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(fr) Le G8, un instrument de domination mondiale

From CLAAAC G8 <claaacg8@claaacg8.org>
Date Sun, 9 Mar 2003 20:13:56 +0100 (CET)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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        http://ainfos.ca/index24.html
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L'environnement c'est kapital !
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En 2003, le bilan de santé de la planète peut nous pousser à un
pessimisme certain. Il y a bien sûr à notre porte les marées noires à
répétition, le trou d'ozone dans l'atmosphère, le réchauffement
climatique et l'effet de serre, les déchets toxiques et autres dioxines,
les nappes phréatiques imprégnées de nitrates, métaux lourds et autres
substances chimiques, les espèces végétales et animales qui mutent au
rythme des laboratoires génétiques, les maladies nouvelles. Évoquons la
diminution des forêts tropicales, la disparition de nombreuses espèces
animales, l'augmentation vertigineuse de la population mondiale avec
l'aggravation des carences nutritionnelles et des difficultés de
survie... L'origine commune à tous ces maux est l'activité humaine, et
plus précisément son organisation par le système capitaliste.

En pleine récession économique des pays riches, avec des guerres ouvertes
ou larvées,  le G8 environnement d'Angers du 25 au 27 avril a donc une
fonction précise : affirmer que les dégâts environnementaux, causés par
la recherche de rentabilité, seront sinon réparés, du moins limités par
la perpétuation de cette même logique.

De droite, de gauche ou écologistes, les sept ministres regroupés autour
de Roselyne Bachelot vont s'efforcer au-delà des intérêts nationaux
respectifs, d'installer des contre-feux à l'inquiétude montante des
populations. Ce G8 environnement abordera notamment les thèmes de
l'énergie (relance du nucléaire) et du développement durable (nouvelle «
tarte à la crème » des médias). Pour nous, révolutionnaires libertaires,
ce sommet se gardera de poser la question centrale, celle de l'activité
humaine qui, dans le cadre capitaliste, dégrade inexorablement
l'environnement.

Contrairement aux propositions sociales démocrates, trotskystes ou de
l'écologie politicienne, nous affirmons que la problématique
environnementale ne peut pas être dissociée de la question de la
production socialement utile, décidée par les populations pour satisfaire
leurs besoins réels. Ce journal n'a pas la prétention de développer
toutes les facettes relatives à l'environnement. Mais les trois aspects
abordés ci-dessous ­ l'énergie nucléaire et le maintien du programme
français, le développement durable, l'utilité sociale du travail ­
esquissent une approche
révolutionnaire de la question environnementale.


Arrêt immédiat du nucléaire

C'est vers 2017 que le parc français devra être progressivement
renouvelé... si l'option nucléaire est confirmée. Et elle le sera si
aucun mouvement de grande ampleur ne se construit dans de brefs délais.
Beaucoup estiment que c'est d'abord au projet EPR qu'il faut s'attaquer.
Pourtant, sa réalisation est peu probable : le parc français est en
surcapacité, Siemens rechigne à participer à cette aventure et toutes les
études laissent paraître qu'EPR ne sera absolument pas rentable.
Serait-ce une centrale plus sûre ? Non, ce n'est qu'une version
modernisée de Chooz ou de Civaux, qui ont déjà connu de graves problèmes
de sûreté. Vitrine pour l'exportation, alors ? Pas plus, car le marché
international du nucléaire est en pleine stagnation et il faudrait en
fourguer une bonne dizaine pour rentabiliser le prototype. Ce qui paraît
plus vraisemblable, c'est éventuellement la mise en chantier de quelques
nouvelles centrales, mais surtout un vaste programme de
prolongation de la durée de vie de celles existantes, soit faire du neuf
avec du vieux en multipliant les risques, bien entendu.

Car c'est bien de risques dont il s'agit : celui d'une catastrophe
majeure dont la probabilité ­ maintenant admise par les tenants eux-mêmes
du nucléaire -devrait suffire à elle seule pour arrêter immédiatement le
nucléaire... sans que notre société ne tombe dans le dénuement
apocalyptique décrit par les nucléocrates. Certes, aucun moyen pour
produire de
l'électricité n'est sans risques et il faudra bien que, le plus vite
possible et de manière décentralisée, soient utilisées des énergies
renouvelables. Il faudra bien que très vite nos sociétés ne soient plus
fondées sur le règne de la consommation mais sur celui de l'utilité. Mais
en attendant, accepter que le nucléaire se prolonge un, deux, dix ou
vingt ans est tout simplement criminel. Et c'est en plus un blanc-seing
offert à tous les requins de la finance et de l'industrie pour qui seul
le profit a un sens, les êtres humains n'étant là que pour le produire.


Le développement durable : mystification et boniments

Le développement durable est la dernière potion à la mode que l'on tente
de nous faire avaler. Aujour'dhui il est question de refuser le mythe du
progrès et tout le fatras d'armes, de technologies... et de confort qui
l'accompagne.

Ainsi donc, le « développement » pourrait être « durable ». Il semble
bien pourtant que si « nos » dirigeants, « nos » scientifiques et autres
tenants du Progrès continuent de nous développer ne serait-ce encore
qu'un demi-siècle, il ne restera pas grand-chose de la planète ni des
êtres vivants qui l'habitent ! Ou plutôt, le risque existe qu'il ne reste
qu'une humanité nettement divisée en castes et sous-castes, qu'une
planète à bout de souffle, avec des riches super-pollueurs rejetant sur
les pauvres la responsabilité de la misère.

Nous ne reconnaissons pas le concept de « développement » qui est, en
fait, le développement de l'individu Blanc, riche, de sexe masculin,
jouissant de droits civiques, au travail, etc. Quant à l'adjectif «
durable », il implique le rejet a priori de toute révolution et, tout au
contraire, la tentative de bien mesurer le développement afin qu'il soit
« durable » et que les actuelles élites, surtout, se maintiennent au
pouvoir. Le
développement durable consiste ainsi à maintenir un équilibre précaire
entre riches et pauvres, exploitation de la nature et protection de la
biodiversité, trou d'ozone et réduction des émissions de carbone,
production d'électricité nucléaire et inconvénients du style de
Tchernobyl, etc. De façon à ce que les « masses » ne soient surtout pas
tentées par l'« aventure » de l'opposition au développement qui est
implicite dans la révolution, l'abolition des États, la liberté, la
fraternité/sororité humaine. Cet équilibre subtil se fonde sur le pouvoir
des experts, pouvoir que le développement durable garantit à long terme,
car il faut être expert pour dire jusqu'où on peut faire fondre
l'Antarctique et jusqu'à quel point on peut brûler l'Amazonie. Le
développement durable est donc, en réalité, tout à fait profitable aux
élites actuelles, économiques, politiques, financières et scientifiques.

Non seulement le développement durable est une position de repli des
tenant-e-s de l'industrialisation et du Progrès, mais il est en même
temps un outil offensif au service d'une politique de domination qui
interdit de s'attaquer aux racines des problèmes. En ce sens, la critique
du
développement durable doit non seulement être une critique du Progrès, de
l'industrialisation et du développement comme de la durabilité de ce
monde-ci. Elle devrait être aussi une dénonciation sans merci des faux
critiques : d'Attac au Monde diplomatique, du gourou Toni Negri aux
écologistes façon Greenpeace. Ce que nous voulons est une critique
radicale de l'existant, du réel, abolition de tout ce qui permet la
perpétuation de l'ordre qui nous opprime.

Qu'est-ce qu'un travail socialement utile ?
On ne peut aborder les problèmes liés à l'environnement sans se poser la
question de l'utilité de ce qu'une société produit, pour qui, et dans
quels objectifs. Et avec quels dégâts collatéraux, tant sociaux
qu'écologiques. Si tous les esprits sains conviendront qu'une tonne de
blé est plus utile qu'une bombe atomique, au-delà de cette évidence, nous
entrons sur un terrain qui peut être miné si on n'y prend pas garde. Qui
déciderait de ce qui est utile ou inutile ? Les États ? Un gouvernement
mondial ? Les intellec-
tuel-le-s ? Les scientifiques ? Les entrepreneurs ? Il n'en est
évidemment pas question !

Tout le monde doit-il consommer les mêmes choses ? Il y aurait là un
arrière goût de totalitarisme, une façon toute bureaucratique de dresser
la liste de ce qui est utile ou de ce qui ne l'est pas ; une soumission
collective à un ordre moral de mauvais aloi ou à des impératifs nationaux
dissimulés.

Et pourtant, tout le monde est conscient que l'envahissement du
consumérisme n'est pas le produit de décisions collectives
démocratiquement décidées, mais bien un impératif pour le capitalisme qui
doit faire passer le développement pour du mieux être ; que nous n'avons
aucune prise ni aucun avis à donner sur ce qui devrait être produit en
priorité, sur ce qu'il serait bienvenu d'abandonner.

En fait l'utilité sociale, l'utilité de ce qu'on produit, est d'abord un
problème politique. Autrement dit : « On veut vivre comme ça et on s'en
donne les moyens », et non le contraire : « on produit d'abord et on
verra ensuite ». Le capitalisme a sacralisé la production au point que
c'est le processus productif qui détermine nos rapports sociaux, nos
envies, nos désirs. Et c'est précisément cela dont nous ne voulons plus !

Mais qui, « nous » ? Nous entrons là de plain-pied dans la définition de
la, ou des, collectivités humaines. Pas cette communauté mondiale et
abstraite qui n'existe qu'au travers des médias et du capital, mais
celles, en chair et en os, faite de rapports de proximités, de
connaissance de son
environnement, celles qui permettent d'envisager la démocratie directe.

Celles entre lesquelles peuvent se construire des rapports de solidarité
et d'égalité, et non de haine, de guerre et de concurrence, comme cela se
produit lorsque la collectivité a été détruite ; car le problème est bien
que la primauté de l'économie sur le politique (au sens noble)
déstructure perpétuellement les communautés humaines, y compris celles
que le système a lui-même créé, atomise les individu-e-s, et laisse le
champ de la
communication, des interactions et des décisions aux différents pouvoirs.

Parler d'utilité sociale renvoie donc au territoire, au communautaire, au
collectif, au « maîtrisable », autant dire à tout ce dont nous sommes
dépossédé-e-s dès que nous en saisissons un morceau.

Un travail utile le sera, non pas au nom d'une morale ou d'intérêts
supérieurs, mais sera celui d'une communauté humaine donnée, dans un lieu
et un temps donnés, qui aura décidé, pour fonctionner comme elle
l'entend, de produire ceci ou cela. Une communauté qui saura calculer le
pour et le contre de tel effort humain (le travail) en fonction des
répercussions que cette production peut avoir sur l'organisation sociale
et non en fonction du marché et du prix de la production.

Autrement dit, l'économique sera là seulement pour permettre d'approcher
les choix politiques et sociaux préalablement définis.


Texte tiré du journal de la Claaac n°1
mars 2003 - 1 euro - 8 pages 24 x32 cm

Journal édité par : Alternative libertaire, Fédération anarchiste,
Organisation communiste libertaire, Réseau No pasaran, Organisation
socialiste libertaire, Syndicats CNT (interco 73, 42, 69, éducation 69)
et coordonné par le Collectif anti G8 de Nantes

CLAAAC G8
c/o La plume noire,
19, rue Pierre Blanc, 69001 Lyon

site internet : http://www.claaacg8.org
mail : claaacg8@claaacg8.org

N'hésitez pas à nous demander ce journal en quantité pour le diffuser !!




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