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(fr) Comment lutter ?

From CNT AIT <cnt.ait@wanadoo.fr>
Date Fri, 10 Oct 2003 00:07:19 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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COMMENT LUTTER ?

-> http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=788


Notre camping annuel a été l'occasion, du 3 au 10 août, de revisiter
certains thèmes sociaux à la lumière de l'actualité.

Dans leurs débats, militants et sympathisants -en dehors de toute
intrusion de journaliste- ont tenté de répondre à des questions que
finalement tout un chacun a pu se poser dès lors qu'il s'est confronté à
l'arbitraire de l'État et à la toute puissance du patronat. Cela peut se
résumer en deux mots : comment lutter ?

La synthèse faite ci-dessous, si elle est personnelle, s'inspire en
grande partie de ce qui s'est dit au cours de cette semaine.


Rompre avec les institutions de l'opposition

En France et dans le monde, des mouvements de lutte et de contestation se
poursuivent contre l'évolution inexorable du capitalisme vers toujours
plus d'exploitation et de crimes. Ils prennent parfois des formes très
médiatiques, comme ces journées "anti G8" ou "anti OMC" dont nous avons
déjà évoqué les graves carences dans ce journal. La question de fond qui
se pose dans ce cas, c'est de savoir si la construction d'un autre monde
est possible à partir des débris idéologiques de l'ancien. Plus
précisément de savoir si la transformation des relations sociales est
compatible avec la délégation de pouvoir dont pratiquement tous les
partis, syndicats et associations sont les partisans convaincus. Tous
trouvent normal qu'un individu (qu'il soit appelé "citoyen", "camarade
syndiqué", "cher adhérent") remette à un autre (en général, "délégué" ou
"élu") le droit de décider, en son nom, des choses les plus diverses.

Cette délégation de pouvoir est tellement poussée qu'elle s'accompagne du
lancement sur le marché de figures qui ciblent une clientèle, comme une
lessive cible "la ménagère de plus de quarante ans". Ainsi sont lancés
les Laguillier, le jeune "facteur" Besancennot [1], ou l'inévitable Bové,
censés "représenter" la contestation.

L'histoire a montré que la contestation des mécanismes d'oppression
n'empêche pas leur reproduction. L'actualité nous démontre que la
critique des médias et des procédés marketing n'empêchent pas leur
utilisation : l'intelligentsia de gauche peut savamment disséquer le rôle
des médias, l'extrême gauche peut traiter les journalistes de "nouveaux
chiens de garde", tous courent derrière les caméras, multiplient les
interviews et font de leur apparition médiatique la base de leur
stratégie.

Or, l'incohérence entre les discours et les pratiques produit toujours le
même résultat. Les organisations d'opposition, même les plus radicales,
qui fonctionnent et agissent dans cette incohérence, sont inexorablement
récupérées et institutionnalisées par le système, comme tant d'autres
avant elles. En fonction de la conjoncture et des choix que font les
maîtres du système, elles sont appelées à croître quelquefois et souvent,
à stagner. Mais dans tous les cas, elles perdent progressivement leur
sens initial. Un autre monde n'est pas possible avec les mêmes
mécanismes, les mêmes schémas d'organisation, les mêmes représentations
que l'ancien.

Aucun sigle n'est à l'abri de telles dérives. Il faut en tenir le plus
grand compte dans notre manière de concevoir une organisation. Le rejet
de l'institutionnalisation, de la délégation de pouvoir et de la
médiatisation constituent des bases indispensables.

Autre conséquence de cette analyse : la rupture avec les groupes
d'opposition qui fonctionnent avec cette incohérence est le préalable à
poser dans les luttes. Remarquons que beaucoup de gens (souvent en dehors
des milieux militants), profondément dégoûtés par le décalage entre les
mots et les actes, font spontanément cette rupture. En "politique" cela
prend la forme d'une abstention de plus en plus massive, mais c'est plus
difficile à concrétiser dans le domaine social. Car la rupture apparaît
comme un abîme dans lequel nombre d'individus ont peur de s'engouffrer.


LIBERER LES CAPACITES D'AUTO-ORGANISATION

Or, la seule solution, c'est de s'auto-organiser. Pour cela, il faut que
les exploités aient confiance en leurs propres capacités. Et cette
confiance ne s'acquiert qu'au bout d'un certain temps, un temps qui
permet la maturation des esprits. Nous devons donc penser des formes de
luttes qui permettent aux individus et aux groupes en rupture de trouver
leur propre dynamique de manière à étendre aux autres la confiance et
donc l'envie de s'auto-organiser. Pour cela, le bilan des différentes
interventions sur le terrain social que nous avons pu avoir -en France ou
ailleurs- est essentiel. Il permet de comprendre que ces processus de
maturation et d'auto-organisation sont liés. L'auto-organisation doit
permettre la maturation des consciences et celle-ci doit renforcerl'auto-organisation. En conséquence, tout mouvement social doit avoir la
préoccupation de durer suffisamment pour permettre cette maturation.

L'expérience apportée dans le débat par des compagnons de la CNT de
Galice en Espagne [à propos de la lutte contre la marée noire du
Prestige] fut à cet égard riche d'enseignements. Pour reprendre les
propos de l'un d'entre eux, nous devons être conscients que, dans le
fond, nous irons de défaite en défaite jusqu'à la victoire finale. Ceci
mérite une explication. De quelles défaites parlons-nous ? Nous parlons
de ces défaites que les autres brandissent comme des victoires ; des
victoires à la Pyrrhus qui bénéficient à une corporation, à un secteur, à
une région et qui se transforment en défaites pour tous. En fait, dans la
lutte que nous menons, ce n'est donc pas tant l'acquis matériel qui compte
que l'acquis moral. Les questions à se poser sont alors : est-ce que la
lutte a renforcé la conscience de classe ? Est-ce qu elle a permis
l'émergence de la confiance de classe ? Cette conscience de classe et
cette confiance retrouvées permettent-elles de créer (au moins
partiellement) de nouveaux rapports sociaux ? La lutte a-t-elle affaibli
l'appareil d'État ?A-t-elle miné la croyance dans les partis et les syndicats ? A-t-elle
entamé les institutions d'oppression comme l'administration, les médias,
le patronat ?

C'est à travers ces questions que doit se tirer le bilan des luttes. Sur
ce plan, le bilan du mouvement contre la réforme des retraites est plus
mitigé que le pouvoir semble le croire. Evidemment, c'est zéro quant aux
acquis matériels. En ce qui concerne le moral de la population, sans
tirer de conclusions définitives, il est assez possible que l'image de
l'État protecteur en ait pris un coup. De plus, de nombreux grévistes ont
constaté que la contestation classique, gérée par les professionnels du
syndicalisme, est devenue trop routinière et prévisible. Cette
prévisibilité par l'adversaire est une des causes de la défaite
matérielle. Et là, il apparaît un avantage immédiat à l'auto-organisation
: parce qu'il libérera d'autres formes de pensées, un mouvement
auto-organisé trouvera ses ressources ailleurs que dans des actions que
le pouvoir sait parfaitement gérer. D'autres formes de pensée, d'autres
formes de lutte sont le véritable prélude d'un autre monde. Imaginer
d'être et d'agir différemment, c'est déjà la mise en pratique de l'utopie,
de ce qui n'existe pas encore, mais dont personne ne peut prédire que celan'existera jamais. Ceci signifie que, même si cela n'est pas encore dit
clairement, c'est bien la reprise en main de nos vies, face aux diktats
de l'argent, qui est à l'ordre du jour. Cette nécessité de tirer des
bilans moraux, de clarifier en permanence nos idées, d'aider à la
création, au maintien et au surgissement d'une dynamique de lutte de plus
en plus collective, auto-organisée et imaginative, définit à la fois la
nécessité pour les anarchosyndicalistes de s'organiser dans la cohérence
mais aussi le sens de leur intervention.

Que cela soit dans les manifs, dans les Assemblées Générales, dans les
coordinations, ils doivent encourager la libération des capacités
collectives qui permettront la création d'un véritable rapport de force.
Ils doivent favoriser l'imagination en fonction de chaque situation.
C'est en fonction des critères ci-dessus et de chaque situation locale,
que doit s'apprécier, à la base, la pertinence d'une action, ce qu'il
convient de faire et comment.

QUELQUES POSSIBILITES

nous avons déjà évoqué par voie de tracts ou dans des textes les formes
d'action suivantes :

1) Délégations massives de grévistes vers les autres entreprises, celles
qui ne sont pas encore en lutte.

2) Ouverture des lieux en grève. Par exemple, il faut souligner que les
grèves dans l'enseignement ont surtout posé le problème de la gestion des
gamins. L'occupation des écoles avec les parents d'élèves doit permettre
l'organisation d'activités sociales pour les enfants, comme des petites
fêtes de solidarité, le montage de pièces de théâtre... L'intervention
d'autres secteurs en lutte, comme les intermittents, peut ainsi aider à
donner une ambiance bien éloignée de l'esprit scolaire classique. Avec
l'avantage de faire participer le quartier vivant autour de l'école et de
contribuer à la culture générale de tous. Et les directives (notations,
examens, compétitions entre élèves, hiérarchies...) imposées par le
ministère passent à la trappe.

3) Occupations massives de bâtiments administratifs. Les manifestations
de masse peuvent se diriger vers les lieux du pouvoir, en particulier les
rectorats, préfectures, les occuper pacifiquement ou les encercler.

4) Grèves de gratuité. Nous avons plusieurs fois abordé ce thème (Cf, le
précédent numéro du Combat Syndicaliste).

5) Grèves avec occupation et occupations sans grèves. Par exemple dans le
secteur de la santé, il est hors de question de faire la grève classique
et encore moins la grève générale paralysante, qui serait meurtrière pour
les plus démunis. Mais d'autres formes d'action, beaucoup plus
intéressantes, existent. Lors de la canicule, qui a fait des ravages dans
la région parisienne cet été, un nombre considérable de chambres d'hôtels
de luxe, confortables et climatisées, était disponible de par la baisse
du tourisme dans la capitale. Qui aurait pu empêcher un mouvement de
professionnels de la santé et de gens solidaires de réquisitionner ces
chambres climatisées pour y mettre ces malades que la canicule allait
tuer ? Ce qui empêche ce type d'action c'est essentiellement la paralysie
de l'imagination des travailleurs qui se laissent téléguider vers l'impasse
classique de l'opposition institutionnelle et spectaculaire. C'est à dire
vers des formes d'action gérées et souvent subventionnées de A à Z par
l'État.

Ironie de l'histoire, le 10 août 2003, alors que des milliers de pauvres
gens crevaient dans leur HLM aux murs chauffés à blanc par 40° à l'ombre,
200 000 personnes guidées par les médias applaudissaient un Bové,
réclamant un automne. brûlant ! Pour le capitalisme, mieux valait
s'offrir ce spectacle plutôt que d'avoir à faire face à un petit millier
d'infirmières et de médecins mettant à l'abri les personnes âgées dans
les lits des hôtels de la grande bourgeoisie.

Un campeur


[1] Présenté dans les médias comme un sympathique facteur de base,
souvent photographié près de son vélo jaune, Olivier BESANCENOT est, à sa
façon un intermittent du spectacle. médiatique : une fois rangée sa
panoplie, le petit facteur redevient l'attaché parlementaire d'Alain
KRIVINE, inamovible leader de la LCR et député européen. Le parti
communiste et la CGT nous avaient gavés pendant des années de ces
apparatchiks, prétendus "métallo" ou "électriciens", qui n'avaient pas mis
les pieds dans une usine ni même touché un tournevis depuis belle lurette.
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