A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement
{Info on A-Infos}

(fr) Guerre et mondialisation : à qui profite le 11 septembre ?

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sat, 22 Mar 2003 23:56:53 +0100 (CET)


_________________________________________________
A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

[ texte tiré du bulletin de l'émission de radio "Le Monde comme il va"
cf. coordonnées en bas de ce mail ]

De nouveau, intéressons-nous cette semaine à la crise internationale qui
secoue ce pauvre monde depuis le 11 septembre 2001. Pour se faire, je me
suis appuyé sur un livre passionnant et inquiétant publié il y a quelques
mois par le Serpent à plumes Editions. Son auteur n'est pas un inconnu. Il
fait partie du groupe des intellectuels nord-américains qui n'ont pas
encore rendu les armes. Michel Chossudovsky est professeur d'économie
politique à l'université d'Ottawa, il a été consultant dans quelques
organismes internationaux comme le Bureau international du travail ; par
ailleurs, on retrouve sa plume dans les colonnes du Monde diplomatique. En
1998, les éditions Ecosociété avaient publié un excellent bouquin de lui,
La mondialisation de la pauvreté. Ce livre traite des conséquences
sociales des politiques imposées ça et là par le FMI et la Banque
mondiale. Je ne peux que vous en conseiller la lecture.
Le dernier livre de Michel Chossudovski s'intitule Guerre et
mondialisation – A qui profite le 11 septembre ? Autant vous l'avouer tout
de suite, faire une présentation de ce livre est fort difficile tellement
celui-ci fourmille de détails et d'informations. Je vais pourtant tenter
de vous donner l'envie de le lire, en évitant les redites avec l'émission
de la semaine dernière.Pour Michel Chossudovski, nous sommes entrés dans la « crise la plus grave
de l'histoire des temps modernes », une crise qui va remodeler
complètement la carte géopolitique du monde.
Tout d'abord, il rappelle une chose que tout le monde sait : Oussama Ben
Laden est une création de la politique étrangère américaine. Rappelez-vous
: dès 1979, le gouvernement américain qui, il y a une poignée d'années,
sortait piteux de son bourbier vietnamien, décide d'apporter son soutien
aux moudjahidines afghans en guerre contre un pouvoir central et l'armée
soviétique. Washington décide « d'offrir à l'URSS sa guerre du Vietnam »
selon les propres mots de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller en
matière de sécurité national auprès du président Carter. La stratégie a
réussi et l'échec soviétique en Afghanistan a hâté l'implosion du bloc
communiste une décennie plus tard. Pour mener à bien cette opération, la
CIA a fabriqué par l'entremise des services secrets pakistanais et avec la
participation des Saoudiens toute une génération d'islamistes radicaux, de
fondamentalistes, formés militairement et idéologiquement dans les zones
pachtounes.
A la guerre contre les Soviétiques a succédé la guerre civile entre
différentes factions afghanes. Les Talibans sont alors devenus les
meilleurs agents de la politique américaine dans cette région du monde. Ce
n'est qu'en 2001 que la grande multinationale, Unocal Corporation, a cessé
les discussions avec les Talibans pour la construction d'un gazoduc
stratégique transafghan. Puis vint le 11 septembre, les attentats, la
guerre en Afghanistan pour le droit et la justice. Et qui a pris le
pouvoir, du moins en apparence, à Kaboul ? Hamid Karzaï. Celles et ceux
qui pensent que la prochaine guerre ne se fera pas au nom du pétrole vont
devoir développer des trésors d'arguments pour m'expliquer pourquoi, comme
par hasard, c'est Karzaï, ancien consultant pour Unocal Corporation, qui
se retrouve en aussi bonne posture ; et pourquoi également, l'envoyé
spécial de Bush à Kaboul, n'est autre que Zalmay Khalizad, lui aussi
ancien employé de Unocal Corporation ! Pour Chossudovski, la réponse est
claire : « le rôle d'Hamid Karzaï (est) de faire aboutir le projet de
pipeline au nom des pétrolières anglo-américaines ».
Mais il va plus loin. Pour lui, les attentats du 11 septembre ne sont pas
aussi surprenants que cela. En clair : Bush savait, ou pour être plus
précis, ceux qui dirigent véritablement la politique étrangère américaine,
savaient. Qui sont-ils ? Ce sont les planificateurs militaires du
département d'Etat, du Pentagone et de la CIA très liés à certains lobbies
(militaro-industriel, biotechnologie, médias). On retrouve au sein de
cette caste une personnalité telle que Richard Armitage. Ce brillant
personnage s'est fait connaître sous la présidence de Ronald Reagan en
qualité de sous-secrétaire d'Etat à la défense, en organisant le
financement occulte des contras au Nicaragua par le biais du narcotrafic,
pratique toujours répandue (rappelons que l'Afghanistan est le plus gros
producteur d'héroïne au monde, et que cela rapporte des centaines de
milliards de $ par an, que cette source d'enrichissement avait baissée
sous les Talibans mais qu'elle a repris de plus bel avec l'arrivée de
Karzaï au pouvoir) ; Richard Armitage fut mouillé également dans
l'Irangate avec son compère Oliver North. Il est aujourd'hui
sous-secrétaire d'Etat auprès de Georges W. Bush.
Revenons-en à Georges W. Bush. Savait-il ce qui se tramait ou pas ? La
presse s'est déjà faite l'écho de cette thèse. Au centre de toutes les
interrogations, un homme, le chef de l'ISI, les services secrets
pakistanais, autant dire un employé de la CIA, le général Mahmoud Ahmad.
Ce brave militaire avait comme par hasard des liens avec Mohammed Atta, le
chef de file des terroristes puisque c'est à lui qu'il a fait donner
durant l'été 2001 les 100 000 $ nécessaires à l'opération ! Le général
Mahmoud Ahmad était également en visite aux Etats-Unis la semaine où se
produisirent les attentats. Dans les jours suivants, c'est à lui que
Washington confia la mission d'aller réclamer au Mollah Omar qu'il lui
remette Oussama Ben Laden. Mahmoud Ahmad échoua dans sa mission, il fut
démis de sa fonction de chef des services secrets pakistanais. Celui qu'on
soupçonne d'avoir fait liquider le Commandant Massoud coule aujourd'hui
des jours heureux à la tête de la province du pendjab. Alors que penser de
tout cela ? CIA et ISI ont-ils organisé les attentats du 11 septembre en
manipulant le réseau AL-Qaïda ? Ont-ils été dépassés par ceux-là même
qu'ils avaient créés ? Je vous laisse en juger...
En tout cas, ces attentats si meurtriers sont devenus une aubaine
politique pour tous les faucons, les va-t-en-guerre... et tous les
décideurs économiques à la tête des lobbies pétroliers et
militaro-industriels puisqu'ils servent aujourd'hui de prétextes à la mise
en œuvre de la nouvelle doctrine stratégique américaine.
C'est également une aubaine politique pour un pays en crise. Pour Michel
Chossudovski, Georges W. Bush et ses alliés sont en train de construire
sur les décombres de l'Etat-providence un Etat policier. L'adoption du
Patriot Act peut ainsi permettre l'arrestation pour crime de « terrorisme
national » de toute personne qui s'en prendrait au FMI, à l'OMC, bref à
toutes les structures internationales qui incarnent cette mondialisation
capitaliste parce qu'alors cette personne chercherait, je cite, « à
influencer la politique d'un gouvernement par l'intimidation ou la
coercition ».
Guerre à l'intérieur, guerre à l'extérieur. Les semaines passées, je vous
ai expliqué pourquoi la destruction de l'Irak et de son peuple avait
beaucoup à voir avec le pétrole et bien peu avec la morale. Le livre de
Michel Chossudovski apporte beaucoup d'eau à ce moulin tragique. Il nous
aide également à voir les alliances internationales sous un œil plus
prosaïque.On pourrait ainsi remplacer Georges Bush et Tony Blair par American Oil
Compagny (AMOCO) et Brittish Petroleum, deux célèbres multinationales qui
ont fusionné en 1998 ; ou bien par Boeing et Brittish Aerospace. Vous
l'aurez compris, l'axe anglo-américain sent le pétrole, l'armement... et
les services secrets puisque CIA et MI5 coopèrent de plus en plus.
Mais n'allez pas croire que dans le camp pour l'heure adverse, on taquine
plus la morale que la realpolitik. Pour remplacer Chirac et Schroëder,
vous pouvez parler d'Airbus Industries, Aerospatiale-Matra qui a fusionné
avec Deutsche Aerospace, sans oublier le nucléaire etc.
Les dissensions qui se font jour aujourd'hui dans les enceintes feutrées
de l'ONU sont la traduction des tensions que l'on retrouve sur la scène
économique, entre multinationales.
Le monde d'aujourd'hui voit s'affronter deux blocs politiques et
économiques : l'hyperpuissance américaine et son dollar d'un côté ; l'axe
franco-allemand et son euro de l'autre. Euro et dollar « se font la lutte
dans l'ancienne Union soviétique, en Asie centrale, en Afrique
subsaharienne et au Moyen-orient ». Et ces deux blocs économiques,
politiques et militaires surveillent comme le lait sur le feu la Russie,
la Chine ou l'Inde, bref tous les Etats susceptibles d'être dans un futur
proche une force capable de contester l'ordre établi. La stratégie
américaine consiste, écrit Michel Chossudovski, à « transformer des
nations souveraines en des territoires ouverts et accessibles (ou des «
zones de libre échange ») tant par la voie militaire que par l'imposition
de réformes économiques mortelles, tendant à la libéralisation du marché
». Face à cela, France et Allemagne essaient de défendre leurs intérêts
géostratégiques en contenant autant que faire se peut le
rouleau-compresseur américain. En faisant quoi ? En construisant l'Europe
politique ; en intégrant au plus vite les anciens pays de l'Est afin de
diminuer les risques qu'ils soient satellisés par les Etats-Unis, voire
dans un plus long terme la Russie ; en s'appuyant enfin sur l'ONU, seule
instance capable de freiner la volonté guerrière du gouvernement
américain.
On a coutume de dire que le gouvernement américain se fichent comme d'une
guigne de l'ONU. C'est historiquement vrai. Mais j'ai le sentiment que
depuis le 11 septembre 2001, Bush et ses alliés ressentent le besoin que
leur guerre pour le Bien qu'ils qualifient de « permanente et sans
frontière » soit légitimée par une résolution. S'il le faut, ils s'en
passeront, soyons-en certains et d'ailleurs ils le répètent à satiété.
Mais je crois qu'il vivrait cela comme un échec de leur capacité de
contraindre les puissances moyennes du monde dit libre à s'aligner
inconditionnellement sur leurs positions.

Patsy <patsy.cht@wanadoo.fr>


"Le Monde comme il va"
HEBDO LIBERTAIRE D'ACTUALITE POLITIQUE ET SOCIALE, NATIONALE ET
INTERNATIONALE

Tous les jeudis de 18h40 à 19h
Alternantes FM 98.1 Mgh (Nantes) / 91 Mgh (Saint-Nazaire)

Alternantes FM
19 rue de Nancy
BP 31605
44316 Nantes cedex 03




*******
*******
****** Agence de Presse A-Infos ******
Information d'intérêt pour et au sujet des anarchistes

Pour s'abonner -> écrire à LISTS@AINFOS.CA
avec le message suivant: SUBSCRIBE A-INFOS-FR
Pour plus d'info -> http://www.ainfos.ca

Vous voulez reproduire ce message?
Pas de problème, veuillez s'implement inclure cette section.

A-Infos Information Center