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(fr) Du développement à la décroissance

From FA <relations-exterieures@federation-anarchiste.org>
Date Wed, 16 Jun 2004 23:17:44 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Motion du 61ième congrès de la Fédération anarchiste
29-30-31 Mai 2004 - Rennes

Le développement des forces « productives », conçu par le capitalisme
comme la finalité de l’histoire, a engendré une nouvelle religion, celle
de la croissance économique. Selon les promesses de l’idéologie libérale,
le bonheur devrait se mesurer à l’aune du PNB.

Après un demi-siècle de « progrès », le vaste chantier des « modernistes
» prend des allures de ruines. L’homme est atteint dans sa chair et dans
sa dignité : aliénation par le travail, chômage, précarité, stress,
solitude, mal-être, etc. les inégalités sociales, tant entre pays riches
et pays pauvres qu’à l’intérieur de chaque nation, n’ont jamais été aussi
fortes. Allumés et entretenus essentiellement pour des enjeux
stratégiques, les conflits armés germent sur tous les continents.

Mais, surtout, parce qu’ils met gravement en péril les générations
futures, le bilan lié à l’environnement s’avère proprement désastreux.
L’empreinte écologique globale de l’humanité (c’est à dire le niveau
d’épuisement des ressources et de perturbation des mécanismes
régulateurs) dépasse d’ores et déjà de 20% les capacités biologiques de
la Terre. A plus ou moins long terme, si l’on maintenait les tendances
actuelles, il nous faudrait des ressources équivalant à plusieurs
planètes. La
croissance n’est plus possible.

Pour remédier à cette situation, le « développement durable » est désigné
par les détenteurs du pouvoir (politique, économique, médiatique, etc.),
ainsi que par la fraction altermondialiste qui rêve d’ « humaniser » le
capitalisme, comme la panacée. Mais la supercherie ne résiste pas à une
réflexion un peu sérieuse. L’ambiguïté même du terme en assure le succès
: elle masque le problème en donnant l’impression de le résoudre. Pis,
elle déplace le problème pour en créer un autre, plus épineux. Pour les
bénéficiaires de la « mondialisation », il ne s’agit nullement de
remettre en cause le principe d’économie libérale, mais de faire accepter
les règles de l’Organisation mondiale du commerce, avec la perspective,
pour quelques centaines de multinationales, de privatiser un peu plus des
domaines vitaux comme l’eau, l’alimentation, la santé. Le marché est
chargé de remédier à la destruction de la planète infligée par … le
marché, la seule concession consistant à en atténuer les dégâts les plus
visibles, pour autant que subsistent les profits

Puisque l’impact écologique met en évidence un « sur-régime » par rapport
aux ressources de la planète, il faut s’orienter vers une décroissance
physique, c’est à dire réduire progressivement la quantité de matières
premières et d’énergie mise en jeu. La décroissance n’est pas un choix
idéologique ; elle est une nécessité absolue.

Si aucune société n’est écologiquement innocente, c’est à dire si le
développement de l’humanité s’accompagne toujours d’une transformation du
milieu, c’est bien la course au profit, à l’accumulation , avec la
création de besoins artificiels, qui produit une accélération fulgurante
de la dégradation des écosystèmes. Le préalable à la mise en œuvre de
cette décroissance est donc la disparition du capitalisme. Parce que ce
système a besoin d’une croissance pour survivre, parce que sa logique
propre est une dynamique suicidaire, il ne peut accomplir cette
décroissance … sauf à supprimer massivement les populations pauvres,
c’est à dire perpétrer des génocides.

La deuxième condition est la suppression de l’Etat, dans la mesure où
cette dynamique capitaliste ne s’accélère qu’avec la collaboration des
différents gouvernements : multiples subventions, mise en place
d’infrastructures, prise en charge par la puissance publique de la
formation , de la recherche, des coûts environnementaux, des pertes
financières, cadre juridique sur mesure … Ne pas s’atteler à la
disparition de l’Etat reviendrait à épargner un pilier fondamental du
système et un adversaire redoutable, et donc à rendre impossible la
transformation profonde de la société.

Toute solution qui ferait l’économie d’une redistribution des richesses
serait fatalement vouée à l’échec. pour que la décroissance puisse être
maîtrisée par les différentes populations, pour qu’elle n’ouvre pas la
voie à la barbarie des conflits pour l’appropriation des ressources ou
aux mesures draconiennes d’un totalitarisme, le problème doit
impérativement être posé dans une perspective d’égalité économique et
sociale, la gratuité des services publics pouvant constituer un levier
essentiel de cette construction.

Si la démarche individuelle de simplicité volontaire, c’est à dire
l’adoption d’un mode de vie différent peut représenter la base «
philosophique » d’une société soucieuse des générations futures, il est
clair que la somme des comportements individuels écologiquement «
responsables » ne saurait suffire, loin s’en faut, à édifier une société
de décroissance. Ne serait-ce que parce que les domaines les plus
dévoreurs d’énergie et de matières premières (complexe
militaro-industriel, transports, agriculture, etc.) relèvent des
politiques globales, et donc des décisions collectives. Il serait
illusoire de penser que nous pourrions faire l’économie d’une révolution.

Parce que la maîtrise par chacun de sa propre existence, parce que la
définition par chacun de ses propres besoins ne peuvent en aucun cas
justifier une production boulimique, source d’un travail aliénant, seule
une société fédéraliste, autogestionnaire peut assurer conjointement
l’égalité économique, la justice sociale et la préservation des
ressources naturelles.

Fédération anarchiste

Transmis par le Secrétariat aux Relations Extérieures de la Fédération
Anarchiste
145 rue Amelot 75011 Paris
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