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(fr) Alcan : Contrôle ouvrier à Jonquière - Canada

From Collectif La Nuit (NEFAC) <nefacquebec@yahoo.ca>
Date Thu, 5 Feb 2004 11:47:14 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Quand la haute direction de la multinationale Alcan a
annoncé, au Forum de Davos, la fermeture des salles de
cuves de son aluminerie d’Arvida, elle ne se doutait
sans doute pas de la boîte de pandore qu’elle ouvrait.
Bien sûr, tout le monde s’attendait à de la colère
ouvrière, en témoigne la présence de l’escouade
anti-émeute de la SQ à Jonquière dès l’annonce de la
nouvelle, mais personne ne s’attendait à «ça». En
effet, qui pouvait prévoir qu’en 2004, au Québec, un
syndicat local se lancerait dans une ambitieuse
opération d’occupation des installations d’une
puissante multinationale et, en guise de moyens de
pression, relancerait la production à pleine capacité
sous contrôle ouvrier ? C’est pourtant exactement ce
que vient de faire le Syndicat national des employéEs
de l'aluminium d'Arvida (SNEA).

Depuis quelques mois, la classe ouvrière du
Saguenay-Lac-Saint-Jean passe au bat et les pertes
d’emplois bien payés se multiplient. En mai, il y a la
faillite de la Coopérative forestière de Laterrière
(650 jobs). Juste avant Noël, c’est au tour
d’Abitibi-Consolidated d’annoncer la fermeture de la
papetière de Port-Alfred (650 jobs). Et voilà que la
semaine dernière, Alcan en rajoute une couche en
annonçant la fermeture prématurée de ses cuves
Söderberg, au Complexe Jonquière, détruisant ainsi 550
jobs. L’action du syndicat vise un peu (beaucoup) à
contrer tout ça.

Contrôle ouvrier

La fin de semaine dernière, l’exécutif du syndicat
réunissait une «cellule de crise» regroupant une
centaine de militantEs pour discuter stratégie.
Habituellement, ce genre de «cellule» met sur pied une
aide psychosociale pour les salariéEs qui perdent leur
emploi et essaie de négocier les meilleures
«conditions de séparation» possible. Lundi soir, une
assemblée syndicale à huis-clos se tient pour
présenter la stratégie proposée et tenir un vote. 2
000 ouvrierEs participent aux délibérations et pas un
mot ne filtre de la salle. Les commentateurs
s’entendent alors pour prédire que les moyens de
pressions seront de l’ordre du boycott des heures
supplémentaires.

Ce n’est que le lendemain que les syndiquéEs dévoilent
leur plan d’action et informent de ce qui a été fait
dans la nuit. L’idée de base est simple : repartir la
production à plein régime sous leur contrôle tant
qu’ils-elles n’auront pas eu d’engagement écrit
d’Alcan comme quoi elle investira dans la région pour
remplacer les emplois perdus. Dès lundi soir, après la
première assemblée de ses membres, le syndicat a mis
en branle sa stratégie, demandant à ses travailleurs
et travailleuses des salles de cuves Söderberg de
maintenir le fonctionnement à plein régime. La
première salle de cuves mise en mode fermeture a
repris du service et le centre de coulée, condamné
l'été dernier, a de nouveau reçu du métal chaud. Selon
le président du syndicat, Claude Patry, les syndiquéEs
ont tout en mains pour assurer l'exploitation des
Söderberg sur une longue période. Les travailleurs et
les travailleuses, dit-il, contrôlent toute la chaîne
de production, de l'arrivée de la bauxite aux
installations portuaires de La Baie jusqu'aux salles
de cuves, en passant par l'usine chimique Vaudreuil
qui convertit la bauxite en alumine, le réseau
ferroviaire et les installations hydroélectriques.
Alcan, a clairement dit le syndicat, n'a pas intérêt à
couper l'approvisionnement en bauxite qui arrive
d'outre-mer ou en énergie, parce que ce sont ces
autres usines d'électrolyse d'Alma, Laterrière et La
Baie qui en souffriront. Le plus beau de l’affaire
c’est que, pour l’instant, c’est Alcan qui paie les
salaires puisque le processus de fermeture devait
durer jusqu’en mars.

La production à plein régime sous contrôle ouvrier est
en quelque sorte le joker dans le jeu de carte du
syndicat. La grève, arme traditionnelle, n’est pas
pensable dans le contexte. En effet, faire la grève ça
veut dire éteindre les cuves, exactement ce que veut
le patron. Il faut dire que dans ce cas précis, les
ouvrierEs ont le gros bout du bâton. En effet, la
fermeture d'une salle de cuves consiste en une
opération complexe qui nécessite la participation des
travailleurs et des travailleuses. À moins que la
multinationale décide tout simplement de perdre la
production dans les cuves en coupant
l'approvisionnement en électricité, il faut que les
syndiquéEs consentent à l’opération. De plus, en
produisant à plein régime, le syndicat empêche Alcan
de vendre son électricité aux USA (l’un des buts avoué
de l’opération). Interrogé sur la portée légale de
l'«occupation», Claude Patry a répondu: «Ce n'est pas
illégal de continuer à travailler.» Ce n'est toutefois
pas l'avis de la Commission des relations de travail
du Québec qui, après 5 jours de contrôle ouvrier, a
déclaré l'occupation de l'usine illégale.

Avant de laisser Alcan fermer ses vieilles
installations, les travailleurs et les travailleuses
exigent des garanties écrites d'Alcan. Ils et elles
veulent une nouvelle aluminerie à Jonquière. Les
syndiquéEs réclament qu'Alcan fasse de son Complexe
Jonquière une usine de services pour les alumineries
de la multinationale dans le monde. On propose par
exemple que l'entreprise investisse avec un géant de
l'automobile dans une usine qui pourrait créer un
millier d'emplois à Jonquière. Les travailleurs et les
travailleuses d'Alcan réclament aussi d'autres usines
de transformation dans la région. La revendication
porte sur cinq grand axes: augmenter la production et
diversifier les produits de l'usine Vaudreuil,
fabriquer les anodes pour d'autres usines de la
multinationale, rapatrier toutes les activités de
débrasquage d'Alcan au Québec, obtenir des
investissements majeurs pour les cathodes graphitées
afin de fournir les alumineries de nouvelles
générations et faire du service
atelier/usinage/forge/garage, le fournisseur de
services de l'ensemble des installations d'Alcan dans
la région.

Apparemment, les syndiquéEs ont l’appui majoritaire de
la population et des élus de la région. À 48h d'avis,
l'inter-syndicale d'Alcan a réussi à faire sortir plus
de 5 000 personnes dans les rues de Jonquière en appui
à leur cause. Évidemment, l’ensemble de l’opération,
bien que très créative et combative, se place dans un
strict cadre légaliste (quoique...) et réformiste. Il
faudra voir quelle sera la réaction syndicale,
maintenant que l'occupation est déclarée illégale.
Pour l'instant, la haute direction de la FTQ -- à
laquelle viennent d’adhérer les syndiquéEs via la
fusion de leur fédération avec les TCA -- appuie de
tout coeur l’action. Henri Massé a tenu à apporter par
communiqué « l'appui le plus entier de la centrale à
la spectaculaire opération de résistance déclenchée
par ses syndiquéEs chez Alcan à Jonquière ».

N’empêche que la brèche qu’ouvre cette action dans
l’imaginaire est sensationnelle. Il s’agit quand même
d’une négation ouverte du droit de gérance de la
multinationale et d’une formidable affirmation de
pouvoir ouvrier. Et puis, entre le contrôle ouvrier et
l’autogestion, il n’y a qu’un pas...

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Collectif anarchiste La Nuit (NEFAC-Québec)
a/s Groupe Émile-Henry
C.P. 55051, 138 St-Vallier Ouest
Québec (Qc), G1K 1J0

nefacquebec@yahoo.ca
http://www.nefac.net



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