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(fr) Répression policière contre les mobilisations anti - WEF

From Christophe TAFELMACHER <x-tof@bluewin.ch>
Date Tue, 3 Feb 2004 12:24:21 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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29 janvier 2004 - ETAT D'URGENCE
Interventions policières durant la semaine de mobilisation contre le WEF
à Davos

La tenue du WEF a suscité à nouveau de nombreuses manifestations et
actions dans tout le pays, à Genève, Lausanne, Berne, Neuchâtel,
Fribourg, Burgdorf, Langenthal, Coire, Davos, Zurich, Lugano, Locarno,
etc.
Le groupe anti-répression de Lausanne a suivi notamment les actions Zug
um Zug (samedi 17 janvier 2004), une action de blocage à Zurich (mercredi
21 janvier) et la manifestation à Coire (samedi 24 janvier), ainsi que le
retour...
Nous livrons ici nos observations et critiques.

Samedi 17 janvier 2004 - Zug um Zug
La manifestation itinérante prévoyait des actions dans quatre villes. A
Fribourg, lorsque les manifestant-e-s sont sorti-e-s de la gare, la
police en tenue anti-émeutes les a immédiatement encerclé-e-s, conduit-es
jusqu'à la place Python, puis reconduit-es à la gare. La police, par sa
présence massive et un encadrement sans brèche, a de fait empêché toute
manifestation en ville et rendu difficile le contact avec la population.
Arrivé-e-s à Berne, les manifestant-e-s ont pu sortir de la gare. Le lieu
de rendez-vous a également été encerclé par les anti-émeutes et des
canons à eau. Les seules issues laissées étaient soit la gare, soit la
Reithalle. Ici encore toute manifestation a été empêchée. Les
manifestant-e-s ont donc repris le train.
Le train a été arrêté entre Berne et Burgdorf pour permettre aux
anti-émeutes de rejoindre Burgdorf avant les manifestant-e-s.
A Burgdorf, des policiers-ères en civil ont copieusement photographié les
manifestant-e-s à la descente du train. La manifestation, toujours
encadrée par les anti-émeutes, s'est déroulée sur quelques centaines de
mètres. Sans aucun motif et sans sommation, un barrage d'anti-émeutes a
tiré des salves de balles en caoutchouc sur les manifestant-e-s à une
distance de quelques mètres. Plusieurs personnes ont été blessées au
visage et ont dû être hospitalisées. Une personne chargée des premier
secours, facilement identifiable comme telle, a subi des tirs au dos
alors qu'elle pansait des blessé-e-s. En substance, la police a tiré
"dans le tas" sans raison et sans discernement. Les manifestant-e-s, qui
ont toujours gardé leur calme, sont à nouveau retourné-e-s à la gareŠ
sans avoir eu la possibilité de manifester, une fois de plus!
A Langenthal, étonnament au vu des événements de la journée, la présence
policière était discrèteŠ et la manifestation a pu avoir lieu comme
prévu.

Mercredi 21 janvier 2004 - Actions de blocage
Globalement, l'intervention de la police a été "modérée". Reste à
signaler la façon musclée utilisée pour emmener les manifestant-e-s, en
les traînant par les pieds sur le goudron, alors qu'ils/elles
n'opposaient aucune résistance. La majorité des manifestant-e-s a été
retenue, puis relâchée assez rapidement. Toutes et tous n'ont pas subi un
contrôle d'identité. La journée s'est soldée par deux arrestations.
Notons que les actions de blocage se sont déroulées autour de l'aéroport
de Kloten, sous les yeux des différentes délégations se rendant au WEF et
de passablement de représentant-e-s des médias. Ceci aurait-il modéré les
ardeurs que la police a montrées le samedi précédent?
Nous apprenons aujourd'hui qu'une personne a gravement été blessée. Elle
a dû subir plusieurs interventions chirurgicales, ainsi qu'une greffe
osseuse (http://blutgeil.com/).

Samedi 24 janvier 2004 - Manifestation à Coire
Les manifestant-e-s ont pu se rendre sur place sans encombre. Durant la
manifestation, la présence policière a été discrète. Des policiers-ères
et des anti-émeutes étaient visibles, mais sans ostentation. A la fin de
la manifestation, une personne a été arrêtée sans motif fondé, dans des
circonstances suggérant un délit de faciès.
La dissolution de la manifestation laisse pour l'instant des zones
d'ombre. Vers 15 heures, les manifestant-e-s ont été invité-e-s, dans une
précipitation peu compréhensible, à prendre place dans deux trains prévus
à cet effet par les CFF et censés partir sans délai.
Le premier train, bondé de manifestant-e-s, a été arrêté à trois reprises
par des personnes qui ont tiré les freins d'urgence en gare de Coire :
nombre de personnes pendaient aux fenêtres dans la tentative d'y prendre
place.
A la gare de Landquart, le train s'est arrêté comme prévu dans son
itinéraire régulier. Les raisons pour lesquelles il n'en est pas reparti
demeurent peu claires: plusieurs hypothèses circulent sur cet arrêt. Les
circonstances suggèrent fortement une opération organisée par la police
compte tenu de son état de préparation.
La police a forcé les manifestant-e-s à descendre du train, allant
jusqu'à lancer des gaz lacrymogènes à l'intérieur des wagons. Des balles
en caoutchouc, des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes ont
été tirés sans aucun motif et toujours sans sommation. Des tabassages ont
eu lieu. Les manifestant-e-s ont alors été encerclé-e-s et enfermé-e-s
dans un enclos en plein air. Les canons à eau ont été utilisés contre les
manifestant-e-s bloqué-e-s. Les personnes sont restées longtemps
mouillées dans le froid (certaines jusqu'à 23 heures 30)... Les
manifestant-e-s n'avaient aucune échappatoire. En effet, au delà des
lignes de policiers-ères anti-émeutes, un groupe de fascistes trônait de
façon menaçante à la sortie de la gare, ce qui amusait les policiers-ères.Pendant ce temps, la police emportait les manifestant-e-s par groupes de
cinq personnes, menotté-e-s, pour effectuer des contrôles d'identité et
des fouilles. La police a proféré de nombreuses insultes au cours de
cette opération. Des centaines de manifestant-e-s rentrant d'une
manifestation autorisée se retrouvent ainsi fiché-e-s.
Une personne a été gravement blessée à l'¦il suite à un coup de matraque
et a dû être hospitalisée. Les conséquences en terme de santé pour les
autres manifestant-e-s ne sont pas encore connues.
Enfin, les manifestant-e-s ont été séparé-e-s en plusieurs groupes pour
retourner à Zurich.
A la gare de Zurich, des manifestant-e-s ont été sauvagement attaqué-e-s
par un groupe de fascistes, sous le regard de la police massivement
présente!


Quelques réflexions

Droit de manifester

Depuis quelques années, mais particulièrement suite à la tenue du G8 à
Evian, le droit de manifester est soumis à de fortes pressions politiques
et policières, qui le restreignent progressivement: refus d'autorisation,
mise en place de conditions difficilement réalisables (voir à Genève),
intolérance face aux rassemblements annoncés qui n'ont pas demandé
d'autorisation, répression brutale des participant-e-s, dissuasion,
intimidation, etc.
Est-il nécessaire de rappeler que "manifester dans la rue est une des
formes de l'exercice des libertés d'opinion, d'expression et de réunion.
Ces libertés font parties des droits fondamentaux garantis par la
Constitution fédéraleŠ, par les constitutions cantonales..., par la
Convention européenne des droits de l'homme... ainsi que par le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques de l'ONU..."
(Manifester: vos droits, J.-M. Dolivo, Ch. Tafelmacher, Editions d'En
Bas, Lausanne 2003).
Il est indispensable de défendre ce droit fondamental, en refusant de se
laisser entraîner dans les manipulations fondées sur le prétexte
constamment mis en avant par les autorités politiques et policières des
risques de dommages matériels.

Répression

Récemment encore, la répression des manifestations était surtout orientée
contre les milieux autonomes. Depuis quelques années, elle s'élargit et
s'approfondit à l'encontre de tout mouvement de résistance. Dans le cadre
des manifestations de cette semaine, nous pouvons poser les constats
suivants:

Utilisation accrue d'armes

Des armes dites non-létales sont utilisées de plus en plus couramment,
et, fait gravissime, dans l'indifférence générale, des médias en premier.
A titre d'exemple, le fait qu'il y ait des blessé-e-s par balles en
caoutchouc dans une manifestation reconnue sans heurt comme celle du
samedi 17 janvier décrite ci-dessus, devrait pour le moins soulever des
interrogations, mais il n'en est rien!
Quant à l'utilisation massive d'armes en tout genre contre une foule
impuissante, les faits qui se sont déroulés à Landquart sont scandaleux,
voire criminels. Il est consternant qu'ils ne soulèvent si peu de
commentaires et de critiques!

Proportionnalité

L'intervention de la police devrait respecter le principe de la
proportionnalité. La présence policière a été massive et constante,
disproportionnée par rapport aux événements se déroulant sur le terrain.
Les armes ont été utilisées à tout propos sans fondement et toujours sans
sommation. Des centaines de personnes ont été fouillées et fichées sans
raison. Il est dès lors flagrant que la police n'a pas respecté le
principe de proportionnalité qui devrait mener son action.

Respect des droits humains

Au-delà du fait que le contrôle de centaines de personnes (1082 selon les
sources de la police) ayant participé à une manifestation ne se justifie
pas, la façon dont il s'est déroulé viole de toute évidence les droits
humains.
Il a été entaché de mauvais traitements physiques et psychiques, suivant
une logique de terreur et d'abus de pouvoir :
- la police a agi sans donner de consignes, semant la panique au milieu
des manifestant-e-s qui ne savaient pas ce qui se passait ;
- elle a lancé des gaz lacrymogènes dans les wagons, lieu fermé s'il en
est;
- elle a durement frappé des manifestant-e-s à coups de matraque ;
- elle a séquestré des manifestant-e-s durant des heures, les a mouillé-e-s
avec des lances à eau et les a laissé-e-s attendre dans le froid et
l'obscurité, sans boissons ni nourriture ni sanitaires à disposition ;
- elle a insulté et humilié des manifestant-e-s ;
- elle a manqué à son obligation d'assistance aux blessé-e-s.

Aucun argument ne peut justifier qu'un contrôle d'identité s'effectue
dans de telles conditions.

Fichage

Photos, films, contrôles d'identité nourrissent des fichiers de police,
dont la police seule sait ce qu'elle en fait ! L'exercice de droits
démocratiques est traité comme un délit ou du moins comme un indice de
délit potentiel. Nous assistons à une banalisation du fichage politique
et rien ne garantit la destruction des données récoltées.

Conclusion

La tenue du WEF a occasionné la mise en place de mesures sécuritaires
considérables et coûteuses. Nous ne serions pas étonné-e-s que toutes ces
opérations policières et notamment les événements de Landquart aient été
menés pour justifier l'entier du dispositif. Cela permet de poursuivre
l'¦uvre de criminalisation des mouvements de résistance à la
mondialisation néo-libérale.
La police met tout en place pour intimider les participant-e-s et ainsi
les dissuader de poursuivre leurs combats, y compris des tactiques
caractéristiques des régimes totalitaires, telles que l'imprévisibilité
de ses interventions.

Le groupe anri-repression continuera à observer et dénoncer les dérives
sécuritaires, convaincu que si nous ne réagissons pas fermement
aujourd'hui, les droits fondamentaux seront gravement et durablement
"atteints". Dans l'histoire, cela s'est déjà vu...


Répression à Landquart

Le système policier mis en place à Landquart marque une étape
significative dans la répression et la criminalisation des mouvements
sociaux en Suisse. Nous avons assisté ce weed-end à la mise en place
d'une structure de fichage individuel d'une envergure inconnue jusque là
dans notre pays. Le dispositif de contrôle de masse est efficace,
réfléchi et sophistiqué. Ce dispositif, le nombre de policiers-ères
présent-e-s, ainsi que le matériel mis en place pour bloquer le pont à la
sortie de la gare, avant même l'arrivée du train, nous permettent de
penser que tout cela avait été planifié de longue date.

La répression a touché toutes les personnes présentes, y inclues celles
restées sur le quai ou dans le train en attendant que celui-ci reparte.
Avant les contrôles, la violence disproportionnée de la police s'exprime
par une attaque des personnes regroupées sur les quais: pas de sommation,
puis les bombres lacrymogènes et assourdissantes, les balles en
caoutchouc, et les coups de matraque. La démarche d'intimidation générale
est claire.

Le fonctionnement d'un tel "camp de fichage" est extrêmement fluide. Les
changements de structure sur ce point suite au G8 tiennent en deux points
majeurs: premièrement, une grande fluidité permet de contrôler 1082
personnes en six à sept heures, et deuxièmement, les détenu-e-s sont
privé-e-s de liberté le temps d'un circuit, soit 20 à 30 minutes, la
police n'arrête donc pas systématiquement les personnes dont elle cherche
à connaître l'identité. Pas de longs interrogatoires, mais un fichage
systématique et des comportements policiers pour le moins douteux: - les
personnes ayant des objets jugés compromettant (couteau de cuisine, par
exemple pour le pic-nic) se voient écrire un numéro sur l'avant-bras
correspondant au numéro du sac contenant l'objet incriminé.
- le numéro de téléphone privé, qui fait partie des indications que l'on
n'a pas l'obligation de transmettre lors d'un contrôle d'identité est
demandé au même titres que les autres données. Il s'agit d'un abus de
pouvoir. - Quant aux néo-nazis présents derrière les cordons de police,
ils ne se voient pas inquiéter par la police.

La police a annoncé qu'elle détruirait en juin le matériel de fichage
recueilli ce week-end. Nous suivrons de près la mise en ¦uvre de ces
propos. La dégradation des droits démocratiques est claire, très forte et
rapide. Elle concerne tout-e un-e chacun-e, même si l'on veut nous faire
croire que seul-e-s quelques extrêmistes sont visé-e-s. Nous nous y
opposons et appelons toutes les personnes soucieuses des libertés
d'expression à se mobiliser!

Affaire à suivre!

Davos: 24Heures fait un bide

L'article de Nicolas Verdan paru dans 24Heures du 27.01.04 offre un
exemple idéal-typique du parti-pris d'une certaine frange journalistique
qui, mauvaise foi ou stupidité crasse, se targue toutefois d'objectivité.

Reléguant le récit factuel et l'analyse aux bonnes intentions du code
journalistique, M. Verdan décrit de manière mono-maniaque un tableau
impressionniste sur la base d'une anecdote qui prend à ses yeux figure de
totalité: le comportement de quelques ados dans un des trains ramenant
les manifestantEs anti-WEF de Coire. A tel point que pour le 24Heures du
lundi 27 janvier, l'ensemble des événements liés au sommet du WEF et aux
manifestations de protestations se résument à quelques cannettes de
bières et DocMartens sur les banquettes du train CFF (presque une page
sur ces facéties!).
A ce jeu de la subjectivité sélective, on pourrait le confronter à son
confrère du Courrier, qui lui, dresse un tableau de manifestantEs muniEs
de sacs poubelles ramassant les déchets à la fin de la manif à Coire,
mais passons...
A la fin, Nicolas Verdan se prend au piège de ses efforts véhéments de
décrédibilisation du mouvement anti-WEF: malgré un grand renfort de
termes très connotés (" meute ", " horde ", " envahissent ", etc.), il ne
se dégage tout compte fait de ce tableau surréaliste qu'une image d'ados
éthyliséEs et exubérantEs en course d'école. On n'en a que plus de peine
à croire à la légitimité de l'intervention de la police contre de
dangereux casseurs qu'à d'autres moments il plaît à la presse de
présenter comme " professionnels ".

Tout ce que l'article ne dit pas
Par contre, à peine une allusion sur la manifestation de Coire, qui a
pourtant réuni 3'000 personnes (ce qui est considérable vu le contexte
sécuritaire, la météo et l'éloignement géographique).
Pas un mot sur l'acharnement de la police à vouloir à tout prix ficher
les quelques dizaines de manifesantEs qui ont tenté de braver
l'interdiction de manifester à Davos, ou à arrêter les cars de
manifestantEs sur le retour, ce qui a contribué à exciter les esprits.
Pas un commentaire sur le fait que police se vante d'avoir fiché en 1
jour 1'200 personnes (1'028 rien qu'à Lanquart, certainement tous les
ados dont parle M. Verdan...), ce qui donne quand même matière à
réflexion dans un pays démocratique, qui plus est suite à une
manifestation autorisée! Pas une bribe de réflexion sur un autre aspect
inquiétant de notre belle démocratie: les dizaines de nazi-skins
manifestant derrière les cordons de police non seulement à Landquart,
mais aussi à Coire, et plus tard en gare de Zurich où les fascistes ont
ratonné au passage des badauds dans leur traque à l'anti-mondialiste sous
le regard d'abord complaisant de la police. Pas un mot sur la
disproportion des moyens engagés par l'armée et la police pour protéger
le club privé du WEF. Plus de polémique comme lors du G8 sur la présence
de policiers allemands et autrichiens dans le dispositif de contrôle de
Landquart, où après avoir blessé plusieurs manifestantEs en chargeant et
gazant à bout portant des personnes assises par terre ou dans le train,
la police a fait partir les journalistes pour finir son sale travail de
fichage, agrémenté des humiliations et menaces désormais classiques en
pareilles circonstances. Il n'est jamais bon pour la police d'avoir des
témoins dans ces véritables zones de non-droit.
Le commentaire assez humoristique du même Nicolas Verdan (encadré) ne
parlant que de gaspillage des ressources publiques ne suffira pas à
donner un éclairage sur la signification de de la méga-rafle policière de
Landquart.
D'ici que les bien-pensants, au chaud devant leur télé, se rendent compte
de ce qui est en train de se mettre en place dans ce pays, il sera
peut-être trop tard.

Après ça, on s'étonne que certainEs s'en prennent aux journalistes, on
aura beau jeu de les traiter d'anti-démocratiques...

Pour des raisons évidentes de protection cette lettre n'est pas signée.

Témoignage

Réalité ou cauchemar?

Sentiment de déjà vécu ? Non en aucun cas !

Je vais vous relater ma journée colorée et festive du 24 janvier 2004.

Je voyais la Suisse comme un pays neutre, une démocratie saine où les
droits des citoyens comme le droit d'expression étaient respectés.

Ce samedi 24 janvier 2004 restera à jamais gravé dans ma mémoireŠ Et sur
mon visage...

Après la manifestation de Coire qui s'était bien déroulée, j'ai pris le
premier train en direction de Zurich. Dans le train, j'ai discuté avec
une grand-mère et son petit-fils d'une année afin de lui expliquer
pourquoi les gens étaient masqués. Pas pour faire peur, mais pour éviter
un fichage arbitraire de la police.

Le voyage jusqu'à Landquart s'est bien déroulé. Malheureusement, une fois
en gare, le train a été bloqué par la police.

Les voyageurs ont commencé à s'inquiéter. La tension montait de plus en
plus. La grand-mère et son petit-fils étaient terrorisés ne sachant pas
ce qu'il se passait.
Voyant un cordon policier se regrouper autours du train, j'ai conseillé à
cette grand-mère de quitter le train, nous l'avons aidée à descendre ses
affaires. Après avoir appelé plusieurs fois, un agent CFF a accepté
d'aider cette personne à se rendre en sûreté quelque part.

Au même moment, un groupe de néo-nazis, bras droits levés ont nargué les
manifestants (qui avaient décidé de rester dans le train) en leurs criant
des slogans de propagande nazie. La police a commencé à asperger la foule
avec les canons à eau et avec quelques salves de balles en caoutchouc,
pour selon eux, protéger la ville et ses habitants (alors que les
néonazis se trouvaient en dehors du cordon de sécurité).

J'ai voulu retourner au calme dans le train, mais la police était en
train de faire évacuer tous les manifestants qui ne voulaient pas
descendre. J'ai vu des personnes (femmes et hommes) se faire traîner par
les cheveux en dehors du train et se faire jeter sur le quai comme de la
marchandise. Au passage quelques coups de matraque ont été "
accidentellement " octroyés ! Pour " inviter " les plus tenaces à sortir
du train, des lacrymogènes ont été tirés à l'intérieur des wagons.

Je n'ai pas compris pourquoi la police n'a donné aucune explication en
français, personne ne savais que faire, j'étais paniqué et je ne
comprenais pas ce que la police attendait de nous.

Ne pouvant pas retourner dans le train, j'ai rejoint tous les copains qui
se trouvaient serrés comme du bétail sur le quai central. Il faut ajouter
qu'à cet endroit, la hauteur du quai est d'environ 80 cm.

Le cordon policier s'est resserré autours des manifestants à un tel point
que nous ne pouvions plus reculer.
Des gaz lacrymogènes ont été tirés au-dessous des banderoles et
par-dessus au milieu des manifestants, accompagnée de bombes détonantes.
Un mouvement de panique s'est déclenché face à cette agression directe.
Les gens ne pouvaient plus respirer, des hurlements rugissaient dans mes
oreilles. J'étais terrorisé! J'ai caché mon visage dans mes mains,
n'étant plus capables de réfléchir, l'esprit embrouillé par les gaz et la
panique. Les gens tombaient en bas du quai, heurtant violemment les
rails.

Bousculé par le mouvement de foule, je suis tombé à terre. Au moment de
me relever, j'ai entendu des cris derrière moi et BOUM ! Le trou noir
complet !

Quand enfin je revins à moi, un camarade était en train de me soutenir
pour me mettre à l'abri ! Je venais de recevoir un coup de matraque en
plein visage et sous le choc violent j'ai perdu connaissance.
Mes jambes ne me soutenaient plus, les gaz m'empêchaient de respirer
correctement et mon ¦il saignait abondamment.
En face de moi se trouvait bien retranché derrière un grillage un cordon
de policiers romands. J'ai entendu des moqueries dégradantes telles que "
Ho il saigne, il a mal !!! Bien fait, et t'as encore rien vu ! "

Je me suis rendu devant la police les bras levés en demandant une
ambulance d'urgence, on m'a répondu de reculer si je n'en voulais pas
encore !

Que faire, comment LEUR FAIRE COMPRENDRE que je voulais juste une
ambulance ? Que je ne voulais pas perdre un organe comme la vue juste
pour permettre à certains policiers de nourrir une vengeance personnelle
suite au G8 ??? En réponse, les lumières de la gare se sont éteintes et
seuls les projecteurs des deux camions à eau balayaient la zone de " non
droit ", et pour bien calmer le " bétail " ainsi encerclé, les canons à
eau se sont remis en action, par une température négative.

Ne tenant plus, ma tête allant exploser, frigorifié et gazé, je me suis
écroulé en face du canon à eau. Nous étions tous pris dans le même piège,
laissé pour compte face à une violence policière sans précédant.
La solidarité entre camarades était notre seul réconfort.

Une heure après avoir perdu connaissance, j'ai enfin pu passer le
check-in pour un contrôle médical.

Pour avoir voulu dire démocratiquement haut et fort ce que je pensais,
pour essayer de faire comprendre à notre chère Helvétie qu'on se bat pour
elle et non contre elle... le résultat est triste et lamentable :

· Hospitalisation
· Commotion cérébrale
· Arcade sourcilière suturée et fissurée
· Hématome sanguin oculaire
· Capacité visuelle restreinte
· Multiples hématomes dans le dos et sur les jambes (frappé au sol lors
de la perte de connaissance)
· Brûlures sur les mains dues aux gaz lacrymogènes
· Capacité auditive restreinte

La violence attire la violence...
Les dégâts matériaux pourront toujours être facilement chiffrables et
remplaçables dans un journal mais une vie ne pourra jamais l'être (sauf
peut-être pour chiffrer la vente d'un bon scoop de première page)...


Aperçu des événements du 24.01.04

13h30 début de la manifestation anti-WEF autorisée à Coire avec env. 3000
personnes
14h30 début de la manifestation non-autorisée à Davos avec env. 70
personnes 15h20 train bondé de manifestant-es et d'autres gens (plus que
1000 personnes) quitte Coire en direction de Zurich. Un deuxième train
avec quelques centaines de manifestantEs qui aurait dû partir quelques
minutes après le premier train reste pour des raisons inconnues à Coire.
15h55 à Davos la police bloque le départ du train en direction de
Landquart et fouille les personnes suspectées d'avoir participé à la
manifestation à Davos.
16h00 Le premier train parti de Coire s'arrête comme prévu dans les
horaires CFF à Landquart (pas d'utilisation des freins d'urgence). Les
personnes sortant tout au début du train constatent que les barrières à
travers les voies sont déjà montées et que toute la gare est encerclée
par différents corps de police de Suisse, d'Allemagne et d'Autriche.
16h30 A Landquart, les personnes n'ayant pas participé à la manifestation
sont invitées à quitter le train. Des manifestantEs anti-WEF qui veulent
faire de même sont empêché-es par la police.
16h50 Landquart : Après avoir réduit le périmètre de l'encerclement, la
police utilise sans sommation massivement des gaz lacrymogènes.
17h30 Landquart : Les personnes se trouvant à l'intérieur du train y sont
chassées par des coups de matraques, du spray au poivre et des coups de
pied. La police genevoise fait en tout cas dans un wagon utilisation des
gaz lacrymogènes.
17h40 Landquart : Une partie des personnes essaient de faire un sit-in
(blocage assis, comme à la Bourdonnette à Lausanne en juin 03). Elles
sont piétinées par la foule en fuite qui ne peut pas les voir à cause de
la fumée des gaz lacrymogènes.
17h50 Landquart : La police " regroupe " les gens à l'aide de grenades
assourdissantes, gaz lacrymogènes très agressifs, sprays au poivre et
coup de matraques sur la place de la gare. Les personnes qui bougent à
l'intérieur de l'encerclement sont aspergées par au moins deux canons à
eau. 18h20 Une personnes blessée à l'oeil par un coup de matraque n'est
évacuée qu'après de multiples pressions de la part des manifestant-es.
18h40 Le deuxième train - jusqu'alors bloqué à Coire - passe sans
difficultés la gare de Landquart en direction de Zurich.
18h45 Début des contrôles d'identité à Landquart. Les gens sont amenés
par groupe de 5 personnes.
19h25 Escortées par la police, des personnes de Davos reviennent en cinq
groupes depuis Davos.
20h30 Les personnes depuis Davos qui ont manqué leur train pour Zurich
sont maintenant également encerclées à Landquart mais dans un
encerclement séparé.
20h40 Le deuxième train depuis Coire arrive à Zurich gare centrale. Sous
les yeux de la police (massivement présente en civil et en uniforme) des
gens sont attaqués par des hooligans et des néonazis.
22h00 Toute la gare centrale de Zurich a été fermé par la police. Il n'y
a ni tram ni trains interrégionaux.
22h15 Il reste env. 100 personnes dans l'encerclement à Landquart. env.
23h30 départ du dernier train de Landquart à Zurich.


Groupe Anti-Répression (GAR), Lausanne
c/o ADC - Maupas 81 - 1004 Lausanne

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