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(fr) La Question Sociale # 1

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Wed, 11 Aug 2004 21:14:42 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

*** Sommaire
Notre projet

Edito
Des temps trop durs pour se taire

Analyse politique
O. Mazzoleni, De l'emprise de l'État. Notes pour une théorie critique du
pouvoir d'Etat

Luttes sociales
N. Thé, Retour sur une longue saison de luttes
G. Soriano, L'expérience des collectifs de solidarité parisiens. Une
nouvelle étape.

Injustice
C. Guillon, Le temps de vivre

Dossier : Droit de grève : un tour d'horizon international
France : G. Soriano, Un droit bien réel, mais très dépendant des rapports
de forces
Espagne : C. Vela, Un vide juridique consensuel
Suisse : A. Miéville, Un droit théorique dans une « paix du travail »
bien réelle
États-Unis : O. Bear, Un vrai corset législatif
Brésil : M. Sarda de Faria, Le « nouveau syndicalisme » dans le secteur
public

International
Cl. Albertani, Les dilemmes de l'empire

Histoire
D. Giachetti, Les grèves sauvages dans l'Europe de 1969
Émile Pouget, La genèse de l'idée de grève générale, texte introduit et
annoté par Miguel Chueca

Lire et relire
Livres
Revues

172 p. Prix du numéro : 7 euros. Abonnement annuel (3 numéros) : 20
euros. Etranger et abonnement de soutien : 40 euros. Chèques à l'ordre de
G. Carrozza. Rédaction et administration LQS c/o librarie Publico, 145
rue Amelot, 75011 Paris, ou bien nous écrire à :
laquestionsociale(a)hotmail.com

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*** Le premier numéro de La Question sociale

Vous y trouverez d'emblée une présentation du projet de la revue et des
questionnements qui sont les nôtres. Suit une analyse de l'Etat tel qu'il
se présente à notre époque et des formes subtiles par lesquelles il
exerce son emprise sur la société, au point d'envahir l'imaginaire de
ceux qui contestent l'ordre social dominant.
Convaincus que c'est dans le conflit que la critique de cet ordre peut
prendre forme, nous vous proposons ensuite un texte sur la vague de
grèves qui a secoué la France cette dernière année, et dont nous
ressentons encore les effets. Puis un autre sur des grèves de bien
moindre ampleur, mais pas moins riches d'enseignements pour autant. Ces
deux articles mettent le doigt sur les obstacles qui s'opposent à la
lutte, mais ils montrent aussi que les raisons de lutter ne font que
grandir, et qu'on peut se battre avec de petits moyens et parfois gagner,
y compris contre des multinationales. Regarder de près les difficultés et
contradictions rencontrées au cours de la lutte, c'est aussi une façon
d'aider à concevoir de nouveaux modes d'action et à formuler des
perspectives.
Le dossier sur le droit de grève s'explique par un désir de sortir d'une
vision franco-française des problèmes de la lutte et de comprendre
comment ils se posent ailleurs, dans d'autres contextes nationaux. Mais
ces diverses contributions à un problème d'apparence « technique »
permettent aussi de commencer à aborder par un biais concret des
questions plus larges : comment la loi reflète l'histoire de la lutte de
classe, comment les capitalistes tentent de lui faire servir leurs
intérêts et comment le monde du travail apprend à réagir à l'intérieur de
contraintes législatives spécifiques. Les tensions internationales et ce
qui les motive font aussi partie de nos questionnements, mais la position
de prétendants au rôle de conseillers du prince n'est pas la nôtre. Nous
préférons tenter de déceler les
contradictions et les failles dans l'action des Etats, à commencer par le
plus puissant — façon pour nous d'alimenter la réflexion et l'espoir. La
contribution de Claudio Albertani va dans ce sens. Et nous permet aussi
d'ouvrir le débat, les clefs de lecture qu'il propose ne pouvant que
susciter la discussion.
Deux textes historiques sont là pour nous aider à retrouver une
communauté d'esprit au-delà des âges et du temps. Un texte d'histoire
récente, d'abord, qui nous ramène à la grande vague de luttes qui a
secoué l'ensemble des pays industrialisés, et notamment l'Europe
occidentale, à la fin des années 60. Un texte d'un père « fondateur »
ensuite, puisé dans la tradition du syndicalisme révolutionnaire
français, qui a alimenté la réflexion de ce courant au début du siècle,
et ce dans plusieurs pays. On y découvre que la « grève générale » était
déjà une idée ancienne, il y a un siècle ! Ce texte peut aider à
retrouver l'état d'esprit qui a fait du syndicalisme
révolutionnaire l'outil forgé par les ouvriers pour atteindre à la
maîtrise de leurs luttes, face à des politiciens prétendant imposer leur
hégémonie et leurs pratiques propres. Il témoigne aussi de notre envie
d'ouvrir un débat sur l'histoire de ce courant qui reste, aujourd'hui
encore, une mine de réflexion.
Enfin, les comptes rendus de lecture ou les présentations de numéros de
revues récents inaugurent une rubrique que nous souhaitons nourrir, à
l'avenir, aussi bien par la présentation de publications récentes portant
sur des thèmes qui nous interpellent, que par des résumés d'ouvrages plus
anciens qui méritent de sortir de l'oubli.

En synthèse, voici notre sommaire :
Présentation de la revue. Edito. O. Mazzoleni, De l'emprise de l'Etat
Luttes sociales : Nicole Thé, Retour sur une longue saison de luttes. G.
Soriano, L'expérience des collectifs de solidarité parisiens. Une
nouvelle étape : considérations sur les grèves de Pizza Hut, McDonald's
et Frog, Dossier sur le droit de grève : France ; Espagne ; Suisse ;
Etats-Unis ; Brésil.
International : C. Albertani, Les dilemmes de l'empire
Histoire : D. Giachetti : Grèves «sauvages» dans l'Europe de 1969. E.
Pouget, « La genèse de l'idée de grève générale » avec une introduction
de M. Chueca
Lire et relire. Revue des revues

172 p. Prix du numéro : 7 euros. Abonnement annuel (3 numéros) : 20
euros. Etranger et abonnement de soutien : 40 euros. Chèques à l'ordre de
G. Carrozza. Rédaction et administration LQS c/o librarie Publico, 145
rue Amelot, 75011 Paris, ou bien nous écrire à :
laquestionsociale(a)hotmail.com

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La Question sociale
revue libertaire de réflexion et de combat

*** Présentation

Pourquoi La Question sociale ?

La question sociale - qui renvoie à la nécessité de mettre fin à
l'aliénation salariale par l'émancipation des travailleurs et
l'instauration d'une société d'êtres libres et égaux, dont dépend aussi
désormais la survie de l'espèce humaine - reste aujourd'hui entière. En
dépit de toutes les élucubrations sur la fin de la lutte de classes, elle
continue à occuper une position centrale dans l'histoire et dans la vie
des hommes.
La question sociale, rappelons-le, est aussi une question politique :
elle renvoie à la façon dont les exploités s'organisent dans leurs
luttes, à leurs rapports avec les institutions de ce système et surtout
aux formes d'autogouvernement qu'il leur faudra mettre en œuvre pour
modifier en profondeur la société.
Un siècle et demi nous sépare de la naissance de la Première
Internationale, mais les problèmes qu'elle avait soulevés sont toujours à
l'ordre du jour. La révolution reste à faire : elle sera l'œuvre des
travailleurs eux-mêmes ou ne sera pas. Or, pour envisager la renaissance
d'un projet d'émancipation sociale, il faut repartir de ce qui lui avait
permis d'exister : un mouvement social large, profond, radical, tel qu'en
ont connu les moments clés de l'histoire du mouvement ouvrier, en France,
en Russie, en Allemagne, en Italie, en Argentine, en Espagne...

Pourquoi « libertaire » ?

Plus qu'à une mouvance constituée, ce terme renvoie pour nous à la
volonté de ne pas faire l'impasse sur la question de l'Etat. Après
l'effondrement du bloc de l'Est, après la faillite du modèle de
socialisme/communisme d'Etat, il nous semble impossible, si l'on veut
redonner vigueur à l'utopie communiste, de ne pas prendre clairement
position sur un principe : l'émancipation des exploités ne peut passer
par la conquête, pacifique ou violente, électorale ou putschiste, de
l'appareil d'Etat par une minorité de révolutionnaires agissant en leur
nom. Si la question des formes que peut et doit prendre cette
auto-émancipation reste pour nous une question ouverte, nous tenons ainsi
à éviter des réponses faussées par des questions mal posées.
Nous pensons qu'il faut revenir aux sources des idées et des pratiques
qui ont fondé la lutte pour l'émancipation des travailleurs : aux
principes de la Première Internationale et de la déclaration de
Saint-Imier, aux expériences multiples des "wobblies", des
anarcho-syndicalistes, des syndicalistes révolutionnaires (même si ce
terme cache souvent une grande ambiguïté sur la question de l'Etat), des
communistes de conseil, des marxistes antiléninistes, et de tout ce qui
va dans la direction d'une remise en cause de l'emprise de l'Etat et du
capitalisme sur la vie des êtres humains. Par certains aspects, en effet,
le capitalisme d'aujourd'hui semble nous ramener à des conditions de la
lutte de classe proches de celles de la fin du XIXe et du début du XXe
siècle, notamment par le retour à une forte polarisation sociale et à une
démocratie autoritaire.
Mais nous savons aussi que, dans les pays où le capitalisme de marché
s'est imposé depuis longtemps, l'Etat est devenu peu à peu un élément
quasi constitutif, « naturel » de l'organisation en société, et que la
demande de sécurité poussée par des contradictions sociales de plus en
plus aiguës lui redonne chaque jour une crédibilité en tant que seul
recours imaginable contre la décomposition des liens et des valeurs.
Qu'en conséquence, la critique de l'Etat est à reformuler, sans
sectarisme mais sans complaisance, en des termes qui lui donnent une
pertinence aux yeux de tous ceux qui sentent désormais la nécessité d'une
transformation sociale radicale sans en trouver la voie.
Précisons enfin que nous n'entendons pas travailler contre les
organisations libertaires d'aujourd'hui, mais plutôt à côté d'elles, pour
contribuer à renouveler la culture militante de ce milieu, à élaborer une
véritable culture critique ne se bornant pas à la répétition rituelle des
principes sacrés de l'anarchisme, mais se montrant à la hauteur des
enjeux dictés par les contradictions de la société où nous vivons.

Pour qui et avec qui ?

Dans notre esprit, nous nous adressons d'abord aux gens réactifs,
disponibles, généreux, capables de se poser des questions sur une société
qui ne les satisfait pas et sur les moyens de la changer en profondeur.
Et, plus généralement, à tous ceux qui pensent que le capitalisme nous
mène au désastre, et qui lui cherchent une alternative, sans exclusive.
Nous savons cependant que c'est dans la réalité des luttes que la rupture
du consensus non seulement se pratique, mais parvient à se penser, se
cherche un horizon. C'est pourquoi un des buts essentiels de la revue
sera d'articuler la réflexion théorique à un regard critique sur les
luttes d'aujourd'hui, leurs potentialités et leurs limites, en prenant au
sérieux les questions qu'elles posent. En deux mots, de faire un usage
pratique de la théorie.
Précisons toutefois, par précaution, que nous ne confondons pas luttes et
manifestations de protestation d'acteurs du « mouvement social »
autoproclamé ou d'un altermondialisme où grenouillent toutes sortes de
prétendants à une gestion rationnelle d'un capitalisme irrationnel. Par
luttes nous entendons tout ce qui met concrètement en cause les règles du
pouvoir dans l'intention de satisfaire des exigences et des besoins
collectifs. Et le fait que ces luttes continuent dans leur majorité à se
mener dans le cadre de l'exploitation du travail, opposant les salariés à
leurs patrons, non seulement ne nous apparaît pas comme un phénomène
d'arrière-garde, mais nous ramène à ce qui reste à nos yeux l'antagonisme
central, celui sur lequel aucune transformation révolutionnaire ne peut
faire l'impasse.
Si nous souhaitons contribuer à développer une « culture du conflit »
contre la société qui nous entoure, nous voulons aussi pratiquer une «
culture du dialogue entre camarades », en refusant le « narcissisme de la
petite différence » qui consiste à taper sur son voisin le plus proche,
et qui a empoisonné la vie de l'ultragauche et des milieux libertaires.
Comme nous pensons qu'il faut réfléchir à l'échelle où les problèmes se
posent, nous tenons beaucoup à un regard international sur les problèmes,
et pas seulement sur le plan théorique. Nous irons donc à la recherche de
contributions permettant de comprendre comment la question sociale se
pose ailleurs que chez nous. Le travail de recherche dans les revues
étrangères, de sollicitation de camarades étrangers, puis de traduction,
aura donc une place importante.

Nos emplois fictifs et notre caisse noire

Nous ne sommes pas payés par la CIA et n'avons pas non plus trouvé le
trésor de feu le KGB. Nous n'avons pas derrière nous de puissante
organisation politique ou syndicale, ni même de chapelle groupusculaire.
Pour faire sortir la revue, il nous faudra vider nos poches. Tous ceux,
amis ou camarades, qui auraient l'envie et le courage de nous soutenir
dans une entreprise aussi hasardeuse sont forcément bienvenus. Mais
soyons clairs : nous défendrons notre indépendance comme la prunelle de
nos yeux.
Outre le travail d'écriture et de discussion/ sélection, faire une revue
veut dire relire, mettre en page, faire imprimer et diffuser, mettre sous
pli, assurer la comptabilité et le travail administratif. Toutes les
offres d'aide seront bienvenues. Le problème de la diffusion est
cependant le plus délicat. Les structures de distribution de ce genre de
presse étant d'une très faible efficacité, nous comptons beaucoup sur les
relais militants pour assurer une distribution dans les lieux et les
occasions de rencontre où la revue peut trouver ses lecteurs.

Un petit mot d'histoire

La Question sociale a servi de titre (en italien surtout) à diverses
publica-tions du mouvement anarchiste dans la période située entre la fin
de l'Internationale anti-autoritaire et la naissance du mouvement
anarcho-syndicaliste. Il apparaît à Buenos Aires en 1883 puis de 1894 à
1896, à Florence de 1883 à 1889, à Paterson (New Jersey, USA) entre 1895
et 1908, à Trieste en 1910 (qui fait alors partie de l'empire
austro-hongrois) et à New York de 1914 à 1916, dans des journaux qui sont
quasiment tous l'expression de courants partisans de l'organisation
ouvrière et de milieux ayant mûri dans l'émigration. Dans ces journaux
une large place est généralement faite au débat, et les luttes sociales
occupent une place centrale. On retrouve plus d'une fois le nom d'Errico
Malatesta parmi les rédacteurs, et notamment dans La Questione sociale
publiée en 1899 à Paterson. Or cette ville deviendra en 1913 le théâtre
d'une des plus grandes grèves du textile, menée par les Industrial
Workers of the World, qui organisaient essentiellement la main-d'oeuvre
immigrée et non qualifiée. Tout porte donc à croire que ce journal a joué
un grand rôle dans la formation politique du milieu militant moteur de
cette grève, comme de celle de Lawrence qui l'a précédée d'un an, et plus
généralement dans la formation des milieux militants d'origine libertaire
qui se sont engagés dans les IWW. En France, ce titre a été porté par
plusieurs publications parues entre 1885 et 1898, à Bordeaux, Lyon et
Paris. Celle dont la durée de vie fut la plus longue est la revue
socialiste révolutionnaire, d'origine blanquiste et ayant évolué vers le
marxisme, publiée à Paris par P. Argyriadès et Paule Mink. Elle se
caractérise par son ouverture et par une grande attention portée à la
condition des ouvriers et à leurs luttes, à l'échelle
internationale.

[ expéditeur/expéditrice <laquestionsociale(a)hotmail.com> ]




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