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(fr) En développant le concept de révolution (pt)

From N@ndo <nonda@free.fr>
Date Thu, 16 Jan 2003 09:44:11 -0500 (EST)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
            http://www.ainfos.ca/
        http://ainfos.ca/index24.html
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[ Traduction d'un article paru dans "A Batalha" #196 <jornalabatalha@hotmail.com> diffusé d'abord en portugais sur a-infos-pt ]


EN DEVELOPPANT LE CONCEPT DE REVOLUTION

" ...les masses sont spontanément en marche vers la construction d’un
socialisme de base, sans leaders charismatiques,  sans parti d’avant garde
 illuminée."

Dans un article précedent (voir A BATALHA, n°191) je soulevais la question
de la révolution aujourd’hui.
Ce thème, à force d’être usé par de multiples personnes, dans des contextes
si divers, exige une brève définition afin de préciser le sens donné à tout
ce que nous allons ensuite décrire. Ainsi, « révolution » sera compris comme
transformation sociale profonde et durable qui place l’ensemble de l’
humanité en état de jouir de tous les biens naturels et sociaux de façon
libre et égalitaire.
La nécessité éthique de la révolution ne me paraît pas susceptible d’être
remise en cause : en ce début de millénaire nous avons les moyens matériels
pour que toute l’humanité dispose de conditions de vie décentes et même un
peu plus, mais les inégalités dans la répartition de la richesse et du
pouvoir se sont poursuivies de telle sorte que la misère sous toutes ses
formes et sous toutes les latitudes n’a fait que se répandre. Ceci, sans
affecter le bien-être d’une minorité qui possède tout et tout gaspille, avec
un total manque de pudeur, indifférente aux valeurs d’humanisme et de
solidarité qu’elle continue de proclamer en discours, uniquement pour
endormir la mauvaise conscience (lorsqu’elle existe).
La nécessité de révolution n’est pas pour autant mécanique, comme on
pourrait en déduire à partir d’une lecture du type « matérialisme
historique » de l’évolution du capitalisme et de ses contradictions. Si c’
était le cas, il serait alors bête d’essayer de la précipiter ou de la
déchainer, et l’on n’aurait qu’à attendre son avènement comme s’il s’
agissait d’un phénomène naturel, aussi inévitable que le passage d’une
comète traversant le système solaire, par exemple.
Le risque d’extinction que court l’humanité n’est aujourd’hui mis en cause
par personne ayant deux doigts de jugeotte ; au-delà de la menace d’une
déflagration nucléaire généralisée, que personne ne peut considérer comme
exclue dans les temps les plus proches (tant qu’il y aura des arsenaux
nucléaires),  il existe d’autres « bombes »... la « bombe démographique » et
la « bombe écologique ». La planète peut devenir un lieu inhabitable à cause
de la cécité ou de la myopie de ses habitants.
En conséquence de la dégradation chaque fois plus dramatique des conditions
de vie, et non en raison d’un quelconque déterminisme aveugle, beaucoup d’
insurrections vont se produire qui forceront le système à faire usage des
moyens répressifs avec une « main chaque fois plus lourde ». Il ne s’agit d’
aucune « prophétie », mais uniquement du constat de l’inévitabilité,
résultant des circonstances suivantes :

-	L’existence d’une unique superpuissance mondiale à laquelle  les autres
puissances se voient forcées de céder.
-	L’épuisement à court terme des ressources pétrolières susceptibles d’être
facilement exploitées et dont les prix vont par conséquent grimper jusqu’au
point de rendre inévitable une substitution par un autre type de technologie
n’ayant pas recours aux combustibles fossiles.
-	La misère croissante dans ce que l’on nomme le  Tiers et le Quart Monde,
provoquée par une politique économique et sociale prédatrice des ressources,
totalement destructrice des structures sociales, et conséquence de l’
application de politiques ultra-libérales sous la houlette du FMI, de la
Banque Mondiale et de l’OMC.
-	L’impossibilité de maintenir la population des pays dits développés
occupée à un niveau au dessus du seuil « d’agitation sociale ». Ceci parce
que les grands centres industriels sont en train de se délocaliser vers des
pays périphériques  dans lesquels une main d’oeuvre semi-esclave est soumise
aux conditions d’exploitation les plus violentes (voir à ce propos le cas
des « maquiladoras » à la frontière Mexique/USA ou les conditions dans
lesquelles un capitalisme sauvage est en train de s’installer en Chine),
assurant une grande partie de la production industrielle nécessaire à la
consommation des pays riches.

Comme la transition vers un autre type de société se trouve bloquée par la
domination militaire quasi absolue de la puissance impériale planétaire, les
sociétés périphériques connaîtront toutes sortes d’insurrections, de coups d
’état, de guerres inter et intra frontières, sans d’autre conséquence que l’
aggravation de la misère et de la violence que subiront des populations sans
aucune défense. La guerre prendra chaque fois davantage la forme de longues
guerres civiles entre groupes ethniques ou d’autres rivaux, uniquement
stoppées en fonction du bon vouloir et des intérêts des saigneurs impériaux.
Pour ce qui est des conséquences du réchauffement global, elles se feront
hélas dramatiquement sentir avec plus d’intensité d’abord dans les zones
tropicales en aggravant la sécheresse dans les régions déjà désertiques
comme le Sahel (et d’autres) et en augmentant la fréquence des ouragans et
autres phénomènes climatiques dévastateurs dans des régions comme les
Caraïbes ou les côtes de l’Océan Indien.
Quant aux soit-disant « démocraties occidentales », celles-ci révèleront
chaque jour davantage leur face totalitaire, par le recours aux technologies
dans le but d’exercer la répression sélective des dissidences, par la
vidéosurveillance généralisée, par la violation de la correspondance
électronique, etc...
La raison profonde de cette dérive sécuritaire - et on peut toujours agiter
devant nous l’alibi d’une guerre contre le « terrorisme » - est bien trop
évidente : les armées de sans-emploi générées par la transformation soudaine
des moyens de production (révolution technologique), associée à la
délocalisation massive des unités de production vers des pays où le côut du
travail est plus bas, ne pourront pas continuer à bénéficier de systèmes de
sécurité sociale et de retraite en déficit chronique et auxquels les
bourgeoisies « nationales » respectives refusent de contribuer pour la part
qui leur incombe (voir la fuite massive aux impôts promue par une
constellation de « paradis fiscaux », non seulement dans des lieux
exotiques, mais également dans plusieurs pays de l’Union Européenne
elle-même : le Portugal avec Madère ; le Royaume Uni avec Gibraltar ; le
Luxembourg...)
La majorité des personnes des groupes sociaux opprimés, dans les pays riches
comme dans les pays pauvres, verra ses conditions de vie se détériorer. Les
jeunes verront s’éloigner chaque jour davantage un futur digne de leurs
désirs légitimes face au cauchemar de cette civilisation décadente.
La révolte se développera, inévitablement. L’inconnue consistera donc à
vérifier, non pas s’il y aura plus d’agitation sociale, mais plutôt dans
quelle mesure cette agitation sociale débouchera dans la solution d’une
crise structurelle du capitalisme, sans perspectives de dépassement à l’
intérieur de ses propres limites.
En effet, aux 19ème et 20ème siècles les crises cycliques du capitalisme
étaient absorbées et « résolues » dans une large mesure, grace à l’expansion
de la domination du capitalisme dans sa périphérie (colonies d’abord et pays
neo-colonisés ensuite) ou même dans des guerres inter-impérialismes qui
permettaient de faire fonctionner de nouveau à plein régime une industrie
auparavant paralisée par l’effet d’une crise de surproduction (cas le plus
évident : la crise de 29-32 qui s’est « résolue » dans la 2ème guerre
mondiale).
Aujourd’hui cependant, quelles parties de la planète reste-t’il à exploiter
? Quelles parties de la planète ne sont pas soumises à une forme ou une
autre d’économie capitaliste ? Seulement la Chine dite « communiste », bien
que totalement acquise au capitalisme dans sa version la plus rude et
cruelle, rejetant beaucoup de millions de paysans affamés sur le marché aux
esclaves des grandes villes industrielles pour construire une structure
entrepreneuriale capable de rivaliser avec les autres puissances
industrielles asiatiques. Le continent africain est abandonné à son sort,
réduit à une simple réserve de matières premières, les conglomérats
transnationaux ne révélant aucun intérêt pour y implanter des usines.

Quelle possibilité existe-t’il pour qu’une guerre soit la soupape d’
échappement et la bouée de sauvetage d’une industrie en crise ?
Les guerres contemporaines se caractérisent par leur façon de cibler des
populations civiles totalement sans défense, massacrées par les
« valeureux » soldats à des centaines de kilomètres de distance, la fameuse
guerre zéro morts (du côté impérialiste bien entendu). Ce fut le cas en
ex-Yougoslavie, en Afghanistan et ce sera bientôt le cas en Irak (ou plutôt
: .... c’est le cas, puisque l’Irak est soumis à des bombardements
meurtriers depuis la fin de la guerre de 91, qui touchent régulièrement des
agglomérations, des zones industrielles, etc. sous le prétexte de « raser
des usines d’armes de destruction de masse »). Par conséquent, la guerre
détruira des ressources de façon toujours plus efficace, et ne permettra
aucun développement, puisque ces pays seront placés en situation de
marginalité totale pour ce qui concerne les marchés, aussi bien en tant que
producteurs de biens industriels que comme consommateurs. Il suffit de voir
la situation de paupérisation dans laquelle sont restés les pays de l’
ex-Yougoslavie, pour ne citer qu’un exemple.
L’augmentation des dépenses militaires de la part de l’unique superpuissance
qui subsiste (augmentation qui dépasse les dépenses des années les plus
tendues de la « guerre-froide »), est venue colmater une profonde dépression
sur le point de précipiter les USA dans une situation de marasme (voir la
chute de la bourse de New York et surtout du Nasdaq entre avril et décembre
2000).
 Mais colmater n’est pas résoudre : les produits de l’industrie d’armement
sont seulement destinés, ou bien à être employés (en générant plus de
destruction), ou bien à être stockés, mais ils ne se destinent pas à fournir
des éléments susceptibles d’être utiles à d’autres activités industrielles,
ou alors à une échelle infime uniquement. Le résultat final est une énorme
saignée de ressources de toute sorte (financières, de matières premières, de
capacité scientifique, de main d’oeuvre spécialisée, etc.) dans un but qui n
’est ni productif ni reproductif, ce qui revient à dire qu’au bout du compte
cela n’augmentera pas les profits dans le système capitaliste pris dans son
ensemble, même si dans un premier temps cela permet de générer de grands
profits immédiats pour les industries associées à cette course à l’armement
de la « guerre des étoiles ».
Pour maintenir leurs profits, les grands conglomérats mettront en oeuvre
deux processus : le pillage pur et simple des ressources, comme ils le font
déjà actuellement, mais à une échelle encore plus vaste, et ils
dépossèderont toujours plus les populations des pays « développés » des
bénéfices et acquis sociaux qui découlent de « l’Etat providence », mis en
place pendant les trois décennies d’expansion capitaliste à l’issue de la
2ème guerre mondiale.
Nous avons donc le capitalisme en train de creuser les conditions de son
anéantissement, et se maintenant uniquement grace à une machine à réprimer
devenant chaque jour plus monstrueuse, employant des moyens de surveillance
de tout et de tou-te-s, tout en gardant cependant, et si possible, les
apparences de la « démocratie », de façon à maintenir la population
endormie.
Le capitalisme en état de décadence accélérée ne se souciera pas du destin
de l’Argentine, ou même de celui de deux ou trois « Argentines », car ses
habitants désespérés ne compteront guère dans ses calculs hégémoniques. A
partir du moment où elles ne constituent pas une menace directe à la survie
du système dans sa globalité, il est probable que seront tolérées des zones
« d’entropie » aux marges du système, simplement contenues, car leur
réhabilitation serait trop coûteuse et ne présenterait pas d’utilité pour le
capital.
A l’intérieur des sociétés dites développées, les zones de misère, avec
leurs corollaires de violence, de prostitution, de drogue, etc. vont se
maintenir et augmenter, car cela rendra plus facile le contrôle social
global. En effet, les populations auront en permanence devant elles le
spectre hideux de leurs semblables réduits à la condition de déchets
humains. Quelle meilleure dissuasion de la contestation sociale ? Quel
meilleur instrument pour gérer la soumission, par la peur panique de ce qu’
impliquerait la perte du misérable gagne-pain ?
Cette évolution ne sera cependant pas indéfinie, car au-delà d’un certain
degré, les mécanismes d’oppression deviendront trop insupportables,
déclenchant la prise de conscience sociale des jeunes générations en contact
avec la brutalité des pouvoirs.
La recherche d’alternatives a déjà commencé, et ceci bien avant Seattle. En
vérité, nous pouvons situer la nouvelle ère du combat anti-capitaliste à
partir du 1er janvier 1994, avec l’émergence de l’insurrection armée au
Chiapas, menée par les zapatistes.
A partir d’ici, le mouvement anti-capitaliste contemporain - étiqueté
mouvement « anti-globalisation » par les média (n.d.t. :
 anti-mondialisation » en France) - n’a cessé de croître, opposant des défis
toujours plus grands aux Etats et aux grandes corporations, non tant par les
manifestations elles-mêmes, qui ne représentent aucun danger immédiat pour
 l’ordre » en vigueur, mais plutôt par l’effet de perte de légitimité de cet
« ordre » qu’occasionnent ces mêmes actes collectifs : les « happenings »
libertaires d’une jeunesse qui, plus que jamais (bien plus qu’en mai 68),
sait ce qu’elle rejette et s’assume comme créatrice d’un autre futur où il n
’y aura plus de place pour l’exploitation de l’homme par l’homme ni pour la
dévastation de la nature.
Au niveau local, ces groupes et réseaux alternatifs sont en train de
développer des communautés de base, non visibles parce qu’ostracisées par
les média, mais qui n’en sont pas moins actives et en train de semer les
graines d’autres modes de vie, d’une autre culture, d’autres valeurs. Les
laquais du pouvoir - qu’ils soient de droite ou de la gauche autoritaire -
vont continuer à dénigrer ce mouvement, le présentant comme « chose de
marginaux ». Cependant, le processus est en marche et nous allons assister à
un fleurissement de projets dans de nouveaux domaines, à l’exemple de ce que
l’on constate déjà dans certains secteurs, depuis les infos (cas  des
Indymédia et d’autres projets sur Internet) jusqu’aux squats, transformés en
centres sociaux, centres d’une culture alternative, où se développent de
nouveaux modes de fonctionnement, où l’on assume pleinement une autre forme
d’être ensemble, avec des collectifs qui se régissent par la démocratie de
base, par l’absence de hiérarchies, par leur ouverture et entraide, formant
des réseaux solidaires entre eux.
Les formes de démocratie de base que représentent les assemblées de quartier
à Buenos Aires et dans d’autres villes d’Argentine sont également
prometteuses dans la mesure où elles rassemblent des voisins autour de la
résolution de questions concrètes. Là-bas, dans ce cas, c’est la survie
elle-même qui est très souvent en question. Dans ce pays également, des
usines occupées et autogérées montrent - à ceux qui en douteraient encore -
l’adéquation de ce que les libertaires ont toujours défendu.
Ces évènements sont d’autant plus notables que le pourcentage de libertaires
est assez faible en Argentine(*), et l’on ne peut donc pas leur attribuer un
rôle déterminant, du moins dans le déclenchement de l’insurrection.
Nous pouvons donc constater, au Nord ou au Sud, à l’Est ou à l’Ouest, que,
malgré les énormes moyens de répression mis en oeuvre sous prétexte de
 lutte anti-terroriste », les masses sont spontanément en marche vers la
construction d’un socialisme de base, sans leaders charismatiques, sans
parti d’avant-garde « illuminée ».
Ainsi est en train de se construire un nouveau concept de révolution, d’
action révolutionnaire en rupture avec le capitalisme et à la recherche d’
alternatives totalement en dehors, et même en opposition, aux schémas
routiniers des gauches autoritaires du passé.

Manuel Baptista

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(*) Bien qu’il s’agisse d’un des pays où le syndicalisme libertaire a été
dominant au sein du mouvement ouvrier (avec la confédération FORA, membre de
l’AIT), les survivants directs de ce passé sont rares, à cause du péronisme
et de la dictature sanglante de Videla. Les rangs des libertaires argentins
d’aujourd’hui, proviennent, pour une large part, de dissidences en rapport
avec des organisations marxistes ou péronistes de gauche.
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Traduit du portugais par N@ndo





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