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(fr) Terrorisme et pouvoir

From CNT AIT <cnt.ait@wanadoo.fr>
Date Mon, 19 Apr 2004 22:14:55 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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TERRORISME & POUVOIR
-> http://cnt-ait.info/article.php?id_article=893

" Les barons de France, les clercs et les laïcs, convirent entre eux
qu’en toute cité qui ne voudrait pas se rendre, tout le monde, dès
qu’elle serait prise, serait passé au fil de l’épée et tué " (Chronique de
la croisade des Albigeois)

On a pu lire, après l’attentat du 11 mars 2004 à Madrid, que ce jour là,
"le prix de la vie humaine avait baissé". C’est une analyse d’amnésiques.
Oublier les cortèges d’horreurs provoqués par les luttes de pouvoir tout
au long de l’histoire, c’est perdre de vue les causes fondamentales qui
conduisent aux massacres et se condamner à répéter ad vitam aeternam
"plus jamais ça" sans que rien ne cesse. L’histoire du terrorisme n’est
en effet rien d’autre que l’histoire du pouvoir, de sa conquête, de sa
consolidation et de sa défense. Mais l’idéologie dominante a enterré le
véritable sens historique et politique de la Terreur pour en galvauder le
terme et le détourner de sa signification profonde. Il y a cela plusieurs
raisons.
La corrélation entre Terreur et Pouvoir est évidemment de nature à
remettre en cause les bases du centralisme et de l’impérialisme qui sont
les fondements de l’État, qu’elle que soit sa forme. Par conséquent,
l’amnésie est souvent volontaire, car cette corrélation est à l’opposée
du discours dominant qui consiste à s’en remettre au Pouvoir pour se
protéger de la Terreur. Cette amnésie et nécessaire pour pouvoir
présenter les démocraties bourgeoises comme un rempart, grâce à la
baguette magique antiterroriste que serait le bulletin de vote.


LA DOCTRINE DE LA TERREUR

Pourtant, ces mêmes démocraties sont nées d’une force centripète -le
centralisme- et d’une force centrifuge -l’expansionnisme-. Comme tous les
États, tyrannies ou démocraties, elles ont organisé ces forces pour
imposer les ambitions de la classe dirigeante. Invariablement, cela s’est
traduit par l’apparition d’une armée, de forces de répression, qui ont
utilisé et qui utilisent la Terreur comme instrument de soumission et
d’assujettissement des populations.
Dès la Grèce antique, berceau de la démocratie et cœur de la polis
citoyenniste, nous voyons se déchaîner la violence étatiste la plus
bestiale. Alexandre de Macédoine, élève d’Aristote, pour assurer son
hégémonie en Grèce, fait raser la cité de Thèbes, puis, pour asseoir son
autorité sur l’Asie, fait brûler la ville de Persépolis. Dans les deux
cas, l’armée macédonienne -qui pratiquait les assemblées générales et le
droit de vote- violera, torturera et assassinera systématiquement les
habitants.
Gengis-Khan, Ivan le terrible, Pizarre, consolideront leur pouvoir sur de
nouveaux sujets par des massacres épouvantables. Dans chacun de ces
exemples -et il y en a bien d’autres-, il s’agit de soumettre par la peur
les populations en leur infligeant une commotion psychologique
terrifiante afin de les écraser sur le plan mental et de leur enlever
toute velléité de rébellion ou d’opposition. Ceci est la base de la
Terreur politique. Pour persuader ses propres troupes d’employer la
Terreur, le pouvoir va utiliser diverses idéologies. Les nationalismes et
les religions ont périodiquement servi de soubassements aux ambitions et
aux délires de la tyrannie. Ce fut le cas des croisades. Que dira le
légat du Pape pour justifier l’extermination des habitants de Béziers en
1209 ? "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens" ! Pour les mêmes
raisons d’intimidation, l’Inquisition dans les pays catholiques, mais
également Calvin à Genève, puis les Jacobins en France mettront cette
terreur à l’ordre du jour. L’Espagne en 1936 va subir une croisade à la
fois nationaliste et religieuse. L’Allemagne nazie et la Russie
stalinienne amalgameront des notions nationalistes et "scientifiques" pour
parvenir à leurs fins ; la "science" faisant dans ce cas office de
religion. La propagande massivement utilisée par ces dictatures va
s’attacher à justifier la politique de terreur pour pouvoir la
revendiquer. Il est en effetimportant pour les dictateurs que leur cruauté soit connue afin
d’affaiblir psychologiquement le camp adverse, pour lui faire peur et le
paralyser.
Les stratégies militaristes, dont les finalités sont soit de défendre
soit de conquérir un pouvoir, ont toujours pris en compte ce qui précède.
Leurs buts, la conquête ou la défense du pouvoir, sont toujours les
mêmes. Leurs deux moyens principaux aussi. Le premier vise à
impressionner et
déstabiliser l’adversaire, c’est la guerre psychologique, dont fait
partie la Terreur. Le deuxième cherche à faire l’unité dans son propre
camp -autour du chef, autour du pouvoir- contre l’ennemi, c’est le rôle
de la propagande.
La doctrine stratégique de l’ère industrielle est une doctrine de Terreur
qui associe ces deux composantes en intégrant les technologies nouvelles
: les médias et les armements modernes. L’Espagne fut sur ce plan un
terrain d’essai. Le général fasciste Queipo de LLano fut le premier à se
servir à Séville de la radio à de telles fins de propagande, les
bombardements aériens de Madrid, à l’automne 1936, furent avec ceux de
Guernica, les premiers bombardements de ce type imposés à une population
civile. Ils signeront d’ailleurs la fin de la guerre frontale qui avait
atteint son paroxysme durant la guerre de 14-18. Le choc psychologique
était également le but recherché lors des bombar-dements incendiaires sur
les populations civiles de Londres, de Dresde ou lors des bombardements
nucléaires sur le Japon. Les protagonistes du deuxième conflit mondial
ont appliqué les mêmes stratégies, mais, alors que les Alliés appliquent
la terreur pour obtenir la soumission, les puissances de l’Axe se sont
servi de la terreur non pour soumettre mais pour anéantir et liquider
physiquement des populations civiles.
Lors de la guerre froide, on parlait d’équilibre de la terreur pour
évoquer une partie de poker diplomatique menée par les dirigeants des
grandes puissances qui prenaient en otage la population mondiale. La
planète entière a vécu pendant des décennies sous la perpétuelle menace
de bombardements nucléaires. La montée en puissance de cette course aux
technologies mortifères, est toujours un facteur important de la
croissance du capitalisme qui profite de cette production industrielle.
C’est ainsi, sous la pression d’un lobby militaro-industriel, que se sont
mises en place les politiques nucléaires -civiles et militaires- du XXème
siècle.


MADRID & LA DOCTRINE STRATEGIQUE DE LA TERREUR MODERNE

Le 11 mars 2004, Madrid n’a pas subi un "attentat" mais un bombardement.
Que les bombes proviennent d’une soute d’avion ou de valises est
effectivement secondaire. Ce qui est essentiel, c’est que ce n’est pas
une cible bien déterminée qui était visée mais, bien au contraire, le
tout venant. Nous pouvons y reconnaître tous les ingrédients de la
doctrine stratégique de la Terreur moderne : le massacre, le choc
psychologique, la guerre médiatique, la propagande et la
contre-propagande. Et, pour bien signer le tout, on y retrouve également
les conséquences politiques qui en découlent, dans la droite ligne de la
célèbre phrase de Clausewitz selon laquelle la guerre est la continuation
de la politique par d’autres moyens, c’est-à-dire ici le retrait des
troupes espagnoles d’Irak. Ceci démontre, si besoin en était, à quel camp
appartient Al Quaïda : celui des puissances internationales qui règlent
leurs différents avec le sang des autres. Nombre de travailleurs et leurs
familles, en Espagne, mais aussi en France et dans le reste de l’Europe,
ne s’y sont pas trompés : ce sont bien des mots d’ordre pacifistes -et
non de vengeance- qui ont dominé les manifestations de solidarité avec
les victimes du 11 mars. Mais, la propagande du pouvoir n’a pas non plus
perdu de temps pour marteler que la "meilleure arme contre le
terrorisme", c’était le vote. Les élections du 14 mars aux Cortes ont
montré qu’une partie des pacifistes espagnols se sont engouffrés derrière
ce mot d’ordre. Ils sont là victimes d’une illusion de plus. Pour gagner
la paix, il ne suffit pas de gagner une bataille électorale. Le 11 mars
est le produit d’un affrontement entre deux impérialismes qui se fait sur
le dos des travailleurs du monde entier. Cet épisode de défaitisme
réformiste qu’à connu l’Espagne ne doit pas masquer l’essentiel : la paix
ne se gagne pas avec un bulletin de vote.
D’abord, parce que le vote peut être le moyen de choisir une politique
sanglante. L’exemple du gouvernement israélien, élu dans le respect des
règles, qui met l’assassinat politique au rang de mesure de simple
police, est là pour le rappeler quotidiennement si besoin en était. Mais
surtout parce que la meilleure arme contre la guerre, si c’est de cela
qu’on parle, reste les principes de base libertaires qu’il convient
encore et toujours de diffuser. Et cela, non seulement parmi les
populations de la sphère occidentales, anesthésiées par la propagande,
mais également parmi celles sous influence de l’autre camp. Il ne s’agit
pas pour les exploités de prendre partie et d’être ballottés dans un camp
ou dans l’autre en fonction des épisodes sanglants qui se succèdent. Au
contraire, ce n’est que lorsque tous les exploités du monde entier seront
convaincus de la pertinence de l’internationalisme, du rejet de
l’exploitation, de la tolérance entre les êtres humains et de la
solidarité que la Paix aura une véritable chance.


LE DROIT DES ASSASSINS

On a vu ci-dessus que pour justifier sa terreur, le pouvoir a besoin
d’une propagande efficace. Massacrer autrui simplement parce qu’il est
étranger ou mécréant ne suffit pas pour convaincre ses propres troupes de
poursuivre longtemps un massacre. Il est nécessaire de prouver que ce qui
lui arrive n’est qu’un châtiment mérité. En clair, il faut affirmer que
non seulement l’individu massacré pense mal mais qu’en plus "il l’a bien
cherché". Cette justification des guerres et de leurs horreurs, après
avoir été le fait des religions et des nationalismes, est mainte-nant
sacralisée par le "droit inter-national" avec le concept de "guerre
juste", alors qu’il ne s’agit, ni plus ni moins, que du droit des
assassins. Toutes ces arguties juridiques, dont les médias nous rebattent
les oreilles, témoignent de la nécessité dans laquelle se trouve le
pouvoir de mentir sans relâche et d’inverser le sens des mots.
Ce n’est pas nouveau : Goebbels, ministre hitlérien de la propagande,
avait poussé le paradoxe au plus extrême en qualifiant de "terroristes"
tous les individus qui résistaient au terrorisme nazi. A sa suite, des
milliers de résistants qui ont combattu la terreur blanche, rouge ou
brune ont été qualifiés à leur tour de terroristes pour mieux être
assassinés. Le même procédé vaut pour toutes les politiques répressives
qui atteignent les exploités et épargnent les dirigeants. La lutte contre
l’idéologie de la terreur demande d’être très attentifs à tout, y compris
aux mots qu’on emploie. Comment accepter en effet que soient qualifiés de
“terroristes” ceux qui ne sont en fait que des résistants à l’oppression
? Comment accepter que soient promus “défenseurs de la liberté” (de la
démocratie, de la justice, ou de tout ce que l’on voudra) ceux qui font
mourir des milliers et des milliers d’innocents sous des tapis de bombes
comme en Irak, qui ont formé des tortionnaires en série comme en
Argentine, ou financé l’achat de machettes destinées à découper vivants
plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants au Rwanda ?

# Juan Pueblo

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