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(fr) Voyage au coeur d'un conflit de travail pas comme les autres

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sun, 15 Feb 2004 19:37:22 +0100 (CET)


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Usine Alcan D'Arvida : Voyage au coeur d'un conflit de travail pas comme
les autres

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil [édition du samedi 14 février]

Depuis bientôt trois semaines, l'usine Alcan d'Arvida fait de la
résistance. Pour éviter la fermeture, les travailleurs ont pris le
contrôle des salles de cuves. Mieux, ils continuent de produire des
lingots d'aluminium, avec la complicité des autres employés ! Voyage au
coeur d'un conflit de travail pas comme les autres.

Jeudi, 19 h. Comme tous les soirs depuis plus de 60 ans, les travailleurs
du quart de nuit de l'usine d'Arvida entrent au travail, par petits
groupes. Dans les grands tourniquets automatisés qui gardent l'entrée
des salles de cuves, ils croisent leurs collègues qui s'en vont. On
s'échange quelque blagues. On prend des nouvelles du petit dernier. On
badine sur le ski-doo qui émet un son de cafetière.

L'ambiance respire tout sauf la mutinerie.

Et pourtant. En franchissant la porte de l'usine, les 550 travailleurs
des quatre salles de cuves de l'usine défient le monde entier. Le 22
janvier, Alcan a en effet annoncé la fermeture des cuves Söderberg,
jugées désuètes et trop polluantes. Au moins la moitié auraient déjà
cessé la production, si tout s'était passé comme prévu. Mais depuis
trois semaines, les événements ont fait mentir toutes les prédictions.

Après l'annonce de la fermeture, tout le monde pensait que les syndiqués
se vengeraient en refusant d'effectuer du temps supplémentaire. Ou
qu'ils s'attaqueraient à des sous-contractants. Prévoyant du grabuge,
les autorités locales avaient même discrètement appelé à la resousse des
éléments de l'escouades anti-émeute. Une erreur grossière. Au Saguenay,
tout finit par se savoir.

Il n'importe. À la surprise générale, les syndiqués ont plutôt réagi...
en continuant le travail. "Business as usual", explique un jeunot, en
faisant le signe de la victoire, à la sortie de l'usine. Du coup, on ne
sait plus trop comment décrire leur action. Ce n'est pas une grève,
puisque tout le monde se trouve à son poste. Ce n'est même pas une
véritable occupation d'usine, puisque les employés retournent
tranquillement à la maison, à la fin de leur quart de travail. "À
l'intérieur, les cadres se contentent de vérifier les questions de
sécurité. Ils sont plus que discrets", précise Claude Lortie,
vice-président section-chimie du Syndicat national des employés de
l'Aluminium d'Arvida (SNEAA).

Un autre Val-Jalbert?

"Combien faut-il de claques sur la gueule avant de devenir conplètement
enragé?" martèle le président du SNEAA, Claude Patry. Le syndicaliste
entreprend aussitôt d'énumérer les saignées que vient de subir la région,
à commencer par la fermeture de l'usine à papier de Port-Alfred et la
faillite de la coopérative forestière de Laterrière. En tout, c'est au
moins 1850 emplois qui se sont envolés en un an...

Dans ce contexte, le conflit d'Arvida a rapidement pris une dimension
régionale. "Les 550 emplois qui se perdent à l'Alcan représenteraient 20
000 emplois à Montréal, a résumé la députée fédérale de Jonquière,
Joceline Girard-Bujold. (...) Il s'agit d'une perte inimaginable pour la
région. Il n'est pas question que le secteur d'Arvida devienne un autre
Val-Jalbert."

"Val-Jalbert." "Village fantôme," "Fermeture de la région." Les images
apparaissent peut-être un peu fortes, mais elles font figure de cri de
ralliement, dans une région qui affiche l'un des taux de chômage les plus
élevés du pays. "Tous les matin, en voyant les cheminés qui continuent
de cracher de la fumée à plein régime, je me dit: "Ils tiennent encore.
Je suis fier d'eux. Ça suffit."", lance le propriétaire d'un petit
restaurant, à proximité de l'usine.

Hier, alors qu'il se trouvait au Centre des Congrès de Jonquière, le
Ministre des Finances, Yves Séguin, a pu constater l'exaspération
ambiante. Ayant accepté de rencontrer une centaine de manifestants, le
ministre a dû composer avec une hostilité à peine voilée. "Je trouve
cela assez spécial comme fermeture", a conclu le ministre. Heureusement
pour lui, M. Séguin a pu bénéficier d'une porte de sortie en rappelant
qu'un mandataire spécial du gouvernement doit remettre un rapport de
conciliation d'ici lundi.

Alcan coincée

Prise entre l'arbre et l'écorce, ou plutôt entre le lingot d'aluminium et
l'enclume, la compagnie Alcan a bien tenté de faire respecter sa
décision. Seulemenent voilà, l'usine d'Arvida fait partie du vaste
complexe de Jonquière, qui s'étale sur plusieurs kilomètres et qui
emploie plus de 2 900 personnes. À côté de cette géante, l'usine Papiers
Stadacona, à Québec, fait figure de naine.

Impossible d'arrêter une usine semblable comme un vulgaire grille-pain.
Pour éviter d'endommager des cuves atteignant de très hautes
températures, la production doit être arrêtée progressivement. Une
manoeuvre qui peut prendre des jours, voire des semaines. Alcan n'a
jamais cachée son intention de récupérer le matériel en bon état pour
ses usines de Shawinigan ou de Beauharnois.

La compagnie aurait aussi songé à couper progressivement
l'approvisionnement en alumine. Mais le tri de la matière première
nécessaire aux autres usines d'aluminimum de la région s'effectue
justement au complexe de Jonquière. Autant dire que la solidarité
syndicale peut jouer à plein. "Nous n'avons qu'à faire quelques coups de
téléphones, et ont vient nous approvisionner", crânent les employés des
salles de cuves. Les lingots produits continuent même à être acheminés à
la clientèle.

Alcan se retrouve donc pratiquement condamnée à s'entendre avec ses
employés. Ou à utiliser le bras long de la justice. Le 30 janvier, la
Commission des relations de travail du Québec (CRT) a ordonné aux
syndiqués de mettre fin à leur action. Devant le commissaire de la CRT,
Alcan a notamment évoqué les risques d'accident de travail. Des amendes
de 100 à 200$ par jour pourraient guetter les syndiqués récalcitrants.

Peine perdue. Les syndiqués ont bravé jusqu'ici l'ordonnance de la
Commission. Tout comme ils ont rejeté une entente de principe intervenue
entre la compagnie et leur syndicat au début de la semaine. Par dessus
tout, ils craignent que les quelques 200 mégawatts rendus disponibes par
la fermeture des salles de cuves ne servent à financer l'agrandissement
d'alumineries, ailleurs au Québec. Un argument jugé ahurissant par la
multinationale et Hydro-Québec.

Certes, les travailleurs des salles de cuves de l'Alcan ne sont pas des
miséreux. La compagnie a promis de les recaser. De plus, avec le temps
supplémentaire, plusieurs s'en tirent avec un salaire dépassant
largemment les 100 000$. Rien à voir avec les mineurs décrits par Émile
Zola dans Germinal. Leur rage vient plutôt de la conviction d'avoir été
trahis par l'Alcan. La compagnie ne s'était-elle pas engagée à maintenir
l'usine d'Arvida en fonction jusqu'en 2014? Ne vient-elle pas d'annoncer
un bénéfice de 143 millions $ au dernier trimestre?

Convaincu que leur région est en tain de couler à pic, une partie des
syndiqués apparaissent déterminés à emporter les profits d'Alcan, au
besoin. Oubliez une intervention policière pour vider les salles de
cuves. La perspective d'une bousculade dans des salles bourrées
d'éléments sous haute tension, où mijote du métal en fusion, tient de la
folie pure et simple. "Qu'ils viennent, il y aura des morts", dit un
costaud dont la boîte à lunch aurait pu contenir un bison de bonne
taille.
Bluff ou pas, une partie des notables de la région commence à prendre
peur. "Quand Alcan éternue, toute la région a le rhume", veut le dicton.
Après avoir chauffé à blanc l'opinion publique, certains se demandent
désormais comment tout cela peut finir. "Un détail, qui a tout de même
son importance, semble vouloir échapper au [syndicat], écrit Carol
Néron, du Quotidien. Nationaliser le réseau éléctrique d'Alcan [comme le
réclament les syndiqués] équivaudrait, en effet, à mettre la
multinationale à la porte de la région. (...) Il n'en demeure pas moins
que le développement du Saguenay- Lac-Saint-Jean sera toujours
tributaire, pour une bonne part, de cette présence. Jusqu'à preuve du
contraire, les Bleuets et Alcan sont unis pour le meilleur et pour le
pire."

[ Texte transmis par <phebus@northernhacking.org> : Un texte que j'ai
trouvé très intéressant de Jean-Simon Gagné, l'un des "gauchistes de
service" du Soleil - un quotidien libéral de Québec. D'habitude, ils
l'envoie en Palestine ou au Kosovo pour faire ce genre de reportage,
aujourd'hui c'est le Saguenay... ]


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