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(fr) Lesbiennes féministes : des propositions politiques

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Thu, 30 Jan 2003 05:00:25 -0500 (EST)


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[ Le texte ci-dessous constitue l'introduction au dossier "Lesbiennes
féministes : des propositions politiques" sur le site des Pénélopes :
http://www.penelopes.org/xhome.php ]

Lesbiennes féministes : des propositions politiques

Si les luttes féministes ont aidé les lesbiennes à sortir de
l'invisibilité, les analyses des lesbiennes ont considérablement enrichi
celles des féministes. Comme toutes les femmes, elles subissent la
domination masculine dans la sphère publique. Et dans la sphère privée ?
Le système patriarcal est si fortement construit, qu'il s'infiltre au
c¦ur de toutes les relations humaines ­ les violences domestiques dans
les couples lesbiens en
témoignent. Il n'est plus de saison de renvoyer dos à dos deux sexes «
naturellement » opposés, mais de dénoncer ce système lui-même, non plus
dans les cercles réduits des mouvements lesbiens et/ou féministes, mais
aussi au sein des mouvements sociaux mixtes.


Les féministes l'ont toujours affirmé et l'affirment encore : le privé
est politique. Les choix sexuels aussi, donc. Etape n° 1 : obtenir la
reconnaissance du droit absolu pour chaque individu-e, quel que soit son
propre sexe, d'aimer les hommes, les femmes ou les deux. Le libre choix
de son orientation sexuelle (dans les limites du consentement mutuel
entre adultes) n'est pas un droit universellement reconnu. Les
homosexuel-les doivent encore, dans de nombreux pays, s'imposer la
clandestinité pour préserver leur liberté, voire leur vie (Dossier
Migrantes, nos concitoyennes du monde). En France, selon la loi, cette
étape a été franchie.
L'homophobie, toutefois, subsiste. Pour se déclarer homosexuel-le, dans
sa famille, dans son travail, parfois même dans son cercle amical, il
faut encore une bonne dose de courage. On reste « différent-e », pas
conforme, un peu suspect-e, objet de curiosité si ce n'est plus de
désapprobation ou de répulsionŠ


** Gays, lesbiennes, même combat ?

Les discriminations homophobes valent pour les gays comme pour les
lesbiennes.Cela signifie t'il que les uns et les autres ont ce même et
unique fléau à combattre, l'homophobie ? Pas si simple. Car il reste une
différence de taille : les gays sont des hommes, et les lesbiennes des
femmes. Les premiers appartiennent au groupe dominant, les secondes au
groupe dominé. Le fait d'appartenir à un groupe discriminé n'empêche pas
forcément les gays d'être sexistes. Ils n'identifient pas tous
l'homophobie comme un avatar de la tyrannie patriarcale, qui n'admet pas
la moindre fausse note dans l'ordonnance des rapports sociaux de sexe
(Pourquoi les gays ne peuvent-ils être les alliés objectifs des
lesbiennes ?, Michèle Causse).

La sororité/fraternité entre lesbiennes et gays, espoir et pratique des
années 1970, a récemment montré ses limites, avec « l'affaire » du Centre
d'Archives et de Documentation Homosexuel de Paris (CADHP). Aux
lesbiennes qui protestaient contre leur très faible représentation dans
le projet, on opposa d'obscures « raisons historiques » (Quelques-uns des
faits qui ont mené à la discrimination officielle des lesbiennes du
CADHP, Marie-Jo Bonnet). Là est bien le problème : l'Histoire, en
général, « oublie » les femmes, parce qu'elle est écrite par les hommes.
De quelles femmes trouve-t-on mention dans les livres d'Histoire ? De
celles, peu nombreuses, qui se sont distinguées dans un domaine réservé
aux hommes, des guerrières essentiellement. Et surtout, des muses, des
courtisanes, des conseillères de l'ombre, de celles qui ont soutenu un
compagnon illustreŠ Seule, une femme n'a pas vraiment d'existence ; une
femme remarquable n'est pas une « vraie » femme. Là où il n'y a pas
d'homme, ne se joue rien d'important.

La plus grande tolérance envers les couples de femmes ne peut être
considérée comme bienveillante : le macho homophobe se rassure en se
persuadant qu'en l'absence de pénis, deux femmes ne font pas « vraiment »
l'amour ensemble. Sauf à servir d'accessoire aux fantasmes masculins, le
couple lesbien est purement et simplement nié. Marie-Jo Bonnet l'exprime
dans La relation entre femmes, un lien impensable : « Nous avons donc
hérité d'un ordre symbolique qui a totalement exclu le sacré de la
relation femme/femme en la maintenant au niveau pré-symbolique et hors du
divin. On le sait, c'est la relation Père/Fils qui est au c¦ur du divin
dans la religion chrétienne. La République s'est coulée dans le moule
religieux, ce qui explique probablement pourquoi les femmes ont tant de
mal à s'intégrer dans le système des représentations politiques en dépit
d'une législation égalitaire censée leur donner un poids équivalent à
celui des hommes. Aujourd'hui, la mixité se définit par deux aspects : la
relation homme/homme (les institutions masculines d'autrefois n'ont
jamais été dénoncées comme non-mixtes), et la relation homme/femme. La
relation femme/femme reste, quant à elle, un fait isolé, clandestin, et
ne dépassant pas le cadre de l'expérience intersubjective. On continue
aujourd'hui à dévaloriser le mouvement associatif féministe et lesbien
quand il agit dans des structures non mixtes, sans se rendre compte qu'on
délégitime ainsi la relation femme/femme comme vecteur de socialisation
des femmes. »


** L'angélisme féminin mis à mal

Conséquence logique : à partir du moment où elles se politisent, les
lesbiennes remettent plus radicalement en cause l'ordre établi.
S'intégrer, peut-être, mais pas dans n'importe quelle société. La
revendication d'un mariage homosexuel est davantage portée par des hommes
car pour les femmes, le mariage est associé à l'interdépendance ; il est
le « garde-fou » qui retient la réalisation de chacun-e dans les limites
de ce que la société tolère, un carcan, un symbole d'oppression(Contre le
mariage gay ou le recyclage des vieilles institutions, Séverine
Dusollier).

Gays et lesbiennes se retrouvent en revanche dans la revendication de
pouvoir élever des enfants s'ils le désirent. Après des décennies
d'autorité paternelle sans limites ni partage (encore en vigueur dans de
nombreuses régions du monde), les diktats de la psychanalyse freudienne
ont pris la relève pour imposer un modèle de famille hors lequel l'enfant
ne connaîtrait point de salut. Culpabilisés, tous les « hors-normes » !
L'inceste n'est toujours pas inscrit comme un délit, mais grandir avec un
couple du même sexe, aussi aimant soit-il, reste considéré comme un
facteur de grave déséquilibre. Dans cette lutte-là, familles
monoparentales et homosexuel-les sont véritablement des alliés objectifs
: il serait bon de s'en souvenir (Pour la reconnaissance légale de
l'homo-lesboparentalité, Coordination lesbienne en France).

Les discriminations dont il est l'objet donnent t'elles au couple lesbien
une solidarité sans failles ? Non. Les violences entre lesbiennes
existent, mal connues et donc mal prises en compte et en charge
(Violences in lesbian relationships, Constance Ohms). Les femmes, disent
les machos des deux sexes, sont volontiers « perfides » entre elles.
Qu'elles puissent se montrer violentes n'est jamais évoqué, car ce serait
réfuter la légendaire douceur féminine, le fondement de cette non moins
légendaire force secrète, qui leur permet d'affronter toutes les
difficultés. « Si la violence domestique masculine est d'ordinaire le
fait des hommes, c'est avant tout parce qu'il y a une quasi-parfaite
adéquation entre sexe et genre, mais avant d'être le fait d'hommes, la
violence domestique est masculine, écrit Vanessa Watremez dans
Elargissement du cadre d'analyse féministe de la violence domestique
masculine... Ainsi, bien loin de mettre en question la violence masculine
domestique, la mise en évidence de la violence dans les relations
lesbiennes met en lumière la logique même du système : la violence est
masculine, quel que soit le sexe biologique de la personne ; et les
rapports sociaux de sexe ne sont pas des rapports figés et immuables mais
des rapports construits. Cette perspective permet de déconstruire la
naturalité des sexes. Ne pas rendre compte de la violence dans les
relations lesbiennes, c'est soutenir la naturalité de la violence des
hommes. C'est occulter le système qui la construit et la soutient. »


** Une radicalisé assumée

Dans les joyeuses années 1970, la non-mixité était revendiquée comme
absolument indispensable à l'éclosion d'une parole libératrice et
instrument de libération. Les lesbiennes,pour lesquelles la non-mixité
faisaient partie du quotidien, ont aidé les autres femmes à imposer cette
revendication sans se laisser intimider par les tentatives de
culpabilisation. Mais les premières avancées réalisées, la non-mixité
devint synonyme de sectarisme. Les groupes lesbiens, forcément
non-mixtes, s'en trouvèrent marginalisés. Il serait urgent de resserrer
le lien féministes/lesbiennes, de mettre en pratique cette solidarité qui
a présidé aux brillants débuts du mouvement des femmes (Eros et
politique, Marie-Jo Bonnet). Avant de porter ensemble analyses,
propositions, alternatives au système patriarcal au sein des mouvements
sociaux en en lutte contre la mondialisation néo-libérale Appel à la
création d'un réseau international LGBT anti-globalisation.

Dominique Foufelle - décembre 2002




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