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(fr) La misère au masculin

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sun, 12 Oct 2003 22:40:06 +0200 (CEST)


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[ texte repris du site Sisyphe ("un regard féministe sur le monde) :
http://sisyphe.org/ ]

La misère au masculin

par Yannick Demers

La misère au masculin : lorsque la pointe visible cache l'iceberg d'un
phénomène toujours majoritairement fémininŠ

Il peut être souvent assez difficile d'être un homme. Le statut
préférentiel dont ont hérité les hommes, surtout s'ils sont blancs et
hétérosexuels, a une contrepartie : une féroce compétition à l'intérieur
de la classe masculine, à savoir qui sera le meilleur, et donc de
nombreux facteurs d'exclusions pour ceux qui ne tiennent pas la route.
Avec pour conséquence que les hommes sont surreprésentés à la fois dans
les catégories de gens possédant le plus de pouvoir et dans celles des
gens les plus mal-en-point. D'où certains faits alarmants : un très haut
taux de suicide accomplis, une présence majoritaire dans la forme
d'itinérance la plus visible.

Ces cas lourds conjugués au masculin ont de quoi mobiliser l'attention
des services publics socio-sanitaires, les services d'intervention de
crise, dans la relation d'aide au quotidien et dans ce que nous pourrions
appeler les activités de « pansement social ». Avec le recul et une fois
la panique passée, une analyse approfondie des conditions globales
d'émergence de ces problématiques ainsi qu'un portrait plus large des
populations à risque nous montre toutefois un portrait auquel nous sommes
malheureusement davantage habituéEs : surreprésentation des femmes et des
personnes en situation d'immigration, possédant des multi-handicaps et
des problèmes de santé mentale.

La pauvreté est aujourd'hui encore, au Québec, davantage le lot des
femmes que des hommes : salaire inférieur, monoparentalité, dépendance
économique, etc. Ce facteur et l'isolement social (réseau social
insuffisant) sont encore les principaux facteurs de risque pouvant mener
l'individu à l'itinérance et à la tentative de suicide. Lorsque nous
regardons la composition de la population sans domicile fixe et des
personnes indiquant des tendances suicidaires ou de sévères dépressions,
nous retrouvons à peu près le même ratio hommes-femmes (légère majorité
chez les femmes, forte présence d'individus présentant plusieurs facteurs
d'exclusion), alors que les hommes sont surreprésentés dans les
situations les plus extrêmes. Les femmes sont moins visibles dans ces
couches défavorisées mais bien présentes : l'itinérance au féminin se
traduit majoritairement en prostitution de rue - situation non plus
enviable que l'itinérance de rue traditionnelle plus visible - alors que
les femmes comportant des tendances suicidaires sont plus propices à
faire de nombreuses tentatives non-mortelles et à être médicamentées à
plusieurs reprises.

Les hommes sont plus difficiles à récupérer pour les services sociaux, ce
qui pose un sérieux défi à des services d'urgence comme les lignes
info-suicides et les intervenant-e-s en itinérance. Ce problème,
découlant directement de « patterns » masculins consolidés par les
avantages que ceux-ci confèrent à la majorité d'hommes qui réussissent
bien dans la société, ne trouve pas de solution facile et ne peux être
résolu par les services sociaux seuls. Ainsi, si l'élaboration de
services d'urgence adaptés aux caractéristiques des hommes les plus en
difficulté est un défi à court terme, afin de minimiser les pertes
humaines, une réforme globale des services socio-sanitaires ne doit pas
se faire dans un axe qui encouragerait le maintien de ces mêmes
comportements masculins incompatibles avec un cheminement social cohérent
et favorisant l'égalité des sexes, des orientations sexuelles, des
ethnies, etc. Bref, l'urgence de sauver un certain nombre d'individus ne
doit pas nous mener à mettre en péril l'éducation enrichissante de toute
une génération d'hommes, en véhiculant des stéréotypes confortables mais
combien limitatifs, enfermant et porteurs de l'oppression d'autrui. Nous
devons garder, ou plutôt remettre le cap sur une diminution drastique des
situations globales à risques : la pauvreté, l'exclusion sociale,
l'inégalité des femmes et des personnes non-blanches, etc.

Ce qui nous mène à mettre en garde contre les individus qui prônent une
action hâtive à partir d'observations partielles de la situation,
suggérant que les hommes sont globalement infériorisés dans la société
québécoise, et ce principalement à cause du féminisme. Un examen attentif
de la situation sociale et de l'entrelacement des causes nous montre que
cette
surreprésentation d'hommes parmi les plus mal-en-point ne reflète pas la
condition masculine globale, et nous invite à traiter cette problématique
tout en continuant notre travail plus globalement sur les problématiques
déjà mises à l'ordre du jour et loin d'être réglées : violences faites
aux filles et aux femmes, racisme, âgisme, homophobie, pauvreté, etc.

Le mouvement masculiniste, s'il mobilise les tribunes avec cette misère
de certains hommes, nous indique lui-même son agenda caché de
rétablissement de privilèges masculins - privilèges qui ont longtemps
servi de « coussin gonflable » à certains de ces hommes en difficulté,
mais uniquement au prix d'une misère alors accrue des femmes - et ne doit
pas guider les efforts que nous faisons et ferons pour remédier
globalement à la situation de misère-pauvreté québécoise. De nombreuses
ressources existent actuellement, pour aider les hommes comme les femmes,
sans distinction de sexe (ressources du Réseau comme du communautaire) :
c'est sur l'amélioration de ces ressources que nous devons miser et pas
sur la mise en place de ressources spécifiques pour hommes, non
nécessaires puisque les situations vécues ne sont pas spécifiques aux
hommes - contrairement aux ressources pour femmes violentées, répondant à
une problématique largement majoritairement féminine, et aux ressources
d'aide aux immigrantEs par exemple, intervenant sur les difficultés
spécifiques aux personnes non-blanches et en situation d'immigration.

S'il pourrait être important de travailler à inciter les hommes à
fréquenter davantage les ressources, et de modifier globalement ces
ressources pour qu'elles soient plus accueillantes pour les hommes ET
pour les femmes, il importe de ne jamais mettre de côté nos valeurs
d'égalité sociale, de ne pas céder à la panique créée par les
masculinistes-conservateurs et ainsi recréer les conditions propices aux
rétablissement d'un patriarcat plus fort et meurtrier que jamais. Ne
laissons pas les hommes favorisés profiter de la misère d'autres hommes,
misère qu'ils contribuent globalement à créer, pour consolider leurs
privilèges illégitimes.

Yannick Demers


L'auteur est membre du groupe Hommes contre le patriarcat

Voici comment il décrit ce collectif : "Le collectif Hommes contre le
patriarcat est un groupe affinitaire pro-féministe radical, contre le
patriarcat et la différenciation sexuelle/genrée, dans une perspective
anti-capitaliste, anti-État, anti-racisme ; bref contre tous les systèmes
d'oppression."

Mis en ligne sur Sisyphe le 4 octobre 2003

Lire également : "Hommes en désarroi et déroutes de la raison" :
sur http://sisyphe.org/article.php?id_article=647




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