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(fr) Entretien avec un préposé aux bénéficiaires anarchiste (1)

From Nicolas Phébus <nicolasphebus@yahoo.com>
Date Wed, 10 Dec 2003 12:24:17 +0100 (CET)


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Entretien avec un préposé aux bénéficiaires anarchiste (1)
Les raisons de la colère

Depuis quelques semaines, c'est la mobilisation générale dans les
syndicats, plus particulièrement dans ceux du réseau de la santé et des
services sociaux. Si, comme d'habitude, les directions syndicales
"communiquent" beaucoup, on entend rarement parler de comment ça se passe
à la base, dans les établissements. Nous avons rencontré Éric Maltais*, un
militant de la NEFAC qui travaille comme préposé aux bénéficiaires dans un
des hôpitaux syndiqués au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP,
affilié à la FTQ) pour essayer de prendre le pouls du mouvement.
Éric travaille dans un gros hôpital québécois qui vient de prendre de
l'expension et d'être fusionné avec deux autres établissements
hospitalier. Ce qui était au début une job d'étudiant est tranquillement
devenu sa job, point. "C'est sûr qu'au début je trouvais ça cool comme
job d'étudiant, j'étais mieux payé que la plupart de mes chums et j'avais
un horaire flexible, se rappelle Éric, mais quatre ans et demi plus tard
je ne vois plus la précarité du même oeil, je ne compte plus le nombre de
fois où j'ai changé de département, je suis encore sur appel, et jusqu'à
tout récement j'avais pas d'heures garanties."Comme certainEs de ses
collègues vivent ça depuis une décennie, voir plus, Éric ne se plaint pas
mais refuse de voir sa job comme une planque gras dur. "À 10 ou 12 000$
par année dans une job dure physiquement, je ne me sens pas privilégié ou
de classe moyenne" dit-il.

Les raisons de la colère

Ces jours-ci, le gouvernement se propose d'amener beaucoup de changements
qui risquent d'empirer sérieusement les choses dans le milieu de la
santé. Plusieurs projets de loi attaquant de plein fouet les syndiquéEs
sont actuellement à l'étude. Il y a, bien sûr, la modification de
l'article 45 du code du travail sur l'encadrement de la sous-traitance
mais également plusieurs projets de loi touchant plus directement le
secteur de la santé et des services sociaux, notamment les projets de loi
qui rebrassent les cartes syndicales dans la santé --sous couvert de
réduire le nombre d'accréditations syndicales-- et celui sur la fusion
des CLSC-CHSLD-Hôpitaux.

"Dans notre cas, qui est un peu différent des nouveaux projets
gouvernementaux, la fusion des établissements de santé, ça veut dire,
entre autres, la fusion de listes de rappel à long terme, explique Éric,
si ça passe, ça veut dire que je peux être appelé à travailler à au moins
trois endroits différents dans la ville et c'est pas clair où je me
ramasse sur les listes d'ancienneté.""Il y a des cultures différentes
dans chaque établissement, continue-t-il, leur harmonisation est surtout
bureaucratique et concrètement c'est l'ajout de règles arbitraires comme
devoir avoir un uniforme agencé et un paquet d'autres niaiseries..." Dans
tout le réseau, il y a une confusion entre les rôles de préposé et
d'infirmière auxillière: dans certains établissements les préposés ont le
droit (sont tenus) de poser certains gestes "médicaux" qui leur sont
interdits dans d'autres. En fusionnant les établissements, il faudra
nécessairement revoir et harmoniser ce que chaque corps de métier a le
droit ou pas de faire.

À cela se rajoute le spectre de la sous-traitance et de la privatisation
de tout ce qui n'est pas directement "médical". Éric n'est peut-être pas
directement menacé par la sous-traitance, mais ça le fait quand même
réfléchir: "un préposé aux bénéficiaires dans le privé c'est payé 8$ de
l'heure et ça a rarement un syndicat" rappelle-t-il. Si lui n'est pas
menacé, une bonne partie de ses collègues le sont, par contre. "Y'en a
déjà de la sous-traitance à l'hôpital, l'entretien du nouveau hall
d'entrée est en sous-traitance, la sécurité aussi" dit-il. Les
principales catégories d'emplois du secteur public à être mieux payés que
dans le privé sont l'entretien et les cafétérias. "Il y a des cadres qui
disent au monde de ces départements-là qu'ils ne sont pas menacés parce
qu'ils sont compétitifs, raconte-t-il, je ne sais pas si c'est vrai mais,
même si ça l'était, on peut se demander pour combien de temps et à quel
prix? Quelles concessions va-t-on leur demander pour rester
'compétitifs'?"

Casser les syndicats

Cerise sur le sunday, le gouvernement veut déposséder les salariéEs de
leur syndicat pour réaliser ses projets. Officiellement, le but est de
réduire le nombre d'accréditations syndicales pour faciliter la gestion
du réseau. Le gouvernement cite des chiffres impressionnants pour aller
chercher l'adhésion de la population et camoufler ses intentions réelles.
"À l'hôpital, il y a 67 accréditations syndicales différentes, explique
Éric, mais, dans les faits, il y a juste deux vrais syndicats, nous et
les infirmières." Les autres "syndicats" sont en fait de petites
associations corporatistes de
professionnels pouvant compter quelques dizaines de membres dans les
meilleures cas et deux ou trois dans les pires. C'est comme ça dans
l'ensemble du réseau où concrètement la multiplication des accréditations
ne concerne qu'environ 10% des salariéEs puisque le reste est regroupé
dans de grands syndicats d'employéEs généraux ou des syndicats
d'infirmières. "Il y a 65 corps de métiers regroupés dans le local du
SCFP de l'hôpital, explique Éric, sous prétexte de réduire le nombre de
syndicats dans la santé, le gouvernement veut le faire éclater en 4
syndicats de métier différents, sur une base corporatiste." Pour Éric,
comme pour des milliers d'autres syndiquéEs de la santé, le vrai but du
gouvernement n'est pas tant de réduire le nombre d'accréditations
syndicales que de casser les syndicats généraux d'employéEs qui, en
permettant de faire vivre la solidarité entre différents corps de
métiers, sont un obstacle à la privatisation et la sous-traitance. "Avec
ce projet de loi, on s'éloigne de la liberté d'association et de la
démocratie syndicale, dénonce Éric, on veut me séparer de force des
autres employéEs de mon établissement tout en me forçant à m'organiser
syndicalement avec d'autres employéEs qui sont actuellement dans d'autres
syndicats affiliés à une autre centrale dans au moins deux autres
établissements." Éric explique que la démocratie syndicale n'est déjà pas
évidente avec le statu-quo : "il faut déjà faire 3 assemblées générales à
cause des quarts de travail, si jamais on se retrouve avec un seul
syndicat de préposés dans les 3 établissements, il va falloir faire 9
assemblées générales! Là on serait vraiment dans une 'démocratie' de
déléguéEs syndicaux, c'est déjà compliqué de faire une proposition ou un
amendement, ça va devenir impossible avec 9 assemblées."

Diviser pour régner

D'après Éric, le gouvernement libéral a vraiment bien planifier son coup
avec cette série de projets de loi : "Ils nous mettent une campagne de
maraudage, une guerre ouverte entre syndicats, juste avant une ronde de
négociation, c'est presque certain, dans le cas de mon hôpital, que le
SCFP va disparaître de la map, les deux autres établissements étant
syndiqués à la CSN, ils font juste pas le poids." "Sauf que le monde veut
pas aller à la CSN, il y a 4 ans, il y a eu une campagne de maraudage et
les membres du SCFP sont restés au SCFP et ceux de la CSN à la CSN,
raconte Éric, la liberté d'association implique le droit de ne pas
s'associer et le gouvernement ne respecte pas ça." Éric n'est pas trop
sûr de ce qui est vrai ou pas: "il y a beaucoup de propagande syndicale à
prendre avec un grain de sel", mais il semble qu'il y a quand même des
différences de culture entre les deux organisations. "Les gens disent
qu'il y a plus de liberté individuelle au SCFP, par exemple, c'est
l'individu qui choisit son plan d'assurances, explique-t-il, alors qu'à
la CSN, ils auraient plus une culture collectiviste où ce que l'assemblée
générale décide s'applique à tout le monde, je sais pas ce qui est vrai
là-dedans, mais une chose est sûre: ils ne s'aiment pas beaucoup." "La
rivalité inter-syndicale devient ridicule à un moment donné, par exemple,
les deux camps sont sûrs que l'autre utilise des gros bras et est
violent, il y a beaucoup de préjugés et de mystification, illustre-t-il,
moi, ça m'écoeure, si le projet de loi passe, ça va être syndicat contre
syndicat, je pense que je vais m'en calisser et que je ne m'impliquerai
pas là-dedans (le maraudage), on monte des éléments de la classe ouvrière
les uns contre les autres pis je veux pas participer à ça. "

par Nicolas Phébus

A suivre : (2) La mobilisation syndicale dans un gros hôpital du Québec

*Il s'agit d'un pseudonyme qui ne trompera sans doute personne
connaissant la NEFAC, sauf, espérons le, les patrons "d'Éric" et,
éventuellement, les flics.



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