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(fr) (GeneSpotting 5) Visite d'un laboratoire de recherche publique où

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Date Mon, 26 May 2003 20:15:47 +0200 (CEST)


l'on étudie des pommes de terre transgéniquesFrom: <sdenys@ulb.ac.be>
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Visite d'un laboratoire de recherche publique où l'on étudie des pommes
de terre transgéniques

Compte rendu du GeneSpotting 5


-- La science est difficile, il faut la rendre facile.
-- La science est ennuyeuse, il faut en faire un spectacle.
-- La science peut avoir des conséquences néfastes pour l'homme, il faut
en présenter les bonnes facettes.
Texte mis en exergue dans l'invitation à la « Journée d'étude 2003 » du
28 avril tenue au FUSAGx et portant sur « Les biotechnologies au service
de l' humanité : Expériences de l'agronome »


Le « Collectif d'Action GènÉthique » (CAGE) s'est rendu ce jeudi 15 mai à
l' unité de biologie végétale de Gembloux, en vue de rencontrer et de
questionner les chercheurs manipulant quotidiennement des plants de
pommes de terre transgéniques, et que nous avions rencontrés lors d'une
visite préparatoire. L'annonce de la visite du CAGE avait déclenché la
mise en place d'un cordon sanitaire institutionnel visant à empêcher aux
citoyens soucieux (réunis au sein du CAGE ou présents à titre personnel)
de dialoguer directement avec les chercheurs. Le CAGE déclina donc
l'offre faite par l' institution universitaire de recevoir une délégation
de trois personnes du CAGE au lieu-dit « la ferme ». Le principe de
fonctionnement souhaité par le CAGE étant précisément l'absence
d'intermédiaires, il n'y avait aucun intérêt à rencontrer des
représentants professionnels tels que Mr Bouffioux, bourgmestre de
Gembloux, André Théwis, recteur de l'université, ou encore Patrick
Dujardin, maître de la recherche incriminée.

Concrètement, ce 15 mai, nous avons eu droit à un triple comité
d'accueil. D'abord, de la gare à la gare (du début à la fin), nous avons
joui d'une protection exemplaire avec au premier plan un petit
commissaire jovial, au deuxième plan ses sbires patibulaires et un peu
plus en arrière des limeurs de la BSR. Ensuite, arrivés devant l'unité de
biologie végétale où nous espérions retrouver nos interlocuteurs de la
visite prospective, c'est un administrateur qui nous somma d'aller
discuter à l'endroit réservé à cet effet, avec les personnes rompues à
cette discipline. Et puis d'abord, nous lança ce cerbère d'État, « c'est
un lieu privé ! ». L'attente sur place est l'occasion de répondre aux 3
ou 4 journalistes régionaux et d'amorcer des discussions fort
intéressantes avec quelques étudiants venus avec plusieurs bonnes
questions et pas mal d'arguments critiques. Après une vingtaine de
minutes, comme les jeunes chercheurs restent confinés et que nous
refusons de nous rendre à l'espace de discussion assigné, les trois
interlocuteurs institutionnels déboulent. Nous improvisons alors une
agora entre le carrefour et le laboratoire.


* Qui est le parrain de Mr Dujardin ?

L'échange le plus instructif fut sans doute celui que nous eûmes avec le
professeur Dujardin, qui se présente comme le roi du dialogue. Face à un
public pas trop informé, il est parfait. Par exemple lorsqu'il explique
avec sa morgue exemplaire que « La première chose, c'est de comprendre »,
cela semble, au premier abord, relever d'une sage prudence. Mais
lorsqu'on l' interroge sur les finalités de l'expérience qu'il dirige, et
sur son financement, il nous offre deux ou trois justifications assez
ahurissantes. D'abord qu'il n'est pas financé par les industriels, qu'il
ne faut donc pas parler de partenaires, mais de parrains. Que les «
accords de parrainage » permettent de « mieux cadrer certaines de (leurs)
recherches ». En d'autres termes, il fait de la recherche pure, mais
orientée. De la recherche fondamentale, mais avec des applications
industrielles à la clé. Et bien que son laboratoire soit intégralement
financé par des deniers publiques, Patrick Dujardin refuse de nous
révéler l'identité de ses conseillers et bénéficiaires potentiels de sa
recherche.

Pour faire avancer le débat, l'un de nous lui demande s'il ne pouvait pas
chercher les sources d'inspiration de ses orientations « scientifiques »
ailleurs que chez ceux qui concentrent argent et pouvoir. Il nous
résumera sa démarche avec une déduction du type : «nous sommes à l'écoute
de la société, les industriels font partie de la société, donc nous
sommes à l' écoute des industriels ». Ce que j'appelle du pragmatisme
vichyste.

Pour noyer le poison, Mr Dujardin nous rappelle que ses sources d'
inspiration sont multiples. Et de citer l'exemple des recherches sur l'
igname, plante tropicale à gros tubercule farineux. En général, avec un
public innocent, évoquer l'amélioration de l'alimentation des pauvres
sous-développés qui ont faim, cela passe très bien. Providence pour nous,
déveine pour lui, un étudiant en horticulture, informé sur les mécanismes
économiques du tiers-monde, intervint pour rappeler qu'il ne fallait pas
être naïfs ou hypocrites, que l'économie là-bas fonctionnait à deux ou
trois vitesses, et que ces recherches ne serviraient qu'aux riches du
tiers-monde[1].

La réaction pleine de sang-froid propagandiste de Mr P. Dujardin est
caractéristique de tous les pro-OGM inconditionnés que nous avons
rencontrés au fil des GeneSpottings. Un argument ne fonctionne pas ? Je
passe au suivant comme si de rien n'était. D'où persistance d'énormités
propagandistes dans les médias sur le désir de nourrir le tiers-monde,
sur la possibilité de soigner les maladies rares (malgré l'échec récent
de la seule expérience sérieuse en la matière).


* Banaliser le transgénique

Un des buts de ceux qui bâtissent leur carrière sur le génie génétique,
c' est de banaliser le transgénique. Ainsi, lors d'une discussion sur
l'arrivée en Europe de la pomme de terre, notre interlocuteur nous
explique que les consommateurs ont toujours peur des nouveautés
alimentaires, et que la pomme de terre avait pris du temps avant d'être
adoptée par les populations européennes. Nous lui rappelons, juste comme
ça, que la pomme de terre non cuite est effectivement toxique. Avec une
ironie méprisante, il raconte que la patate froide donnait des humeurs
froides, etc. Bref, il s'efforce de nous montrer que cette crainte comme
la nôtre relève d'une forme d' obscurantisme post-médiéval. Nous lui
disons alors que la pomme de terre contient de la solanine qui est
classée toxique mais qui disparaît à la cuisson. Il redevient sérieux et
change de sujet.

Pour en finir une fois pour toute avec la banalisation coupable des OGM,
je m'efforce de lui faire dire que même ses coreligionnaires de
l'Académie des sciences qualifient la transgenèse de « rupture ». Une
fois encore, il s' efforce de relativiser en évoquant la radiation, et
d'autres procédés de manipulations génétiques. D'abord, rien ne prouve
que ces manipulations seront ou sont sans effets. Ensuite, la naïveté du
génie génétique, ou plutôt sa vision bêtement mécaniste, c'est de croire
que la transgenèse est plus précise. Ce qu'évoquent moins souvent les
généticiens, c'est que les séquences qui composent le génome fonctionnent
en interaction et qu'il est vraisemblablement impossible de contrôler ces
interactions. Certes, certaines transgenèses obtiennent l'effet souhaité.
Mais sans savoir quelles seront les conséquences pour le reste du génome.
D'où des effets imprévus différés, à l'image des déficiences inexpliquées
de Dolly (qu'il a fallu euthanasier en janvier dernier), ou comme le
déclenchement inopiné d'une leucémie chez des « enfants-bulles » dans le
cadre de la seule expérience de thérapie génique tenue pour sérieuse.
Toute modification d'une partie du génome a des répercussions sur la
totalité du génome, et les mutations provoquées sont imprévisibles. Voilà
ce que ne vous diront jamais ceux qui souhaitent faire carrière dans le
génie génétique.


* La vertueuse recherche publique

Dujardin admet que le discours initial sur les OGM tenu par les
généticiens avait été « disons emphatique, dans le but d'attirer des
investisseurs ». Or ce discours exalté, nous l'avions entendu deux
semaines plus tôt au colloque sur les biotechnologies tenu dans ses murs.
Par ailleurs, cet aveu relève d'une démarche classique de la recherche
publique : diaboliser les multinationales, condamner leurs « excès » pour
se présenter comme vertueux et désintéressé. Or une connaissance sommaire
de la courte histoire des OGM fait apparaître que jamais le transgénique
n'eut pu voir le jour sans la recherche publique ! Comme le rappelait
Axel Kahn pour défendre la recherche fondamentale menacée en France par
les coupes de la Ministre à la recherche et aux nouvelles technologies,
"(l'Amérique) n'a jamais perdu de vue le fait que le progrès
technologique exige un soutien fort à la recherche
fondamentale"(Libération, 2 avril 2003, p.25). Le premier OGM végétal au
monde n'est-il pas né dans un laboratoire gantois financé à 100% par le
publique ?

Il convient sans doute ici de mentionner que le FUSAGx propose un service
d' interface visant à faciliter les liens entre l'université et les
entreprises, et qu'en sus, l'université soutient financièrement les spin
off, ces petites boîtes qui naissent autour des découvertes
scientifiques. C 'est comme si l'université de Gembloux rêvait de voir se
reproduire le cas retentissant de Marc Van Montagu !


* « La science peut avoir des conséquences néfastes pour l'homme »

Un des moyens plutôt vicieux des serviteurs professionnels du progrès
technologique, c'est de faire passer les sceptiques pour des
irrationnels. Ainsi P. Dujardin évoquera-t-il à notre égard quelque «
problème moral », des questions de convictions personnelles,
philosophiques, des
préoccupations de doux rêveurs sentimentalistes qui pensent que « la
nature est sacrée ». Mais lorsque nous déballons des arguments
scientifiques, il doit recourir à d'autres stratagèmes.

Et puisque Mr Dujardin évoquera également le problème (rationnel) de la
sécurité (en l'opposant au problème moral et tentant par là de nous faire
passer notre scepticisme raisonné pour de la peur irrationnelle), je lui
demandai quelques précisions sur l'affaire Pusztaï. Aspad Pusztaï,
chercheur écossais d'origine hongroise, menait les recherches sur des
pommes de terre transgéniques. Il avait constaté des effets néfastes sur
l'intestin des rats nourris avec des tubercules génétiquement modifiés.
Des détracteurs zélés démontrèrent avec acharnement que ses statistiques
étaient imprécises. Bien que ce type d'imprécision soit monnaie courante
dans la recherche, Pusztaï eut pour traitement particulier d'être
licencié.

La question essentielle était et reste de savoir si les pommes de terre
présentent ou non des risques sanitaires. Or, le laboratoire de Dujardin
mène précisément des recherches sur la pomme de terre. Aussi, avant d'
écouter les desiderata des industriels, et d'orienter ses recherches en
vue d'une exploitation industrielle visant à contrôler la dormance etc.,
c' est-à-dire essentiellement à des fins alimentaires, ne serait-il pas
normal de vérifier au préalable si ce qu'on expérimente n'est pas
l'amiante de demain ? Eh bien, non. Monsieur Dujardin « n'est pas au
courant » des prolongements éventuelles de la recherche menée par
Pusztaï.

La science peut avoir des conséquences néfastes pour l'homme, il faut en
présenter les bonnes facettes.


* L'inconscience du chercheur moderne

Le film documentaire d'Eyal Sivan et de Rony Brauman réalisé à partir des
images d'archives du procès d'Adolf Eichmann montrait clairement que le
commandant nazi n'était pas un monstre de haine antisémite. Ce
« spécialiste », pour reprendre le titre du film, était un fonctionnaire
zélé, qui prenait soin de ne pas se poser de questions au-delà des
limites de la fonction qui lui était assignée. « C'était la guerre, se
justifie-t-il, j'étais soldat, je devais obéir ». Les deux réalisateurs
attribuent cet irresponsabilisme à la civilisation industrielle, c'
est-à-dire à l'organisation de la société en une grande structure où
chaque être n'est qu'un rouage obéissant.

L'horreur a disparu, la terreur aussi. Les nuisances qui affectent les
êtres humains sont désormais fortement différées. Les médecins nazis dans
les camps expérimentaient directement sur des prisonniers, et c'était
insoutenable. Les chercheurs qui mettent au point des molécules
biochimiques ou des constructions génétiques expérimentent désormais sur
l'ensemble de l' écosystème, et les effets de cette désinvolture coupable
se déclenchent parfois de nombreuses années après. Il a fallu de
nombreuses décennies avant d'admettre que l'amiante était cause d'un
cancer spécifique, tandis que des scientifiques rassuraient la population
sur l'innocuité de l'asbeste. L' amiante tue actuellement 3000 personnes
chaque année en France. Et il en va aujourd'hui du GSM et des OGM comme
de l'amiante hier.


* Le risque de dissémination

Toute mise en culture à grande échelle d'un végétal transgénique provoque
une contamination de l'ensemble de la filière. On le sait depuis la
publication de l'étude de l'Afssa (Agence française sanitaire pour la
sécurité alimentaire) en juillet 2001, qui constatait la présence de maïs
OGM dans 41% des échantillons prélevés, et ce, malgré la très faible
surface de maïs OGM expérimentée en France.

La cohabitation des filières est soit un leurre, soit un luxe réservé aux
plus grosses multinationales détenant des infrastructures intégrées
qu'elles pourraient assigner exclusivement à une production exempte
d'OGM, dont le prix serait évidemment très élevé. Pour manger des
aliments un peu moins empoisonnés et un peu moins polluants, il fallait
déjà payer plus cher avec un label Bio. Désormais, pour éviter de se voir
transformé en rat de laboratoire nourri au transgénique, il faudra payer
encore plus cher. Ainsi le développement détruit-il tout ce qui était
ordinairement de qualité pour nous le resservir labellisé, sécurisé et
conséquemment onéreux.

Ce constat s'est fait plus alarmant dans un pays comme le Mexique, où
l'on trouve à l'état naturel une large variété de maïs, plante
traditionnellement nourricière et sacrée. La révélation de la
contamination du maïs mexicain, par des biais inconnus (peut-être via des
aliments importés), a été confrontée à une campagne de calomnie organisée
et assez hallucinante.

Donc, dès que la culture d'OGM apparaît, soit on en mange d'office (moins
de 0,9 % dans le meilleur des cas européens), soit on se paye cher une
filière garantie sans, issue d'une région exempte de cultures
transgéniques.


* Les alternatives

Nous ne commettrons pas l'obscénité d'évoquer un autre modèle
d'agriculture. Dans une société où l'on n'imagine rien en dehors du
productivisme étatiquement assisté, ce serait vain.

Notons simplement que, dans le cadre même de l'agriculture productiviste
industrielle, il existe d'autres solutions permettant de régler les
problèmes abordés dans le laboratoire dirigé par Mr Patrick Dujardin.

Un des objectifs de la modification génétique de pommes de terre consiste
à éviter le phénomène de brunissement des frites lors de la cuisson,
réaction biochimique qui a le malheur d'être visible à l'oil nu et
d'entacher l'image préfabriquée et plastique qu'a le consommateur de
l'objet frite. À quoi est dû ce brunissement ? Ce phénomène, appelé
réaction de Maillart, correspond à la transformation d'un sucre réducteur
sous l'effet de la chaleur. Ce sucre réducteur est produit par la pomme
de terre durant sa période de stockage, lorsque la température descend en
dessous de 6 ou 7 degrés. Pour éviter le phénomène, il suffit donc de
maintenir la température du lieu de stockage au-dessus de huit degrés.
Cette opération nécessite le recours au chauffage durant la période
froide. Il s'agit donc d'un objectif économique visant à la réduction du
coût d'entreposage. Quelques économies de chauffages méritent-elles la
transformation de l'écosystème en laboratoire à
innovations technologiques potentiellement pathogènes ?

Un autre objectif de l'expérience consiste à contrôler de la dormance et
le développement des germes qui se développent lorsque la température
augmente, au printemps.

Dans les fermes paysannes, de petite taille, on procède à un enlèvement
manuel des tubercules. Ici, l'alternative touche à la question du choix
de l 'échelle et de l'organisation de la production et de la distribution
de la nourriture dans notre société. Mais même dans le cadre d'une
production plus importante, avant la seconde guerre mondiale, les germes
étaient brisés mécaniquement. Comme dans l'entre-deux-guerres cinq
variétés étaient commercialisées, les unes plus tardives, les autres plus
hâtives, il était facile de trouver des pommes de terre fermes toute
l'année sauf durant deux mois, mai et juin, où les plus tardives,
déshydratées par la montée des germes, étaient ratatinées. Mais la
ménagère de cette époque savait néanmoins les préparer : en ratatouilles,
dans des plats mijotés ou en purée ( « stoemp » et autre « djoute »). On
le voit, ni l'emploi de poudres chimiques anti-germes (généralisé après
1945), ni le recours aux
biotechnologies ne sont indispensables à l'approvisionnement en une
denrée qui connaît par ailleurs de nombreux équivalents nutritifs.


Laboratoire de décryptage des impostures contemporaines





[1] L'intellectuel qui a le mieux décrit les processus de dépossession
des pays dits sous-développés est assurément le juriste et économiste
François Partant. F. PARTANT, La fin du développement, Babel, 1997.




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