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(fr) Feu vert pour les OGM. Prison pour René Riesel

From <sdenys@ulb.ac.be>
Date Sun, 7 Dec 2003 12:11:22 +0100 (CET)


_________________________________________________
A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________


À LA SATISFACTION GÉNÉRALE
de la classe politique, la loi européenne, applaudie par les Verts, qui
réglemente l'éthiquetage et les modalités de mise sur le marché des OGM
va être appliquée. On peut considérer qu'une page est tournée : cette loi
consacre l'échec de l'opposition aux OGM en France et en Europe.
Transgénique pour tous !

DANS LA LUTTE CONTRE LE GÉNIE GÉNÉTIQUE
menée en France depuis le sabotage de Nérac en 1998, certains ont su
faire le lien en paroles et en actes entre la critique des OGM et celle
de l'organisation sociale qui les a produit, pour remettre en question
les fausses évidences d'un " destin technologique " inéluctable, du
contrôle et d¹une artificialisation de la vie biologique.

ON VA EN PRISON pour cela.

D'AUTRES, LES CITOYENNISTES,
ont noyé la critique des OGM et ce qu'elle implique dans un consumérisme
poujadiste anti-" malbouffe ". Martelant que " le monde n'est pas une
marchandise ", ces confusionnistes évitent soigneusement de critiquer la
marchandise dominante, source de toutes les autres : le travail. Ainsi,
ils refusent de critiquer la fonction même du chercheur, préférant
défendre la "bonne" recherche d¹État contre la "mauvaise" recherche
privée. Comme si, au moins depuis Hiroshima, sans parler des conséquences
durables de Tchernobyl, la recherche n'avait pas contribué à créer un
monde scientifiquement dévasté. Aveuglés par leur succès médiatique, les
citoyens-spectateurs regardent maintenant apparaître le monde du
tout-transgénique qui, depuis le début, se profilait derrière les OGM.
Pathétiques, ces croisés de la servitude active assistée par ordinateur
en appellent encore une fois à l'État pour discuter de la couleur du
collier et de la longueur de la chaîne.

CONDAMNÉ À 6 MOIS DE PRISON FERME
pour avoir détruit des chimères transgéniques (dans une usine de
Novartis, à Nérac, et dans une serre du CIRAD ­ Centre international de
recherche agronomique pour le développement, à Montpellier), René Riesel
a été incarcéré à la prison de Mende le 1er décembre 2003. Il a refusé de
quémander une quelconque grâce présidentielle et tout aménagement de
peine*.

Il est en prison mais il s¹obstine
(chanson populaire).

Quelques ennemis du meilleur des mondes
c/o ACNM BP 178 ‹ 75967 Paris CEDEX 20

* René Riesel s'explique dans son livre, Du progrès dans la
domestication, Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, septembre 2003.


--------------------------
René Riesel, un enragé non modifié
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Le Monde (4 décembre 2003)


Étudiant en 1968 à Nanterre, il est passé par l'Internationale
situationniste avant de fuir la ville. Il a continué le combat, jusqu¹à
ces destructions d'OGM qui le mènent aujourd'hui en prison.

Il est en prison, il écrit, et il ne se plaint pas. La veille de son
incarcération, le 1er décembre, à la prison de Mende, René Riesel se
préoccupait surtout de savoir s'il pourrait apporter les soixante
ouvrages qu'il projetait de lire à l'ombre : " Épistémologie, sciences
humaines, et des romans... C'est bien, les romans. " Pour René Riesel,
qui vient de publier Du progrès dans la domestication (éditions
L'Encyclopédie des nuisances), la geôle est un passage obligé de la
rébellion : un moyen, sans doute, même s'il abhorre le système
médiatique, de marquer ses actes et de leur donner un sens public,
c'est-à-dire politique. On oublierait presque que, si Riesel a été
condamné à six mois de prison ferme, c'est pour s'être attaqué aux OGM
(organismes génétiquement modifiés). L'aboutissement, en fait, du
parcours sans concession de cet enfant de Mai 68.
" Ce n'est pas impunément que l'on enjambe des cadavres quand on a dix
ans.
" Né en juin 1950 à Alger, René Riesel est sorti tôt d'une " enfance
entourée de bombes et d'assassinats ". Son père, horloger-bijoutier, est
militant communiste.
En 1962, lors de l'indépendance de l'Algérie, la famille découvre la
France. Le jeune René est émerveillé par Paris, qu'il " dévore " en
marchant avec passion, partant du domicile familial de Saint-Cloud
jusqu'à Barbès ou ailleurs. Il lit avec avidité, découvre le surréalisme,
crée avec des amis un groupe anarchiste, dit Sisyphe ­ en référence à
Camus, " la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur
d'homme ". Ils vont voir les beatniks à Saint-Michel et se livrent, au
lycée Jean-Baptiste-Say, à un " extrémisme potache ". Riesel est fasciné
par les provos d'Amsterdam : " Ils étaient habillés de blanc, mettaient
des bicyclettes à disposition, affirmaient que la bourgeoisie s¹était
fondue avec le prolétariat dans une immense masse grise. "
Il obtient de ses parents l'émancipation à 16 ans, jette le trouble au
congrès anarchiste de Bordeaux de janvier 1967, croise Daniel
Cohn-Bendit, alors membre du groupe anarcho-communiste Noir et Rouge,
avant de le retrouver à l'université de Nanterre où, bac en poche (18 en
philosophie), il rejoint cette étrange collection de tours plantées dans
une espèce de terrain vague, où les sciences sociales tiennent le haut du
pavé.
Sciences sociales ? " Sciences du contrôle social ! ", bien sûr, pour
Riesel et ses amis, qui commencent à s'appeler les Enragés, en référence
à l'ultragauchiste de la Révolution française Jacques Roux : tout en
avalant les livres avec boulimie, ils entretiennent le bouillonnement qui
saisit l'université, squattant les bâtiments des filles (avec leur
accord), manifestant pour le Vietnam en critiquant les staliniens,
interrompant les cours d¹Alain Touraine, Edgar Morin ou Henri Lefebvre à
coups de bombes fumigènes et de boules puantes.
Le 26 janvier, une de leurs supercheries autour de prétendus indicateurs,
qui conduit à l'intervention de la police, oblige les gauchistes, qui se
méfient de ces incontrôlables, à les suivre dans la " lutte contre la
répression ". C¹est le 22 mars, l¹occupation du bâtiment universitaire. "
Il était d'une radicalité à toute épreuve, raconte Daniel Cohn-Bendit, en
opposition totale avec l¹ordre établi. Il était aussi d'une intolérance
totale. "
Le 6 mai, Cohn-Bendit et Riesel se retrouvent parmi les huit étudiants
convoqués en conseil de discipline à la Sorbonne. Dans la rue, l¹émeute
éclate, Mai 68 est bien parti. Riesel se retrouve le 14 mai président du
comité d¹occupation de la Sorbonne, vite contourné par les gauchistes
plus organisés. Il est ensuite de toutes les nuits, de toutes les
actions, mais il dit que Mai s'est achevé quand les " staliniens " (PCF
et CGT) ont bouclé les usines pour empêcher le lien avec les étudiants.
Riesel pénètre alors le cercle des affidés de Guy Debord, le maître de
l'Internationale situationniste (IS). Mais celui-ci lui en prête trop ­ "
on ne pouvait attendre d'un môme de 18 ans qu'il ait lu La Phénoménologie
de l'esprit du début à la fin " ­ et Debord a '¹amitié dilettante. Ils se
brouillent, et Riesel est exclu en 1971 de l'IS. Debord l'injurie avec sa
componction assassine : " Riesel a connu la rare mésaventure de devenir
vieux avant d¹avoir 19 ans. " N'importe : Riesel a affiné au contact du
maître charmeur et misanthrope un talent d¹écriture et de pensée claire.

MOUTONS ET GALÈRE

D'ailleurs, c'est assez. Une année d'alcool à vitupérer la médiocrité du
temps, et le massacre de son Paris aimé, alors qu'" il y avait ces gosses
à moitié hippies, à moitié gauchistes, très jolis, très libres, qui
dansaient la nuit dans les Halles ". Mais on détruit les Halles, il
quitte la ville pour la campagne.
Années de petits boulots, d¹amis de rencontre, de disputes, de lectures
aussi, d'amour, sans doute ­ " une vie paisible, heureuse, on avait
quatre poules, un peu de maïs, pas d¹argent ". Dans les années 1980, René
et Françoise sont dans les Pyrénées-Orientales. Ils se lancent dans
l'élevage des moutons. Et dans une longue galère, car ils se heurtent à
l'hostilité des paysans locaux, qui leur refusent le libre usage des
terrains communaux. Cela se finit presque au fusil.
Ils se retrouvent en Lozère, sur le Causse Méjean, dans un endroit désolé
où les nuits sont magnifiques. Quelques chevaux, 350 moutons scottish
blackface dont il parle avec compétence et plaisir. En 1991, il rejoint
la Confédération paysanne, qu'il trouve intéressante. Il parle bien, il a
retrouvé l'envie d'agir, il est " aspiré " jusqu'à se retrouver, en 1995,
au secrétariat national du syndicat paysan, où il rencontre José Bové,
alors inconnu.
Les OGM rentrent dans leur champ de vision en 1996. Pour lui, ce sont les
agents de " l'intégration des paysans dans un complexe agro-industriel
déresponsabilisant ". Tandis que le gouvernement tergiverse, ils
organisent l'invasion d'un stockage de maïs transgénique à Nerac, en
1998. L'année suivante, Riesel rompt avec la Confédération paysanne,
jugée trop
réformiste, mais pas avec l'action et, avec Bové et bien d¹autres,
détruit des plants de riz transgéniques à Montpellier.
Mais Bové est devenu le héraut de l'anti-mondialisation. Riesel le
rejette ; il vomit les " citoyennistes " et Attac, avec lesquels s¹allie
Bové et qui, selon Riesel, ne veulent qu'aménager le système
techno-marchand. Dans cette époque sans repères politiques, et qui sourd
l'ennui, il poursuit une autre voie, s'affichant comme " anti-industriel
".

Hervé Kempf

Biographie

1950 Naissance à Alger.
1968 " Enragé " à Nanterre. Rencontre l'Internationale situationniste.
1973 Quitte Paris pour la campagne.
1999 Rupture avec la Confédération paysanne. Destruction de riz
transgénique.




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