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(fr) La biotechnologie dans tous ses Etats

From sdenys@ulb.ac.be
Date Tue, 7 Jan 2003 14:25:24 -0500 (EST)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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La biotechnologie dans tous ses États
Mécanismes d¹apparition des OGM, du nucléaire, de l'amiante
et autres merveilles technologiques


Une nouveauté technologique voit le jour grâce à la recherche publique. Le
système industriel la développe, l'exploite, la répand. Le citoyen angoisse.
L'État le rassure. Ainsi va le totalitarisme progressiste. Deux émissions
télévisées  ont récemment distillé, sous couvert de débat démocratique, une
propagande étatiste à même de garantir l'acceptabilité sociale à la
poursuite du système. Voilà une bonne occasion de rappeler aux
altermondialistes, citoyennistes et autres néo-étatistes pourfendeurs du 
"néolibéralisme" que la création des Etats a présidé à l'apparition du
capitalisme, et qu'ils continuent d'en garantir l'expansion, parfois sous la
forme d'instances supra ou infra nationales telles que la Communauté
européenne ou la Région wallonne.

L'État, condition sine qua non du développement
Le rôle essentiel de l'Etat apparaît de façon scandaleusement flagrante dans
les pays "en voie de développement", comme on les a baptisés afin de
marquer à jamais leur destinée. Là-bas apparaît clairement la différence de
richesse entre les élites étatiques que nous soutenons et la population à
déposséder une bonne fois pour toutes en l'intégrant dans quelque chaîne de
production industrielle. Les industries ont impérativement besoin de ce
cadre autoritaire et répressif stable. Vue de chez nous, cette
social-démocratisation forcée doit apparaître comme nécessaire et hautement
souhaitable. La question du développement des biotechnologies n¹échappe pas
à cette règle propagandiste. C'est ce qui suinte d'un article du journal Le
Soir présenté sous la rubrique " Biotechnologie " traitant de l'existence à
l'université de Leuven d'un centre de conservation de la banane, présenté
comme préservation de la biodiversité. L'idée qui se dégage de cet article
admiratif, c'est que la biodiversité n¹est pas un ensemble interactif en
perpétuel mouvement, mais une somme finie d'éléments fixes, qu¹il suffit
donc de cryogéniser, comme si la nature pouvait se conserver sous forme
d'échantillons ‹ et que l'écosystème pouvait par conséquent être exploité à
discrétion puisque, suppose-t-on, on peut le recréer de toutes pièces à
partir de cette base de données prétendument exhaustive. Mais l'essence
propagandiste de cet article réside dans les dernières lignes, extraites de
l¹interview d'un jeune doctorant ougandais venu étudier les biotechnologies
à la KUL (université catholique de Louvain) : bien que l'on sache que 78%
des pays où la population souffre de la faim produisent des surplus, notre
bon civilisé (c'est son Etat qui l¹envoie se trans-former en Prométhée de
l'industrialisation et de la dépossession) conclut que "Les pays en
développement devraient investir plus dans les biotechnologies afin de
résoudre les problèmes autrement insolubles" .
Dans les social-démocraties industrialisées, la dépossession étatique ayant
depuis long temps occupé le terrain, sa présence semble moins artificielle.
Autoroutes, aéroports, réseaux ferroviaires, zonings spécialement créés pour
attirer les investisseurs, voies d'accès aux zonings commerciaux : chez
nous, la construction et l'entretien des infrastructures nécessaires à
l'épanouissement économique sont acquis.

La socialisation démocratique
Là où un effort de propagande plus important doit être fourni, c'est dans la
capacité à convaincre les individus de participer activement à l'expansion
du système. Et quel est l¹un des domaines les plus prometteurs ? Les
biotechnologies.
Ici, pas question de matage ou de formatage mais de formation ; ni traques
ni matraques mais un matraquage propagandiste sournois apte à créer un
contexte biotechnophile ; une musique d¹ambiance futuriste imperceptible si
l¹on n¹y prend garde ; une atmosphère bienveillante dégoulinante de
confiance dans le Progrès. Ici, le rôle des institutions consiste à donner
goût aux carrières scientifiques.
En Allemagne, un programme itinérant d'information relatif au génie
génétique intitulé "Science Live Mobile" balaye l'espace publique. En
France, le "train du génome" (marque déposée), arrose les grandes villes
françaises de sa propagande biotechnophile, ce projet d'Aventis étant
subventionné par l'Institut Pasteur.
De nombreux programmes européens visent à susciter des vocations
scientifiques. Un de ces programmes faisait l'objet d'un compte-rendu
édifiant à tous les sens du terme, paru dans Le Soir du 4 juin. L'article,
intitulé "Les sciences ? Elles sont partout !", explicite ingénument deux
grands caractères de nos sociétés industrialisées : d¹un côté la contrainte
technologique, présentée sous une forme inversée, c'est-à-dire comme un
bien-être effectif et qui va de soi; de l'autre le rôle de l'Etat dans
l¹extension du système en ses tentacules technologiques, et plus
particulièrement le lien qui existe entre la recherche scientifique et la
prolifération de ces dispositifs technologiques qui constituent la
contrainte totalitaire actuelle. "Les sciences et ses [sic] nombreuses
applications sont partout dans notre vie quotidienne. Pour nous en
convaincre, il suffit d'ouvrir les yeux. Que serait la vie sans téléphones
mobiles, sans voitures, sans lecteurs CD, sans télévision, sans ordinateurs,
sans les antibiotiques, les vitamines, les anesthésiques, la vaccination,
sans chauffage, sans colle, sans code barre, sans détecteurs de métal, sans
lentilles de contact, sans modems... ? [...] La plupart [des Européens] ne
réalisent pas que les objets dont ils ne peuvent se passer ont nécessité des
années de recherche fondamentale. " Le grand quotidien belge francophone,
conscient de son rôle de socialisation des populations ‹ et de leur
intégration à l'ordre politique et surtout économique ‹, sait par ailleurs
que l'habituation ne commence jamais trop tôt. Ainsi dans son édition des 14
et 15 août 2002 proposait-il dans le cadre de son " grand jeu de l'été ", un
"ActuaQuizz junior" s'intitulant de façon assez explicite "les science
vous branchent-elles ?". Certes, les questions ne trahissent aucun parti
pris. On jurerait même que certaines d'entre elles visent à faire naître
dans les jeunes esprits quelque conscience environnementaliste. En vérité,
les spécialisations scientifiques étant assez rébarbatives, il est
nécessaire de les rendre attrayantes, de faire rêver d¹écologie,
d¹observation amusante de la nature, de chouettes solutions scientifiques
pour sauver l'humanité, etc. Combien de naïfs amateurs de têtards se sont
ainsi retrouvés fonctionnaires du désastre, que ce soit à la source d'une
nuisance, dans la recherche fondamentale publique qui sert de vivier à
innovations pour l'industrie, ou au sein d'une instance de sécurisation et
de tranquilisation, à savoir, dans quelque institution (régionale, nationale
ou européenne) de légitimation de la poursuite du système !

Pas de Biotech sans États
L'histoire des OGM en Belgique illustre parfaitement le processus
d¹interdépendance qui lie les institutions " démocratiques " au
développement technologique.
En 1983, c'est à l¹université de Gand qu'une cellule de recherche en
biotechnologie financée par la Région flamande et la recherche européenne
met au point le premier végétal transgénique (il s¹agissait d'un tabac) .
L'équipe est dirigée par un certain Marc Van Montagu qui s¹empresse de créer
sa petite start-up, PGS, et de la vendre avantageusement à Agrevo puis à
l'agro-pharmaco-généticien franco-allemand Aventis. En 2001, cette dernière
se fait phagocyter à son tour par l'ogre Bayer . Récemment, suite à la
polémique qui anime le pays depuis le début de l¹année 2002, le Ministre
wallon de l'Agriculture, Mr José Happart, suggérait, en guise de réponse aux
inquiétudes des citoyens au sujet des "risques" de dissémination, que les
vérifications expérimentales préalables soient effectuées par les
universités . Ainsi l'historique des OGM en Belgique nous fournit-il un
authentique cas d'école : sortis de ses universités, les végétaux
transgéniques sont invités à y retourner.
Ce parcours illustre le processus général de développement du système.
L'Etat procure au capitalisme les moyens de se développer, mais dès que
l¹innovation techno-industrielle apparaît inacceptable, son développement se
voit à nouveau encadré, "sécurisé" par l'Etat. Soit celui-ci lui fournit
une caution scientifique au mépris de risques connus (comme avec l¹amiante
il y a 30 ans) ou potentiels (la transgenèse), soit il l'assortit de normes,
de prescriptions, de mesures diverses et mouvantes qui n¹interdisent
nullement la poursuite mais qui bien au contraire entérinent l'innovation.
L'Etat forme à la fois les chercheurs qui mettent au point les innovations
technologiques qui relanceront la machine économique, et les experts qui
assortiront le désastre d'un cadre rassurant, de normes environnementales,
sanitaires, sécuritaires, hygiénistes. Ces mesures ultérieures ne signifie
pas que la situation soit rendue sûre ou salubre, mais qu'elle est rendue
acceptable aux yeux de la population. La distribution d'iode aux riverains
oculaires des centrales nucléaires ne diminue nullement leur potentiel de
destruction inouï, mais cela rassure. La création d'une filière sans OGM
n'arrête pas les OGM et les risques qu¹ils comportent, mais donne aux
citoyens l'illusion du choix, ladite filière ne signifiant en fait qu'une
présence d'OGM inférieure à 1% ou 0,5%.
L'Etat forme donc à la fois le pyromane et le pompier. Mais l'allégorie
n'est pas tout à fait exacte. Un pompier a pour vocation d'éteindre
l'incendie. Tandis que l'Etat n'a pas l'ambition d'arrêter une nouveauté
technologique, même quand sa dangerosité est avérée.
Prenez par exemple l'amiante. Comme d'habitude, le révolutionnaire matériau
continue sa carrière funeste dans les pays en voie de développement (il n'y
pas de raison qu'ils ne jouissent pas à leur tour du développement, n'est-ce
pas). Mais même dans nos contrées, elle est loin d'avoir disparu. De
nombreux établissements scolaires, notamment, restent exposés aux risques.
Comme toujours, la santé des privilégiés importe davantage que celle des
autres. Ceci dit, le désamiantage de l'ancien Parlement européen comme le
confinement de l'amiante du World Trade Center nous offrent de relever que
les classes privilégiées se sont elles-mêmes exposées, un temps, aux
nuisances du système qu'elles défendent, machine folle dont elles ne
constituent que les rouages supérieurs, et haïssables en conséquence.

Le Progrès
En fait le problème du progrès techno-scientifique est assez simple. Si l'on
voulait véritablement vérifier l'innocuité d'une nouveauté scientifique ou
technologique avant de la diffuser à large échelle, l'expérience serait si
longue et si coûteuse (certaines maladies ne se déclarant souvent que
plusieurs décennies après exposition), qu'elle découragerait les
investisseurs. Par bonheur, ceux-ci peuvent compter sur leur grand
collaborateur depuis toujours : l'Etat.  Souvenons-nous encore de la genèse
du nucléaire. Le nucléaire ne pouvait être développé par des capitaux privés
seuls, car les bénéfices ne tombaient pas avant de longues années de
recherche. (Le nucléaire n'est d'ailleurs pas rentable du tout, comme le
constatent les Allemands en découvrant le prix du démantèlement de leurs
centrales). C'est donc l'Etat qui a généreusement étudié la question et
développé cette formidable technologie qui nous garantit l'autonomie
nationale dans la gloutonnerie énergétique, cet acquis sacré. Les assureurs,
à qui on ne la fait pas, refusèrent évidemment d¹assurer le nucléaire, comme
ils refusent aujourd'hui d'assurer les OGM.
Ceux qui vantent certaines retombées bénéfiques du Progrès n'ont pas d'autre
effet que de cautionner système et donc d'en assurer la pérennité. Car ces
quelques avantages (philanthropiques, écologiques) sont résiduels. Ces
menues retombées positives ne peuvent faire oublier ni la base néfaste sur
laquelle s'est bâti le Progrès ni le fait indéniable que chaque innovation
technologique (quand elle n'amène pas elle-même son lot de dégradations
spécifiques) fait partie d'un tout (le Progrès) qui est, lui, globalement
destructeur. Pour nous en convaincre, il suffit d'ouvrir les yeux.

L'inconscience a un prix
De son côté, le citoyen lambda, au lieu de s'interroger sur les conditions
d¹apparition de nouveautés technologiques à haut potentiel nocif et sur
lesquelles il n'a aucun pouvoir de décision, préfère mendier protection
auprès de l'Etat.
Prenons l'exemple de ce village de la région de Charleroi qui défraye la
chronique depuis environ un an. Une proportion hallucinante d'une forme rare
de leucémie affecte les riverains de l'ancienne décharge industrielle ? Les
habitants de Tarcienne n'élargiront pas leur conscience critique à l'égard
du système. Ils préfèrent s'en remettre aux experts patentés par l'Etat (ou
la Région wallonne, ce qui ne change rien à la nature du problème).
Plusieurs raisons coexistent à ce renoncement.
D'abord, le citoyen lambda est plongé dans une ignorance crasse de tout
autre mode de gestion de la société. Après plusieurs générations
d¹intégration béate à la société industrielle et de confiance aveugle
accordée à la représentation démocratique, il a complètement oublié la
saveur de l'autonomie réelle. Le pouvoir se garde évidemment d¹attirer
l'attention sur toute forme vivante de réappropriation et d'autogestion de
l'existence. Silence radio sur la réorganisation socio-économique en
Argentine, à moins qu'il s'agisse de relations catastrophistes de la
situation (la pauvreté est en hausse en Argentine ; les écoliers de tel
quartier se nourrissent exclusivement d'herbe, etc.). Silence radio sur les
conseils de quartier et de village en Kabylie (les Aarchs)  mais
démocratique interview des représentants des partis politiques de cette
région (où le taux de participation aux dernières élections s'élevait à 2%)
à côté de bribes rapportées de façon incohérente d' "émeutiers" kabyles et
ayant pour fonction de donner l'illusion de partialité journalistique.
Silence radio sur le retour (forcé et planifié) de l'ensemble de la
population cubaine, y compris les citadins, à une autonomie paysanne
biologique. 
Il faut voir aussi que le refoulement opiniâtre de la lucidité observable
chez la majorité de nos contemporains relève également de la survie car en
effet, comment supporter de se voir entièrement investi dans un système qui
est à revoir de fond en comble ? Le citoyen lambda refusant l'idée d'une
remise en question de son niveau de nuisance se contentera de ce qu¹on nomme
généralement la fausse conscience. C'est-à-dire qu'il se satisfera de
modifications superficielles ayant pour seul effet conséquent de soulager à
moindre frais sa mauvaise conscience du dimanche et d'entériner son refus de
renoncer radicalement à la société dans laquelle il se croit si
confortablement intégré. Les sacs poubelle translucides bleus ou jaunes
collectés par la Région bruxelloise à fin de recyclage symbolisent à
merveille ce phénomène de rédemption : le consommateur ne produit pas moins
de déchets et son existence reste ce qu'elle était ; mais, désormais, cette
pollution est déléguée au pouvoir, et sa pseudo conscience se trouve ainsi à
la fois déléguée et assouvie : il voit ses déchets, mais emballés, et leur
emballage témoigne de la prise en charge par le pouvoir. Cette participation
au réformisme institutionnalisé le décharge de toute velléité de produire
moins de déchets en organisant autrement les circuits de consommation et son
mode d'existence. Après tout, c'est pour ça qu'il paie des impôts.
Le citoyen désire poursuivre une existence insouciante de consommateur de
marchandises culturelles (gardez La Monnaie), de loisirs planifiés (suivez
zombie futé) et d'ersatz sans qualité (aux camps de consommation que notre
civilisation de l'euphémisme préfère nommer grandes surfaces ou hypermarchés
ou encore "chez" Delhaize dans une tentative désespérée d'humanisation
verbale de ces multinationales labyrinthiques aseptisées). Cet irrésistible
style d'existence (les Chinois ont déjà leur festival rock) génère
malheureusement diverses dégradations sociales, psychologiques, affectives
et environnementales. Cela ne fait rien. Pour conserver son hédonisme acheté
et frelaté dans la plus grande insouciance, le citoyen s'en remet au système
qui répond point par point à ses angoisses et ses sursauts de conscience
partielle. La production industrielle ne lui offre-t-elle pas toute la gamme
de camisoles chimiques lui assurant performance professionnelle (Red bull,
cocaïne, Pepsi), psychologique, affective et sexuelle (Viagra aussi pour
femelles) faisant oublier la débandade des conditions d'existence ? Mais le
médicament baptisé Xenolac illustre, mieux que tout autre, ce prodigieux
processus de fuite en avant par réaction endogène (où les réponses sont
fournies par le système, et pour lui). En effet, la fonction de cette
marchandise pharmaceutique consiste à inhiber l'enzyme responsable de la
dégradation des molécules de graisse. Ainsi, moyennant des selles plus
grasses et plus lourdes que jamais, le surconsommateur fanatique peut
poursuivre son alimentation anarchique et boulimique en toute inconscience.

Connaissance par les gouffres
Nous avons vu quelques fragments de propagande spécifiquement liée aux
biotechnologies. Il y a également, sur un plan plus général, un formatage
intellectuel qui consiste à inculquer que la nature et le monde sont
entièrement paramaîtrisables, c¹est-à-dire décomposables en paramètres que
l'on peut aisément contrôler. Cette vision instrumentaliste du monde fait de
notre civilisation une civilisation du symptôme, du partiel, du
compartimentage. Cette approche analytique autonomisée est vraisemblablement
en adéquation avec la morale du caprice qui régit le contemporain atomisé
qui passe d'une fonction professionnelle à l'autre, d'un loisir à l'autre
sur le mode de la consommation frénétique et inconséquente. Partant, l'idée
qu'une maladie génétique puisse être soignée par l'extraction ou la
modification d¹un seul gène semble dès lors parfaitement concevable.
La découverte, mi-août 2002, par quatre chercheurs anglo-saxons, de
fonctions insoupçonnées de l'ARN, confirme l'imposture du réductionnisme de
la recherche, et, partant l'absence totale de maîtrise des biotechnologies.
Axel Kahn, promoteur très actif du génie génétique en France, prétend que
cette découverte, qu'il qualifie de révolutionnaire, ouvre des possibilités
inouïes. Ce qui est effectivement inouï, c'est l'ignorance sans fond dans
laquelle la recherche se trouve plongée, en dépit de l'optimisme béat
qu'elle affiche publicitairement. En effet, elle pensait avoir cerné les
principaux mécanismes de formation des gènes et voilà qu'un élément, l'ARN,
qu'on croyait inactif, a aussi son mot à dire dans la genèse. Chaque
découverte dévoile en vérité un pan nouveau de l'ignorance de la recherche.
Plus elle avance, plus elle ignore. Certes, certains segments de réactions
génétiques paraissent stables, lorsqu'ils sont considérés isolés de toute
évolution (mais à l'été 2001, des chercheurs gantois ont découvert une
séquence d'ADN imprévue dans le soja transgénique de Monsanto) et peuvent
donc être reproduits même sans comprendre le fonctionnement global de la
réaction. Mais du fait de cette incompréhension essentielle, toute évolution
ultérieure est imprévisible et le risque incommensurable. Lorsque les
chercheurs admettront que le vivant n'est guère paramaîtrisable, qu'il est
en évolution continue, si ce bon sens les atteint et qu'ils en tirent les
conséquences, il leur faudrait alors stopper toute recherche dans ce domaine
(car dans l'état actuel, tout ce qui peut être exploité, appliqué, l'est).
D'où les investissements aveugles des firmes pharmaceutiques qui se moquent
parfaitement du vivant et de sa compréhension : pensée cloisonnée,
analytique, diagnostique, par symptôme. Pensée partielle et partiale, simple
comme une équation du premier degré.

Le mythe de la recherche fondamentale
Au fait, ces chercheurs étaient-ils payés par le privé ? Non. Les quatre
chercheurs anglo-saxons responsables de la découverte de la "désactivation" 
des gènes sont tous attachés à un "Institut" ou une "Université".
Cette découverte illustre une fois encore combien le système a donc besoin
de recherche fondamentale ; autrement dit une recherche qui ait droit à
l'erreur, qui ne soit pas tenue de réaliser des bénéfices immédiats.
La recherche fondamentale est celle que revendiquent les néo-étatistes de
tous bords, rêvant encore de l'hypothétique âge d'or de la recherche à
l'ancienne. Malheureusement, force est de constater que toute découverte
profite toujours au système en place. Pierre et Marie Curie étaient sans
doute aussi désintéressés et passionnés qu'Albert Einstein. Pourtant, c¹est
bel et bien grâce à leurs recherches empreintes d'idéaux moraux que fut
rendu possible l'avènement du nucléaire, formidable épée de Damoclès pendue
sur la tête de l'humanité. De plus, de nos jours, fini le hangar des Curie,
laborieusement aménagé en laboratoire ! Les structures nécessaires à la
recherche actuelle (songez à la génomique, au nucléaire) sont très coûteuses
et nécessitent une forte centralisation de pouvoir et de capitaux. Les
découvertes retournent évidemment à l'intéressé (l'armée, l'industrie ;
remarque : l'armée est une industrie et l'industrie, c'est la guerre avec
son lot de mobilisation, réquisition, expansion, destruction, etc.).
L'histoire a par ailleurs montré que l¹accumulation capitalistique pouvait
fort bien s'effectuer dans un cadre strictement étatique (souvenez-vous de
l¹URSS). Présentement, le cas de Cuba constitue l'exception qui confirme la
règle. Si le savoir étatique se trouve actuellement placé au service du
retour à l¹autonomie paysanne et écologique c'est parce que l¹île se trouve
doublement protégée ‹ malgré elle ‹ du monde industriel : par un blocus
états-uniens d'une part, l'éclatement du bloc de l'Est de l¹autre, qui la
fournissait en céréales industrielles jusqu¹en 1989.

Le progrès technologique est matériellement lié à une forme d'organisation
qui nécessite un certain degré de centralisation et de spécialisation, où
les nécessités ne sont pas déterminées par l¹individu, mais par un système
hors de contrôle par nature.


Rapport du Laboratoire de décryptage des impostures contemporaines



Notes:

1. Arte, soirée thématique sur le clonage et les OGM, diffusée le 9 octobre
2002 ; RTBF, "Ecran témoin : Pour ou contre les OGM", le 18 novembre 2002.
2.  Le Soir, 17 juillet 2002, p.14.
3.  La première bactérie transgénique avait été mise au point dans une
université états-unienne en 1972. Lors du débat sur les OGM organisé par la
RTBF, le seul intervenant qui ait mentionné le rôle primordial qu'a joué la
recherche publique dans le domaine des biotechnologies, c'est le
représentant de Monsanto. Non pour critiquer le développement technologique,
mais pour se débarrasser d¹une partie de la responsabilité que tous les
autres intervenants, y compris le présentateur, lui attribuaient. Son rôle
de bouc-émissaire apparaissait clairement : les mauvais OGM guidés par le
profit, c'était Monsanto et les multinationales. La leçon n'était pas moins
claire : pour de bons OGM, faisons confiance à la recherche publique.
4.  Le géant allemand n¹est pas inconnu dans la région gantoise puisque
c¹est à Ypres qu'il expérimentait pour la première fois, intégré dans un
consortium national, le fameux gaz moutarde surnommé ypérite en souvenir de
la ville où il fut employé pour la première fois. Bayer fut nazie pendant la
seconde Guerre Mondiale, gérée par d'anciens nazis après celle-ci sous le
nom générique de IG-Farbhen ; en matière d'expérimentation grandeur nature,
l'agro-pharmacologue s'est encore illustré en Espagne dans les années 80 par
l'empoisonnement de plusieurs centaines d'Espagnols (lire à ce sujet :
Jacques Philipponneau, Relation de l'empoisonnement perpétré en Espagne et
camouflé sous le nom de syndrome de l¹huile toxique, Paris, L'Encyclopédie
des Nuisances, 1994). La SARL Matthias Rath (31, av. du Peuple belge, 59800
Lille, France) accuse les industries pharmaceutiques de "crime contre
l¹humanité", leur reprochant notamment de ne s'en prendre qu'aux symptômes
sans souhaiter la guérison.
5. Dans le cadre de programmes financés à 50% par le privé ; ce qui
reviendrait en fin de compte à financer la recherche privée à hauteur de
50%.
6. Lire à ce sujet J. SEMPRUN, Apologie pour l'insurrection algérienne,
Paris, L'Encyclopédie des nuisances, 2002.





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