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(fr) Les communistes libertaires et le débat avec d’autres courants

From guillaume.davranche <guillaume.davranche@laposte.net>
Date Mon, 9 Feb 2004 12:43:53 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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La publication du numéro de février 2003 de la revue « ContreTemps » a
créé l’émotion chez quelques libertaires… avec un an de décalage. «
ContreTemps » a souhaité mettre en regard les thèses et pratiques
libertaires et marxistes (pour aller vite) en 2003, ce qui est une
démarche intéressante sur le principe, même si le résultat peut être
diversement apprécié. La couverture de la revue affichait alors « Changer
le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux
communistes ». Plusieurs militants de diverses tendances du mouvement
anarchiste (Philippe Gottraux de l’OSL suisse, Pierre Contesenne et
Patrice Spadoni d’Alternative libertaire, Mimmo Pucciarelli, Gaetano
Manfredonia), ont accepté de contribuer à ce numéro de « ContreTemps ».
La publication faisait suite à un colloque « Anarchisme et marxisme » à
Paris en 2002 qui avait attiré quelques centaines de personnes et permis
de confronter des thèses et des pratiques.

La participation d’Alternative libertaire à cet événement n’avait rien
d'étonnant puisqu’AL s’efforce de développer une culture du débat
contradictoire, y compris hors du courant libertaire. Ne serait-ce que
parce que c’est enrichissant intellectuellement de se confronter avec des
courants de pensée différents.

Parmi ces « courants de pensée » marxistes, le plus enclin au débat
interne et externe, en France, est assurément représenté par la Ligue
communiste révolutionnaire (LCR), qu’on ne peut plus guère qualifier de
léniniste, évoluant désormais dans les eaux d’un marxisme révolutionnaire
mâtiné d’une importante tendance « social-démocrate radicale » (lire
l’article d’analyse dans « Alternative libertaire » n° 124, novembre
2004, « 15e congrès de la LCR, navigation à vue »). Les principaux
animateurs de la revue « ContreTemps » sont d’ailleurs proches ou membres
de la LCR.

Une autre motivation au débat et à la controverse publique, c’est que les
militant(e)s de la LCR et de l’AL sont nombreux et actifs dans les
mouvements sociaux et syndicaux, où ils se côtoient continuellement... avec
des stratégies et objectifs le plus souvent contradictoires, en
particulier depuis le tournant électoraliste de la LCR en 1996 (1).
Quelles sont ces divergences et en quoi intéressent-elles la lutte de
classe ?

AL développe le concept de « gauche sociale contre gauche gouvernementale
». D’une part la « gauche sociale » ou « gauche de la rue », opposition
extra-parlementaire, dont les mouvements sociaux dessinent les contours.
D’autre part la « gauche gouvernementale » qui dévoie les mouvements
sociaux vers les institutions républicaines. Il s’agit de souligner deux
dynamiques différentes, que la LCR – par exemple – voudrait
complémentaire, et qu’AL voudrait antagoniques. A noter que pour sa part
la LCR ne parle guère de "gauche sociale", elle développe le concept des
"deux gauches": la gauche libérale d'une part (PS, Verts, une partie du
PCF), la gauche antilibérale d'autre part (LCR, LO, une partie du PCF),
ces "deux gauches" participant dans tous les cas à la compétition
électorale. Le « 100% à gauche » de la LCR est davantage un slogan de
campagne ambigu qu’un concept sérieux. La stratégie révolutionnaire d’AL
n’a donc rien à voir avec une stratégie « gauche de la gauche », puisque
nous avons au contraire toujours mis en garde contre les dangers d’une «
néo social-démocratie » véhiculant les mêmes illusions que l’ancienne.

Ce qui n’empêchera pas certain(e)s, naïfs ou malveillants – comme un
certain Richard G. –, d’écrire que « AL se retrouve fréquemment dans
combats communs avec la Ligue », ou a participé avec elle au Forum social
européen où AL aurait « citoyennement mis la lutte des classes au
vestiaire », participé à la « mise en place d'une structure de dialogue
social », « dans une perspective "participative" associant les exploités
à leurs exploiteurs. » Ce qui en dit long sur l’ineptie de ces calomnies
dérisoires, puisque les organisations politiques ne pouvaient pas
formellement être partie prenantes du FSE. Les éditions d’AL ont en
revanche tenu un stand au FSE, non loin de la librairie Publico
(Fédération anarchiste) et Quilombo (autre librairie libertaire
parisienne). Il nous semblait effectivement impossible que les
libertaires soient invisibles dans cet événement, et que les dizaines de
milliers de militant(e)s participant au FSE n’y rencontrent que les
Verts, le PCF, la LCR, entre autres. En revanche AL a activement
participé à l’organisation du Forum social libertaire en parallèle du
FSE, qui était notre expression politique propre.

Pour revenir sur « ContreTemps », le titre « Changer le monde sans
prendre le pouvoir ? », placé en exergue sur la couverture de la revue,
était une invitation à la controverse entre anarchistes et marxistes. Une
invitation sans doute maladroite puisque certains lecteurs non avertis ou
qui n’ont pas lu la revue ont pu penser qu’il s’agissait d’un concept
commun aux libertaires et aux marxistes. En fait ce « Changer le monde
sans prendre le pouvoir » est une référence généralement associé au
néozapatisme, dans lequel les animateurs de « ContreTemps » semblaient
vouloir déceler une nouvelle pratique dépassant les clivages
marxisme/anarchisme. « ContreTemps » incluait donc dans son dossier les «
Douze thèses sur l’anti-pouvoir » de John Holloway, qui revendique une
lecture moderne du zapatisme. A priori, AL n’adhère pas à ses thèses,
puisque la transformation révolutionnaire de la société passera
nécessairement par une substitution du pouvoir populaire (« conseils
ouvriers », etc.) au pouvoir d’État. La LCR de son côté n’adhère pas non
plus à ce concept, puisqu’il la dessert ; et dans le même numéro de la
revue, Daniel Bensaïd allume des contre-feux et récuse les « douze thèses
» d’Holloway.

Même si visiblement cela donne de l’urticaire à quelques uns, débattre
des convergences et divergences avec d’autres courants politiques fait
partie intégrante de la culture militante d’Alternative libertaire, qui
depuis ses origines est hostile à l’enfermement de l’anarchisme dans une
tour d’ivoire doctrinaire…

Guillaume Davranche
(militant d’Alternative libertaire)

(1) La LCR a toujours, quand elle a pu, participé aux élections
bourgeoises. Mais jusqu’en 1996 elle le faisait dans une optique
léniniste (élection = tribune). Depuis son congrès de 1996, elle conçoit
de plus en plus les élections comme un enjeu stratégique et non plus
tactique, ce qui peut changer bien des choses dans son rapport aux
mouvements sociaux.



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