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(fr) [Euskal Herria] Quatre jours d'affrontements entre police et squatteurs à Pampelune

From <iosk@inventati.org>
Date Tue, 31 Aug 2004 22:47:25 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Le squat Gaztetxe Euskal Jai, à Pampelune (Pays Basque) a été expulsé il
y a quelques jours... très difficilement. Résistance des occupant-e-s,
actions directes, large soutien des voisin-e-s, ré-occupation d'un autre
bâtiment une semaine plus tard... Il faut dire que le lieu était
impressionnant, en plein centre-ville, une ancienne école de pelote
basque, squattée depuis 10 ans, retapée par les squatteureuses,
fréquentée par les voisin-e-s plus ou moins âgé-e-s qui venaient y jouer,
avec toutes sortes d'autres activités, et notamment un restaurant
végétarien, alimenté par les produits des squats ruraux des alentours...

Rappelons l'adresse de la page web du squat,
http://www.euskaljaigaztetxea.net/, on y trouve photos, vidéos et de bons
textes en castillan et en basque.

Ci-dessous, je traduis un article paru vendredi 20 Août dans El Pais, le
"grand" quotidien national espagnol, sorte d'équivalent du Monde. Il
raconte tout ça avec le regard des médias bourgeois soi-disant neutres...
Vous allez voir, c'est rigolo (et à la fois pathétique). Et puis c'est
intéressant de voir combien les arguments des politicien-ne-s sont les
mêmes dans tous les coins de notre belle Europe unie. Une précision :
dans l'article, les mots "okupacion" et "okupas" (squat et squatteurs)
étaient en italique.


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Quatre jours d'affrontements entre police et squatteurs à Pampelune

La bataille de l'expulsion d'un ancien fronton provoque 6 blessés, 60
arrestations et une cinquantaine de containers brûlés

Les habitants et les commerçants de la vieille ville de Pampelune
viennent de passer une semaine en état de siège. Les touristes et les
pèlerins du Chemin de Compostelle qui ont approché ces jours-ci le coeur
médiéval de la capitale de la Navarre n'ont pas pu non plus profiter de
la tranquillité estivale de la paisible ville. Depuis lundi dernier, la
police a commencé l'expulsion et la démolition du gaztetxe (local
d'activités pour les jeunes) situé dans le fronton [terrain de pelote
basque] presque centenaire Eskal Jai, dans la rue San Agustin. Les uns et
les autres ont pâti en première ligne des violents affrontements entre
jeunes et forces de l'ordre.

Les quatre jours d'expulsion de squatteurs et les troubles qui en ont
découlé se sont soldés pour le moment par six blessés à divers degrés
reçus à l'hôpital, l'arrestation de 60 personnes et le saccage de 50
containers d'ordures, parmi une longue série d'incidents.

Pendant toute la semaine, différents corps de la police ont surveillé les
rues qui entourent l'ancien fronton expulsé. Le trafic est resté coupé.
Les voisins ont dû montrer leurs documents d'identité pour pouvoir entrer
et sortir de leurs maisons. Les commerçants ont eu beaucoup de
difficultés à travailler. Les bars et les restaurants ont vu leur
activité gênée par des dizaines de charges policières contre les
barricades, et les squatteurs ont essayé plusieurs fois de revenir par
les toits jusqu'au vieux fronton, dont les pelleteuses envoyées par la
municipalité avaient commencé la démolition. Au cours du dernier assaut,
hier, une altercation entre un policier municipal et un assaillant s'est
conclue par une chute de deux mètres de ce dernier, sans qu'il ne souffre
de blessures graves.

Lorsque les agents de police sont entrés lundi matin dans le gaztetxe,
composé d'un fronton et d'un édifice voisin de trois étages, ils ont
trouvé un espace fortement blindé. La municipalité et le gouvernement de
Navarre affirment qu'il existe dans la région un noyau d'idéologues
"professionnels" du squat qui pratiquent une méthode de "résistance à la
volonté démocratique" de chacune des deux institutions. Leurs élus, de
l'Union du Peuple de Navarre (UPN, la branche du PP en Navarre),
indiquent que ce mouvement s'est déjà manifesté au printemps, lors de la
difficile expulsion des villages d'Itoiz et Artozqui, qui allaient être
noyés par un nouveau lac de barrage. Dans ces deux localités, des
dizaines de jeunes se sont enfermés des jours durant, avant qu'on puisse
les déloger.

Pampelune a vécu dans l'été 2002 une série d'incidents similaires, avec
une succession de journées de troubles et d'arrestations, concernant le
projet de la mairie de transformer la place du Castillo, le coeur de la
ville.

Face aux critiques de l'opposition municipale (PS, IU [communistes],
EA-PNV [nationalistes basques] et Aralar) quant au manque de dialogue et
à la fermeté des méthodes de l'opération, la maire Yolanda Barcina a
réitéré que l'expulsion avait été approuvée par une décision de justice
et qu'elle avait été la seule manière de déloger les personnes qu'elle a
défini comme "des squatteurs professionnels qui ont des antécédents en
matière de désordres urbains et de résistance à l'autorité". Seuls 16 des
squatteurs détenus sont de Pampelune. Quatre sont étrangers et les autres
viennent d'autres régions d'Espagne.

L'opposition entière a critiqué le début de la destruction d'un édifice
datant de 1909 alors même qu'il y restait plusieurs jeunes, certains
encore enfermés dans des bunkers dans la cave, suspendus aux murs
extérieurs et à la structure métallique qui couvrait l'ancien terrain de
pelote basque, ou encore aux bras insérés dans des tubes, eux-mêmes
cimentés aux murs. Les portes et les fenêtres avaient été scellées à
l'acier et au béton pour compliquer l'assaut policier.

L'IU a demandé que le ministre de l'Intérieur, José Antonio Alonso,
explique au parlement les raisons de ce qu'il considère comme un acte
policier disproportionné. L'entreprise propriétaire du fronton l'avait
fermé en 1978. En 1994, il fut squatté par des jeunes qui depuis lors y
avaient développé des activités sociales, culturelles et de loisirs, en
se branchant illégalement sur les réseaux d'eau et d'électricité.

En juin dernier, la mairie a acheté le terrain pour 1,2 millions d'euros,
avec l'idée de constuire un centre sportif pour les habitant-e-s du
quartier. L'état ruineux de l'immeuble, les activités gastronomiques sans
licence et les actes d'organismes liés à Batasuna [les soi-disant
terroristes basques] fêtés dans le local ont amené la mairie à solliciter
l'expulsion, en accord avec le jugement qui l'autorisait depuis le 12
Août. L'union de quartier de la vieille ville, Alde Zaharra, a soutenu
les squatteurs, et les résidents des rues les plus proches ont fait de
même par des caceroladas [manifestations sonores de casseroles et autres
instruments de cuisine] de protestation contre la présence policière.

Toutes les personnes arrêtées ont été laissées en liberté en attendant le
procès. La police les accuse d'usurpation, résistance et désobéissance
grave, et dans certains cas d'attentat à l'autorité. Le conseiller
général Juan Ramon Ràbade considère qu'il y a parmi les détenus des
"idéologues de la bunkerisation", qui ont organisé une résistance
"parfaitement planifiée".

Tout au long de la semaine, les rassemblements de soutien au squat ont
dégénéré, plus de 50 containers ont été brûlés, des vitrines ont été
cassées, des cocktails molotov, des pierres et des bouteilles ont été
lancés sur la Police. L'expulsion semble avoir réactivé des scénarios de
kale borroka que la ville n'avait plus connus depuis longtemps.

Des groupes masqués ont brûlé un guichet d'information touristique et ont
attaqué un distributeur de billets de banque par des cocktails
incendiaires. La police en est venue à tirer des balles en caoutchouc sur
des véhicules qui klaxonnaient en faveur des squatteurs. Les agents de
police ont empêché un assaut au siège de la société publique Pampelune
Centre Historique, propriétaire du terrain qu'occupait le gaztetxe.

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