A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement
{Info on A-Infos}

(fr) "Hommage" à Jean-Luc Lagardère

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Mon, 24 Mar 2003 14:53:19 +0100 (CET)


_________________________________________________
A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

[ texte tiré du bulletin de l'émission de radio "Le Monde comme il va"
cf. coordonnées en bas de ce mail ]

"Le Monde comme il va" Hebdo libertaire d'actualité politique et sociale,
nationale et internationale
L'augmentation des crédits militaires est dangereuse pour la santé
publique aurait dit Lagardère avant de mourir dans un hôpital public !

Le cadavre de Jean Lucien Lagardère est encore chaud, que les médias font
l'apologie d'un grand cap'taine d'industrie. L'article ci dessous paru
dans le numéro 49 du RIRe, démontre que ce Monsieur n'était qu'un haut
fonctionnaire du privé.

Et si l'on doit pleurer des gens qui meurent dans le monde, ce n'est pas
Lagardère qui s'est fait opérer d'une hanche pour pouvoir continuer à
faire du ski et du tennis, mais plutôt les victimes de ses missiles, qui
ont fait sa fortune, ainsi que « ses » travailleurs victimes ici de
maladies professionnelles et autres accidents du travail.


** Lagardère haut fonctionnaire du privé

La prise tentaculaire du groupe d'édition Vivendi Universal Publishing
(VUP) par la pieuvre Hachette, en octobre 2002, s'inscrit dans la logique
du capitalisme à la française, mis en place il y a cinquante ans. Les
liens organiques entre l'État et le grand capitalisme, illustrés par
l'appui massif de Chirac à la fusion VUP-Hachette-Matra-Lagardère, se
nouent autour des secteurs industriels les plus stratégiques : l'armement
et
l'information. Enquête sur l'empire de Jean-Lucien Lagardère, mis en
place par de Gaulle, soutenu par Giscard, conservé par Mitterrand,
favorisé par Jospin et développé par Chirac.

Selon une croyance bien établie, Jean-Lucien Lagardère (en référence à
son grand-père, mais Jean-Luc ça fait plus « djeune ») serait l'homme qui
a inventé la fusion de l'armement et de la communication. Or, cette
géniale trouvaille qui veut que les fusils commandent à la politique qui
commande aux fusils est l'oeuvre de son père symbolique, le gaulliste
Sylvain Floirat. Et si Jean-Lucien passe pour un « grand patron », cela
tient essentiellement à son aptitude, maintes fois démontrée, à tisser
des liens d'imbrication avec le pouvoir politique. Le Gascon, comme
certains le surnomment tendrement, n'est en réalité que le pion d'une
stratégie menée depuis le sommet de l'État. La concentration des médias
aux mains d'un petit nombre de fournisseurs voraces occulte le lien de
dépendance qui lie ces derniers aux pouvoirs publics en matière de
privatisations, d'attributions d'ondes, de fréquences, etc. S'y ajoute la
dépendance qui soumet le pôle industriel de ces mêmes groupes à la
commande publique.


** De Pétain à Lagardère

Ce sont de telles alliances qui ont motivé le soutien de l'État à
Lagardère au moment du rachat de VUP, censé avoir sauvé de justesse
l'édition hexagonale de la convoitise des méchants groupes « étrangers ».
C'est en 1952 que Jean-Lucien Lagardère, alors jeune ingénieur de Supélec
et fils d'un directeur de l'Office de recherches spatiales, rentre par
piston chez Dassault. Dix ans plus tard, il est débauché par le missilier
Matra. Collabo durant la guerre, Matra avait été épargné à la Libération
: on n'allait pas sortir la tondeuse pour une boîte aussi vaillamment
stratégique.

C'est alors que Lagardère rencontre Sylvain Floirat, un industriel
périgourdin qui vient de se découvrir une passion dévorante pour
l'aviation et les missiles. Ce gaulliste ventripotent reprend en 1959 les
rênes d'Europe n° 1, quatre ans après le démarrage de la station. Floirat
vend à l'État 35 % de ses parts de la SOFIRAD (Société financière de
radiodiffusion), fondée en novembre 1942 sous Pétain et renforcée sous de
Gaulle. L'État et Floirat trouvent chacun leur compte dans cette alliance
: on tiendra l'opinion dans une main et les missiles dans l'autre. La
société de l'information est née. Le Périgourdin voit loin : dès les
origines de la télévision, en 1959, il projette de transformer Télé
Monte-Carlo en chaîne privée nationale. Armement, communication et
pouvoirs publics : les ingrédients du cocktail sont déjà en place, et
pour longtemps. Lagardère, adopté par Floirat comme son fils spirituel,
suit la voie tracée par le grand précurseur. En 1963, le Gascon prend la
tête de Matra. En 1972, il devient administrateur d'Europe 1. Après
l'élection de Giscard d'Estaing en 1974, les relations avec le
gouvernement se tendent : Floirat est trop marqué gaulliste aux yeux de
l'entourage présidentiel. En bon stratège, il va alors sortir de sa poche
son poulain Jean-Lucien, qui est au mieux avec la droite pompidolienne. À
cette époque charnière, l'État contrôle 35 % du capital d'Europe 1 et
47,5 % des droits de vote au conseil d'administration, via la SOFIRAD
Maurice Siegel, directeur général de la radio, saute en octobre 1974.
Dans un système où l'harmonisation des intérêts éloigne les conflits,
cette éviction brutale fait mauvais genre. Mais voilà : « Vingt ans, ça
suffit ! » Avec Lagardère, on en reprendra pour beaucoup plus longtemps.

Jean-Lucien a en effet le profil idéal : il est dans la place depuis deux
ans et sait travailler avec l'État, son principal client. Son
appartenance politique moins marquée lui ouvre les portes en cette
période de
cohabitation droite-droite. Le Premier ministre Chirac tutoie le patron
de Matra depuis plus de dix ans. Leur complicité remonte à l'époque où le
Corrézien s'occupait des questions aéronautiques dans l'entourage de
Pompidou. Voici Lagardère promu patron de Matra et d'Europe 1, à la plus
grande satisfaction de l'État. Il débauche l'énarque Yves Sabouret, un
habitué des dorures ministérielles qui dispose d'un alléchant carnet
d'adresses.


** Un groupe de presse, ça fait vendre du canon

Le règne du roi des volcans d'Auvergne est l'âge d'or de Jean-Lucien.
Avec Europe 1, il pénètre, cajole et entrecroise les réseaux
décisionnels. Ce qui est bon pour Europe 1 est bon pour Matra et
vice-versa. « Un groupe de presse, vous verrez, c'est capital pour
décrocher les commandes », se réjouit-il. L'année 1980 laissera de bons
souvenirs au marchand de canons. Par des rachats d'actions menés en
douce, un raid boursier plus agressif et un concours de circonstances
avantageux, Jean-Lucien, avec la bénédiction de l'Élysée, prend la tête
de la pieuvre centenaire Hachette, accompagné de Floirat et de Daniel
Filipacchi, le fondateur de Salut les copains. Un faramineux cadeau
giscardien : la sous-cotation offerte à Lagardère frise l'impensable,
concernant une société qui contrôle déjà les NMPP (Nouvelles messageries
de la presse parisienne), plusieurs maisons d'édition à grand tirage et
quelques magazines. Jean-Lucien est désormais bien dressé dans ses deux
bottes, l'armement et la communication. Mai 1981 aurait pu sonner le glas
de l'ami de l'ami de Bokassa. Il n'en sera rien : Jean Lucien compose
avec ses réseaux de gauche, issus de la société anonyme « Parti
socialiste ». Certes le missilier a eu chaud : à la demande des
communistes, son nom figurait sur la liste des boîtes à nationaliser.
Heureusement, Roger-Patrice Pelat, un proche parmi les proches de
François Mitterrand, et intime de Lagardère depuis leurs vacances en
Espagne quinze années plus tôt, lui sauve la mise. Le Gascon peut aussi
compter sur l'aide du socialiste Jacques Piette, nommé délégué
interministériel aux privatisations. Cet ami du père de Jean-Lucien avait
occupé au lendemain de la guerre les fonctions d'inspecteur général de
l'économie. Favorable à la nationalisation de Renault en 1945 pour faits
de collaboration, il s'était montré moins regardant avec Matra.


** « Moins d'État », sauf pour les patrons

Lagardère a d'autres appuis. La ministre Édith Cresson est son amie
d'enfance, le ministre Georges Filloud a travaillé sous ses ordres comme
journaliste à Europe 1. Classé à droite, il se coule sans difficultés
dans le moule de ce l'on appelle la gauche. Les ascenseurs tournent à
toute vitesse entre les derniers étages du gratin. Le futur patron du
Crédit lyonnais, Jean Peyrelevade, est alors directeur adjoint de cabinet
du Premier ministre Mauroy, dont la bonne ville de Lille vient de
s'équiper d'un métro Matra. Grâce aux bons soins de Peyrelevade, deux
entreprises échappent à une nationalisation totale : Dassault et Matra.
Il en sera remercié de longues années plus tard en obtenant un siège au
conseil de surveillance de Lagardère SA.

Pour que la ficelle n'apparaisse pas trop grosse, l'État veille tout de
même à prendre 51 % des parts de Matra. Mais il laisse intactes les
conquêtes du groupe dans les médias. Jean-Lucien garde son fauteuil de
PDG, patron privé d'une boîte publique. Dans Le Monde du 23 octobre 1997,
il reconnaîtra sans fausse pudeur avoir « géré normalement la société,
comme une entreprise privée disposant au conseil d'administration de la
moitié des sièges ». Et d'ajouter : « Même si je considère que ça n'était
pas l'idéal, la loyauté réciproque et les objectifs communs ont permis à
la société de continuer son développement. » Les communistes, qui avaient
fait des nationalisations une affaire d'honneur, ont avalé bien d'autres
couleuvres : se souviennent-ils de celle-la ? Après vingt années de «
loyauté réciproque », ils n'hésiteront pas à faire la danse du ventre au
marchand de canons pour qu'il daigne investir quelques bifetons dans
L'Humanité. « Quelle connerie la guerre », affirmait un titre resté
célèbre du quotidien. L'argent de la guerre, lui, est tout sauf con.

Avec l'arrivée de la gauche, Jean Lucien doit malgré tout renoncer à la
présidence d'Europe 1. Le début du règne de Mitterrand crispe le Gascon,
qui sent mal aimé du grand patron aux dents limées. Que serait le manager
de l'année 1979 sans les politiques qui l'ont fait ? Mais cette relative
disgrâce sera de courte durée. En 1986, alors que la droite va revenir à
Matignon, Mitterrand va faire deux beaux cadeaux au Gascon : la Légion
d'honneur, petite friandise symbolique pour sceller leur association, et
la privatisation de la SOFIRAD, refilée en catimini à Europe 1.
L'événement passe inaperçu, il est pourtant historique : la première
privatisation dans le secteur de la communication est l'oeuvre d'un homme
de gauche.
Jean-Lucien lave l'affront de 1981. En 1986, le libéralisme (de gauche
comme de droite) devient tendance : les privatisations fleurissent dans
l'industrie et dans la télévision. Le « grand capitaine d'industrie » se
contente d'en encaisser les dividendes. Les patrons prônent « moins
d'État » mais lui doivent tout. Avec leur soutien financier, le gaullisme
dont ils avaient têté les mamelles revient au pouvoir et, en retour,
renforce le leur par de nouvelles privatisations. Les imbrications
réciproques tournent à l'inceste : ce sont trois sociétés publiques (la
BNP, le Crédit lyonnais et l'assureur le GAN) qui aident un patron privé
à reprendre à bas prix une boîte publique. Quand Mitterrand repasse en
mai 1988, Lagardère est comme un coq en pâte, malgré l'échec de ses
projets d'achat de TF1 : ses carnets de commandes débordent et plusieurs
conseillers ministériels frappent à sa porte, en quête d'un nid douillet
chez Matra.

En octobre 1990, le Gascon prend la tête de la Cinq. Son rêve est
réalisé, il a sa télé. Le fidèle Sabouret devient pédégé de la chaîne.
Berlusconi, Hersant et le Crédit Lyonnais sont avec lui. La guerre du
Golfe est bonne pour l'armement, mais le consommateur déprime et le
publicitaire aussi : le 12 avril 1992, l'écran devient noir. Son jouet a
coûté cher à Jean-Lucien. Celui que les bouffons de cour appellent un «
visionnaire » doit son salut à un figurant : Michel Rouger. Nommé en 1992
président du tribunal de commerce de Paris, il a en charge le dépôt de
bilan de la Cinq. Un dossier qu'il instruit à la plus grande satisfaction
du patron, puisque Michel Rouger siège aujourd'hui au conseil de
surveillance de Lagardère SA. En 1995, à l'instar de Philippe Sollers,
qu'il emploie comme chroniqueur au Journal du Dimanche, Jean-Lucien mise
sur Balladur. Chirac ne lui en tient pas rigueur. Son Premier ministre
Alain Juppé, dont l'épouse est salariée chez Lagardère, lui promet
Thomson pour un franc symbolique. Mais la dissolution de l'Assemblée et
le retour des socialistes bloquent l'affaire. Le Gascon est fou de rage.
Jospin le console en lui offrant, à un tarif sous-coté, et au mépris de
ses promesses de campagne l'entreprise publique Aérospatiale. Le
conglomérat Matra-Aérospatiale donne naissance au géant EADS, société
européenne de défense dont Lagardère, bien que minoritaire, prend
aussitôt les rênes. On connaît la suite : Chirac réélu, et Jean-Lucien
qui croque un beau morceau de Vivendi. Des missiles, des canons, une
banque, des journaux, des radios, des maisons d'édition : un petit État à
lui tout seul, qui n'existerait pas sans le grand État des de Gaulle,
Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. Selon un discours en vogue, il
conviendrait de rendre aux politiques le pouvoir qui leur a été «
confisqué ». En réalité, ils n'ont jamais cessé de l'exercer : dans leur
intérêt propre et celui de leurs amis.

Lionel Raymond
Le RIRe BP 2402 13215 Marseille cedex 02


Patsy <patsy.cht@wanadoo.fr>


"Le Monde comme il va"

Tous les jeudis de 18h40 à 19h
Alternantes FM 98.1 Mgh (Nantes) / 91 Mgh (Saint-Nazaire)

Alternantes FM
19 rue de Nancy
BP 31605
44316 Nantes cedex 03




*******
*******
****** Agence de Presse A-Infos ******
Information d'intérêt pour et au sujet des anarchistes

Pour s'abonner -> écrire à LISTS@AINFOS.CA
avec le message suivant: SUBSCRIBE A-INFOS-FR
Pour plus d'info -> http://www.ainfos.ca

Vous voulez reproduire ce message?
Pas de problème, veuillez s'implement inclure cette section.

A-Infos Information Center