A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 30 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Català_ Deutsch_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ All_other_languages _The.Supplement
{Info on A-Infos}

(fr) Infos luttes sociales #45 - spécial fin de grève à Arcade From:

From worker-a-infos-fr@ainfos.ca (Flow System)
Date Mon, 3 Mar 2003 21:33:34 +0100 (CET)


Danielle Rétorré <danielle.retorre@free.fr>
To: a-infos-fr@ainfos.ca
Sender: worker-a-infos-fr@ainfos.ca
Precedence: list
Reply-To: a-infos-fr

 _________________________________________________
   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
            http://www.ainfos.ca/
        http://ainfos.ca/index24.html
 _________________________________________________

bulletin spécial sur l'accord de fin de grève à Arcade

Infos luttes sociales
Bulletin n° 45

Numéro spécial sur l’accord de fin de grève à Arcade, avec un premier
bilan

27/2/03

Comité de soutien aux salariés et précaires en lutte d’Arcade, McDo,
FNAC, Disney, Virgin, etc.

Pour tout contact : CICP, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris (en précisant
bien le mon du comité) – Chèques à l’ordre de ADC.
__________________________________________________________________

Arcade
Contact e-mail : arcadesolidarite@hotmail.com
Informations et documentations sur la grève et les initiatives en cours :
http://www.ac.eu.org/actu-docs/arcade/arcade.htm


Jalons pour un premier bilan de la grève

La grève s’est terminée par la signature d'un accord “confidentiel”, qui
restera entre les mains des avocats sans avoir été donné aux grévistes,
lesquelles ont seulement signé un avenant à leur contrat de travail.
Cette confidentialité montre à quel point Arcade craint que les résultats
obtenus n'incitent d’autres salariés à suivre leur exemple.

Nous reconstruisons donc ces résultats à partir de documents précédents
et des informations transmises oralement par les grévistes. En voici une
synthèse :

? Les cadences – qui étaient le point central du conflit – sont ramenées
à 4 chambres par heure dans les hôtels Etap, à 3,25 dans les hôtels Ibis,
à 2,50 ou 3 (selon le type de chambre) dans les hôtels Mercure, Novotel
et Suite hôtel et à 1,9 (double) ou 2 (simple) dans les Sofitel. (Les
couloirs sont exclus de la charge de travail). Ces nouvelles normes ont
été consignées dans le « protocole d’accord d’entreprise » du 15.1.03 et
découlent directement des concessions faites par la direction d'Accor en
fin d'année. Concessions qui se sont aussi traduites par la signature
avec les
organisations syndicales du groupe, le 3 décembre, d'un “ protocole sur
l’ orientation des conditions de recours à des entreprises extérieures de
nettoyage ” par lequel Accor reconnaît de fait sa responsabilité dans les
conditions faites aux salariés de ses sous-traitants. Rappelons que ce
dernier protocole entérine le principe d’un rapprochement des conditions
de travail des salariés des entreprises sous-traitantes de celles des
salariés directs du groupe et surtout du paiement de toutes les heures de
travail effectuées par les salariés de la sous-traitance, avec un droit
de contrôle accordé aux syndicats. Il y est aussi question de mettre en
place une formation professionnelle, d’équiper les personnels de tenue de
travail, de mettre à disposition des locaux pour les repas, équipés de
four à micro-onde et de frigo.

? Tous les contrats de travail sont portés à 130 heures mensuelles.

? Les 7 grévistes licenciés pour fait de grève sont réintégrés (le
huitième licencié a déjà fait l’objet d’une mesure de réintégration). Les
poursuites judiciaires et les demandes d’astreinte sont annulées. Toutes
les sanctions sont levées.

? Une prime de chantier est accordée, y compris aux non-grévistes, pour
les sites touchés par la grève.

? Une indemnité de compensation des jours de grève est versée à
l'ensemble des grévistes, équivalente à environ 35 % des salaires sur
douze mois. Cette indemnité est libre de toutes charges sociales et non
imposable, mais ne donnera sans doute pas droit à des points de retraite.
Les grévistes ont décidé de la partager entre elles de façon égalitaire.

Sur toutes les revendications des grévistes, il y a donc eu des avancées
substantielles. Sur la question cruciale des cadences et sur celle des
temps partiels imposés, la victoire n'est certes que partielle, mais il
n'en reste pas moins que sur tous les points l’employeur a bel et bien dû
céder. Nous sommes conscients que les avancées obtenues par la grève
auront besoin d’être défendues pied à pied par les salariés sur leur lieu
de travail, et qu’il leur faudra faire preuve de beaucoup de vigilance
pour éviter que le terrain gagné ne soit repris par l’adversaire. Pour
cela, il faudra que les acquis de la grève soient connus et s'étendent à
tous les autres salariés.

En ce qui nous concerne, nous pensons que, si l'on veut comprendre le
sens de l’expérience du collectif de solidarité et de son rapport aux
grévistes, il faut éviter que les cartes soient brouillées par tous ceux
qui aimeraient s’attribuer les mérites de la victoire. C’est pourquoi
nous essayons dès maintenant de poser des jalons pour un bilan.

Cette lutte a démarré avec le soutien du syndicat SUD. Sans cet appui du
syndicat à ses membres qui avaient débrayé, cette grève n’aurait sûrement
pas existé. L’aide financière apportée par le G10 Solidaires a été
indispensable. Et sans la ténacité des grévistes, qui ont gardé le
contrôle de leur propre lutte durant douze mois, rien ne serait arrivé.
Si la grève n’est pas parvenue à s’étendre, c’est certes à cause de la
peur et du climat de chantage qui domine dans le secteur du nettoyage (et
à Arcade en particulier), mais aussi à cause du véritable cordon
sanitaire organisé par la CGT du nettoyage, qui a « découragé »
activement les autres salariés d’y prendre part.
Arcade a choisi de laisser pourrir le conflit, misant sur l’isolement et
l’ épuisement des grévistes, et Accor a longtemps cherché à en nier tout
simplement l’existence.

Durant les trois premiers mois, la grève est gérée sur un mode syndical
classique : elle est menée avec beaucoup d’activisme, mais comme
l’affaire d ’une chapelle syndicale (SUD Propreté et Services), les
autres individus et groupes suivant éventuellement, mais n’étant pas
associés de façon active. Vers la fin mai, le collectif de solidarité
prend le relais du soutien à la lutte. Pendant neuf mois, il alternera
actions bihebdomadaires dans les hôtels du groupe Accor et réunion
hebdomadaire, tout en multipliant les initiatives de popularisation de la
lutte .

A partir du mois de juin, les syndicats restent présents aux réunions du
collectif, mais dès septembre on ne les voit plus. SUD-Rail continue à
suivre de loin les activités menées sur le terrain, fournissant une utile
aide logistique, donnant quelques interviews et assurant le suivi
juridique. Fonctions qu’il serait injuste de sous-estimer, mais qui
restent accessoires par rapport au problème central, à savoir faire
évoluer les rapports de forces sur le terrain.

La petite intersyndicale SUD-CNT-Collectifs oppositionnels de la CGT fait
son apparition à la mi-mai (63e jour de grève), à travers un tract. C'est
elle qui organisera la manifestation du 3 juillet (départ d’Abilis et
arrivée au siège d’Arcade, suivie d’une intervention des CRS), puis celle
du 22 juillet (départ du siège de la CFDT, passage place du
Colonel-Fabien, arrivée aux tribunal des prud’hommes); elle participera
en outre à l’action du 9 juillet place d’Italie et à la fête du 13
juillet place de la Réunion et verra sa banderole fort remarquée à la
fête de l’Humanité, en septembre. Mais au total elle aura une vie plus
virtuelle que réelle, marquée par la méfiance entre les trois
organisations parties prenantes.

On peut donc dire qu'une fois que le collectif est intervenu dans la
lutte, les syndicats ont plus fonctionné comme un bureau d’aide juridique
que comme instruments de lutte. Et cela non sans quelques cafouillages
d'ailleurs, qui auraient pu être évités s'il y avait eu une meilleure
coordination entre les initiatives des uns et des autres.

De son côté, le collectif de solidarité va, dès le mois de juin, tenter
de modifier une situation qui semble bloquée : dans leur boîte, les
grévistes sont isolées, la grève n’arrivant pas à s’étendre ; elles n’ont
pas le soutien actif des milieux militants (qui se bornent souvent à des
messages de solidarité et parfois à une petite collecte) ; leur lutte n'a
guère de visibilité, n’ayant pas de lieu physique où apparaître
(contrairement à la grève de McDo), ce qui amènera certains à parler de «
grève en perdition ».

Il est vrai qu'un point semble avoir été marqué lorsque le 4 juin, à la
réunion du comité du groupe Accor, le PDG Espalioux énonce les principes
d’ une « charte » devant présider aux rapports entre le groupe et ses
entreprises sous-traitantes. Pourtant, il apparaît vite qu'il ne s'agit
que d’une habile opération de communication destinée à redorer le blason
d’un groupe dont l’image « sociale » commence à être gravement ternie par
la divulgation de ses pratiques auprès du grand public. Et seule la
ténacité des grévistes finira par contraindre Accor, six mois plus tard,
à passer aux actes – et à la caisse.
Par la suite, il faudra en plus contrer les discours annonçant la fin de
la grève. Jusque dans le bulletin de SUD-Rail (octobre 2002, n. 22) on
parlera en effet de « victoire annoncée »,  signifiant par là que son
existence même est une victoire et que – vu le rapport des forces - on ne
peut pas en demander plus. Les plus engagés semblent ainsi ne pas croire
eux-mêmes en la possibilité de gagner et donnent l’impression de se
contenter d’une victoire largement symbolique. (En fait des divergences
d'analyse et de stratégie finiront par apparaître au sein de SUD-Rail,
qui auront de fâcheuses répercussions sur l’engagement concret du
syndicat).

Qu’est-ce donc qui a changé la donne et permis à la grève de tenir
d’abord et de remonter la pente jusqu’à la victoire ensuite ?

Sans fausse modestie, on peut dire que c’est le collectif de solidarité
qui a réussi à faire évoluer les rapports de force, défavorables au
départ, en donnant à Accor d’abord et à Arcade ensuite de bonnes raisons
de chercher à clore le conflit. Comment cela a-t-il été possible ?

- Durant l’été, on maintient les contacts, on continue à se réunir dans
un contexte de démobilisation estivale, à intervenir dans les hôtels, à
assurer à travers des comptes-rendus réguliers la continuité de
l’information. Dès le départ on concentre notre action sur Accor, cible
plus sensible qu’Arcade à son image de marque et donc plus à notre
portée.

- A la rentrée, on passe à la vitesse supérieure, tout en garantissant la
continuité de l’information en milieu militant et des actions dans les
hôtels, menées par un petit noyau dur auquel d’autres venaient parfois se
joindre de façon ponctuelle. On organise d'abord quelques actions de
financement, pour prendre la relève de SUD qui montre des signes d’
épuisement, puis on lance une « semaine nationale d’action » contre le
groupe Accor, qui permet d’élargir les contacts, notamment avec le milieu
militant et les médias.

- Fin septembre, un référé des prud’hommes très attendu par les grévistes
est rejeté. Le moral commence à descendre.

- Le 20 novembre, le procès devant les prud'hommes pour demande de
réintégration des grévistes est reporté à la demande des avocats, qui
invoquent des dossiers incomplets. S'ensuit un moment de grave
découragement, les grévistes se sentant abandonnées par ceux-là mêmes qui
sont censés les défendre . Le collectif décide alors de suivre de plus
près les actions juridiques et de resserrer les contacts avec les
avocats. Il s'agit de remonter le moral des grévistes, qui a atteint son
point le plus bas, tout en faisant en sorte qu’elles puissent
éventuellement rentrer la tête haute si elles prenaient la décision de le
faire. Ce sera là le plus important succès du collectif, dont tous les
autres vont découler.

- Début décembre, la situation a déjà changé, suite à une série d’actions
menées contre les hôtels mais aussi à des interventions lors de
manifestations professionnelles et lors de la rencontre entre le
directeur financier d’Accor et les actionnaires au Salon Actionaria,
grâce également à un début de concrétisation de la solidarité
internationale, grâce enfin à des contacts avec les médias qui commencent
à porter leurs fruits. Cette remontée ne fera que se confirmer dans la
période des fêtes et en janvier. Le 4 décembre, la direction d’Accor
annonce la signature, entre DRH et organisations syndicales du groupe,
d’un « protocole d’accord sur les modalités de recours à la
sous-traitance », indice clair de l’impact de nos actions sur la
politique d’Accor. Prenant prétexte de ce texte, et à la demande
explicite des grévistes, le collectif écrit à la DRH d’Accor, qui répond
à notre courrier et à qui nous finissons par imposer une entrevue : nous
essayons de lui montrer que laisser la grève durer est un mauvais calcul
parce qu’elle ne pourrit pas, mais au contraire se renforce, rencontrant
une solidarité croissante – ce que viennent confirmer les quelques
actions menées à l’étranger et les cartes postales de protestation qui
commencent à affluer à la direction du groupe, ainsi que l’intérêt
croissant des médias pour la lutte. De fait, on commence à obtenir
qu’Accor exerce une pression sur Arcade, qui jusque-là pouvait se sentir
à l’abri : Arcade rouvre les négociations après avoir, lors du CE du 15
janvier, entériné une baisse significative des cadences, première
concession à la revendication essentielle des grévistes.

- Fin janvier, pour pousser le processus de négociation, coincé sur la
question du paiement des jours de grève, nous envisageons une campagne
contre les autres chantiers d’Arcade et commençons par Paris VIII, où
nous avons déjà lancé en novembre une pétition demandant au président de
rompre le contrat de sous-traitance avec Arcade, qui assure le
gardiennage – cela dans l’idée de faire comprendre à Arcade qu’elle
risque de perdre beaucoup plus d’argent que celui qu’elle refuse aux
grévistes. Parallèlement, nous mettons à profit les contacts établis avec
la CGT d’Accor : nous
photocopions son bulletin pour le distribuer au personnel des hôtels,
tout en mettant au verso de nos tracts un texte de solidarité avec les
revendications des salariés d’Accor, afin de faire craindre à la
direction d ’Accor que la grève ne devienne un exemple y compris pour ses
propres salariés et de la pousser à clore le conflit.

Mais quelle est la composition de ce collectif « hétéroclite » ? Des
individus aux appartenances diverses, syndiqués et non syndiqués, voire
critiques des syndicats et du syndicalisme : militants de TCP
(Travailleurs, Chômeurs Précaires), d’AC!, de la Coordination des
Travailleurs Précaires (CTP), de SUD, de la CNT ou l’ayant quittée, du
Collectif national pur le droit des femmes, de la Fédération Anarchiste
(FA). De façon plus
ponctuelle, ont participé à des réunions ou des actions (ou pris des
contacts avec les médias) des militants d’Attac, Stop-Précarité, du CAE,
de No Border (lors de la rencontre de Strasbourg), de la CGT, de LO, de
Droit Devant, des anciens de la LCR, de Partisan, etc. Sans oublier les
salariés qui toutes les semaines, des mois durant, ont cotisé pour
fournir une aide anonyme et concrète, ceux qui ont imprimé tracts
affiches et cartes postales, ceux qui ont assuré la circulation de nos
bulletins sur le Net ou créé une page consacrée à la grève sur le site
d'AC!, ceux qui ont traduit nos tracts en plusieurs langues, ceux qui –
ne serait-ce qu’une seule fois – sont venus nous aider devant les hôtels,
et les quelques journalistes – parfois eux-mêmes précaires – qui ont fait
en sorte que leur média parle de la grève et que le silence soit brisé.

Le nombre restreint de ceux qui ont assuré la continuité du soutien a
évidemment été un handicap lors des actions, mais il a permis aussi que
les décisions soient prises collectivement avec le temps de discussion
nécessaire, que les bilans des initiatives soient régulièrement tirés,
sans complaisance mais sans que le climat fraternel s’en trouve remis en
cause. La volonté de lutte a toujours été indissociable du plaisir de se
rencontrer, de se connaître de s’entraider, de comprendre, d’apprendre.
C’ est ce climat qui a permis de conserver l’initiative pendant plusieurs
mois, sans se laisser démonter par les difficultés qui pourtant n’ont pas
manqué. Nous avons toujours pris des initiatives à la hauteur de nos
forces, sans raconter d’histoires autour de nous. Nous sommes également
assez satisfaits d’avoir réussi à éviter toute forme de répression ou
presque contre les militants engagés dans les actions, à un moment où le
climat est à l’ intensification de l’action répressive.
Enfin, nous n’avons pas mégoté notre solidarité aux luttes que nous avons
croisées (Maxilivres, McDonald’s, Sin et Stes, Abilis, les sans papiers,
etc.), et quand cela a été possible nous avons essayé d’impulser des
formes de soutien mutuel, essayant de faire comprendre autour de nous que
la solidarité n’est pas un courant à sens unique.




*******
*******
 ****** Agence de Presse A-Infos ******
 Information d'intérêt pour et au sujet des anarchistes

 Pour s'abonner -> écrire à LISTS@AINFOS.CA
 avec le message suivant: SUBSCRIBE A-INFOS-FR
 Pour plus d'info -> http://www.ainfos.ca

 Vous voulez reproduire ce message?
 Pas de problème, veuillez s'implement inclure cette section.

A-Infos Information Center