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(fr) Le développement durable : mystification et boniments

From Courant alternatif <oclibertaire@hotmail.com>
Date Sat, 22 Mar 2003 00:03:25 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Le développement durable : mystification et boniments

Le développement durable est la dernière potion à la mode que les
agro-industriels, financiers et autres ennemis du genre humain tentent de
nous faire avaler. Mais foin du développement, même durable ! Quand donc
cesseront-ils de nous prendre pour des gogos ? Réponse : le jour où, de
façon claire et sans équivoque, nous refuserons le mythe du Progrès et
tout l'attirail de technologies, d'armes etŠ de confort qui l'accompagne
!


Ainsi donc, le " développement " pourrait être " durable ". Il semble
bien pourtant que si " nos " dirigeants, " nos " scientifiques et autres
tenants du Progrès continuent de nous développer ne serait-ce encore
qu'un demi-siècle, il ne restera pas grand-chose de la planète ni des
êtres vivants qui l'habitent ! Ou plutôt, le risque existe qu'il ne reste
qu'une humanité nettement divisée en castes et sous-castes, avec des
nantis toujours plus nantis ­ les écarts entre les riches et les pauvres
s'accroissent dans des proportions hallucinantes, non seulement entre
Nord et Sud mais, dans les pays mêmes du Nord, entre les classes aisées
et les laissés-pour-compte de la " croissance ". Il se pourrait dès lors
que ne subsiste qu'une planète à bout de souffle, avec des riches
super-pollueurs rejetant sur les pauvres la responsabilité de la misère.
Car le discours du développement durable tourne en vase clos, pour le
plus grand bonheur des nantis. Jugeons-en plutôt.

Le développement tel que nous l'avons pratiqué au Nord, dénoncé (de façon
parfois caricaturale (1) dès les années 1960 par le Club de Rome, n'a
servi qu'à une chose : faire prendre conscience aux tenants du pouvoir
qu'ils avaient tout intérêt à intégrer ce qu'ils appellent les dimensions
sociales, humaines, environnementales, etc., à leur discours, voire à
leurs pratiques (2). Même le Fonds Monétaire International donne dans le
développement durable, l'amitié entre les peuples et l'humanisme de bon
aloi lorsque son sous-directeur au bureau européen, Sergio Pereira Leite,
s'écrie joliment : " En y regardant de plus près, on voit que les
activités du FMI contribuent toutes, directement ou indirectement, à la
lutte contre la pauvreté et à la défense des droits de l'homme (3). " Le
brave homme ! Pourtant, même le parti socialiste ou Attac reconnaissent
que le FMI contribue, par ses pratiques cyniques, à engraisser le Nord en
appauvrissant le Sud, qu'il réduit à la misère. Abandonnons M. Pereira
Leite à ses contorsions intellectuelles rassurantes et déculpabilisantes
à si peu de frais, et revenons à la réalité.

Le développement durable est devenu, dit-on par ailleurs, un concept
fourre-tout. Ce qui signifie en fait que toutes sortes de groupes,
d'institutions, d'organismes, y compris des gouvernements, des États ou
le FMI, se reconnaissent dans ce concept. Or, assez curieusement, le "
fourre-tout " en question n'inclut pas, et exclut même, la frange
contestataire qui est en général assimilée, par les tenants de ce
fourre-tout, à une opposition " romantique ", " délirante ", voire "
paranoïaque " et surtout, comble d'insulte, " obscurantiste (4) ". Quelle
est précisément la nature de cette opposition au développement durable ?

Nous ne reconnaissons pas le concept de " développement " qui est, comme
on le sait depuis belle lurette, le développement de l'individu Blanc,
riche, de sexe masculin, jouissant de droits civiques, au travail, etc.
Quant à l'adjectif " durable ", il implique le rejet a priori de toute
révolution et, tout au contraire, la tentative de bien mesurer le
développement afin qu'il soit " durable " et que les actuelles élites,
surtout, se maintiennent au pouvoir. Le développement durable consiste
ainsi à maintenir un équilibre précaire entre riches et pauvres,
exploitation de la nature et protection de la biodiversité, trou d'ozone
et réduction des émissions de carbone, production d'électricité nucléaire
et inconvénients du style de Tchernobyl, etc., de façon que le commun des
mortels ­ les " masses " ­ ne soient surtout pas tentées par l'" aventure
" de l'opposition au développement qui est implicite dans la révolution,
l'abolition des États, la liberté, la fraternité humaine. Cet équilibre
subtil se fonde sur le pouvoir des experts, pouvoir que le développement
durable garantit à long terme, car il faut être expert pour dire jusqu'où
on peut faire fondre l'Antarctique et jusqu'à quel point on peut brûler
l'Amazonie. Le développement durable est donc, en réalité, tout à fait
profitable aux élites actuelles, économiques, politiques, financières et
scientifiques (5).

Bien sûr, taxer l'opposition, dans ces conditions, de romantisme ou
d'obscurantisme est tout ce qu'il y a de plus facile, puisque les
partisans du développement durable sont, eux, pragmatiques (contraire de
" romantiques ") et scientifiques (contraire d'" obscurantistes "). Mais
la supercherie fonctionne dans tous les sens ! Car certains opposants
finissent par donner vraiment dans l'obscurantisme (6). Un ouvrage "
culte " comme celui de John Zerzan, Futur primitif, est en effet
romantique et obscurantiste (ou plutôt réactionnaire au sens premier du
terme, de " retour vers le passé "). Après avoir cité trop abondamment
des ethnologues qui, pour la plupart d'entre eux, se souciaient comme
d'une guigne du sens politique de leurs recherches, Zerzan conclut : "
Dans une vie où les êtres étaient égaux, laquelle n'avait rien d'une
abstraction et s'efforce de se maintenir encore aujourd'hui, ''ils
dansaient avec la forêt, dansaient avec la lune'' (7). " Le tout à
l'imparfait, pour accentuer encore cette idée de passé, de passéisme même
! Vision romantique parce que c'est de la seule compréhension
ethnologique des erreurs énormes et en effet atroces qui ont pavé la
longue route du Progrès, que Zerzan tire comme conséquence que nous
devons revenir, dans le futur, à notre état primitif (par quel miracle
pourrions-nous d'ailleurs y parvenir ?). Comme si, surtout, cet état
primitif était si génial que cela ! Car il suffit de se pencher sur la
littérature ethnologique sans a priori, ce que ne font pas les
primitivistes, pour voir tout ce qu'il manque dans une société humaine "
primitive "Š et comprendre aussitôt ce qui manque encore davantage dans
la société humaine contemporaine !


** Une pincée de culpabilisation

Nous aurions avantage à rejeter à la fois le Progrès et le primitivisme,
car ce dernier est l'obscurantisme-reflet de cet autre obscurantisme
qu'est le Progrès. Nous aurions avantage à rejeter tous les intégrismes
religieux, à commencer par l'intégrisme que constitue le néolibéralisme,
avec son sacro-saint credo " Le marché réglera tous les problèmes ",
lequel, notons-le, ne s'oppose pas à l'idée de développement durable.
S'opposer au Progrès est la base d'une pensée, et surtout d'une pratique,
radicales. Toute concession à ce mythe ­ du style " quand même, la
Science, c'est génial ! " ­ est déjà un doigt happé par l'engrenage des
compromis et des concessions, qui se transforment vite en compromissions.
Il n'y a jamais eu de Progrès prenant l'homme comme centre. Le
développement durable vise à nous faire croire que, malgré tout, dans la
durée et dans l'espace fini qui nous est imparti ­ la Terre ­, un "
développement " de l'humanité est possible. L'humanité développée dont il
s'agit est un mirage bardé de droits et de devoirs, une sorte de monstre
totalement désincarné, qui n'a à voir avec les êtres humains réels que
par le biais des statistiques, des études, des pourcentages et des
projections. Humanité technocratisée, parfaitement conforme à la vision
pragmatique et scientifique des choses (8). Vision d'un monde de progrès,
forcément difficile à faire advenir, et pour lequel il nous faut
trinquer, dans l'espérance que nos enfants, après nous, auraient enfin un
monde beau, fraternel, etc., etc., etc.

Tout concourt à servir ce but. Le Nord a déjà culpabilisé les pauvres du
Sud en leur disant : " C'est vous qui nous polluez avec vous usines
pourries, vos bagnoles en échappement libre, vos métropoles dépourvues
d'égouts. Allez-vous enfin vous mettre à vous enrichir ? Allez, tiens, on
va être gentils : voici quelques prêts de la Banque mondialeŠ Quoi, votre
dette est passée de 1000 milliards de dollars en 1985 à près de 3000
aujourd'hui ? Attendez encore un peuŠ " Ce discours a tellement bien
marché que les élites du développement durable nous tiennent maintenant,
à nous, " riches " du Nord, cet autre discours culpabilisant : " Gardez
un monde propre et beau pour vos enfants. Ce n'est pas de la terre de vos
ancêtres que vous avez hérité : vous n'êtes que les utilisateurs
momentanés de l'univers de vos enfants ! "

Flûte alors ! Un grand coup de goupillon néolibéral ou
christiano-freudiano-culpabilisant par-dessus tout ça, et nous revoilà,
tout penaudsŠ tandis que les vrais responsables du désastres sont absous.
Si le Progrès, la Science, la Technologie et leurs valets nous ont
conduits là où nous sommes en effet 9, ce n'est pas en ne posant pas la
vraie question que nous sortirons du bourbier. Or, la vraie question est
: " Comment se débarrasser du Progrès, de la Science, des Technologies et
de tous leurs valets, une bonne fois pour toutes ? "


** Politique de l'antidéveloppement !

La seule question qui est vraiment évacuée du concept de développement
durable est bien entendu la question politique. Comme s'il allait de soi
que personne ne puisse être contre le développement durable ! Consensus
mou planétaire, alors que seules les élites autoproclamées des pays du
Nord comme du Sud se sont approprié ce concept forgé en réalité il y a
bien longtemps, et déjà contenu en germe ­ entre autres ­ dans les fameux
discours des chefs Amérindiens au moment de la conquête de l'ouest
américain(10).

Le coup magistral ­ et habituel ­ est que le développement durable
apparaît aux yeux d'une large part de l'opinion publique " progressiste
", de celle qui réfléchit en lisant le Diplo et en regardant Arte, comme
un " mieux " par rapport aux positions anciennes, butées, de l'époque des
Trente Glorieuses (1945-1975) au cours desquelles l'on a développé à tout
va sans se soucier ni de la nature ni des êtres humains. Pourtant,
l'erreur de perspective est grossière : non seulement le développement
durable est une position de repli des tenants de l'industrialisation et
du Progrès, mais il est en même temps un outil offensif au service d'une
politique de domination qui interdit de s'attaquer aux racines des
problèmes. En ce sens, la critique du développement durable doit non
seulement être une critique du Progrès, de l'industrialisation et du
développement comme de la durabilité de ce monde-ci, mais elle devrait
(aussi, voire surtout ?) être une dénonciation sans merci des faux
critiques de l'existant. Ceux-ci se regroupent dans Attac, écrivent dans
le Monde diplomatique ou le lisent assidûment, dévorent avec plaisir
Empire de leur gourou Toni Negri, occupent des chaires au Collège de
France dont ils se servent comme de tribunes qu'ils prétendent
politiques, envoient des étrennes aux petits Noirs via le CCFD, sont des
écologistes façon Greenpeace ­ car Greenpeace est l'un des fers de lance
du développement durable. Ils ont bâti leur fonds de commerce sur du
discours " critique " qui ne s'affuble de mots volés à la critique
radicale que pour faire croire à la profondeur de leur discours. Mais
qu'est-ce que la critique si elle doit rester rangée dans nos cartons ou
étalée à longueur de rayons dans nos bibliothèques ! Ce que nous voulons
est une critique profonde et radicale de l'existant, critique concrète du
réel, abolition de tout ce qui, y compris la fausse critique, permet la
perpétuation de l'ordre qui nous opprime.


PG



1. Car le Club de Rome, en prenant systématiquement en compte les
perspectives les plus défavorables, s'est révélé piètre prophète, surtout
en matière d'explosion démographique et d'épuisement des ressources
naturelles ­ ce qui n'enlève rien au fond de son propos.

2. Ainsi, le patron de Shell France, Christian Balmes, l'explique en
détail dans l'ouvrage dirigé par Anne-Marie Ducroux, les Nouveaux
utopistes du développement durable (éd. Autrement, 2002), et il a l'air
d'y croire : Shell est une entreprise qui pense à nos enfants ! Merci, M.
Shell.

3. Finances et Développement, revue du FMI et de la Banque mondiale,
décembre 2001. Car les droits de l'homme et la lutte contre la pauvreté
participent du développement durable.

4. René Riesel répond très précisément aux accusations d'obscurantisme
lancées contre les opposants aux OGM dans ses Déclarations sur
l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer et ses
Aveux complets des véritables mobiles du crime commis au Cirad le 5 juin
1999 (les deux à l'Encyclopédie des Nuisances, 2001). Voir aussi Roger
Belbéoch, Tchernoblues (L'Esprit frappeur).

5. Ces dernières que l'on oublie trop souvent et qui ne sont pourtant pas
les plus innocentes par les temps qui courent !

6. Ça a toujours été une erreur des révolutionnaires que de croire
pouvoir retourner contre leurs adversaires l'insulte dont ils étaient
gratifiés. En réalité, ce faisant, ils acceptaient la discussion sur le
terrain
qu'imposaient leurs ennemis. Or, c'est ce terrain même de discussion que
nous devrions nous mettre en état de refuser.

7. John Zerzan, Futur primitif, L'insomniaque (qui a publié de bien
meilleurs textes !).

8. Ce que les pédants appellent une Weltanschauung, comme si l'on ne
pouvait pas dire, comme tout le monde, une " vision du monde ", car ce
n'est que de la merde qui s'étale partout autour de nous et que l'on nous
invite à regarder avec les verres déformants de la philosophie
hégélienne. Le vocabulaire philosophique employé par ses partisans pour
maquiller le développement durable n'est pas innocentŠ

9.Car le monde contemporain est-il autre chose qu'une poubelle à la
dérive dans l'univers ?

10. La lecture des Amérindiens est une éternelle source de critique du
réel, de Pieds nus sur la terre sacrée à De mémoire indienneŠEn outre,
cette lecture montre que, contrairement au discours officiel et partisan
sur le développement durable, celui-ci n'est qu'une version amoindrie et
reliftée d'une idée vieille comme le monde des hommes et de leurs
cosmogonies ­ et regrettons au passage que Zerzan n'ait pas plutôt
cherché à comprendre comment on est passé du monde décrit par les
cosmogonies " primitives " ou les chefs amérindiens au monde des
Lumières, de la technologie, etc.


Article tiré de "Courant alternatif" # 127 - mars 2003.
24 pages. 2,3 euros.

Journal disponible dans les maisons de la presse, dans certaines
librairies et par abonnement : pour 1 an (10 numéros mensuels + 2
hors-séries) 31 euros. 1 numéro gratuit sur demande.

pour contacter l'Organisation communiste libertaire :

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E-mail : oclibertaire@hotmail.com
Site web : http://oclibertaire.free.fr/




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