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(fr) La nouvelle stratégie de défense américaine.

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Fri, 21 Feb 2003 14:30:06 +0100 (CET)


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[ texte tiré du bulletin de l'émission de radio "Le Monde comme il va"
  cf. coordonnées en bas de ce mail ]


On a l'habitude de présenter le président des Etats-Unis, Georges W.
Bush, comme étant un imbécile, un inculte, nourri au puritanisme et au
nationalisme. Est-ce exagéré ? Je ne sais pas. J'avoue qu'il ne m'est
jamais apparu autrement que comme cela. Dans le grand show
médiatico-politique américain, il avait tout pour réussir : un côté
décontracté mâchouilleur de chewing-gum, un côté cow-boy favorable à la
peine de mort, un papa connu et apprécié, un passé tumultueux mais excusé
par de constantes références bibliques, un parti démocrate mis mal en
point par les frasques sexuelles de Bill Clinton, et tout un tas de
lobbies économiques prêts à le soutenir à grands coups de dollars. Bref,
Georges W. Bush a multiplié les bourdes mais cela ne l'a pas empêché de
remporter de justesse l'élection. C'est comme ça. Mais il n'y a pas
qu'aux Etats-Unis qu'un imbécile ou un escroc peut espérer gouverner.

Le problème, c'est que ce vrai imbécile est entouré de faucons (en un
seul mot, comme le rapace). Le politique de ces faucons, liés aux
multinationales et au lobby militaro-industriel, peut se réduire à deux
choses :

- il faut absolument que les Etats-Unis modernisent et développent leurs
capacités militaires, d'une part ;

- il faut absolument que les Etats-Unis contrôlent les gisements
pétroliers mondiaux, d'autre part.

Dans ce cadre-là, les attentats perpétrés par Al-Qaïda ont été l'occasion
à saisir de suite. On pouvait ainsi justifier plus aisément une politique
militariste et impérialiste par le fait que la démocratie de marché était
en danger, que le danger était partout, enfin, surtout là où on y
trouvait des intérêts américains, et surtout là où pourraient prospérer
des intérêts américains.

Tout le monde ou presque est aujourd'hui d'accord pour admettre que les
arguments moraux pèsent moins que les arguments économiques et politiques
dans le choix fait par les Etats-Unis et ses alliés de faire la guerre à
l'Irak.

Dans quelques semaines, l'Irak sera bombardé, étripé, éventré. Saddam
Hussein sera fait prisonnier, ou tué ou poussé à la clandestinité. Il
s'installera à Kaboul un gouvernement qu'on baptisera « démocratique et
d'union nationale », c'est-à-dire pro-américain. Dans son sillage, on
trouvera quelques multinationales pétrolières prêtes à investir des sous
sur le long terme afin de remettre à niveau les installations irakiennes
et produire ce qu'il faut pour rentabiliser l'opération. L'OPEP en sera
pour ses frais, comme certaines multinationales intimement liées à des
pays non belligérants. On se souvient qu'en 1990, Saddam Hussein avait
attaqué le Koweit parce qu'il reprochait au petit émirat de ne pas
respecter les quotas de production et, ce faisant, de faire baisser les
prix. On peut
légitimement s'attendre à ce que le gouvernement irakien « démocratique
et d'union nationale » à la solde des multinationales américaines joue ce
rôle dans le futur, histoire de mettre un peu de dissonance dans la
politique de l'OPEP.

De même, en trimballant ses troupes en Asie mineure et dans le Caucase,
le gouvernement américain n'avait pas pour seule volonté de réduire à
néant les capacités de nuisance des Talibans et de Al-Qaïda. Sur ces
terres pauvres et politiquement tumultueuses, la présence américaine aura
également pour tâche de protéger l'acheminement du pétrole et du gaz
destinés aux marchés occidentaux. Il n'y a rien de plus dangereux que de
laisser des oléoducs sans surveillance, à la merci de fanatiques
religieux ou de chefs de guerre à la recherche d'une rente de situation.
Alors, autant armer et encadrer les armées azerbaïdjanaise, géorgienne,
kazakh, Kirghize et ouzbèkeŠ et se servir telles comme troupes
supplétives chargées de la protection des intérêts américains et de leur
bourgeoisie nationale.

Et n'oublions pas la Colombie. Vous n'êtes pas sans ignorer que le
gouvernement des Etats-Unis soutient le régime en place et entend
soi-disant l'aider dans sa lutte contre les trafiquants de drogue. Son
programme d'assistance militaire comprend également deux autres missions
: combattre la violence politique et le « terrorisme » des FARC, mais
également protéger les oléoducs qui transportent le pétrole des gisements
intérieurs jusqu'aux raffineries situées sur la côte.

Je pourrais rajouter également un couplet sur la grave crise politique
qui secoue actuellement le Venezuela, une crise dans laquelle la
politique pétrolière du président Hugo Chavez est au centre de tous les
débats.

Rappelons pour mémoire que le Venezuela est le huitième producteur
mondial d'hydrocarbures, qu'il en tire l'essentiel de ses revenus et que
70% de sa production prend la direction des Etats-Unis ; rappelons que
c'est la décision du gouvernement d'accentuer le contrôle de l'Etat sur
la grande entreprise publique, Petroleos de Venezuela, qui a mis le feu
aux poudres, opposant Etat d'un côté et partisans de la privatisation de
l'autre. Rappelons enfin que lors du putsch avorté d'avril 2002, les
Etats-Unis n'avait pas caché leur satisfaction de voir une fraction des
militaires et du patronat écarter de la présidence l'incontrôlable Hugo
Chavez.

Selon Dick Cheney, la dépendance américaine en pétrole devrait passer de
52% de la consommation totale à 66% en 2020. Dans un pays qui se refuse à
faire la chasse au gaspi, on se doute bien que la seule politique
possible est de persuader les pays producteurs d'augmenter leur
production et de diversifier ses sources d'approvisionnement.
L'installation durable de bases militaires dans ces zones sensibles
répond donc à ce défi capitaliste et productiviste. Mais comme cupidité
et avidité, grandes valeurs capitalistes, ne sont pas toujours
médiatiquement vendables, il est important de justifier une telle
militarisation par un discours mêlant droits de l'homme, droit
international, sécurité mondiale et autres concept à la mode.

Nous avons donc raison de dire que la prochaine irakienne sera, comme sa
devancière, une guerre pour le contrôle de l'or noir. Et le fait que les
réserves de pétrole irakiennes soient loin de valoir celles qui se
trouvent dans le sol de l'Arabie saoudite ne me semble pas être en mesure
d'invalider cette analyse. L'Arabie saoudite est riche, très riche : elle
est aussi fort peu peuplée et je ne crois guère qu'elle prendrait le
risque de se froisser avec son grand allié américain.

En septembre 1999, Georges W. Bush s'est rendu à Citadel, une école
militaire de Caroline du Sud très réputée pour y exprimer ses vues sur la
réforme nécessaire de l'armée américaine, sur, pour reprendre ses mots, «
l'armée du siècle à venir ».

Pour rassurer les Américains toujours prêts à verser dans la paranoïa, il
a de nouveau parlé de ce fumeux projet de bouclier antimissile capable
d'assurer l'invulnérabilité du territoire américain. Il a mis également
l'accent sur la nécessité de préserver une supériorité dans le domaine
des armes de pointe bourrées de technologies hyper-sensibles et
chirurgicales.

Ce sont des armes capables de reconnaître un Ben Laden habillé de blanc
et monté sur un cheval, vous vous souvenez ? Un gradé avait ensuite
expliqué qu'ils étaient incapables de dire s'il s'agissait réellement de
l'insaisissable Oussama, le missile chirurgicale ayant tout détruit en
s'abattant sur ce groupe supposé de Talibans. On peut regretter que ce
type d'armes si sensibles soit dans l'incapacité de repérer un abus de
bien social ou une comptabilité douteuseŠ mais bon, dans ce monde ainsi
fait, un Ben Laden est jugé plus dangereux qu'un Enron. PassonsŠ

En complément de cette stratégie du sanctuaire visant à satisfaire une
fraction du parti républicain, Georges W. Bush a parlé de la capacité
américaine à « projeter la puissance », donc de se doter de forces armées
« mobiles, meurtrières et faciles à déployer avec un minimum de soutien
logistique ». En France, on appelle cela les Forces d'action rapide :
elles servent parfois quand, dans le pré-carré africain, « nos » intérêts
ou ceux de « nos » amis sont mis à mal par des groupes armés. Ceci est un
aparté, certes, mais il a également pour but de rappeler que la
contestation de la politique américaine ne doit pas nous faire oublier
que la realpolitik fait partie de l'attirail de tout gouvernant.

« Plus un Etat dispose de la capacité d'user de la violence, nous dit
Noam Chomsky, plus est grand son mépris pour la souveraineté ­ des
autres, cela s'entend ». Le discours de Georges W. Bush et de ses amis
faucons est limpide, clair et net : seuls ceux qui s'engagent dans la
croisade civilisationnelle américaine contre les Etats-Voyous sont des «
Etats éclairés » ; seuls ceux-là pourront espérer un retour sur
investissement quand sonnera l'heure de la reconstruction. Evidemment, la
notion d'« Etat-voyou » est tout aussi claire, nette et limpide : l'Etat
d'Israël, qui se fiche comme d'une guigne des résolutions de l'ONU et qui
possède des armes de destruction massive, biologiques, chimiques et
nucléaires, n'est pas un Etat voyou ; la Corée du Nord, Cuba, la Somalie,
si !

Et la France, me direz-vous ? Méfions-nous. Rappelez-vous : dans les
années 1980, le brave Saddam Hussein en guerre contre l'Iran était un ami
de l'Amérique, tout comme Oussama Ben Laden en lutte contre les
communistes an AfghanistanŠ

Patsy <patsy.cht@wanadoo.fr>


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