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(fr) A propos de l'OMC et du capitalisme

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sun, 28 Sep 2003 22:39:02 +0200 (CEST)


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[ titre d'a-infos-fr ]

En 1944, le Monde n'est pas encore sorti de son second conflit mondial.
On meurt toujours ça et là. De l'autre côté de l'Atlantique, les élites
politiques et économiques qui rivalisent pour le pouvoir discutent
fortement sur ce monde à reconstruire, un monde débarrassé du nazisme,
certes, mais un monde dans lequel le petit Père des peuples, Joseph
Staline, apparaît plus fort que jamais.

Tous ont en mémoire le krach de 1929 et la crise terrible qui s'en
suivit. L'administration Roosevelt considère, grosso-modo, que cette
crise, la façon dont elle s'est propagée, est due à l'insuffisance de la
coopération économique internationale. En clair, face à la crise, chaque
gouvernement a joué la partition la mieux à même de sortir son pays de
l'ornière : dévaluation monétaire pour doper les exportations, choix
d'une politique inflationniste etc. Pour éviter les crises, il faut donc
que les pays capitalistes s'entendent sur des règles de bonne conduite.
Et face à la montée en puissance des partis communistes en Europe
occidentale, il y a urgence également à reconstruire ce qui a été
dévasté. Le Plan Marshall répond à une double urgence, politique et
économique : politique dans le sens où la paupérisation des populations
peut les faire se tourner vers les idéaux d'émancipation sociale ;
économique dans le sens où les Etats-Unis ont un cruel besoin de
débouchés pour leur produits s'ils ne veulent pas entrer en récession.
Or, une Europe occidentale, affaiblie, exsangue, aux infrastructures
industrielles très endommagée, ne peut évidemment rien acheter !

C'est dans ce climat que vont naître les accords de Bretton-Woods sur la
monnaie, la banque internationale pour la reconstruction et le
développement, plus connue sous le nom de Banque mondiale, le Fonds
monétaire international, et en 1947, le GATT, organisme chargé de mener à
bien les négociations multilatérales à travers des cycles de rencontres,
des Rounds, comme l'on dit dans la langue de Rockfeller. Au fil des
années, la vingtaine de pays signataires de cet accord va être rejoint
par d'autres, moins puissants économiquement. Aujourd'hui, la plupart des
pays du monde en font partie.

Depuis plus cinquante ans donc, les rounds de négociation se sont
succédés pour harmoniser les tarifications douanières et discuter des
mesures de protection non tarifiaires, comme les subventions, les
restrictions quantitatives ou l'adoption de prix minima. C'est à l'issue
de l'Uruguay Round que l'OMC voit le jour le 1er janvier 1995... et
depuis cette date, elle n'a guère connue de réunions non perturbées par
les militants altermondialistes et anticapitalistes. Rappelez-vous
Seattle en 1999 quand le Cycle du millénaire se termina dans les
lacrymogènes.

La mondialisation capitaliste se traduisant par la paupérisation accrue
d'un bon nombre de pays et la montée de la contestation, y compris dans
les pays les plus prospères, les décideurs de droite et de gauche,
économiques ou politiques, ne font plus montre d'autant de suffisance
qu'auparavant. Lors de la réunion de Doha, au Qatar, loin des clameurs
des rassemblements anti-mondialisation, a été lancé un nouveau round de
négociation appelé « Agenda de Doha pour le développement ». Comme le dit
James Wolfensohn, président de la Banque mondiale, « L'aboutissement de
l'Agenda de Doha en faveur des pauvres ne sera que le premier pas vers un
monde plus solidaire ». L'heure est donc à la charité. Le remède que la
banque propose est le suivant : baisse des tarifs douaniers pour tout le
monde, que l'on soit industrialisés, beaucoup, peu ou pas ; élimination
des subventions à l'exportation, des droits spéciaux, des quotas ainsi
que des droits anti-dumping. Seul ce remède est en mesure de sortir près
de 150 millions de personnes de la pauvreté... d'ici à 2015 ! Pour
information, on dénombrerait plus de 800 millions de malnutris au Nord et
Sud de cette planète !

Les décideurs petits et grands se sont donc rencontrés à Cancun en ce
mois de septembre 2003. Et la conférence s'est soldée par un échec
retentissant, un blocage complet. Pendant longtemps, seuls les pays
industrialisés avaient droit au chapitre. Ce sont eux qui donnaient le «
la », les autres, contraints et forcés, suivaient.

Cancun a montré, semble-t-il, que la donne était en train de changer. Car
la fronde était partout : dans la rue, où la mobilisation populaire était
importante ; chez les décideurs même, puisque un groupe de 21 pays comme
l'Inde, le Brésil et d'autres pays latino-américains se sont coalisés
pour tenter de venir à bout notamment du protectionnisme agricole des
pays riches ; sans oublier que les pays les moins avancés,
essentiellement africains, ont également sonné la charge contre les
grandes puissances.

C'est le dossier agricole qui a fait capoter le sommet de Cancun. Pendant
des décennies, l'agriculture n'était pas à l'ordre du jour des rounds. Il
a fallu attendre 1994 et la signature des accords de Marrakech pour
qu'elle le soit. Dressons le tableau : le situation des agricultures des
pays pauvres n'a cessé de se dégrader depuis une décennie, au point même
où ces pays pauvres importent plus qu'ils n'exportent de produits
agricoles ! ; parallèlement, les Etats-Unis et l'Union européenne
subventionnent fortement leurs agriculteurs et ont maintenu des taux
élevés de taxes douanières sur des produits stratégiques comme le sucre
ou la viande. Cela permet par exemple aux produits agricoles français
d'être extrêmement compétitifs en Afrique de l'Ouest puisqu'ils sont
vendus à un prix inférieur au coût de production et, ce faisant, de
fragiliser encore plus la situation des paysans africains. Le groupe de
21 s'est donc coalisé avec le groupe de Cairns qui rassemble des pays
gros exportateurs et non subventionneurs, comme la Nouvelle-Zélande, pour
obliger Etats-Unis et Union européenne à « jouer le jeu de la saine
concurrence », en clair à limiter les subventions agricoles. Bilan :
aucun accord n'a été trouvé.

Il en va de même pour le dossier du Coton. Le budget annuel de quatre
pays du Sahel (Mali, Bénin, Burkina-Faso, Tchad) dépend pour beaucoup des
devises apportées par la vente du coton sur le marché. Or, les Etats-Unis
subventionnent fortement leurs producteurs de coton. Après de longues et
âpres discussions, rien n'est sorti des salons dorés de Cancun, sinon le
sentiment de beaucoup de pays pauvres qu'on se contrefichait d'eux : « A
quoi bon continuer des rounds de négociations, a ainsi déclaré un
ministre sénégalais, si nos préoccupations de survie, je ne dis même pas
de développement, ne sont pas prises en compte ? »

Autre sujet de discorde : l'accès aux marchés pour les produits non
agricoles. L'abaissement des tarifs douaniers a en effet deux
inconvénients majeurs : d'un côté, il fait chuter les ressources fiscales
; de l'autre, il permet à des produits étrangers d'être plus compétitifs
sur le marché intérieur. Les pays en développement ne pouvaient prendre
le risque d'exposer un peu plus leurs économies vacillantes à la
concurrence. Au cas où les grandes puissances auraient accepter de
baisser leurs droits de douane, ce ne sont pas les petits paysans du Sud
qui auraient pu en profiter. Car opposer un Nord riche à un sud pauvre
est réducteur. Au Nord comme au sud, ceux qui peuvent trouver intérêt à
la libération des échanges sont des agriculteurs inscrit dans la logique
de l'agro-business, pas le petit agriculteur de montagne ariégeois, ni le
sans-terre brésilien !

Ces différents blocages ont eu pour effet de remettre à plus tard tout ce
qui touche à la libéralisation des secteurs de la santé, de l'éducation,
bref, ce que l'on connaît ici sous l'étiquette d'AGCS, accord général sur
le commerce et les services.

Essayant d'analyser ce qui vient de se passer à Cancun.

A la différence de ce qui se passe au sein de la Banque mondiale et du
Fonds monétaire internationale où les pays riches disposent de plus de
voix que les pays pauvres, à l'OMC, chaque pays dispose d'une voix et la
règle est le consensus. Il est donc possible aux pays pauvres de faire
ici le blocage à ce qui leur semble être contre-productif pour leur
économie. Mais
visiblement il fait beaucoup de courage pour oser s'opposer aux grandes
puissances : « Comparés à ceux de l'OMC, les membres permanents du
conseil de sécurité de l'ONU sont des enfants de cœur. Ici les délégués
sont impitoyables, c'est la loi de la jungle, chacun pour soi » ; « les
pressions, les menaces et les chantages politiques, économiques, voire
physiques, sont le lot quasi-quotidien de certains ambassadeurs de petits
pays à l'OMC » ; « ils créent des divisions entre nous et nos capitales,
et le plus souvent ce sont nos capitales qui cèdent ». Ces trois
témoignages de décideurs issus de pays économiquement faibles en disent
long sur l'ambiance qui règne au sein de l'OMC.

Comment expliquer alors cette fronde ? Je vois plusieurs raisons :

- Aux Etats-Unis, la situation politique est complexe. Georges W. Bush
commence à songer à sa réélection. Celle-ci pourrait être compromise s'il
devait avoir à assumer à la fois le bourbier irakien et la liquidation
d'une partie de son agriculture. Une pause ne lui est donc pas
dommageable, surtout si, sur le dossier agricole par exemple, elle
conserve les avantages acquis. Il se dit même qu'au multilatéralisme de
l'OMC, les Etats-Unis préféreraient multiplier les traités commerciaux
bilatéraux. On pourrait par ailleurs faire un parallèle avec la politique
actuelle de Raffarin et consorts qui n'hésite pas à remettre en question
le pacte de stabilité ! En clair, on édicte des règles qu'on prétend
intangibles et on s'en affranchit le moment venu, au gré de la
conjoncture.

- Du fait de l'existence du bloc soviétique, les grandes puissances
impérialistes préféraient installer en Amérique latine, en Afrique ou en
Asie, des dictatures militaires. Au nom de la lutte anticommuniste,
l'opposition était muselée, emprisonnée ou liquidée. Aujourd'hui, de
nombreuses dictatures ont laissé la place à des démocraties bourgeoises.
Les nouvelles élites politiques des pays du sud sont donc aujourd'hui
soumises au suffrage universel. Elles sont donc dans l'obligation
d'obtenir des résultats si elles aspirent à gouverner longtemps. Même si
les relations de dépendance existent toujours entre Etats, qu'il est plus
dur pour le Sénégal de se fâcher avec la France que l'inverse, il
n'empêche que le temps de l'alignement unilatéral sur les positions de
l'ancienne puissance tutélaire est révolu. Chacun joue sa carte, noue des
alliances ponctuelles pour le meilleur et le pire.

- Beaucoup de pays émergents engagés dans le processus de libéralisation
ont vu leur situation économique se dégrader ces dernières années :
l'Argentine est en banqueroute, les pays du sud-est ont subi une crise
financière gravissime. S'ils veulent sortir de la crise économique dans
ce système capitaliste, il leur faut conquérir des marchés, notamment
agricoles. Or, les lobbies de l'agro-business sont extrêmement puissants
aux Etats-Unis et même si les paysans français sont numériquement très
faibles, ils pèsent beaucoup plus en termes électoral et symbolique.
Personne, dans les pays riches ou pauvres, n'a envie de provoquer de
nouvelles crises sociales dans le cadre national.

- Sans les mobilisations populaires, rien de tout cela ne se serait
passé. Les décideurs ont beau essayer de nous vendre la lutte contre la
pauvreté après le développement, le discours ne passe plus. Pour les
paysans du monde entier, la mondialisation capitaliste ressemble à une
multinationale bouffi d'OGM ; pour les ouvriers du monde entier, la
mondialisation capitaliste rime avec délocalisations ; pour les pauvres
du monde entier, la
mondialisation capitaliste leur a apporté la fermeture des écoles et la
mort des dispensaires ; quant aux mieux-lotis qui ont encore un peu de
conscience sociale, soit beaucoup d'entre nous, on se demande si le «
sens de la vie » se trouve bien dans les rayons des supermarchés. Sans
pression, sans contre-pouvoirs populaires, rien ne peut se faire.

Aujourd'hui, des voix s'élèvent, contradictoires, pour crier à la mise
sous clef de l'OMC d'un côté, à sa refondation de l'autre. Pour les uns,
elle est le cheval de Troie du libéralisme mondial ; pour les autres,
c'est un cheval de Troie qui peut tout de même servir à protéger les pays
les plus pauvres de la loi de la jungle qui lui succèderait s'il venait à
disparaître.

Dire « Non à l'OMC ! » ne suffit pas et beaucoup le savent. C'est au
capitalisme qu'il faut s'en prendre et notamment à ses représentants les
plus visibles, les multinationales, qui tissent leur toile sur toute la
planète, qui développent le commerce « intra-firmes » pour faire
apparaître les bénéfices là où les impôts sont les plus faibles, ou
signent des accords entre elles pour se partager des marchés locaux et
gérer au mieux la saine concurrence libérale.

Patsy
<patsy-alternantes@internetdown.org>

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Texte issue de l'émission de radio "Le Monde comme il va"
Hebdo libertaire d'actualité politique et sociale, nationale et
internationale

Tous les jeudis de 19h à 19h50
Alternantes FM 98.1 Mgh (Nantes) / 91 Mgh (Saint-Nazaire)
Alternantes FM 19 rue de Nancy BP 31605 44316 Nantes cedex 03




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