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(fr) L'accès au logement, le côté obscur du mythe grenoblois

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Wed, 23 Jun 2004 09:01:31 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Pendant deux ans, j'ai squatté à grenoble.

Je me suis entendue dire que j'empêchais la construction de logements
sociaux (1). Que mon mode de vie était un choix pseudo-contestataire. Que
je n'étais qu'une petite bourgeoise qui choisissait une précarité pour se
donner des frissons.Que je pouvais bien faire comme tout le monde, c'est
à dire payer un loyer à un-e propriétaire. Que les "vrai-e-s pauvres" y
arrivaient bien alors que moi," fausse prol' " je pouvais bien y
arriver...

Aujourd'hui, je cherche à nouveau un appartement à louer, parce que j'ai
plus ou moins choisi de faire une pause et d'arrêter de squatter.Au lieu
de "m'assagir" comme certain-e-s auraient pu l'espérer, j'ai au contraire
plus que jamais le sentiment que payer un loyer est un racket impossible
à remettre en question. Qu'il n'y a rien à attendre des politicien-ne-s
pour régler la "crise du logement". Et que le squat peut être une
solution sans être une fin en soi.

Je discute avec des gens autour de moi qui ont cherché un appartement il
y a deux ou trois ans. J'entends dire qu'il y a bien peu de temps c'était
"moins pire". Que là, on atteint des sommets au niveau des exigences des
agences et des propriétaires."Non, pas de colocataires, pas de Rmistes,
pas d'étudiants", pas de noms qui ne sonnent pas bien français. "On vous
rappelle, notre assurance va calculer si vos revenus sont suffisants."
"Non, le/la propriétaire ne veut pas de colocation... Ah bon vous êtes un
couple (2), alors votre dossier est retenu parmis trois autres et le/la
propriétaire choisira."
J'imagine les proprios ricanant assis-es sur leurs titres de propriétés.
Leurs dents rayent le parquet, illes vont bientôt être encore plus
riches, des milliers d'ingénieur-e-s sont attendu-e-s à Grenoble grâce à
la fantastique expansion des nano et bio technologies.
Grenoble, ville d'exception et d'innovation. Contexte unique, ville
pilote... où la majorité de la population est sacrifiée au rêve de
gloire internationale d'une poignée de politicien-ne-s et de
chercheur-e-s (3). Droite gauche même combat, aucune contestation n'est
légitime. Elle ne peut être que le fait de "radicaux extrémistes" qui ne
comprennent rien au contexte actuel. Qui ne comprennent pas que la lutte
des classes c'est dépassée. Que pour les pauvres, des logements sociaux
sont bien
suffisants. Même s'il n'y en a pas assez. (4) Même s'ils sont conçus par
des architectes qui bien évidement ne vivront jamais dedans. Même s'il
faut attendre 2 à 3 ans pour y avoir accès et beaucoup moins pour en être
expulsé-e en cas de difficultés financières.
Si l'on fait le lien entre la dégradation de l'accès au logement à
Grenoble et le développement de Crolles 2 (5) ou Minatec (6), on se fait
traiter d'"obscurantistes". On est contre la Science. Contre le Progrès.
Mais comment ne pas faire le lien, vue la discrimination à l'accès au
logement, vue l'augmentation constante du prix des loyers? (7) Si je ne
suis ni étudiante, ni chômeuse, ni pauvre, qui suis-je ? Le profil idéal
: le/la jeune cadre dynamique, le/ la jeune chercheur-e.

Naïvement, je me demande comment les gens arrivent (ou plutôt n'arrivent
pas) à se loger. Combien de situations tragiques sont vécues et
invisibilisées par des dirigeant-e-s qui se gargarisent de l'avenir
radieux de leur belle cité. C'est toute cette hypocrisie qui me fait dire
qu'attendre une solution des élu-e-s ou de l'Etat est un leurre. Que
cette situation n'est pas nouvelle, qu'elle a été favorisée par des
décisions politiques qui ont un sens et des répercussions très concrètes
selon la catégorie sociale à laquelle on appartient.
Des lois de réquisition des bâtiments vides existent depuis déjà
longtemps et n'ont jamais été appliquées. Des expulsions locatives de
familles ont lieu en plein hiver sans relogement (8). Des associations
qui luttent avec des personnes précaires sont sans subventions ou sans
locaux (9).
Deux faces d'une même réalité politique. L'une portée en triomphe,
relayée par les médias locaux et municipaux (10), l'autre invisibilisée
la plupart du temps, sauf lors de campagnes démagogiques dont le but est
à la fois de se donner bonne conscience et de redorer le blason (11).

Je ne suis pas obscurantiste. Je ne suis pas non plus réductible à une
image de "dangeureuse extrémiste radicale" qu'on agite pour détourner
l'attention et ne pas répondre aux critiques.(12)
Je réfléchis et je prends position. Ma pensée est complexe, n'en déplaise
à certain-e-s qui la caricaturent.Je construis ma réflexion au contact de
situations vécues et avec les personnes que je côtoie.Je ne suis pas
toujours d'accord et je le dis. J'ai envie d'autre chose que tout ce que
l'on pense être bon pour moi et plus largement pour la "masse". Je me
permets de critiquer alors que je ne suis "rien", ou plutôt ni
politicienne, ni spécialiste, ni entrepreneuse...
Je retourne le mépris que je perçois à mon égard quand on simplifie ma
pensée et mes pratiques parce qu'elles ne vont pas dans le sens du poil
de quelques dominant-e-s.
Et j'espère continuer à le faire encore longtemps, quelle que soit ma
situation, squatteuse, locataire, étudiante, chômeuse ou autre.

une future ex squatteuse, grenoble juin 2004.

(1) Le maire communiste de St Martin d'hères, René Proby, a rendu public
il y a quelques semaines que contrairement à ce que la mairie avait
toujours annoncé, il n'y aurait pas de logements sociaux à la place du
squat la Charade, expulsé il y a un an et rasé il y a peu. Sans
commentaire... Voir l'article sur indymedia Lille
http://lille.indymedia.org/article.php?id_article=6044

(2) Si tu as la "chance" de chercher un appartement en colocation, ce
petit mensonge ne te coûtera pas grand-chose et t'ouvrira toutes les
portes. Attention, cet argument marche uniquement
pour un couple hétérosexuel...

(3) A ce propos, il est intéressant de constater les liens très étroits
existant entre les politiciens, les chercheurs et les universitaires.
Pour mémoire, Michel Destot, actuel maire PS de Grenoble est un ancien
chercheur du CEA (Commissariat à l'Energie Atomique).

(4) 17 communes de l'agglomération grenobloise sont en dessous du seuil
de 20% de logements sociaux soit plus de 5000 logements manquants.(livre
blanc du logement en Isère).

(5) Méga projet industriel de hautes technologies, le plus gros
investissement industriel public depuis les centrales nucléaires.

(6) pôle européen de recherche publique sur les micro et nano
technologies. Pour plus d'infos, Voir le site de "pièces et main
d'oeuvre" http://pmo.erreur404.org/PMOtotale.htm

(7) hausse des loyers de 3,8% en 2002. (livre blanc du logement en Isère)

(8) lors d'un appel téléphonique à la préfecture afin de savoir si le
squat de la flibustière allait être expulsé bientôt, une employée nous a
répondu que la préfecture ne se gênait pas pour expulser des locataires
sans respecter la trêve d'hiver, alors des squatteureuses encore moins...

(9) c'est le cas de l'association grenobloise "Femmes évasion", qui lutte
avec des femmes précaires depuis de nombreuses années. Elles se sont vues
supprimer ces derniers mois leurs subventions dans leur quasi totalité
mais aussi les 2 ou 3 appartements qui leur permettaient un hébergement
d'urgence pour les femmes battues quittant leur foyer.

(10) Voir les articles plus qu'élogieux du Dauphiné Libéré, journal local
grenoblois tout acquis au nano et bio technologies.
Voir aussi les "Nouvelles de Grenoble" et "Métroscope", véritables outils
de propagande de la mairie de Grenoble et de la Metro, la communauté de
commune de l'agglomération grenobloise.

(11) Telles que les "Assises sociales du logement"qui ont eu lieu cet
hiver à Alpexpo. Voir deux articles sur indymedia Nantes
http://nantes.indymedia.org/article.php?id_article=2665 /
http://nantes.indymedia.org/article.php?id_article=2459

(12) Voir à ce propos "une petite analyse des communiqués des autorités
grenobloise pendant l'expulsion du parc Paul Mistral" disponible sur
infokiosques.net.

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