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(fr) 850 syndiqué-e-s de Québec en lock-out : solidarité de classe !

From Collectif Anarchiste La Nuit <nefacquebec@yahoo.ca>
Date Fri, 3 Jan 2003 08:32:15 -0500 (EST)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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Depuis le 11 décembre, 850 salarié-e-s sont en lock-out dans 28
concessionnaires automobiles de la région de Québec. La qualité de vie des
employé-e-s de garage --mécaniciens, peintres, débosseleurs-- est au coeur
du conflit, les patrons voulant revenir sur les horaires de travail,
l'ancienneté, la sous-traitance, la formation et la relève. En dehors des
particularités propres à cette industrie, l'enjeu du conflit est le même
que partout ailleurs --imposition de la précarité et de la flexibilité aux
salariés-- et c'est pourquoi il faut soutenir la lutte des employé-e-s de
garage.

«Des gens raisonnables»... poussés à bout!

Le Syndicat national des employés de garage du Québec (SNEGQ) n'est pas
reconnu pour être un syndicat particulièrement combatif, ce n'est vraiment
pas le genre à tomber en grève à tout bout de champ. En 1972, il faisait
partie de ceux qui avaient quitté la CSN pour fonder la Centrale des
syndicats démocratiques (CSD) parce que la première était jugée «trop
politique». Le SNEGQ prône les relations industrielles «harmonieuses» et
est partisan de la «négociation de bonne foi». D'ailleurs, depuis 1982, le
syndicat a réussi le tour de force d'éviter tout conflit de travail tout en
améliorant grandement la qualité de vie de ses membres (introduction de la
semaine de 36h sur 4 jours, notamment). Bref, les employé-e-s de garage
sont «des gens raisonnables».

Or, même «les gens raisonnables» savent reconnaître une attaque frontale
quand ils en voient une. L'association patronale est arrivée à la table de
négociation avec des demandes innaceptables comme l'abandon de la semaine
de 4 jours. "Ils veulent nous soumettre aux lois du marché, avoir un
horaire flexible, plus facile à gérer pour eux mais qui rend la vie
familliale impossible" indique Marc Auger, le président du syndicat, "ce
que la partie patronale propose c'est de revenir à une semaine de 5 jours,
avec des congés flottants en milieu de semaine!" Évidement, les employé-e-s
ne veulent rien savoir. "C'est là-dessus que ça accroche" explique le
président du syndicat, "on a même pas encore parlé des questions monétaires
tout comme de 75% de la convention collective". Insulte suprême, les
patrons sont arrivés à la table de négociation avec ces demandes et un
ultimatum : lock-out le 11 décembre s'il n'y a pas de réglement. «C'est pas
une façon de négocier!» s'exclame le syndicaliste et, effectivement, pour
la «bonne foi», on repassera.

Prenant acte de la stratégie patronale de confrontation, le syndicat se
prépare à un long conflit. Le 2 novembre les membres ont votés pour la
grève générale à 98%. Des ententes ont été conclues avec plusieurs autres
syndicats CSD et le SNEGQ se dit prêt à tenir jusqu'au printemps s'il le
faut. «On a une allocation de 230$ par semaine», explique un piqueteur
devant le concessionnaire Sainte-Foy Chrysler, «c'est beaucoup mieux que
les 25$ qu'on avait en 1982». Actuellement, ce sont les concessionnaires
qui ont le gros bout du bâton, «en janvier et février, ils font vivre leurs
business avec les garages» explique le président du syndicat. «S'ils
pensent nous casser avec un lock-out avant les fêtes, ils se trompent»
explique Marc Auger «on n'est plus en 1930, les gens vont pas jouer leurs
avenir sur des cadeaux de Noël!»

Quand on pousse des «gens raisonnables» à bout, ça peut être laid. Depuis
1982, le syndicat a poussé pour la négociation, mais les 850 syndiqué-e-s
refusent très majoritairement de subir un recul sur la qualité de vie. «Les
métiers reliés à la mécanique demeurent physiquement difficiles, en dépit
des améliorations technologiques et ils sont soumis à d'importantes
pressions reliées à la concurence féroce du marché. Notre principale
préoccupation consiste à éviter que nos membres s'usent prématurément»
insiste le président du SNEGQ. On a très mal pris l'ultimatum chez les
syndiqué-e-s. Marc Auger déclarait d'ailleurs en conférence de presse «nous
sommes prêt pour un long conflit et lorsque viendra le printemps [et que le
rapport de force changera de camp], notre stratégie de préservation des
acquis pourrait se transformer en demandes» (traduction en bon français:
«t'as voulu me faire chier...»).

Un conflit de classe

Le conflit prend une connotation particulière --classe contre classe dans
l'industrie-- à cause d'une tradition syndicale singulière (le catholicisme
social). En effet, Québec est la dernière région ou l'industrie est gérée
par un syndicat industriel unique (1) face à une association patronale
unique. Résultat, le lock-out actuel touche 850 ouvriers, soit 80% des
employé-e-s de garages de la région! Ce qui veut dire qu'une défaite ou une
victoire du syndicat aura donc une incidence directe sur l'ensemble de
l'industrie et sur le climat général des luttes syndicales. L'élite locale
l'a bien compris, un juge accordait aux patrons, une semaine après le début
du conflit, une injonction limitant à 10 le nombre de piqueteurs par entrée
de concessionnaires. La représsion s'est également abattue préventivement
sur les syndiqué-e-s de deux gros concessionnaires pour des allégations
non-prouvées de "violence", de "vandalisme" et de "sabotage".

Le syndicat ne demande pas grand chose: respecter les lignes de piquetage
(pourquoi ne pas s'arrêter cinq minutes pour jaser avec les syndiqués?) et
klaxonner notre solidarité. Pourtant, plusieurs progressistes font la
grimace quand on parle de l'affiliation CSD des employé-e-s de garage
(vieille rancunes...). Mais sérieusement, y'a-t-il vraiment à choisir entre
un syndicat CSD qui défend ses membres en lock-out et la CSN d'aujourd'hui
qui joue à fond la carte de la concertation et de la collaboration? Pour
notre part, nous avons choisi la camp de la classe ouvrière et nous
soutiendrons toute lutte juste, peu importe l'affiliation syndicale des
combattant-e-s.

Québec, décembre 2002
Collectif anarchiste La Nuit (NEFAC)
<nefacquebec@yahoo.ca>

Basé sur une entrevue réalisée par un membre de La Nuit à l'émission de
radio Au ras des paquerettes (CKRL MF) et sur les communiqués du syndicat.

(1) Le syndicat accueille même en son sein, dans les plus gros
concessionnaires, des employé-e-s de bureau.





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