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(fr) L'Anarchie est prioritaire,mais elle n'arrive pas par la poste

From Groupe de Rouen de la FA <farouen@no-log.org>
Date Mon, 19 Jan 2004 16:26:21 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Le texte suivant est la motion sur les répressions et les provocations
anti-anarchistes approuvée au congrès national de la Fédération
Anarchiste Italienne - FAI tenu à Milan les 10 et 11 janvier 2004.


L'Anarchie est prioritaire, mais elle n'arrive pas par la poste

Si le monde dans lequel nous vivons était acceptable, si l'information
n'était pas une dangereuse arme de guerre, de celles destinées à la
destruction massive, sans aucune considération pour une population civile
désarmée, la nouvelle selon laquelle quelqu'un avait incendié quelques
bennes et celle de l'expédition par la poste de quelques livres farcis de
pétards auraient eu la place qu'elles méritaient dans la rubrique faits
divers.

L'écho médiatique suscité par les pétards envoyés à Romano Prodi, au
président de la BCE, à Eurojust et à quelques députés européens, quelques
jours après l'incendie de quelques bennes à Bologne, est devenu le
prétexte pour élever au maximum le niveau d'« alerte terroriste », comme
Berlusconi et Bush l'avaient planifié quelques semaines plus tôt. D'une
rive à l'autre de l'Atlantique se répondaient les annonces d'attentats,
accompagnées de la militarisation correspondante des vols et des
territoires. Avec ces mesures, la guerre durable et préventive vise à
atteindre un double objectif. D'une part, alimenter la peur suscitée par
un ennemi extérieur toujours à l'affût, et d'autre part tenir en échec
tous les sujets impliqués dans la chute d'un système de domination
sociale, économique et politique qui entraîne nécessairement la
criminalisation, l'expulsion et l'élimination violente de quiconque ne se
reconnaît pas dans les règles du jeu. Dans une période de guerre totale
contre le terrorisme, il faut de temps en temps faire monter la tension,
sinon, on court le risque que la puanteur des cadavres des enfants morts
en Afghanistan ou la nouvelle des prisonniers irakiens battus à mort
devienne finalement intolérable même pour les tolérants sujets de notre
Nord capitaliste et va-t'en-guerre.

D'autre part, depuis des mois dans notre pays, le Ministre de l'Intérieur
et les médias agitent l'épouvantail du terrorisme, pointant les
anarchistes comme un péril majeur. Quelques voix policières indécentes se
sont même jointes pour évoquer l'hypothèse d'une main anarchiste derrière
le triste mode qui consiste à empoisonner des bouteilles d'eau minérale.
Dans une époque où les gouvernants promeuvent une privatisation des
ressources hydriques qui assoiffe des dizaines de millions de personnes
sur la planète, une époque où les ordures produites par le capitalisme
rendent l'eau imbuvable, on ne trouve rien de mieux que de couvrir de
fange ceux qui s' opposent à ce gâchis.

Mais si les anarchistes ont été la cible préférée du gouvernement et de
la presse, les attentions de ces messieurs ont eu une portée bien plus
ample. Rafles et perquisitions dans les logements et les quartiers
d'immigrés ont été à l'ordre du jour durant toute l'année 2003. Les
immigrés ont été massivement traités comme des criminels potentiels,
jusqu'à des menaces d'expulsion pour simple soupçon de collusion avec des
organisations terroristes. Sans parler des traminots qui sont entrés dans
la catégories des dangereux délinquants pour avoir tenté d'obtenir une
poignée d'euros supplémentaires en faisant grève hors des carcans imposés
par une
législation qui réduit le droit de grève à une peau de chagrin. Et avant
eux, c'était au tour des millions de personnes qui avaient manifesté
contre la guerre, contre le militarisme, contre la politique
néo-coloniale du gouvernement italien. Par conséquent, sur le plan
intérieur, la guerre préventive impose d'étouffer dans l'ouf toute
tentative
d'auto-organisation sociale qui échappe aux mécanismes cafouillants de
récupération et d'intégration politique activés par les partis et les
appareils syndicaux d'Etat.

En définitive, quiconque critique l'action du pouvoir exécutif finit par
être soupçonné de terrorisme : à tel point que s'opposer simplement à
l'abolition de l'article 18 du statut des travailleurs ou à la
précarisation définitive du travail sanctionnée par la loi 30 suffit pour
être assimilé aux assassins de Biagi.

A la fin de l'année, en conclusion logique d'une période où toute forme
de dissidence était régulièrement criminalisée, sont arrivés ces colis.
Inoffensifs pour leurs destinataires, mais savamment utilisés pour la
réalisation locale de l'état policier global. On entend déjà parler de
lois spéciales qui viendraient s'ajouter aux nombreuses lois répressives
où chaque nouvelle « mesure d'urgence » éloigne un peu plus des libertés
conquises pourtant déjà bien minces. Pour réprimer les classes dominées,
l'hypothèse d'une extension du délit d'association est déjà à l'étude,
dérive fasciste qui se moque, comme toujours, du prétendu axiome libéral
sur la responsabilité individuelle face au juge pénal.

L'alarme suscitée par ces colis de Noël a fini par donner un coup de
pouce probablement décisif au lent et fastidieux processus de
constitution d'une police européenne : aux carabiniers, policiers,
financiers, vigiles, viendront s'unir les eurocops !

Cet écran de fumée a fini par mettre au second plan l'affrontement
institutionnel sur l'information, les difficultés croissantes à
l'intérieur de la majorité ou des questions telles que les retraites et
l'opposition entre liberté de licenciement et liberté de grève. Et dans
ces mêmes semaines, l'équipe dirigée par le cavaliere Berlusconi, après
avoir résolu avec d'autres lois « spéciales » ses propres problèmes et
ceux de sa classe d'appartenance, se prépare à balayer ce qui reste du
système de prévoyance et à relancer l'attaque contre les garanties
résiduelles établies dans le statut des travailleurs.

Si une telle action devait être jugée d'après ses résultats, nous ne
pourrions avoir de doute sur l'identité des expéditeurs de cette fumeuse
correspondance. Et disons-le clairement, en ce qui nous concerne, peu
importe si les auteurs sont directement sous la dépendance du Ministère
de l'Intérieur ou si ce sont de généreuses opérations de volontariat.
Gratuit ou rétribué, c'est un sale boulot.

Avec les paquets sont arrivées des lettres les revendiquant au nom d'une
nouvelle organisation informelle dont l'acronyme, « FAI », est identique
à celui de la Fédération anarchiste Italienne. L'intention, dérisoire,
est évidente. Peut-être moins évidente mais bien plus grave est la
volonté de mettre en difficulté les anarchistes impliqués dans la
difficile lutte quotidienne pour la construction d'une société
d'individus libres et égaux.

Une telle société ne peut être imposée. Les anarchistes savent que la
liberté est une pratique collective qui nécessite un emploi constant pour
s'enraciner dans la conscience et l'action quotidienne de chacun, se
traduisant dans l'action commune et la lutte sociale. La révolte contre
l' oppression devient une gerbe de flammes stérile si elle ne construit
pas dans le même temps, si elle ne sait pas contaminer l'atmosphère dans
laquelle elle s'exerce et sans laquelle elle s'éteindrait.

Bakounine soutenait que la liberté de chacun s'accroissait avec la
liberté de tous : là vit et s'alimente le coeur de l'anarchisme social
qui constitue notre projet révolutionnaire, appuyé sur la transformation
en protagonistes à la première personne des opprimés et des exploités.

L'action des anarchistes se réalise à l'intérieur des mouvements sociaux,
dans le chemin vers l'autonomie vis-à-vis des institutions, dans la
capacité à faire vivre des organisations spécifiques et des organisations
de masse caractérisées par les principes de l'autogestion et du
fédéralisme. Une Fédération Anarchiste est un groupe de relations et de
confrontation vivante entre des hommes et des femmes qui partagent la
méthode libertaire et ont en commun un programme de transformation
sociale radical. Une Fédération Anarchiste préconise concrètement
l'organisation sociale dans laquelle nous souhaitons vivre, où le rapport
direct, face-à-face, la confrontation et la rencontre entre des options
diverses visent à la synthèse possible dans le respect des choix et des
trajectoires individuelles. Sa constitution formelle est une garantie de
liberté, parce que l'entente associative qui la constitue se fonde sur
l'autonomie des groupes et des individus.

Les anarchistes de la Fédération Anarchiste sont habitués malgré eux à
affronter la répression. Notre implication dans la rue, sur les lieux de
travail, contre le racisme, le militarisme, la guerre, l'oppression
capitaliste et étatique nous a coûté de nombreuses dénonciations ces
dernières années. Sans parler des coups de matraque, des perquisitions,
des constantes opérations de désinformation opérées dans les médias.

Nous avons été dans les manifestations contre la globalisation
capitaliste, devant les camps de concentration pour immigrés et les
prisons, dans les luttes contre les fabriques de mort, les décharges
nucléaires, les incinérateurs, nous avons fait grève et soutenu des
piquets, nous sommes présents dans les luttes sur le logement et les
espaces sociaux, là où se pratiquent l'auto-organisation, l'action
directe, le refus de la délégation et la participation : de la Lucania de
la révolte contre la décharge nucléaire aux traminots en lutte.

Le gouvernement et la presse s'obstinent dans la binôme bombes et
anarchistes, terrorisme et anarchie : nous ne nous laisserons pas
intimider, aujourd'hui comme en 1969. N'en déplaise à qui a cru nous
mettre en difficulté en manipulant notre sigle et en le jetant en pâture
aux médias. Beaucoup de gens nous connaissent et savent qui sont les
terroristes qui chaque jour bombardent, empoisonnent, assassinent,
emprisonnent ceux qui n'ont pas de pouvoir et sont exploités. Ils sont
assis sur les bancs du gouvernement, dans les hiérarchies de toutes les
églises, dans les conseils d'administration des grandes entreprises et
des banques, dans les travées du parlement, dans les quartiers généraux
des armées. Pour les vaincre, nous avons besoin de l'implication
solidaire de tous les opprimés et les exploités : les seuls capables de
mettre fin à l'oppression, à la hiérarchie, à l'Etat.

Le congrès national de la FAI - Milan, 10-11 janvier 2004

Des compagnes et compagnons de Turin, Alexandrie, Vercelli, Milan,
Novate, Varese, Bergame, Venise, Trieste, Savone, Chiavari, Gênes, La
Spezia, Carrare, Livourne, Pise, Reggio Emilia, Parme, Correggio, Val
d'Enza, Bologne, Imola, Chieti, Rome, Naples, Palerme


Transmis par le secrétariat aux Relations extérieures de la Fédération
Anarchiste
145 rue Amelot 75011 Paris
relations-exterieures@federation-anarchiste.org




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