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(fr) Les hommes et le féminisme

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Mon, 20 Oct 2003 14:29:05 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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[tiré du site du CMAQ : http://www.cmaq.net/fr/ ]

Les hommes et le féminisme : lorsque changement rime avec
intériorisation...

(ce texte a été écrit à l'intention d'hommes d'un regroupement
progressiste pour le droit à l'éducation, mais peut s'appliquer, à notre
avis, à tous hommes confrontés à une analyse féministe des rapports
sociaux de sexe...)

Nous sommes fréquemment confrontés, en tant qu'hommes militant dans un
milieu de gauche, à une analyse féministe de la société; que ce soit
indirectement, à travers un atelier ou un débat d'instance, ou par le
biais d'une action menée par un groupe de femmes du milieu, ou plus
directement, lorsqu'une de nos consoeurs dénonce le sexisme à son égard
et sa place stéréotypée dans le groupe, ou nous interpelle face à un de
nos comportements machistes. Quelle que soit la forme par laquelle nous y
sommes confrontés, le féminisme nous questionne profondément dans nos
attitudes et comportements masculins ­ ce que nous avions jusque là
considéré comme notre identité profonde ­ nous interroge quant à notre
responsabilité dans l'oppression des autres (les femmes) nous qui sommes
pourtant habitués à dénoncer l'oppression créée par les autres, les
capitalistes, les racistes, les fascistes.

Malheureusement, notre première réaction ­ qui peut souvent perdurer
quelques années ­ lorsque nous sommes confrontés à cette juste critique,
est la levée de bouclier, la négation, la défensive. Nous nous sentons
agressés, bouleversés, remis en question : on nous demande, sans formules
de politesse et sans possibilité de refus, de changer. Mais qui a-t-il de
mal à changer, lorsque ce changement est porteur d'égalité, que nous
avons le pouvoir concret de révolutionner des rapports sociaux, en
commençant par notre seule volonté? C'est après tout ce que nous
demandons à chaque jour à toute et chacun lorsque nous luttons contre le
capitalisme, contre la privatisation de l'éducation, contre la guerre.
Nous demandons aux autres ce que nous refusons de faire nous-même :
accepter le dévoilement de notre position sociale, reconnaître nos
privilèges, travailler à les abolir pour que cesse l'oppression et ce
tant dans nos comportements quotidiens que dans la société au sens large.


Une critique à intérioriser

Les changements qu'on nous demande ne peuvent être effectués uniquement
sur le mode passif. Bien que la remise en question de nos comportements
machistes doive partir de l'écoute attentive et active des revendications
des femmes de notre milieu, nous ne devons pas attendre qu'une féministe
pointe chaque élément problématique pour réagir : ce n'est pas à elle
d'avoir à porter le fardeau de la preuve et à être constamment prise au
piège dans le rôle de la dénonciatrice « casseuse de party ». Constamment
attendre la critique devient une manière efficace pour éviter la critique
: la personne qui dénonce, stigmatisée et isolée, à bout de patience et
de souffle, finit par abandonner la dénonciation.

Une réelle compréhension du message des femmes qui interrogent nos
attitudes doit mener à une intériorisation du message et à une
responsabilisation. Attention, cela ne signifie pas de se prendre de
culpabilisation, de s'auto-flageller et de s'accabler de tous les maux de
la terre : même si la culpabilisation est un processus par lequel il
arrive à plusieurs de passer, soit par sentiment d'impuissance, par
vertige devant le chemin à parcourir, par le désespoir créé par la prise
de conscience de notre position sociale d'oppresseur ­ position à
laquelle nous ne sommes pas habitué et qui ne constitue pas une identité
agréable à porter. Il importe de dépasser ce stade, absolument stérile,
de la réflexion, et de tenter de comprendre la critique qui nous est
faite. Cette compréhension passe par une écoute attentive des femmes qui
nous interpellent : n'ayons pas peur de
questionner, sans insister et sans pression, nos collègues féministes,
qui se feront généralement un plaisir de nous expliquer leur pensée si la
demande semble honnête et sincère. Ne craignons pas non plus de consulter
la littérature féministe, qui est souvent plus accessible que l'on pense
: nos mêmes consoeurs se feront certainement un plaisir de suggérer
quelques lectures qui les ont elles-mêmes aidé à prendre conscience de
leur situation.

Une prise de conscience active et dynamique aide à se sortir du schème de
culpabilité et de répondre de manière plus appropriée aux revendications
féministes. De plus, cela peut contribuer à faire mentir le dicton
(véridique) qui dit: derrière tout homme proféministe se trouve une (ou
plusieurs) féministes épuisée(s)...


Quand notre réflexion devient réaction

Une réflexion active sur les rapports de sexe n'est pas nécessairement
signe de réflexion favorisant l'abolition des rapports d'oppression
hommes-femmes. Le fait que nous prenions une autonomie (normale et
nécessaire) dans notre réflexion face aux faits qui nous sont reprochés
peut nous amener à rompre avec l'idée initiale de celles qui nous ont
interpellé. Nous recevons la critique féministe, prenons acte des faits
reprochés, étudions la situation pour... céder à la peur du changement et
au mode défensif et renverser la situation pour critiquer le féminisme,
plutôt que se critiquer soi-même. Ce renversement peut se manifester par
: le refus d'écouter, la déformation et la caricature des propos
féministes (les féministes haïssent les hommes, elles veulent éliminer
les hommes...), la contre-accusation, la symétrie (vous êtes aussi pires
que nous...), le renversement de la situation, etc. Un de ses procédés les
plus courants, se constituant en réel mouvement organisé depuis quelques
années, est le renversement de situation : ce que nous nommons le «
masculinisme » témoigne d'un usage systématique de ce procédé.

Ce masculinisme, que nous appliquons tous à des degrés variés à certains
moments de nos vies, répond à l'appel des féministes en suggérant que
l'inégalité entre les sexes existeŠ mais qu'elle est plutôt subit par les
hommes et que les féministes en sont les coupables. Procédé typique à la
droite conservatrice ­ un-e ministre vous a sûrement déjà accusé d'être
anti-démocratique parce que vous bloquiez la rue ou manifestiez contre le
G8 ­ qui consiste à noyer le poisson en relativisant tout (la violence
est commise par les hommes et les femmes de même manière...), à accuser de
mauvaise foi la personne qui vous dénonce (les féministes qui veulent le
pouvoir...), à se victimiser pour éviter la critique à tout prix (je
souffre en tant qu'homme, alors ne me demande pas de changer...). Le
masculinisme, s'il est présent sous forme organisé, par le biais de
plusieurs groupes, est surtout présent au quotidien et se manifeste dans
les nombreuses résistances que nous manifestons face au féminisme.
Posons-nous la question : comment est-ce que je réagis lorsque l'on me
critique : suis-je ouvert, accueillant et intéressé, ou fermé, agressif
et accusateur?


Une base nécessaire

Intérioriser la pensée féministe exige enfin de nous une modification de
nos perceptions des rapports de sexe et de nos valeurs à leur égard, afin
de faire concorder notre vision du monde avec l'analyse de la situation
que nous propose le féminisme. Les discours scientifiques nous martèlent
depuis des siècles que les hommes et les femmes (tout comme les blancs et
les noirs, les homos et les hétéros) sont fondamentalement différents et
que cela explique largement nos différences sociales. Ces discours, qui
se sont modifié et constamment adapté, au fur et à mesure que l'on
prouvait leur invalidité, ont comme point commun leur ardent désir de
prouver hors de tout doute cette différence. Nous ne nous attarderons pas
ici à énumérer et réfuter les arguments propres à ces discours (toute une
épreuve en soi), mais soulignerons seulement que ces discours témoignent
tout bonnement d'un désir de légitimer les inégalités sociales et que ce
simple fait les rend hautement suspects. Est-il nécessaire de prouver une
différence fondamentale entre les sexes alors que, aujourd'hui même, des
femmes ont prouvé leur capacité à accomplir tout ce que des hommes
peuvent accomplir? Alors que, si différence il y a, elles sont à ce point
insignifiantes qu'elles ne jouent qu'un rôle infime dans l'organisation
sociale de notre société?

Intérioriser cette critique féministe demande de nous l'intériorisation
d'un idéal social dans lequel les hommes et les femmes seraient tout
bonnement équivalents, ce qui permettrait à tout individu, homme ou
femme, de s'accomplir dans une diversité dépassant la barrière fausse des
sexes (barrière maintenue par l'existence même des sexes). Sans un idéal
de ce genre, quel intérêt avons-nous à voir nos privilèges éliminés au
profit d'une égalité hommes-femmes, qui ne nous apporte autrement qu'une
satisfaction éthique? Sans intérêt à la réussite de l'idéal féministe,
comment pouvons-nous être vraiment honnête dans notre remise en question?
Sans honnêteté et engagement, comment pouvons-nous prétendre réellement
supporter la cause féministe?


Un engagement au quotidien

Ne nous décourageons pas devant la taille des objectifs à atteindre : les
changements nécessaires à l'abolition des rapports d'oppression
hommes-femmes sont colossaux, mais seulement vus d'en bas. Une
progression au quotidien ne demande pas plus d'effort que celle que nous
faisons dans notre rapport au capitalisme, par exemple. Nous ne sommes
pas parfaits, ne le deviendrons probablement jamais, mais ce n'est pas
vraiment ce qui importe. L'important est d'aborder les critiques avec
ouverture d'esprit et réceptivité, avec honnêteté et flexibilité et
surtout avec un réel désir de changement. Le cheminement sera beaucoup
plus agréable si nous collaborons activement avec les féministes,
beaucoup plus enrichissant pour nous. Mais rappelons-nous que ce n'est
pas une simple demande qui nous est formulée : c'est une exigence. Le
féminisme, comme tout mouvement d'émancipation, arrivera un jour à son
but (il a déjà fait beaucoup cheminer) et il le fera avec ou sans nous. À
nous de choisir notre camp...

Yannick Demers
militant du groupe Hommes contre le Patriarcat
étudiant au bacc. en Travail Social, UQÀM




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