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(fr) Lecture - Carnets de route de l'incendiaire du Reichstag

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Thu, 22 Jul 2004 23:15:57 +0200 (CEST)


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Marinus van der Lubbe : l'incendiaire du Reichstag

Dans la nuit du 27 au 28 février 1933, le Parlement allemand (Reichstag)
de Berlin est ravagé par un incendie. Très rapidement, fut arrêté Marinus
Van der Lubbe, un jeune Hollandais de 24 ans.
Les nazis qui tenaient déjà presque tous les rênes du pouvoir firent
passer cet incendie pour un complot communiste. Ils arrêtèrent ainsi un
responsable communiste allemand et trois communistes bulgares.
Les communistes affirmèrent qu'il s'agissait d'un complot nazi qui avait
pour but de les mettre hors la loi. Pour eux, Marinus était un faible
d'esprit manipulé par les nazis. C'est cette version que l'on retrouve
encore aujourd'hui dans les dictionnaires, encyclopédies et autres manuels
d'histoire.
Le principal intérêt du livre paru aux éditions Verticales est de rendre
hommage à Marinus et de nous présenter sa véritable personnalité.
Marinus est né en 1909 à Leyde en Hollande. Il exerce très jeune le métier
de maçon. Un accident de travail lui vaudra une pension d'invalidité
partielle. Il devient travailleur précaire et se retrouve souvent au
chômage. Il a été membre du Parti communiste hollandais mais a été très
vite dégoûté par ses méthodes bureaucratiques et autoritaires. Ses
positions se sont rapprochées de celles des communistes de conseils. Pour
eux les conseils ouvriers doivent être l'expression des travailleurs en
lutte qui n'ont pas besoin de directives venues d'en haut. Ils
préconisaient l'autonomie des luttes sociales et l'auto-organisation. En
1932, Marinus a été rédacteur d'un journal de chômeurs où il défendait
nettement ces positions.
Par ailleurs, Marinus était un routard avant l'heure. A partir de 1928, il
fait plusieurs voyages à pied et en auto-stop à travers l'Europe. Il avait
essayé d'entrer en URSS mais les autorités avait refusé de lui donner un
visa et il avait été arrêté en Pologne. Il avait parcouru le nord de la
France, l'Allemagne, la Yougoslavie et la Hongrie. Il souhaitait visiter
la Turquie, la Georgie et même la Chine… La lecture de son Carnet de route
nous le montre comme un esprit curieux et indépendant, épris d'entraide
sociale et défenseur du communisme authentique.
Bien que partisans des actions collectives, les communistes des conseils
n'étaient pas opposés à des actions individuelles si elles pouvaient
radicaliser la lutte de classe. Aux Pays-Bas, Marinus avait déjà brisé les
vitres d'un Bureau d'aide sociale. Pour l'incendie du Reichstag, c'est
tout seul qu'il prit sa décision et qu'il passa à l'action. Comme il
l'affirma en détention puis pendant son procès, il n'avait aucun complice.
Il pensait que son action pouvait déclencher une résistance plus active au
fascisme.
Face aux calomnies communistes et nazies, Marinus était bien isolé. Après
la publication d'un Livre brun par les communistes, ses amis hollandais
publièrent un Livre rouge. Ces informations furent reprises en France par
des anarchistes tels qu'André Prudhommeaux ou de défenseurs de l'objection
de conscience comme Alphonse Barbé dans la revue Le Semeur.
Mais Marinus était un coupable idéal. Il fut décapité le 10 janvier 1934.


Yves Pagès et Charles Reeve ont réuni divers textes de Marinus : son
carnet de route, sa correspondance, les articles du Journal du Comité des
chômeurs de Leyde ainsi que ses déclarations à la police et pendant son
procès. Ils sont complétés par une longue biographie panoramique, divers
textes de soutien de l'époque et une postface en forme de réhabilitation.
"Carnets de route de l'incendiaire du Reichstag et autres écrits par
Marinus Van der Lubbe" ; documents traduits du néerlandais par Hélène
Papot ; présentés et annotés par Yves Pagès et Charles Reeve. Verticales,
2003. 294 p. 18 euros.
Felip Equy

[ chronique tiré du site du CIRA de Marseille : cira.marseille.free.fr/ et
reprise sur le site de l'En-dehors : www.endehors.org/ ]



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