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(fr) Notes sur la maudite question nationale québécoise

From Collectif La Nuit (NEFAC) <nefacquebec@yahoo.ca>
Date Sun, 18 Jul 2004 23:54:59 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Depuis maintenant près d’un demi-siècle, la question nationale est au
cœur des débats qui agitent la gauche québécoise. S'il y a - et il y aura
probablement toujours - des libertaires qui choisissent de prendre
position en faveur de l’indépendance du Québec, d’autres positions sont
évidemment possibles sans pour autant souhaiter la survie de l’État
canadien. Nous faisons le choix de renvoyer dos-à-dos le nationalisme
québécois et le nationalisme canadien sans pour autant nier la réalité de
l’oppression nationale.* * *
Les francophones ne partagent pas la même histoire que les autres
communautés d’origines européennes sur ce continent. À partir de la
Conquête, les francophones passent du statut de colonisateurs à celui
decolonisés. Il y a eu une oppression nationale des francophones en
Amérique du nord. Il y a, c’est indéniable, une volonté historique de
nier aux francophones le statut de nation et de les maintenir dans une
infériorité socio-économique. Le Canada tel que nous le connaissons a
précisément été formé dans le but de faciliter l’assimilation des
francophones en les noyant dans un ensemble politique majoritairement
anglophone. En ce sens, le Canada est bel et bien « une prison des
peuples », une « démocratie coloniale » prête à utiliser tous les moyens
pour maintenir son «
intégrité territoriale ». Le scandale des commandites et la loi de la
clarté sont là pour nous le rappeler. S’il y a toujours des francophones
au Québec, c’est qu’il y a eu une résistance au projet d’assimilation des
britanniques.
Mais il n’y a pas que cela dans l’histoire du Canada.
Ce pays s’est construit grâce à la « pacification »
(par la force, il va sans dire) de populations
entières, à commencer par les communautés autochtones
et métis d’un océan à l’autre, mais aussi de la classe
ouvrière, tant francophone, qu’anglophone ou
allophone. La version nationaliste de l’histoire du
Québec met presque exclusivement l’accent sur la
résistance des francophones aux diktats du pouvoir
central (ex : l’opposition à la conscription) sans
expliquer qu’ailleurs au pays, des hommes et des
femmes ont mené les mêmes luttes. Ce silence complice
est celui du nationalisme, une grille d’analyse qui
confère aux individus (toutes classes sociales
confondues) les mêmes intérêts en fonction de
caractères linguistiques, raciaux ou territoriaux.
Il y a eu des moments où question sociale et nationale
ont fusionné dans une même lutte progressiste de
libération, comme lors de l’insurrection des Patriotes
de 1837-38 ou dans le mouvement indépendantiste des
années 1960-70, mais ces moments sont très rares.
L’idéologie nationaliste a surtout permis aux élites
canadiennes françaises (puis québécoises) de créer un
rapport de force face à la fraction monopoliste de la
bourgeoisie canadienne, majoritairement anglophone.
D’abord réactionnaire dans sa version ensoutanée, puis
« progressiste » lorsqu’elle s’est arrimée aux
mouvements populaires, pour ensuite devenir platement
néolibérale après quelques années au pouvoir,
l’idéologie nationaliste a été en mesure d’adapter son
discours pour traverser toutes les époques. Ce n’est
malheureusement pas le cas de la gauche.

* * *

L'idée voulant que la question nationale soit la clef
de voûte du changement social au Québec, que
libération nationale et libération sociale soit
indissociables et participent d'un même mouvement,
date des années 1960. À l'époque, les preuves que les
francophones étaient systématiquement dans une
position d'infériorité socio-économique chez-eux et
par rapport aux anglophones du reste du Canada
foisonnaient. Une simple marche à pied d'ouest en est,
à Montréal, suffisait pour se rendre à l'évidence de
l'oppression. C'est la revue Parti Pris qui, dans un
contexte international de décolonisation, a analysé la
situation du Québec comme étant une colonie à libérer.
Leur programme politique formait un tout et reposait
sur trois piliers: laïcité, indépendance et
socialisme. Parti Pris pensait régler les questions
nationale et sociale dans une même révolution
socialiste à saveur anticolonialiste. À partir de là,
toute une littérature s'est développée pour analyser
le Québec sous le prisme de l'oppression nationale. On
a par la suite introduit l'étapisme --c'est-à-dire
l'indépendance d'abord, le socialisme ensuite-- et le
programme de transition --une série de revendications
"justes" devant provoquer une prise de conscience et
mener à une rupture avec le capitalisme.

* * *

Depuis 30 ans, l'action conjuguée du mouvement
syndical et d'un parti souverainiste au pouvoir a
permis de corriger les plus grossières manifestations
d'oppression nationale. Il n'y a plus d'écart salarial
entre les québécoisES et les ontarienNEs travaillant
pour une même compagnie. On retrouve maintenant des
francophones à tous les échelons et dans tous les
domaines économiques. Malgré quelques ratés, le
français est maintenant respecté comme langue commune
du Québec. De nets progrès ont été réalisés dans tous
les domaines sociaux où le Québec accusait un retard
par rapport au reste du Canada (jusqu'à faire l'envie
de bien des progressistes du ROC...).

Reste la question de l'indépendance politique. Une
analyse honnête des mouvements de libération nationale
qui ont inspirés les initiateurs de la stratégie de
l'indépendance progressiste devrait pourtant souligner
qu'ils ont tous échoué. Malgré la prise du pouvoir,
malgré l'indépendance formelle, la décolonisation a
échoué et il n'y a eu ni réelle libération nationale,
ni libération sociale. Le néocolonialisme domine
partout, comme hier le colonialisme. Les pays qui
avaient échappé un temps à l'orbite impérialiste y
reviennent sous les coups de boutoirs de la
mondialisation. Ceux et celles qui, à gauche, pensent
qu'un Québec souverain pourrait suivre une voie
indépendante du néolibéralisme se trompent lourdement.
Si des pays comme le Brésil, l'Afrique du sud ou la
France ne le peuvent pas, comment un petit État dont
les principaux partenaires économiques sont
signataires de l'ALENA le pourrait-il?

* * *

L'un des aspects centraux de la critique
révolutionnaire du nationalisme est qu'il s'agit d'une
idéologie essentiellement bourgeoise qui a pour but
d'unir deux classes aux intérêts antagonistes dans la
compétition contre d'autres nations, tout en donnant
le leadership de la lutte politique à une fraction de
la classe dominante. C'est exactement ce qui s'est
passé et ce qui continue de se passer sous nos yeux au
Québec. Il n'y a que dans les pays sans bourgeoisie
nationale et sans classe politique professionnelle que
des révolutionnaires ont pu prendre la direction de
mouvements nationalistes. Or, grâce aux transfuges du
Parti libéral du Québec qui ont fondé le Mouvement
souveraineté-association puis le Parti Québécois, nous
avons maintenant les deux au Québec. Ça fait 30 ans
que des révolutionnaires tentent de prendre la
direction du "mouvement national québécois" pour lui
donner une orientation progressiste. Pourtant, la
gauche est encore et toujours la "mouche du coche".
Peut-être est-ce parce qu'il est impossible de rompre
avec le P.Q. sans rompre avec le nationalisme? Il y
aura toujours des Pierre Falardeau et des Pierre Dubuc
qui diront qu'il faut appuyer le P.Q. si on est
souverainiste parce qu'en dernière analyse le P.Q. est
le seul parti capable de faire la souveraineté. Et ils
ont raison!

* * *

EntraînéEs dans ce mouvement par leurs « élites »
religieuses, syndicales et politiques, bien des
prolétaires ont consacré leur vie à défendre la seule
solution envisageable pour régler « une fois pour
toute » ce conflit identitaire: la souveraineté du
Québec. Fausse solution à de vrais problèmes, comme
celui de l’inégalité sociale, économique et politique
qui est le fruit de la domination d’une classe de
parasites sur toutes les autres. Car il faut bien le
constater, ce sont surtout les politiciens et les
chefs d’entreprise qui ont bénéficié en tout premier
lieu du nationalisme à la sauce québécoise, pas les
classes ouvrières et populaires (entre 1960 et 1990,
la propriété des entreprises entre les mains des
francophones passe de 15% à 65%).

Pourquoi continuer à parler de la question nationale
en 2004? Parce qu’à gauche, l’indépendance, assortie
d’un État fort et responsable, est souvent perçue
comme une condition sine qua non du progrès social.
Parce que dans les mains de la bourgeoisie, le
nationalisme est un poison qui alimente la xénophobie,
voire le racisme, pour créer des divisions et forger
des alliances factices entre la classe dominante et le
reste de la population. Le projet « historique » des
classes ouvrières et populaires, ce n’est pas le
nationalisme, mais le socialisme internationaliste. La
réponse à l’inégalité ne viendra jamais d’un État,
quel qu’il soit, mais bien d’une ré-appropriation de
la richesse collective par celles et ceux qui la
produisent.

Tout engagement révolutionnaire digne de ce nom trouve
sa source dans une révolte contre toute forme
d'injustice, d'oppression et d'exploitation. Partant
de ça, il est aisé de comprendre pourquoi presque
toute une génération de révolutionnaires ont donné
leur appui à la lutte pour l'indépendance du Québec.
Partant de la même prémisse, il est tout aussi aisé,
pour qui veut bien retirer ses oeillères, de
comprendre pourquoi de plus en plus de
révolutionnaires, dont nous sommes, ne font plus de
l'indépendance du Québec un axe central de leur
stratégie.

Nous sommes certes pour la destruction complète de
l'État fédéral canadien, qui n'est qu'une fiction
politique, et le droit à l'autodétermination de tous
les peuples qui en sont prisonniers, mais pourquoi
s'arrêter là? Nous sommes également pour la
destruction complète, dans un même mouvement, de tous
les autres états de la région (à commencer par
l'américain). Il reste encore des traces d'oppression
nationale, notamment au niveau de la structure
économique du Québec (pourquoi avons-nous hérité du
textile et l'Ontario de l'auto?), mais il n'y a plus à
de quoi fouetter un chat. Par contre, la question
sociale reste entière. Or, que vaut le droit à
l'autodétermination sans l'égalité économique et
sociale? On nous pardonnera de nous concentrer
là-dessus.


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Texte extrait du numéro 4 de Ruptures, la revue
francophone de la NEFAC. Pour vous procurer une copie
du numéro, c'est 5$pp l'exemplaire à envoyer à
Collectif anarchiste La Nuit (NEFAC), a/s E.-H. C.P.
55051, 138 St-Vallier Ouest, Québec (Qc), G1K 1J0,
Canada [abonnement 12$ / 4 numéro Québec/Canada, 24$
ailleurs, chèque à l'ordre de "Groupe Emile-Henry"]
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Collectif anarchiste La Nuit (NEFAC-Québec)
a/s Groupe Émile-Henry
C.P. 55051, 138 St-Vallier Ouest
Québec (Qc), G1K 1J0

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