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(fr) sans-statut deporte : Immigration Canada se venge sur un militant

From Collectif La Nuit (NEFAC) <nefacquebec@yahoo.ca>
Date Sat, 10 Apr 2004 17:26:34 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Mohamed Cherfi, un sans-statut algérien, a été déporté aux États-Unis
vendredi le 5 mars. Son sanctuaire dans l'Église Unie Saint-Pierre de
Québec a été violé lorsqu'une dizaine de policiers sont entrés pourl'arrêter. Moins de 5 heures plus tard, son avocat apprenait, par une
journaliste, qu'il avait été déporté aux États-Unis, d'où il risque d'êtrerapidement expulsé vers l'Algérie.

Plus de 50 000 personnes ont été déportées depuis que Mohamed Cherfi est
arrivé au pays en 1998. La raison pour laquelle nous entendons davantage
parler de la déportation de ce sans-statut algérien, c'est qu'il arefusé d'accepter passivement son sort en décidant de se battre, non
seulement pour lui mais aussi pour tous ses compagnons d'infortune. C'est
aussi l'une des principales raisons qui a mené à sa déportation sauvage et
très rapide, malgré la protection d'une église. Mohamed Cherfi fait peur
aux autorités québécoises et canadiennes.
Le jeune professeur de français est arrivé au Québec, via les États-Unis,
en 1998. Il fuyait alors un pays ravagé par une très sanglante guerre
civile (150 000 morts, 7 000 disparus) à laquelle il avait refusé departiciper. Dans un pays en guerre, Mohamed Cherfi est un objecteur de
conscience, ce qui lui laissait peu de choix. Il a choisi l'exil. En
arrivant ici, Mohamed Cherfi demande le statut de réfugié à titre
d'objecteur de conscience, ce qui lui est refusé par les autorités
canadiennes. Ce refus ne l'oblige pas à quitter le pays puisqu'à l'époque,
il y a un moratoire sur les déportations des réfugiéEs algérienNEs à causede la violence du conflit.

Jusqu'ici, rien ne distingue fondamentalement le parcours de Mohamed
Cherfi de celui de milliers d'autres réfugiéEs. C'est lorsque le moratoire
sur les déportations vers l'Algérie est levé, en 2002, que son parcours se
singularise. En effet, le Comité d'action des sans-statut (CASS), une
organisation d'entraide communautaire à laquelle il participe, se mue
alors en organisation de défense de droits et entame une longue lutte pour
la régularisation de tous les sans-statut algérienNEs. Mohamed Cherfi
devient alors l'un des animateurs de la lutte du CASS et l’un des
principaux porte-parole médiatique.
La lutte des sans-statut algérienNEs ne se fait pas en
vase clos. Le CASS et ses portes-parole s'intègrent
très bien dans le paysage de la gauche sociale
montréalaise. Le CASS reçoit l'appui militant de
groupes plus radicaux comme la CLAC et No one is
illegal! mais aussi du Conseil central du Montréal
Métropolitain de la CSN et de la Ligue des droits et
libertés. On croise des militantEs de tous les
horizons dans les nombreuses manifestations du CASS.

En octobre 2002, la lutte du CASS s'intensifie quand
une famille de sans-statut algériens, les
Seddiki-Bourouissa, reçoit l’un des premiers ordres
de renvoi en Algérie. Ces derniers trouvent alors
refuge dans une église protestante de Montréal.
Évidemment, les autorités ne veulent rien savoir d'une
solution globale de style «amnistie générale pour les
sans-statut» (ce serait envoyer un bien mauvais
message aux autres communautés de réfugiéEs en lutte).
À force de pressions et de solidarité, le CASS gagne
toutefois une procédure spéciale d'examen des demandes
d'algérienNEs pour motifs humanitaires.

Mohamed Cherfi se donne entièrement dans
l'accompagnement des sans-statuts algérienNEs. Il
contacte les sans-statut pour les informer de la
situation, leur explique la procédure, aide à remplir
des formulaires, trouve des avocats, accompagne les
gens aux bureaux d'Immigration Canada, etc. La
procédure est complexe et repose, entre autre, sur un
critère flou «d'intégration». Officiellement,
l'implication communautaire et le bénévolat sont pris
en compte dans les critères «d'intégration» mais,
dans les faits, intégration signifie travail salarié
pour les fonctionnaires. Le travail que fait Mohamed
Cherfi depuis 2 ans, qui s'apparente pourtant à la job
de dizaines de milliers de permanentEs syndicaux et
communautaires, n'est pas rémunéré...

La demande de régularisation du statut de Mohamed
Cherfi a été refusée par Immigration Canada, comme
celle de 10% des demandeurs algérienNEs, pour «défaut
d'intégration». Le fait est que «ces gens-là» ne
cadrent pas avec l'image de l'immigrantE parfait pour
l'État. Ils ne sont ni riches, ni investisseurs, ni
spécialisés dans un domaine économique de pointe, ce
qui ne fait pas d'eux le genre de «candidatE à
l'immigration» recherché par l'État. «Ces gens-là» ne
sont pas soumisES et ne se fondent pas dans le
paysage, ils sont fiers, sûr de leur droits et prètEs
à se battre pour les faire respecter. Ce qui rend
Mohamed Cherfi et les autres militantEs du CASS si
sympathique aux yeux de tout un mouvement social est
précisément ce qui fait peur à l'État et a motivé sa
déportation.

La déportation de Mohamed Cherfi est une décision
politique que les décideurs refusent obstinément
d'assumer, se cachant derrière la raison
bureaucratique et légaliste. Tous les élus en poste se
lavent les mains de ce qui se passe et du sort du
sans-statut. Le maire de Québec refuse de reconnaître
que «sa» police a consciemment violé un sanctuaire
pour le compte d'Immigration Canada sous un faux
prétexte. Les ministres québécois refusent de
reconnaître que le mandat d'arrestation émis pour
permettre l'arrestation de Mohamed Cherfi par la
police municipale était bidon et visait simplement à
faciliter la déportation du militant. Les ministres
fédéraux refusent de reconnaître que leurs services
ont orchestré l'opération pour se débarrasser d'un
homme dérangeant qui leur faisait peur. Tout le monde
se renvoit la balle, personne ne veut assumer ce geste
lourd de conséquences (après tout, quelqu’un risque sa
vie dans tout ça).

Il n'est pas encore trop tard pour agir. Malgré leurs
dénégations respectives, tant les ministres
provinciaux que fédéraux ont le pouvoir d'agir et de
faire rapatrier Mohamed Cherfi pour des motifs
humanitaires. Un mouvement d'opinion s'est dressé très
rapidement après la déportation, en gardant la
pression et en mettant les ministres dans l'eau chaude
jour après jour, nous pouvons changer la situation. La
lutte a permis de gagner la régularisation de 90% des
sans-statut algérienNEs, la lutte peut gagner la
régularisation du 10% restant. Il ne faut pas
permettre à Immigration Canada de se venger sur les
militantEs du CASS de la victoire qu'ils et elles leur
ont arrachés de haute lutte.

[Encadré]

Réfugiés, apatrides et immigrants:
Les nouveaux damnés de la terre

Poussés par un système profondément inhumain et
injuste, plus de 250 réfugiéEs en instance de
déportation ont dû trouver refuge dans une église et
user de la tactique du sanctuaire dans la dernière
décennie au Canada. Et il ne s'agit là que de la
pointe de l'iceberg, l'État déportant à peu près 10
000 personnes par année.

Les procédures d'immigration au Canada sont
profondément viciées et injustes. En plus de ne
favoriser que les candidatures d'immigrantEs
«répondant aux besoins de notre économie», les
réformes successives ont complètement chamboulé le
système jusqu'à le rendre complètement caricatural et
arbitraire. Premièrement, la procédure est longue,
très longue. Un demandeur de statut de réfugié peut
attendre jusqu'à huit ans avant d'avoir une décision
finale sur son cas. Il est clair qu'un délai aussi
long donne assez de temps à quiconque de refaire sa
vie et de plonger des racines profondes dans la
«société d'accueil». Refuser quelqu'un dans ces
conditions-là est inhumain. Deuxièmement, quand on
parle de décision «finale», on veut vraiment dire
finale. Il n'y a en effet plus de possibilité d'appel.
On parle ici souvent de décision de vie ou de mort
sans possibilité d'appel. Troisièmement, il est prouvé
que le système est très discriminatoire et hautement
xénophobe. Ainsi, selon que l'on soit originaire
d'Europe ou du Maghreb, la procédure québécoise de
sélection prend entre trois et six mois ou six ans.

La question de l'immigration est un formidable
révélateur de la xénophobie et du racisme d'une
société. Il nous semble évident que derrière toutes
les considérations économiques se cache une xénophobie
fondamentale. À cela se rajoute la peur des hommes
arabes, constamment alimentée par l'hystérie
sécuritaire actuelle. À l'heure où le capital circule
de plus en plus librement autour du globe, en
saccageant tout sur son passage, les réfugiéEs
sans-statut, les apatrides et les immigrantEs illégaux
sont les nouveaux damnés de la terre. À la merci du
capital et sans droits dans leur pays d'origine, la
clandestinité et la précarité les placent dans la même
situation ici aussi. La liberté absolue de circulation
des personnes et la régularisation de tous les
sans-statut nous semblent des revendications justes
qu’il faut opposer à la xénophobie ambiante et à la
logique étatique.

Extrait de "Causes Communes", le nouveau journal
francophone de la NEFAC.

Pour en savoir plus sur le cas Cherfi, visitez
http://www.mohamedcherfi.org

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Collectif anarchiste La Nuit (NEFAC-Québec)
a/s Groupe Émile-Henry
C.P. 55051, 138 St-Vallier Ouest
Québec (Qc), G1K 1J0
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http://www.nefac.net





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