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(fr) Restructurations à l'ombre des bons sentiments

From Richard G. <richgru2002@yahoo.fr>
Date Fri, 30 Jan 2004 23:52:43 +0100 (CET)


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Pour contribuer au débat : un texte plus politique

De bon sentiment, le dernier numéro de la revue Contre-Temps ne manque
pas. Sous la houlette d'un quarteron de militants trotskistes de la LCR,
d' autoproclamés " nouveaux libertaires " et " nouveaux communistes "
entendent nous convaincre des " faux clivages " existant entre
anarchistes et trotskistes, des clivages qui, aujourd'hui, ne
reposeraient que sur quelques confrontations historiques n'ayant plus
guère de sens. L'heure serait aujourd'hui à la fusion : celle d'une
politique trotskiste et d'une pratique anarchiste, dans le cadre d'un "
parti libertaire [.] apte à gouverner ". Pour cela, des parallèles
historiques sont établis avec une collaboration communistes/anarchistes
dans les IWW américains et dans le cadre de la revue Voie Communiste en
pleine guerre d'Algérie. Ceux-ci représenteraient des " exemples
intéressants " de " regroupement non dogmatique ".

De cette revue et de tous ses articles se dégage une certaine communauté
de pensée dont la constante est le caractère complètement dépolitisé.
Anarchistes et trotskistes (de la LCR) seraient les 2 membres principaux
de la communauté des révolutionnaires, séparés par de bêtes événements
historiques. Mais il convient de noter qu'aucun aspect politique de cette
collaboration n'est abordé : Mimmo D. Pucciarelli présente la mouvance
libertaire comme si, quoique présentée comme " plurielle et composite ",
elle était néanmoins une véritable communauté, sans clivages politiques
entre les organisations et les individus ; la LCR est abordée comme si
elle était le pur produit du trotskisme, bureaucratie et dogmatisme en
moins ; enfin, signalons la récurrence de l'ajout ponctuel des Verts en
marge de la communauté des " radicaux critiques ". Cette communauté doit
se baser sur deux choses : le rejet " des vérités uniques et des
certitudes carrées du dogmatisme " et une position " 100% à gauche ".
Mais de ce que signifie politiquement " être 100% à gauche ", on ne
parlera pas.

La LCR, il est vrai, a fait peau neuve. Elle ne se veut plus un parti
communiste, mais un parti " écologiste, féministe, anticapitaliste ". A
chaque congrès est inlassablement reposée la question du changement de
nom pour bazarder ces mots encombrants que sont " communiste " et "
révolutionnaire ", qui font trop peur. Les entorses au dogmatisme sont,
on ne peut le nier, conséquentes : Léonce Aguirre, avec d'autres, fait un
retour critique sur Kronstadt, que même le jeune candidat Besancenot
décrit comme une erreur de Trotski. D'autre part, les références
historiques du parti se sont relativement élargies, pour inclure, et ce
n'est pas récent, Rosa Luxemburg ou Che Guevara. Le retour sur Kronstadt
est, entre autres, courageux : tout le monde n'en a pas fait autant. La
LCR, de fait, n'est plus vraiment un parti trotskiste. Mais là n'est pas
l'important : suffit-il d'évacuer toute référence au trotskisme et à ses
erreurs pour être digne d' intérêt ? On oublie que la LCR est un parti
politique, et que ce parti a une action politique. Mais de cette action,
on ne parle pas : la question de l' unité ne nécessite-t-elle pourtant
pas que l'on en fasse le bilan ?

Le positions ambiguës sur la parité, sur l'Europe et Maastricht, dont
certains courants et individus au sein du parti disent qu'elles sont
susceptibles de permettre certaines avancées. les positions douteuses des
pantins inutiles au Parlement Européen sur la privatisation du chemin de
fer, la réduction de l'interdiction des licenciements à un cadre des "
grandes entreprises qui font des profits ". cela, avec un modèle
politique défini comme celui de la " démocratie participative " de son
homologue brésilien. De celle-là, non plus, on ne parle guère : c'est
bien le courant " Secrétariat Unifié " du PTB qui, élu sur le mandat du
non-versement de la " dette " au FMI, a pourtant fait de celui-ci le 1er
point de son programme une fois au pouvoir ; c'est bien lui qui continue
la politique de
privatisation. quel doux mot que celui de " démocratie participative ",
qui associe les travailleurs à la gestion de la cité alors que, en
vérité, ils ne participent qu'à la gestion de la pénurie : le Nouvel
Economiste le confirme : 80% du budget concerne des dépenses fixes, 15%
sont consacrés au paiement de la dette, restent 5% à se partager entre
les exploités ! Les syndicalistes brésiliens détaillent à l'envi les
successions de cris et de pleurs au " budget participatif " de la part de
tous ceux venus réclamer justice, et qui savent que seuls ceux étant
parvenus à rassembler le plus de monde derrière eux pourront faire partie
des 3 uniques nominés sur la liste des " priorités ".
En évacuant toute référence au trotskisme ou au communisme, la LCR ne
fait pas que figure d'ouverture d'esprit : elle évacue aussi des concepts
qui ne correspondent plus à sa pratique politique. Son ouverture est la
concrétisation de sa dérive droitière qui la conduit, en effet, à
s'ouvrir aux Verts, à la Gauche Socialiste, invitée à son dernier
congrès, et aux libertaires d'Alternative Libertaire, invités eux aussi.
Si " AL " se retrouve fréquemment dans des combats communs avec la Ligue,
ce n'est pas non plus seulement parce qu'elle veut bien faire fi de tout
dogmatisme, c' est parce qu'elle aussi manie les concepts de " 100% à
gauche " et de lutte de la " gauche sociale " contre la " gauche
gouvernementale ". toutes deux se retrouvent sur une position de " gauche
de la gauche ", qui poussotte gentiment la gauche plurielle pour qu'elle
lâche quelques mesurettes, pour qu'elle régule le capitalisme, puisqu'il
faut " changer le monde sans prendre le pouvoir ". Toutes deux
participent au fameux Forum Social, financé à hauteur de 22 millions par
l'Etat qui achève ainsi l'intégration corporatiste de ces organisations
dites contestataires qui n'ont pour seul mérite que d'avoir citoyennement
mis la lutte des classes au vestiaire et participé à la mise en place
d'une structure de dialogue social. Toutes deux sont dans une perspective
"participative" associant les exploités à leurs exploiteurs.

Ce n'est pas pour rien que les " anarchistes " qui prennent la parole
dans cette revue préfèrent quoi qu'ils en disent le terme de libertaire à
celui d 'anarchiste.. Manfredonia, Spadoni, Pucciarelli réduisent
l'anarchisme, par leurs discours ou leur simple participation créditrice
à un numéro peu innocent, à une certaine " pratique " libertaire, à une
revendication de fonctionnement politique démocratique. La seule
légitimité de l'anarchisme serait d'avoir incarné au temps du "
dogmatisme " trotskiste la lutte contre la bureaucratie : la LCR ayant
rompu avec ces pratiques, l'anarchisme n'a plus aucune raison d'être et
doit intégrer la nouvelle extrême gauche plurielle, car c'est bien de
cela qu'il s'agit, et se préparer, comme il l' est rappelé, à voter une
nouvelle fois pour la " démocratie chiraquienne " ou encore, pour un
candidat jugé " proche " : " trotskiste ou écologiste par exemple ". Que
de bons sentiments, en effet, dans ces appels à l'action dans ces grands
syndicats que sont SUD ou la CGT, tout dévoués au syndicalisme
subsidiaire, tout à fait compatible avec cet autre modèle de corporatisme
qu 'est la " démocratie participative ". Que de bons sentiments dans ces
appels à la collaboration avec ces grands révolutionnaires des Verts et
de la Rifondazione ! " Collaboration ", c'est bien de cela dont il
s'agit. la " gauche de la gauche " façon PCF ou LCR revendique " une
autre Europe ", définie comme le cadre de nos luttes, tout en affirmant
que ce qui édicte 80% des mesures appliquées en France n'est pas une "
réalité géopolitique ".

N'en déplaise à tous, l'anarchisme n'est pas réductible à un amas de
pratiques " démocratiques " menées par des " libertaires ". La légitimité
de l'anarchisme est que c'est le seul courant politique qui, prenant fait
et cause pour les exploités, refuse de laisser un seul élément hors du
champ de sa critique et de sa réflexion, à l'inverse du trotskisme, qui
refuse de se pencher sur la question de l'autorité et de ses expressions
sociales que sont le parti ou l'Etat. C'est cela l'actualité du différend
entre l' anarchisme et le trotskisme : d'abord, il est vrai, une "
pratique " (le récent coup de main de la LCR, après d'autres trotskistes,
sur l'Ecole Emancipée prouve d'ailleurs à quel point la LCR s'est
dé-trotskisée), mais pas une pratique réduite à un fonctionnement interne
démocratique, une pratique qui lui interdise de participer à l'Etat, une
pratique qui prévienne toute dérive, de quelle nature qu'elle soit. Je
vous préviens, messieurs, que les anarchistes ne confondent pas unité et
unicité, et qu'ils ne laisseront pas les trotskistes se déclarer
impunément libertaires !

Pucciarelli nous invente des catégories fumeuses entre " anarchistes
sociaux " et " anarchistes du quotidien ", cela lui permet d'intégrer
dans le mouvement anarchiste les poivrots qui restent dans les " bistrots
après avoir bu quelques verres ", cela lui permet de donner de la
légitimité à des " anarchistes " qui, à force de se pencher sur "
l'imaginaire ", sont devenus des anarchistes imaginaires.

Richard G.




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