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(fr) La lutte des ouvriers des chantiers navals de Seville

From CNT AIT <cnt.ait@wanadoo.fr>
Date Thu, 10 Jun 2004 10:25:33 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Qui défend ses droits n'est pas violent
Interview d'un membre de la section syndicale de la CNT du chantier naval
de Séville---------------------------------------------
L'interview qui suit provient du site internet de la CNT-AIT de Séville
en Espagne. En la publiant en français, nous voulons attirer l'attention
sur une lutte dont on ne parle pas beaucoup. Certes la télévision
espagnole a montré des images d'affrontements entre les ouvriers et la
police, mais rien, à notre connaissance, n'a filtré dans la presse
étrangère.
Il y a quelque vingt ans, le chantier naval de Puerto Real, près de
Cadix, était le théâtre de luttes exemplaires, dans lesquelles les
anarcho-syndicalistes de la CNT jouèrent un rôle important. Ces luttes
permirent le maintien des postes de travail et l'engagement des
travailleurs précaires. Aujourd'hui l'emploi est à nouveau menacé dans ce
secteur et les ouvriers reprennent la lutte pour leur poste de travail.
À Séville où, petit à petit au cours des années, l'entreprise mère a "
dégraissé " ses effectifs en sous-traitant de plus en plus de tâches à
des entreprises " auxiliaires ", la résistance est particulièrement
difficile. Mais comme l'explique le militant qui s'exprime ci-dessous,
l'auto-organisation et l'action directe restent le meilleur moyen pour
les travailleurs de défendre leurs droits.

-------------------------------------------
Question : peux-tu nous dire qui tu es ?

Réponse : je suis un travailleur de l'industrie auxiliaire du chantier
naval de Séville, même si parler d' " industrie auxiliaire " ne me semble
pas très correct quand celle-ci se charge du 80% de la construction d'un
bateau. Je suis aussi membre de la section syndicale de la CNT du
chantier naval. Ceci dit, dans cette interview, je suis le porte-parole
de ma propre opinion.

Q. : est-il vrai que le secteur naval est en crise ? Et d'où provient
cette crise ?

R. : la crise ne vient pas d'un manque de compétitivité, des coûts élevés
ou de la concurrence d'autres chantiers navals. La crise est due à
l'incompétence de la bureaucratie du chantier naval. Il s'agit
d'individus " désignés ", de politiciens, des gratte-papier négligents
qui au lieu de chercher des marchés, des commandes, d'offrir les
produits, d'arriver à des accords avec la compagnie pétrolière espagnole
Repsol... regardent les mouches voler.
Nous avons démontré que nous pouvons terminer les bateaux avant le délai
prévu. Ce n'est donc pas un problème de manque de compétitivité, puisque
nous sommes parfaitement qualifiés. Ce que nous exigeons des dirigeants
du chantier naval s'est qu'ils fassent leur travail, qu'ils obtiennent
des commandes et qu'ils n'attendent pas qu'elles tombent du ciel.

Q. : avez-vous offert un plan alternatif qui permette de renflouer le
chantier naval ?

R. : non.

Q. : peux-tu en dire plus ?

R. : nous n'avons pas à offrir une alternative à une crise qu'ils ont
causée. Négocier des restructurations, des licenciements, des fermetures
camouflées, des augmentations de productivité est une erreur. S'ils
veulent des plans qu'ils se creusent les méninges, nous nous chargerons
de les arrêter si cela ne nous convient pas.

Q. : participez-vous aux négociations ?

R. : jusqu'à maintenant cela ne nous a pas intéressés. Les forums qui ont
lieu ne sont pas décisionnels, les participants n'y vont que pour
discuter, pour se montrer ou pour manger au râtelier, comme le font la
gauche unie (IU) et le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Pour
perdre son temps, il y a déjà les syndicats du comité d'entreprise. Nous
devons construire un autre type de syndicalisme à l'extérieur de cette
ambiance, à la périphérie.

Q. : quelle est la composition du comité d'entreprise ?

R. : dans le chantier naval de Séville, seuls 300 travailleurs
appartiennent au personnel d'IZAR, anciennement " Chantiers navals
espagnols ". Le chantier naval a connu un processus de reconversion qui a
fait qu'en vingt ans, l'industrie auxiliaire est devenue pratiquement
hégémonique. Dans cette industrie auxiliaire, nous sommes 1'100
travailleurs. Le comité d'entreprise dont on parle est celui d'IZAR,
puisque les entreprises auxiliaires n'ont pas de comité ou que ceux-ci
sont inopérants. Dans le comité d'entreprise d'IZAR, depuis 30 ans, ce
sont les commissions ouvrières (CCOO) qui font la pluie et le beau temps.
Les CCOO gagnent à chaque fois [les élections syndicales] parce qu'elles
ont monté dans l'entreprise un réseau
clientéliste à qui tout le monde doit des " faveurs ".

Q. : quelle est l'influence de la CNT ?

R. : la CNT dispose d'une section syndicale qui n'arrête pas de grandir
et qui organise ses affiliés à l'intérieur du chantier naval. Nos thèses
reçoivent un bon accueil dans les assemblées et nous influençons
plusieurs centaines de travailleurs. Ce que je dis n'est pas de la
propagande, c'est la vérité.

Q. : comment exercez-vous cette influence ?

R. : nous expliquons nos positions en évitant de nous convertir en
avant-garde. Nous nous opposons à la précarité, nous sommes en faveur du
maintien de l'emploi et pour la dignité des travailleurs. Quand nous
constatons que les gens se bougent, nous sommes les premiers avec eux.
Nous essayons de faire que les gens s'expriment et luttent pour leurs
droits, en marge des discours savants de " complet-cravate". Nous sommes
influents parce que notre message est celui qu'émettent les gens dont
nous sommes de simples porte-parole. Nous sommes de plus décidé à lutter
pour la liberté syndicale qui est maintenant séquestrée par le système
des comité
d'entreprises, là où ils existent, et par la répression et la peur dans
les entreprises où ils n'existent pas. C'est ce que nous disons et ainsi
nous avons de l'influence.

Q : quel est le rôle du comité d'IZAR dans ce conflit ?

R. : le rôle du comité d'entreprise est celui de la fédération de la
métallurgie d'Etat de CCOO qui est de refroidir la mobilisation, du fait
qu'ils ont de l'influence à IZAR, mais que l'industrie auxiliaire leur
échappe. Ils ont peur qu'un conflit surgisse dans l'industrie auxiliaire,
déjà qu'ils manqueraient de représentativité et que celui-ci pourrait
bien éclater. C'est mon opinion.

Q. : quelle est la relation entre le comité d'entreprise et la CNT du
chantier naval ?

R. : en général c'est une relation de respect mutuel. À certaines
occasions, il y a eu des affrontements très sérieux, quand nous avons vu
que ses membres freinaient la mobilisation.

Q. : quels sont les moyens sur lesquels compte la section syndicale de la
CNT, vu qu'elle n'est pas représentée dans le comité d'entreprise et
qu'elle ne se présente pas aux élections syndicales ? Peut-elle négocier
dans ces conditions ?

R. : nos moyens, c'est ceux de la section syndicale elle-même, ceux de la
CNT de Séville, d'Andalousie et d'Espagne, avec la force que nous donnent
les travailleurs chaque fois qu'ils se mobilisent avec nous et la
solidarité d'un certain nombre de personnes qui nous appuient. Pour avoir
cela, nous n'avons pas besoin de participer aux élections syndicales. Les
négociations ne dépendent que du rapport de force. Sans avoir de
représentation légale, on nous prend en compte. Pour faire de
l'anarcho-syndicalisme, la seule chose nécessaire c'est les militants. Je
ne sais pas si ce que je dis semblera très dogmatique, mais je le vois
comme quelque chose d'assez pratique. Où est arrivé le syndicalisme
depuis vingt ans d'aumône, de subventions et de système représentatif ?

Q. : ces dernières années, la CNT de Séville a joué un rôle actif dans
une série de conflits plus ou moins importants, [l'entreprise de
nettoyages de la localité de] Tomares, le chantier naval...

R. : je crois que le rôle que joue la CNT à Séville n'est pas plus
important que celui de dizaines de syndicats de la CNT qui participent
courageusement à des luttes, en ce moment, dans toute la péninsule. Ce
n'est pas spécifique à Séville.

Q. : est-il vrai que le chantier naval construit des bateaux pour l'armée
?

R. : à Séville, nous ne travaillons à aucune sorte de projet militaire.
Les chantiers navals qui travaillent pour les militaires, il y en a à
Cartagena et en Galice, que je sache. Personnellement si cela se passait
à Séville, je demanderais mon compte. Travailler comme policier, comme
militaire, ou travailler à construire des bateaux pour l'armée, je crois
que c'est très semblable. Je pense qu'il y a de meilleures façons de
gagner sa vie.

Q. : avez-vous envisagé d'autogérer le chantier naval ?

R. : non. Je crois que ce serait très compliqué en ce moment. Pour
arriver à ce point, il faudrait plus de rodage. On verra.

Q. : Quel type de mobilisations réalisez-vous ?

R. : il y a un calendrier de lutte que nous sommes en train d'accomplir
avec des arrêts de travail, des manifestations, etc.

Q. : à quoi doit-on alors le climat d'affrontements avec la police ?

R. : à quoi c'est dû ? À la police elle-même et au délégué du
gouvernement. Ils font l'impossible pour que le conflit ne sorte pas du
chantier naval, ainsi chaque fois que nous essayons de manifester en
ville, ils nous agressent avec leur matériel.

Q. : les images de la presse et de la TV montrent des travailleurs qui
lancent des projectiles contre la police...

R. : je ne sais pas de quoi tu parles : qu'espèrent-ils qu'on leur lance
? Des fleurs ? Tu auras remarqué qu'ils ne montrent pas ce que tire la
police : des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes de la dernière
génération. Nous sommes des douzaines de camarades à être passés par le
service de traumatologie de l'hôpital de la Vierge du Rocio. Il y en a
plusieurs qui risque de garder des lésions irréversibles aux yeux. La
police arrive avec ses armures, ses masques, ses boucliers, ses autos
blindées, ses caméras cachées, ses petits tanks, ses matraques
électriques, ses fusils... ils amènent de tout. Ensuite, ils entrent dans
l'usine et la ravagent, ils cassent les clôtures, détruisent des
machines, cabossent des véhicules, cassent des vitres ; ils tirent avec
des balles et créent une situation de terreur. Si on leur donnait l'ordre
de nous tuer, ils le feraient. Personne ne peut dire que nous, les
travailleurs ayons agi de façon semblable. Les seuls policiers qui ont eu
des problèmes sont deux qui ont été atteints pas des fusées venant d'on
ne sait où. Mais bon, ce sont des choses qui arrivent. Ce qui doit rester
clair, c'est que nous les travailleurs exerçons nos droits : le droit de
grève, le droit de manifester et de nous exprimer, le droit au travail,
le droit de nous syndiquer, le droit de vivre avec dignité. Ceux qui
veulent réduire ces droits par la violence sont les représentants de
l'État. Qui défend ses droits n'est pas violent.

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