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(fr) Quebec : la lutte des sans-statut Algérien-nes

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Tue, 24 Jun 2003 16:45:12 +0200 (CEST)


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[ texte repris du site de la NEFAC : http://nefac.northernhacking.org/ ]

Quebec : La Lutte Des Sans-statut Algérien-nes
by Ruptures


Si il y a un aspect de la lutte des classes qui se trouve marginalisé par
la plupart des tendances de gauche (tout particulièrement la gauche
caviar électorale et/ou nationaliste), c'est sans aucun doute la lutte
des réfugié-es politiques et économiques. Au cours des dernières
décennies, des milliers de travailleurs-euses ont quitté leurs pays
d'origine pour fuir la persécution, les guerres civiles, la répression
étatique mais également le chômage, la misère et des conditions de
travail en pleine détérioration. Contrairement à la propagande canadienne
et québécoise de " terre d'accueil généreuse ", la grande majorité des
immigrant-es et des réfugié-es en sol canadien n'ont pas une vie facile
et pleine de nouvelles " opportunités ". Le quotidien des réfugié-es et
des immigrant-es est une lutte constante contre l'exploitation, le
racisme, la discrimination, la marginalisation et la répression étatique.
Dans la dernière année, l'une de ces luttes s'est intensifiée : celle des
sans-statut algérien-nes.

Le 5 avril 2002, Denis Coderre, Ministre de l'immigration, annonce la
levée du moratoire sur les renvois en Algérie. Le moratoire, instauré en
1997, empêchait le renvoi des Algérien-nes non-accepté-es officiellement
comme réfugié-es, reconnaissant ainsi que la situation en Algérie est
trop dangereuse pour que ces gens y soient renvoyé-es. Ces " sans-statut
" avaient donc droit, sous le moratoire, de rester en sol canadien mais
sans avoir le statut officiel de résident-es. La levée du moratoire n'est
pas une coïncidence. Le même jour, Jean Chrétien partait pour une mission
d'affaire en Algérie. Le but de la levée du moratoire sur les
déportations semble assez clair; flatter dans le bon sens du poil l'élite
politique et économique algérienne en essayant de redorer l'image de
l'Algérie, le plus gros partenaire économique du Canada en Afrique et au
Moyen-Orient. Cependant, la situation en Algérie est loin d'être
"brillante". Au cours des dernières années, l'Algérie a subi les
conséquences d'une guerre civile qui a fait plus de 150 000 morts, 1200
disparu-es et un million de déplacé-es. Dans ce pays, la torture, les
exécutions sommaires, le non-respect de la liberté d'expression, les
prisonniers-ères d'opinion et l'état de siège sont monnaies courantes.

L'ironie des politiques d'immigration du gouvernement canadien est
flagrante :
au moment même où il lève le moratoire sur les déportations des
Algérien-nes, le Ministère des Affaires extérieures recommande aux
citoyen-nes canadien-nes d'éviter l'Algérie et de reporter leur voyage
dans ce pays à cause de la violence toujours présente. Deux poids, deux
mesures : si tu es un sans-statut algérien, l'Algérie est maintenant
sécuritaire pour que tu y retournes, mais si tu es citoyen canadien,
l'Algérie est trop dangereuse pour que tu y mettes les pieds!

Face à cette attaque de l'État et cette flagrante injustice, la
communauté des sans-statut algérien-nes s'est organisée sous le Comité
d'action des sans-statut (CASS) qui s'était formé quelques mois
auparavant. La lutte du CASS est centrée sur trois demandes principales :
" 1) L'arrêt immédiat de toutes les déportations; 2) Le retour du
moratoire sur les déportations vers l'Algérie; 3) La régularisation des
sans-statut algérien-nes vivant au Canada ". La premier objectif atteint
par le CASS a été de mobiliser la communauté des sans-statut algérien-nes
de Montréal, la plus grande communauté de sans-statut au Canada. Par le
biais d'assemblées générales, les décisions sont prises démocratiquement
par tous les sans-statut présent-es. Les moyens d'actions du CASS passent
par la sensibilisation à leur cause, l'organisation de conférences dans
différents milieux, le travail de presse et de relation avec les médias
ainsi que la tenue de manifestations et d'actions directes. De plus, au
sein du CASS s'est créé le Comité des femmes sans-statut, qui organise
aussi ses propres actions et manifestations.

La lutte des sans-statut s'est intensifiée à l'automne 2002, après
l'annonce de la déportation de la famille Bourouisa prévue le 20 cctobre.
Le CASS a organisé tout au long de l'automne diverses manifestations
devant le Complexe Guy Favreau (bureau du gouvernement canadien à
Montréal) en plus de mettre sur pied une campagne pour recueillir les
appuis de plusieurs groupes, organismes et syndicats. De son côté, le
Comité-femmes a organisé deux actions directes où des femmes et des
enfants sans-statut sont allé-es parler dans le "casque" des bureaucrates
du bureau d'Immigration Canada à Montréal et au bureau de Coderre, le
Ministre de l'Immigration. Ces actions avaient pour but de confronter
directement ceux et celles qui prennent les décisions concernant les
politiques d'immigration et les décisions de déporter des gens vers une
situation où leurs vies sont mises en danger. De plus, le Comité- femmes
a aussi organisé une grande marche menée par les femmes sans-statut le 12
octobre. Le jour même de l'ordre de déportation, "Personne n'est
illégal", un groupe d'activistes de tendance libertaire qui lutte pour
les droits des réfugié-es et des immigrant-es, a organisé une action à
l'aéroport Dorval pour conscientiser les voyageurs et les employé-es face
à la situation des sans-statut en leur donnant de
l'information sur les différents moyens d'action qui peuvent être pris
pour possiblement empêcher une déportation.

Dans un acte de courage et de résistance face à la répression étatique,
la famille Bourouisa a rejeté la décision d'Immigration Canada en se
réfugiant dans une église plutôt que de se présenter à l'aéroport. Suite
à cette action, la condition de la famille Bourouisa et des sans-statut
algérien-nes s'est trouvée au centre de la couverture médiatique.
Plusieurs groupes et individus ont exprimé leur désaccord avec l'ordre de
déportation de la famille Bourouisa et les politiques du gouvernement
canadien face aux sans-statut. Devant cette situation, le gouvernement
canadien a annoncé une procédure spéciale conjointement avec le
gouvernement québécois pour réévaluer les dossiers des sans-statut
algérien-nes en plus d'émettre une suspension temporaire des déportations
(qui a expiré le 30 Janvier 2003). Cependant, étant donné la mauvaise foi
du gouvernement fédéral, cette situation est loin d'avoir réglé les
problèmes auxquels font face les sans-statut algérien-nes.

D'après le CASS, le gouvernement ignore l'aspect essentiel de la
situation des sans-statut algérien-nes. Selon eux,. " cette procédure
spéciale reste insatisfaisante car, d'une part, elle ne reconnaît pas que
le problème des sans-statut algérien-nes est en un de protection et,
d'autre part, elle exclut plusieurs catégories de personnes qui restent
condamnées à la déportation vers un pays déchiré par la guerre civile, où
leur sécurité est menacée ". En effet, la procédure spéciale est
justifiée par un contexte " d'intégration "où les appliquant-es sont
accepté-es sur un système de points basé sur la scolarité, l'expérience
de travail, l'implication au Québec, etc. Il est clair que sous cette
procédure bureaucratique établie sur des principes classistes, racistes
et patriarcaux, de nombreux sans-statut sont exclus rapidement. Selon le
CASS," Remy Trudel, Ministre des relations avec les citoyens et de
l'immigration du Québec, a lui-même annoncé que seulement 300 des 1066
Algérien-nes sans-statut seraient accepté-es comme immigrant-es avec la
procédure conjointe. Ce qui veut dire que plus de 700 sans-statut
algérien-nes seront potentiellement expulsé-es vers l'Algérie après le 30
janvier 2003".

Les principaux critères qui mènent à l'exclusion de la majorité des
sans-statut sont liés à une question de classe (c'est à dire relié au
travail, question économique) et à la criminalisation de l'État. La
question du travail et de la formation n'est pas seulement un aspect
important au niveau des critères de sélection, mais aussi un aspect
primordial de la condition de vie des sans-statut. En plus de faire face
à la discrimination raciale des patrons et des entreprises, plusieurs
sans-statut font aussi face à la non-reconnaissance de leurs compétences
acquises dans leurs pays d'origine. Comme vous le savez peut-être, les
gouvernements canadien et québécois ne reconnaissent pas les diplômes et
les formations de plusieurs pays, notamment de l'Algérie. Face à cette
discrimination étatique, les travailleurs-euses spécialisé-es venant de
ces pays doivent donc recommencer leur formation (ce qui est long et
dispendieux) ou se trouver des emplois en dehors de leur domaine de
travail. Un tel " choix " les force à rejoindre les rangs de la main
d'¦uvre bon marché. Cette situation est similaire pour la grande majorité
des réfugié-es et des immigrant-es. Toutefois, les sans-statut font face
à plusieurs autres problèmes spécifiques.
Premièrement, les sans-statut n'ont pas le droit à la carte d'assurance
maladie, aux allocations familiales, ni de faire des études.
Deuxièmement, tous et toutes les sans- statut ont un numéro d'assurance
sociale distinct du reste de la population (commençant par le chiffre 9).
Ce numéro spécial informe les employeurs que la personne est sans-statut,
ce qui ferme la porte à plusieurs emplois stables de longue durée tout en
ouvrant la porte à la discrimination et aux emplois précaires.
Troisièmement, les sans-statut doivent avoir un permis de travail
renouvelable annuellement avec des frais de 150$ pour pouvoir travailler
en sol canadien. Plusieurs sans-statut se sont vu refuser ce permis de
travail. Tous ces aspects font en sorte qu'il est non seulement dur
d'acquérir l'expérience de travail pour le système "de parcours
d'intégration", mais qu'on condamne la majorité des
travailleurs-euses sans- statut à l'exploitation patronale, à la
précarité, au cheap labour, à l'illégalité et la misère.

Comme si ce n'était pas suffisant, les sans-statut doivent débourser 550$
par adulte et 150$ par enfant comme frais administratifs pour déposer une
demande de résidence permanente pour motifs humanitaires. On peut
comprendre qu'il est particulièrement difficile, pour ne pas dire
impossible, pour plusieurs sans-statut de débourser une telle somme.

L'autre aspect important de la discrimination systématique que le
gouvernement utilise face aux sans-statut est le principe de " tolérance
zéro " face à la criminalisation. En effet, les sans-statut qui ont un
casier judiciaire (et même dans plusieurs cas juste un mandat
d'arrestation) seront catégoriquement éliminé-es de la procédure. Cette
pratique équivaut ni plus ni moins à une double-peine, définie selon le
CASS comme " une politique discriminatoire imposant une seconde peine
pour des personnes qui ont déjà été sanctionnées pour le délit dont elles
sont accusées ". Il est clair que cette situation est une flagrante
injustice et une discrimination systémique appuyée par la répression
étatique contre les immigrant-es et les réfugié-es. Face aux conditions
de misère et d'exploitation, plusieurs immigrant-es et réfugié-es, comme
l'ensemble de la classe ouvrière, sont criminalisé-es pour des délits
mineurs. Et dans bien des cas, face au racisme flagrant des différents
corps policiers, plusieurs immigrant-es et réfugié-es sont tout
simplement criminalisé-es parce qu'ils ou elles sont des personnes de
couleur victimes du harcèlement continuel de la police. Les conséquences
de cette double-peine sont inhumaines : une déportation dans un pays où
ces sans-statut risquent la mort. Comme précise le CASS, "peut-on parler
de justice quand on déporte quelqu'un qui a volé un manteau d'hiver ?".

Et les anarchistes dans tout ça?

Comme anarchistes, il est clair que nous devons appuyer nos camarades
sans-statut et nous mobiliser pour empêcher que l'État ne déporte et
criminalise les immigrant-es et les réfugié-es. L'État intensifie ses
attaques contre les communautés immigrantes et renforce les frontières en
se servant d'événements comme le 11 septembre pour légitimer ses actions
tout en créant un climat de peur au sein de la population. D'un côté,
l'État nous dit qu'il faut avoir peur des terroristes et souhaite
bombarder le peuple irakien pour le "libérer" de Saddam Hussein. De
l'autre, ce même État est prêt à déporter un millier de personnes vers un
pays ravagé par une guerre civile où la torture, les disparitions et les
exécutions sommaires sont fréquentes. Pour les patrons et l'élite
politique canadienne, il y a de " bons " régimes tyranniques avec qui on
peut faire des affaires en or, et il y a de " mauvais " régimes
tyranniques que l'on doit bombarder (population civile incluse) avant
d'aller y rétablir la " démocratie " ou plutôt un bon partenariat
économique. Nos vrais ennemis, ce sont les patrons et l'État. Ce sont eux
qui nous exploitent chaque jour avant de nous envoyer au front pour
défendre leurs intérêts économiques.

Il est important de promouvoir une perspective libertaire sur la question
des frontières et de la migration des peuples, plus précisément de
critiquer et d'attaquer les conceptions libérales et les discours
étatiques et patronaux qui font une distinction entre les soi-disant "
bons " et " mauvais " immigrant-es tout en prétendant défendre " nos "
intérêts. Derrière leurs discours sur la citoyenneté et l'intérêt
national, ils essaient de nous faire croire que les travailleurs-euses
d'ici ont des intérêts en commun avec l'élite nationale, et que nous
devons protéger " nos " intérêts en renforçant les frontières et en
déportant les
travailleurs-euses immigrant-es et réfugié-es. Piètre mensonge! Une
attaque contre les immigrant-es et les réfugié-es est une attaque contre
l'ensemble de la classe ouvrière. Pour nous, anarcho-communistes, peu
importe le genre, la langue, la couleur de peau, l'orientation sexuelle,
la culture, la formation : tous les travailleurs-euses ont le droit de se
déplacer, de s'établir, de faire leur vie, de travailler, de s'organiser
et de faire la révolution où bon leur semble. Si les frontières sont si
bien gardées, c'est pour protéger les intérêts des patrons et pour
contrôler les déplacements des travailleurs- euses des quatre coins du
monde. Travailleurs-euses qui, partout, cherchent à vivre dans un monde
libre reposant sur l'aide mutuelle, l'autogestion et l'égalité. Un monde
sans patron, ni gouvernement, frontière, police ou prison.

À BAS L'ÉTAT ET SES POLITIQUES D'IMMIGRATION RACISTES!
NON AUX DÉPORTATIONS!
À BAS LES FRONTIÈRES!

Ben'éc¦uré

Pour plus d'information sur le Comité d'action des sans-statut:
www.tao.ca/~sans-statut
Pour contacter le CASS : cassdz (at) hotmail.com

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Ruptures, la revue d'où il est extrait. 3$pp l'exemplaire à Groupe
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(Qc), G1K 1J0, Canada [abonnement 12$ / 4 numéro Québec/Canada, 24$
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