestant-e-s à Lausanne n'ont cessé de faire écho aux révélations,
scoops et autres analyses des us et coutumes présumés du fameux black
bloc dont nous abreuvaient les médias. Signalons encore l'éventualité
d'actes terroristes liés à la guerre en Irak invoquée à diverses reprises
pour légitimer des mesures de sécurité de grandes ampleurs. Suite à
l'annonce de la "fin" de la guerre en Irak, le dispositif de sécurité
prévu fut revu à la baisse. On avait annoncé le pire: fermeture de
l'autoroute N1 pendant le transport des délégations, navigation sur le
lac Léman interdite, centre-ville de Lausanne bouclé en raison des hôtels
à sécuriser, etc. Une large partie de la population était dès lors
susceptible d'accepter sans trop broncher une réduction drastique de ses
libertés.


Deux événements significatifs

Dans ce climat, deux événements ont pris une signification particulière
et ont eu des conséquences importantes pour la suite.
Le premier a eu lieu à Genève le 29 mars 2003. Suite à une manifestation
contre l'OMC et la guerre en Irak, la police donna le ton et montra de
quoi elle était capable quelques mois avant le G8: des manifestant-e-s
rentrant chez elles/eux furent violemment chargé-e-s par des antiémeutes
dans la gare de Cornavin. Plusieurs d'entres elles/eux furent grièvement
blessé-e-s. Conjointement aux coups de matraque, la police tira des
balles colorantes, ce qui causa une blessure grave à une manifestante
visée au visage. Dès lors, toutes celles et tous ceux qui s'organisaient
contre le sommet d'Evian pouvaient craindre le pire du comportement futur
de la police. La nécessité d'organiser une permanence antirépression dans
les différents lieux de mobilisation durant le G8 se confirmait. Par la
suite, les autorités ont été contraintes de reconnaître que la police
avait commis une bavure à Cornavin, ce qui causa la démission du chef de
la police genevoise, sans qu'il y ait toutefois de remise en cause
politique. Ainsi, si la police s'était donc vue un peu réfreinée dans ses
élans répressifs en raison du retentissement médiatique de cette affaire,
il n'en demeure pas moins qu'après cet affront, elle attendait sa
revanche. Cet événement et ses suites ont sans aucun doute influencé le
mode d'intervention de la police à Genève, mais également à Lausanne.
Le deuxième événement, moins spectaculaire, se déroula à Lausanne le 1er
mai où, à la fin du cortège officiel, une action symbolique a lieu contre
l'Hôtel de luxe Lausanne-Palace. A la surprise des organisateurs/trices
de l'action, elle se conclut par une légère casse. Dans le climat
d'alors, cet épisode mineur alimenta la psychose ambiante et offrit un
prétexte à beaucoup de personnes pour ne pas se mobiliser dans le cadre
de
l'organisation des résistances.


Panorama lémanique

Le sommet du G8/G21 a suscité l'organisation de manifestations et
d'actions de contestation des deux côtés de la frontière franco-suisse,
de façon coordonnée pour une partie d'entre elles. De multiples
acteurs/trices s'y sont employé-e-s.

Les collectifs

La Coordination européenne contre le G8 réunissait de nombreuses
organisations de France, Suisse, Allemagne, Grande-Bretagne. Elle a lancé
un appel à la mobilisation (en annexe).

Le Collectif haut savoyard de résistance au G8 (CHARG8) réunissait des
organisations françaises. Il était responsable des mobilisations sur
territoire français et interlocuteur des autorités.

Le Forum social lémanique (FSL) réunissait de nombreuses organisations
genevoises, politiques, syndicales et associatives. Il a été le
signataire du "Mémorandum d'accord" avec le Conseil d'Etat de la
République et Canton de Genève, portant sur l'ensemble des manifestations
et actions anti-G8 (en annexe). FSL et CHARG8 ont négocié, ensemble, les
conditions de la manifestation inter-frontières avec les autorités
franco-suisses réunies. Le FSL s'est doté d'une déclaration sur les
"Objectifs et moyens d'action de la mobilisation anti-G8" (en annexe). Il
appelait à une grande
manifestation pacifique et, dans des lieux et à des moments différents, à
des actions de blocages non violents.
Il demandait par ailleurs de renoncer "à d'autres types d'action pendant
le G8, notamment? s'attaquer aux façades d'établissements symbolisant le
pouvoir capitaliste en général". A l'heure où ce rapport est rédigé, nous
savons que l'un des principaux animateurs du FSL est attaqué par un juge
d'instruction genevois qui, à la suite d'une plainte déposée par l'Union
démocratique du centre (UDC), l'a inculpé d'incitation à la désobéissance
civile, émeute, dommages à la propriété, violation de domicile.

La Convergence des luttes antiautoritaires et anticapitalistes contre le
G8 (CLAAACG8) rassemblait des mouvements d'inspiration libertaire. Non
membre du CHARG8 et du FSL, elle s'organisait parallèlement à ces
collectifs.

Les groupes locaux. Tout autour du lac Léman, des groupes locaux ont été
actifs dans l'organisation d'actions et manifestations, plus ou moins
coordonnées.

La Coordination anti-OMC, active indépendamment de la mobilisation contre
le G8, a joué un rôle dans l'organisation et la coordination de
différents groupements, en vue de la mise sur pied d'actions et
manifestations.

Le Comité vaudois anti-G8 réunissait des personnes de différentes
provenances et non des organisations associatives, politiques ou
syndicales. Il était en contact avec le FSL, les deux groupements
coordonnant leurs actions. Le Comité vaudois anti-G8 était
l'interlocuteur des autorités locales, cantonales et communales, avec
lesquelles il a signé un "Protocole d'accord" (en annexe). Imitant le
FSL, le Comité vaudois anti-G8 a publié sa propre déclaration.


Les villages

Plusieurs villages ont été mis en place pour accueillir les
manifestant-e-s, expérimentant des modes d'organisation sociale
alternatifs.

Le village intergalactique (VIG), sur sol français, représenté par
différentes mouvances, notamment trotskistes.

Le village alternatif, anticapitaliste et antiguerre (VAAAG), sur sol
français, d'inspiration libertaire.

Le village du Bout du Monde, sur sol genevois, représenté par différentes
mouvances.

La zone autogérée (ZAGE), sur sol genevois, d'inspiration libertaire.

Oulala c'village, devenu Oulala c'forum, sur sol vaudois, près de la
Bourdonnette mais au bord du lac, équipé pour des activités culturelles
et peuplé par des organisateurs/trices et de campeurs/euses.

La Bourdonnette, sur sol vaudois, installée "de force" (voir plus loin)
par les autorités vaudoises et finalement investie par des
campeurs/euses.

L'antirépression

Deux collectifs se sont mis en place spécifiquement dans le but de
contrer la répression policière et judiciaire.
La permanence juridique genevoise. Indépendante des autorités et des
organisateurs/trices de manifestations et actions, elle se donnait comme
objectifs de veiller au respect des droits des manifestant-e-s autant sur
sol français que suisse et de soutenir juridiquement les manifestant-e-s
qui seraient poursuivi-e-s en relation à la mobilisation contre le G8.
Elle disposait de legal-teams (groupes légaux) sur le terrain, chargés de
l'observation et de la récolte de témoignages. Elle s'est dotée d'une
charte (en annexe).

Le groupe antirépression (gar) de Lausanne, voir chapitre de ce rapport.

Hormis ces deux groupes clairement constitués, différents acteurs/trices
ont été amené-e-s à se mêler de près ou de loin de questions relatives à
la répression, rendant parfois complexe la lecture du dispositif anti-G8.
Citons, en vrac:

· le centre de convergence de Lausanne;
· les centres d'information des différents villages;
· les groupes média disséminés un peu partout et mobiles;
· les équipes médicales des manifestant-e-s (connues sous les
appellations de médics ou sani);
· les groupes d'observateurs/trices parlementaires mis en place à Genève
et à Lausanne;
· Amnesty international, section France, qui a fonctionné comme
observateur, à Genève et Lausanne, lors de manifestations autorisées; ·
le groupe de facilitateurs/trices mis en place par le gar lausannois; ·
les legal-teams italiens, qui ont offert leur contribution à Genève et
Lausanne, de façon indépendante, mais en lien avec la permanence
juridique et le gar.


Les crispations

Comme il a déjà été indiqué, le climat qui a précédé le sommet G8/G21
était très tendu, empreint de délire sécuritaire. Les
organisateurs/trices des manifestations ont subi de fortes pressions de
la part des forces politiques, des autorités et de la police. Des
tensions se sont exacerbées entre différentes mouvances autour de la
pertinence d'actions impliquant d'éventuels dommages à la propriété. Le
débat autour de la "violence" faisait rage, sans que l'on pût définir
précisément ce que chacun-e entendait par "violence". L'organisation de
blocages représentait un enjeu central. Faut-il rappeler qu'une
résistance à ce genre de sommet n'est pas imaginable sans ce type
d'action? Dans un premier temps, autant le FSL que le Comité vaudois
anti-G8 appelaient donc à des blocages. Dans ce
contexte, le FSL et le Comité vaudois anti-G8 ont élaboré leurs
déclarations, appelant les manifestant-e-s à renoncer à des actions
susceptibles d'entraîner des "destructions matérielles". Le FSL a
maintenu son appel à des blocages "non-violents"; le Comité vaudois
anti-G8 a retiré le sien. Pendant ce temps et quoi qu'il en soit, des
actions de blocage se préparaient (ponts de Genève, pont d'Aubonne,
Morges, accès au débarcadère de Lausanne, etc.). Il semble que, de façon
plus ou moins explicite, des appels informels laissaient entendre que les
blocages les plus radicaux se dérouleraient à Lausanne.

Nébuleuse?

Le climat de tension, les nombreux/euses interlocuteurs/trices du côté
des autorités, compte tenu de l'implication de deux pays et des
structures fédéralistes suisses, le grand nombre d'acteurs/trices et
collectifs en jeu, la panoplie de structures par compétences, tout ce que
nous avons très sommairement décrit ci-dessus donne une petite idée de la
complexité, mais aussi de la richesse du paysage, voire de la nébuleuse
dans laquelle le groupe antirépression de Lausanne a dû se construire et
se mouvoir.

Panorama vaudois

A l'échelle vaudoise aussi il est utile de rappeler brièvement de quelle
façon s'est construite l'activité d'opposition au G8 et quel-le-s
acteurs/trices s'y sont impliqué-e-s.


La Coordination anti-OMC

Dans la foulée des mobilisations annuelles contre le WEF de Davos, la
Coordination anti-OMC de Lausanne a appelé, en 2003, à des assemblées
générales en vue de préparer les mobilisations contre le G8. Ces
assemblées ont permis à de nombreuses personnes de se rencontrer et de
s'organiser. A partir de là, moult actions ont été mises sur pied dès
mars 2003, telles que manifestations à vélo, théâtre de rue, fêtes de
soutien, distribution de tracts, diffusion d'un agenda reprenant
l'ensemble des activités mises sur pied à Lausanne et environs. La
Coordination anti-OMC a joué un rôle dans la distribution de
l'information antirépression. Lors du G8 lui-même, les participant-e-s
aux assemblées générales et les membres de la Coordination anti-OMC se
sont fondu-e-s dans les diverses actions menées contre la tenue du
sommet.

Les feux au lac

Le coup d'envoi de la campagne a été donné en novembre 2002 par de très
médiatiques personnages: Joseph Zisyadis, secrétaire du Parti ouvrier et
populaire (POP) vaudois, député au Grand Conseil vaudois et au Conseil
national, ainsi qu?Aristides Pedraza, personnage phare de l'Organisation
socialiste libertaire (OSL) et du syndicat SUD - Service public du canton
de Vaud. Ces deux personnalités politiques ont convoqué la presse pour
annoncer, sans concertation préalable avec d'autres acteurs/trices
locaux/ales, l'intention d'allumer des feux sur les rives du lac Léman à
l'occasion du sommet.


Le Comité vaudois anti-G8

Il s'est constitué autour de ce premier appel, ce qui a peut-être
représenté le début des malentendus et des contradictions. Le Comité
vaudois anti-G8 (ci-après le Comité) était composé d'individus, pour la
plupart organisés dans des partis politiques, des associations ou des
syndicats, mais ne représentant qu'eux-mêmes en l'occurrence. Pour
l'essentiel, ces individus émanaient de différentes mouvances
alternatives et libertaires, ainsi que du POP/Gauche en mouvement et du
Parti
socia-liste vaudois (PSV). On notera une très faible participation de
militant-e-s institutionnel-le-s, à savoir lié-e-s à des partis ou à des
syndicats. Au surplus, les rares institutionnel-le-s présent-e-s ont
souvent joué un rôle de frein aux mobilisations.
Ainsi en est-il du PSV: d'emblée, ce dernier a donné son accord pour les
"feux au lac", mais s'est fermement opposé à l'organisation de toute
autre manifestation à Lausanne, se bornant à appeler à la grande
mobilisation du 1er juin à Genève. Selon toute vraisemblance, cette
position de retrait est due au fait que la ville de Lausanne a un
gouvernement à majorité rose-verte: sur sept conseillers/ères
municipaux/ales, trois sont
socialistes, allié-e-s avec un vert, le syndic. Dans ce contexte, la très
faible épaisseur politique d'une bonne partie des personnes concernées,
les orientations politiques du parti expliquent certainement que le PSV a
?uvré davantage dans le souci de protéger les vitrines de sa ville contre
d'hypothétiques casseurs/euses que dans celui d'accueillir des
manifestations visant à fustiger des politiques qui détruisent la
planète, ses habitant-e-s et ses sociétés. En filigrane perçait avant
tout la préoccupation électorale.
Par ailleurs, il est utile de relever la sympathie que l'exécutif
lausannois témoigne à l'égard des théories sécuritaires importées des
Etats-Unis et connues sous la dénomination de "tolérance zéro", dont elle
a une pratique éprouvée, au point qu'elle s'est dotée d'un "observatoire
de la sécurité" qu'elle a eu le bon goût d'inaugurer en mai 2003 et de
différents plans de disciplinarisation des populations considérées comme
gênantes. Toujours est-il que les tensions ont été tellement vives qu'on
a pu croire à un moment donné que le PSV considérait les
organisateurs/trices de manifestations comme des ennemi-e-s politiques
locaux/ales plutôt que comme des opposant-e-s au système capitaliste
mondialisé. Rappelons d'ailleurs que la présidente d'alors du PSL (Parti
socialiste lausannois) a proféré des menaces contre les milieux
alternatifs en pleine séance du Comité, laissant entendre que les lieux
alternatifs de la ville pourraient souffrir de leurs agissements.
Si nous nous sommes arrêté-e-s sur la description de la position du PSV
c'est parce que, comme nous le verrons à l'heure des conclusions, elle
n'est pas sans conséquences sur l'intensité de la répression à Lausanne,
durant le G8 et après.
Les pirouettes de Joseph Zisyadis également méritent qu'on s'y attarde
quelques lignes, comme celles de quelques-uns de ses camarades de parti.
M. Zisyadis était donc l'un des initiateurs médiatiques des "feux au
lac". Il a été le fossoyeur médiatique du Comité. Nous formons
l'hypothèse que le personnage, bien que s'étant lui-même mis en avant
sans y avoir été requis, s'est trouvé embarrassé en vedette d'un
groupement qu'il ne maîtrisait pas et qui ne le suivait pas comme un seul
homme, mais
l'entraînait plutôt là où il ne voulait pas aller, ce qui était
susceptible d'avoir des conséquences électorales. On le sait, son mot
d'ordre est "chaque voix compte", de celles qui sont glissées dans l'urne
s'entend. Celles qui s'expriment dans la rue apparemment font plus peur,
les risques de casse quant à eux ont visiblement la faculté de tétaniser
l'homus politicus vaudois. Toujours est-il que M. Zisyadis, entouré
d'alternatifs/ves, ne savait plus comment s'en sortir. Alors il a tiré
profit de l'épisode déjà décrit du 1er mai à Lausanne. Entouré d'une
escouade de journalistes accouru-e-s pour l'occasion, il a enjoint le
Comité de condamner publiquement et fermement cet épisode. Le dit Comité
a tenu un long débat où on en a entendu de toutes les couleurs, jusqu'à
la comparaison de la part d'un membre du POP entre des graffitis en tout
genre et des inscriptions de croix gammées sur les murs des synagogues,
c'est dire si l'on était loin des quelques pots de buissons endommagés
devant l'hôtel Palace. Le dit Comité a finalement résolu d'entrer en
matière, mais s'est borné à la formule selon laquelle il ne se
reconnaissait pas dans l'événement du 1er mai. M. Zisyadis, non content,
a quitté sur-le-champ et avec fracas le Comité, à quelques jours de
l'ouverture du sommet. Rappelons qu'il ne représentait que lui-même et
non son parti, dont des membres ont poursuivi leur engagement dans les
mobilisations, non sans subir des pressions.
En fin de comptes, à quelques encablures de l'ouverture du sommet, le
Comité s'est trouvé quasi totalement dépourvu de représentant-e-s
institutionnel-le-s. Le PSV continuait d'y envoyer les sien-ne-s, pour
des raisons que lui seul connaît, le contrôle vraisemblablement. C'est à
cette période qu'Aristides Pedraza, enseignant à l'Ecole professionnelle,
a eu vent de menaces qui pesaient sur lui: un député libéral, Patrick de
Preux, préparait une interpellation au Grand Conseil qui le mettait en
cause sur des questions d'hypothétiques "infractions ou délits
d'incitation à la violence ou à la désobéissance civile", "de ses devoirs
en tant qu'employé de l'Etat de Vaud et de son devoir de loyauté". Sous
pression de toutes parts, le Comité a alors publié une déclaration,
calquée sur la déclaration genevoise dont il a déjà été fait mention. A la
différence du texte genevois, le vaudois n'appelait pas à des blocages,
lesquels étaient explicitement exclus par le protocole d'accord signé avec
les autorités. Par ailleurs, le Comité a mis en place une structure dont
onn'a jamais très bien su s'il s'agissait d'un service d'auto-protection
des manifestant-e-s ou d'un service d'ordre, les "poulettes", pour encadrer
la manifestation du jeudi 29 mai et en écarter les éventuel-le-s
participant-e-s à des black blocs. Ces événements ont entraîné des
divisions dans les milieux alternatifs et libertaires.

Les villages

Dans un premier temps, le collectif "Oulala c'village" s'est constitué
dans le but d'accueillir les manifestant-e-s au sein d'un camping
alternatif. Le collectif ne faisait pas partie du Comité, mais
participait à ses séances et aux négociations avec les autorités.
L'emplacement du village était très litigieux. N'ayant pas obtenu le
terrain convoité, "Oulala c'village" a rompu les négociations et s'est
dissout. Un groupe de militant-e-s, sous la dénomination de "Où ce k'il
est c'village", a occupé le site de Dorigny, au bord du lac, pendant que
les autorités équipaient un autre terrain, à la Bourdonnette, bien en
retrait des rives lacustres mais avec vue sur l'autoroute et sous la vue
des caméras de surveillance de la piscine adjacente. Les autorités ont
menacé d'évacuer Dorigny par la force si les manifestant-e-s étaient
appelé-e-s à s'y installer. La tension fut vive et aboutit finalement à
un compromis: Dorigny pourrait accueillir, sous la dénomination de
"Oulala c'forum", les équipements nécessaires à l'organisation de
spectacles et discussions, ainsi que les tentes des militant-e-s pour les
surveiller et les faire fonctionner. Par contre, tou-te-s les autres
campeurs/euses furent appelé-e-s, via Indymedia, à investir la
Bourdonnette. En définitive, il y eut à Lausanne deux campings: "Oulala
c'forum" à Dorigny et la Bourdonnette. Il est difficile de comprendre
l'enjeu de cette bataille des terrains menée par les autorités, que nous
ne pouvons expliquer que par une volonté de démonstration de leur pouvoir
effectif.
Les observateurs/trices

Un groupe d'"observateurs/trices" neutres a été mis sur pied par un
député vert, Luc Recordon, à la demande d'abord de M. Zisyadis, puis des
autorités et du Comité vaudois anti-G8 conjointement. Le groupe était
composé de député-e-s au Grand Conseil vaudois, de conseillers/ères
communaux/ales et d'ancien-ne-s détenteurs/trices de charges publiques,
tou-te-s agréé-e-s par les signataires du protocole d'accord. Sa mission
était d'assister aux manifestations pour en observer le déroulement
depuis des positions surélevées, soit depuis des bâtiments situés sur le
parcours des défilés. Par ailleurs, les autorités garantissaient à ses
membres le libre accès à tous les lieux où se trouveraient des
manifestant-e-s interpellé-e-s par la police. Il importe de relever que
ce groupe ne prévoyait pas dépasser un rôle de stricte observation et
entendait assurer une présence exclusivement durant les manifestations
autorisées du 29 mai et du 1er juin à Lausanne. Cependant, il a dû
s'adapter aux événements et se rendre à la Bourdonnette durant le siège
que la police y a tenu le dimanche 1er juin à la suite des actions de
blocage, ainsi qu'à la manifestation non autorisée du
3 juin. M. Recordon a rendu un rapport provisoire le 3 juin 2003. Il
relevait, notamment: le déroulement sans problèmes de la manifestation du
29 mai; aucune violence, mais des "dérapages" de la police lors du siège
de la Bourdonnette et des interpellations qui ont suivi; l'impossibilité
d'obtenir de la police la liste des personnes interpellées, même 48
heures après les événements; la prise en charge médicale lacunaire lors
du siège de la Bourdonnette. Le rapport, s'il fait état de la présence de
"casseurs" qualifiés de violents durant les manifestations du 1er juin,
garde le silence sur les méthodes d'intervention de la police et le
nombre de blessé-e-s que celles-ci ont occasionné. En juin 2004, le
rapport définitif n'avait pas paru. Comme nous le verrons plus loin, les
observations du gar seront plus inquiétantes.

Amnesty international

Amnesty international a également mis sur pied un groupe
d'observateurs/trices. Sa mission consistait à assurer une présence dans
les rangs des manifestant-e-s, dans un but d'observation sans
intervention, lors des manifestations autorisées du 29 mai et du 1er juin
à Lausanne. Le groupe a en fait assisté uniquement à la manifestation du
29 mai et a refusé de jouer son rôle à celle du 1er juin, car entre temps
elle avait été interdite par les autorités.

Le groupe antirépression (gar) de Lausanne

Sous sa forme actuelle, il s'est constitué en vue du G8, suite à un appel
large lancé par l'OSL. Comme il fait l'objet d'un chapitre de ce rapport,
nous relevons seulement, à ce stade, qu'il agissait indépendamment de
tout organisme. Il n'était pas membre du Comité anti-G8. Celui-ci, dans
les négociations avec les autorités, a demandé qu'il soit reconnu comme
acteur autorisé à requérir et recevoir des informations de la police,
sous la dénomination de "permanence juridique".

Le centre de convergence

Il émanait du Comité vaudois anti-G8. Il a été mis en place avec
difficulté. En effet, le retrait total des acteurs/trices
institutionnel-le-s a rendu difficile la recherche d'un local. C'est
finalement une petite association de quartier qui a mis à disposition une
pièce de son centre socio-culturel. Le modeste équipement en moyens
technologiques, notamment la faible disponibilité en lignes
téléphoniques, a passablement entravé le fonctionnement du centre de
convergence. Au surplus, le local a été cambriolé dans la nuit du 29 au
30 mai. La police a montré très peu d'empressement pour en trouver les
auteur-e-s, dont on ignore toujours l'identité. Compte tenu de toutes ces
vicissitudes, le contact entre le gar et le centre de convergence n'a pas
toujours été aisé.


Le groupe média

Un groupe média s'est constitué pour récolter et diffuser l'information
relative aux mobilisations.

Le protocole d'accord

Les négociations entre le Comité vaudois anti-G8 d'une part, les
autorités et polices vaudoises et lausannoises d'autre part, ont abouti à
la signature d'un protocole d'accord (en annexe) qui explicitait les
engagements de chacune des parties dans le cadre des mobilisations
anti-G8. Relevons que, malgré qu'il fût mentionné au cours des
négociations, le gar, désigné dans ce document sous l'appellation de
"structure juridique du Comité anti-G8", n'a pas été reconnu comme acteur
ayant un accès facilité aux informations de police. Les autorités étaient
représentées par J.-C. Mermoud, conseiller d'Etat du canton de Vaud
chargé de la police, A. Bergonzoli, représentant de la police vaudoise,
D. Brélaz, syndic de Lausanne, G. Hagenlocher, chef de la police
communale de Lausanne, J.-P. Hocké, médiateur nommé par les autorités,
des
représentants de la protection civile. On remarquera la superposition de
corps de police. Il n'est pas inutile de rappeler que le G8 s'est déroulé
alors que la "guerre des polices" faisait rage (et ce n'est pas fini). En
effet, la réforme "police 2000" prévoit une nouvelle définition des
compétences respectives des polices cantonale et communale. Or, il n'est
pas impossible que l'une comme l'autre institution ait utilisé le G8 pour
légitimer son existence et que cet élément ait contribué à la surenchère
sécuritaire à Lausanne.


Les dispositifs de sécurité

Compte tenu du climat décrit plus haut, le décor était dressé pour rendre
légitime tout un arsenal sécuritaire ainsi que les coûts que cela allait
engendrer. Parmi toutes les mesures prises, ont été officiellement
annoncées les suivantes:
· Fermeture complète d'une zone autour des hôtels logeant les
délégations, allant de l'Hôtel Beau Rivage au débarcadère d'Ouchy,
jusqu'au chantier naval de la Compagnie générale de navigation. Les
habitant-e-s de cette zone rouge ne pouvaient y pénétrer que s'ils/elles
étaient muni-e-s d'un badge. Toute manifestation y était strictement
interdite, la sécurité était assurée notamment par les polices cantonale
et lausannoise.
· Création d'une zone jaune autour de la zone rouge, à l'intérieur de
laquelle il était interdit de manifester.
· Mobilisation de 630 militaires dans le cadre de la surveillance, des
transports, de la logistique, de l'appui aux gardes-frontière et du
montage des dispositifs de sécurité d'Ouchy. Plusieurs sites du canton
étaient répertoriés comme "cibles potentielles d'actes de malveillance"
et mis sous leur surveillance.
· Renforts de 864 policiers/ères de la Confédération et 106
policiers/ères allemand-e-s aux 362 policiers/ères vaudois-es et
lausannois-e-s qui suivirent un entraînement spécial pour l'occasion.
· Acquisition de nouvelles tenues antiémeutes.

Ces différents éléments figurent dans le Rapport final du Conseil d'Etat1
(en annexe). Mais, notons que le G8 a donc constitué pour la police une
aubaine inespérée pour acquérir un nouvel équipement, fort coûteux sans
que ni l'utilité, ni les risques de certaines armes, ni les coûts ne
soient discutés publiquement, hormis par les milieux militants. Par
ailleurs, la police put également profiter de la logistique que l'armée,
qui était présente sur terre, dans les airs et sur le lac, mit à sa
disposition pour surveiller (ficher) les manifestant-e-s (des
hélicoptères notamment).
A l'arrivée des manifestant-e-s, le dispositif de sécurité - grappes
d'antiémeutes pavoisant dans leur nouvelle garde-robe à tous les coins de
rue et devant chaque porte de banques du c?ur de la ville, barrages et
barbelés autour de la zone rouge - était installé et bien visible. Face à
cette mise en scène alarmiste, seuls quelques commerçant-e-s du centre,
les moins paranoïaques ou les moins fortuné-e-s n'avaient pas dressé de
palissade devant leur vitrine.



Le GAR

Le Groupe antirépression (gar) de Lausanne tel qu'il existe encore
aujourd'hui s'est constitué en vue de mettre sur pied une permanence
téléphonique en quatre langues durant le G8 qui permette de centraliser
les informations sur la répression et d'aider les manifestant-e-s à
défendre leurs droits. Il n'est toutefois pas né ex-nihilo. Il existait
déjà un gar qui offrait du soutien en cas de répression liée à des
actions politiques au niveau local, dont une partie des personnes actives
dans le gar au moment du G8 faisait déjà partie. Il a également bénéficié
des liens existant avec les antirép alémaniques et tessinoise qui ont une
grande pratique en la matière. Ces dernières ont apporté leur aide avant
le sommet, notamment par la traduction et la diffusion de matériel dans
les milieux alternatifs et militants de leur région. Durant les
mobilisations, elles se sont chargées de la ligne de téléphone en
allemand.
Comme les néophytes que nous étions l'avons rapidement constaté, la mise
sur pied d'une permanence antirép dans le cadre de mobilisations
internationales n'est pas une mince affaire et celle-ci a exigé de long
préparatifs.
Il a fallu mobiliser un très grand nombre de personnes et en premier lieu
trouver suffisamment de militant-e-s prêt-e-s à répondre au téléphone et
à assurer un tournus sur plus d'une semaine. Un groupe de
facilitateurs/trices composé de personnalités politiques locales a été
mis en place. Le gar attendait de ce groupe qu'il intervienne lors de
tout incident entre la police et les manifestant-e-s ou
organisateurs/trices, lors de recherches de personnes arrêtées, en cas de
dérapages de la police, en cas de restriction à la libre-circulation des
manifestant-e-s, en cas d'interrogatoires à l'hôpital, etc. La recherche
d'avocat-e-s prêt-e-s à prendre la défense des manifestant-e-s en cas de
démêlés avec la police et la justice a été laborieuse. En tout et pour
tout, seul-e-s trois avocat-e-s ont accepté d'apporter leur
collaboration. Le gar a également pris des contacts avec une médecin
prête à soigner les manifestant-e-s blessé-e-s qui souhaitaient éviter de
se rendre à l'hôpital et avec une professionnelle qui a accepté de faire
des séances de débriefing. Cette personne a également animé une séance
avec celles et ceux qui allaient tenir la permanence pour leur donner une
mini-formation sur le débriefing.Du point de vue de l'infrastructure, la plus grande difficulté a été de
trouver un local. En effet, suite au retrait de certain-e-s membres du
POP, du PSV et du PSL du Comité anti-G8, le gar s'est vu refuser un local
à la Maison du peuple. Le SIB et la FTMH, à qui le gar avait également
fait une demande, n'ont même pas répondu. Finalement, le gar s'est
adressé à une association locale qui a accepté de prêter ses locaux à
Lausanne. Le lieu trouvé et les personnes mobilisées, il ne restait plus
qu'à se mettre à la tâche. La brochure Vos droits face à la police a été
rééditée et diffusée et un tract d'informations rappelant les droits
essentiels des manifestant-e-s (avec les numéros de téléphone de la
permanence téléphonique) a été élaboré et traduit en plusieurs langues. Il
a été distribué à plusieurs reprises et notamment diffusé dans les
villagesavant les mobilisations.
Au niveau des préparatifs, signalons encore que le gar, qui n'était pas
présent en tant que tel lors des négociations entre le Comité anti-G8 et
les autorités, a pu néanmoins obtenir les numéros de téléphone directs de
la police qu'avaient les observateurs/trices.

Concrètement pendant le G8, les activités de la permanence en fonction
depuis le 27 mai 2003 ont été les suivantes: nous avons tenu à jour dans
la mesure du possible les coordonnées des personnes arrêtées, disparues
et blessées, en fonction des appels téléphoniques afin de pouvoir donner
des informations sur leur sort aux personnes qui les avaient perdues de
vue, aux différents villages et aux permanences anti-répression (voir le
chapitre Panorama lémanique). Il s'agissait également de garder une trace
des personnes arrêtées afin de pouvoir leur apporter un soutien juridique
et militant dès que possible. Le gar a aussi recueilli des témoignages
sur les violences policières durant les manifestations et actions.
C'est évidemment durant la journée du dimanche que la permanence a été le
plus sollicitée, le matin, suite aux violences policières commises durant
les blocages de Lausanne et l'après-midi, pendant les arrestations
massives de la Bourdonnette (voir la chronologie des événements). Durant
la journée du dimanche, une quinzaine de militant-e-s ont été
mobilisé-e-s pour répondre aux appels adressés à la permanence. Par
ailleurs, la nuit de samedi à dimanche et celle de dimanche à lundi,
trois personnes sont restées de piquet sur place afin de répondre aux cas
urgents.
A plusieurs reprises, les permanent-e-s ont essayé d'obtenir des
renseignements de la police. En jouant sur un certain flou et non sans
peine, le gar a pu obtenir quelques informations au compte-goutte sur des
personnes arrêtées. Par contre, le gar n'a jamais eu accès à une liste
des personnes en détention. Les observateurs/trices n'ont pas non plus
obtenu ce document, alors que cela figurait parmi les engagements de la
police. Mentionnons encore que dans l'après-midi du dimanche 1er juin,
suite aux arrestations de la Bourdonnette (voir chapitre Chronologie des
événements), une personne du gar a pu se rendre au Centre de détention de
la police cantonale.

Le travail du gar ne s'est pas arrêté avec la fin des mobilisations
contre le G8. Il a fallu trier et organiser les témoignages reçus,
s'assurer que toutes les personnes arrêtées soient relâchées et que
toutes les personnes qui avaient disparu aient réapparu. Une aide a été
donnée aux personnes qui ont été inculpées et/ou qui ont subi des
violences policières (conseils, mises en contact avec les avocats, etc.).
Le soutien se poursuit encore. Le gar a en outre participé une conférence
de presse organisée au mois de septembre à Berne par les antirép
alémaniques,notamment bernoise. Les articles qui ont été publiés suite à celle-ci ont
été plus que décevants, voire scandaleux.
Par ailleurs, à côté des activités liées au G8, le gar a notamment mis
sur pied plusieurs permanences durant des manifestations à Lausanne et il
a collaboré aux permanences antirépression nationales, par exemple durant
le WEF. Actuellement le gar se mobilise sur toutes les questions de
répression et participe aux mobilisations qui s'organisent sur cette
question au niveau national.

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Document transmis par la Coordination anti-OMC de Lausanne
mail : contre-attaque(a)squat.net




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