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(fr) Québec : nous sommes prêt-e-s... pour la lutte de classes !

From Nicolas Phébus <nicolasphebus@yahoo.com>
Date Thu, 17 Apr 2003 13:51:12 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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La farce électorale est maintenant derrière nous, quelles leçons, quelles
perspectives pouvons-nous en tirer? Premièrement, la crise de légitimité
des institutions politiques s'est encore approfondie. Deuxièmement, les
ballounes respectives de l'Action démocratique du Québec (ADQ) et de
l'Union des forces progressistes (UFP) se sont lamentablement dégonflées.
Troisièmement, si le nouveau gouvernement libéral applique les éléments
centraux de son programme électoral, nous nous dirigeons tout droit dans
une grave crise sociale avec les conflits de classes qui vont avec.

Montée de l'abstention

Malgré le pseudo " caractère historique " de cette élection, les
soit-disants " enjeux cruciaux " en présence, les " différences
fondamentales " entre les divers " projets de société " sur le marché
électoral -bref malgré la présence d'un tiers parti plus clairement campé
à droite que les autres, l'ADQ-, le véritable fait saillant de cette
élection est la montée de l'abstention, qui passe de 22% à 30%. Autrement
dit, il y a plus d'abstentions que de vote pour le Parti Québécois
(l'opposition officielle récolte en effet 1 268 678 votes contre 1 620
119 abstentions)! Les appels au " vote utile et stratégique " des
centrales syndicales et du mouvement communautaire n'ont donc pas été
entendu par le bon peuple.

Presque tous les commentateurs, et une bonne partie de la gauche,
s'échinent à dépolitiser ce refus du système électoral. Tellement qu'à
Québec une cinquantaine de libertaires et de quidams, à l'appel du
Collectif
anticapitaliste La Rixe, ont tenus à " politiser " leur abstention en
participant à un rassemblement près d'un bureau de vote pour ne pas être
confondu avec les " je-m'en-foutistes ". Pourtant, on a beau retourner le
phénomène dans tous les sens, on ne peut faire autrement qu'accorder un
sens politique à l'abstention. Si les gens ne vont pas voter, cela
signifie minimalement qu'ils trouvent que ça ne vaut pas la peine de se
déplacer, qu'ils sont désabusés, qu'ils n'y croient tout simplement pas.
Quand 30% des " citoyen-ne-s " ne se donnent même pas la peine de poser
le geste officiellement le plus important du système politique, on ne
peut que conclure à une crise de légitimité qui, en plus, va en
s'aggravant. Tous les authentiques
révolutionnaires ne peuvent qu'y voir un développement des plus
positif...

Écrasement de l'ADQ, flop de l'UFP

L'un des dommages collatéraux les plus réjouissant de la farce électorale
est sans aucun doute l'écrasement de l'ADQ qui s'était prise à rêver,
depuis quelques mois, au pouvoir ou à tous le moins au statu d'opposition
officielle. Non seulement cela ne s'est pas produit mais le parti de
droite de Mario Dumont n'est même pas encore assuré d'être officiellement
reconnu comme un parti à l'Assemblée nationale. En effet, pour que ce
soit le cas, l'ADQ aurait dû faire élire 12 député-e-s (ils en ont 4) ou
bien obtenir 20% des suffrages, or le site web du Directeur général des
élections ne leur accorde que 18% des voix. L'ADQ est donc plus faible
aujourd'hui qu'au déclenchement des élections... Qui s'en plaindra?

À l'autre extrémité de l'échiquier politique, le nouveau " parti fédéré
de la gauche ", l'UFP, a fait un flop monumental. Bien sûr, la " nouvelle
gauche " électorale a fait légèrement mieux que lors du dernier scrutin
mais c'est tout relatif et globalement comparable. Avec un peu plus de 1%
des voix, l'UFP sauve les meubles, mais, à moins de se mettre la tête
dans le sable, il faut admettre que quelques milliers de votes de plus
c'est ridicule comparé aux efforts investis en terme de visibilité.
Surtout qu'il y a eu plus de bulletins rejetés -annulations- que de votes
pour eux (49 969 contre 40 561)! Certains se gargarisent du score "
honorable " de Kadir dans Mercier mais ils oublient que c'est loin d'être
inhabituel, rappelons qu'en 1998 Michel Chartrand avait récolté à peine
200 voix de moins dans Jonquierre en se présentant contre Lucien
Bouchard. D'autres vont se cacher derrière les " choix stratégiques " de
l'UFP et diront qu'il faut mesurer la performance du parti dans les "
circonscriptions prioritaires " (celles où il a réellement fait campagne,
bref). Dans les faits, on parle d'une dizaine de circonscriptions et,
sauf quelques exceptions (Outremont par exemple), le nouveau parti n'aura
réussi à récolter que quelques centaines de voix de plus malgré des
campagnes beaucoup plus ambitieuses que celles des années passées. Les
gauchistes pourront toujours se rabattre sur le mode de scrutin qui les
désavantage (c'est vrai) ou sur des facteurs conjoncturels comme les
appels à ne pas " diviser le vote ". Ceci dit, ils devront également
reconnaître que le contexte leur était beaucoup plus favorable qu'en
1998, il y a quand même eu un Sommet des Amériques, une Marche mondiale
des femmes, une montée des luttes syndicales depuis... Faut croire que la
radicalisation, relative mais réelle, de franges importantes de la
population aura surtout profité à l'abstention.

Sommes-nous prêt-e-s?

S'il y a peu de différences fondamentales entre un gouvernement péquiste
ou libéral, il y a quand même certains éléments du programme libéral qui
ne laissent présager rien de bon pour les classes populaires. Depuis deux
ans, les conflits de classes sont en hausse constante. L'an passé, les
statistiques sur le nombre de grèves et de lock-out ont littéralement
explosés, faisant de 2002 la pire année depuis 10 ans pour les relations
de travail. Évidemment la grève/lock-out à Vidéotron y est pour quelque
chose mais il y a aussi eu d'autres conflits majeurs plus courts mais
tout aussi durs. Le propre de cette nouvelle vague de conflits est qu'ils
sont surtout concentrés dans le secteur privé. Or, les secteurs publics
et para-publics ont longtemps été la locomotive de la lutte de classe au
Québec. Comme 2003 est une année de négociation des employé-e-s de
l'État, le Parti Libéral pourrait être tenté de donner un coup de main au
patronat en cassant tout de suite la vague montante des conflits sociaux.
Il est clair que l'issue des négociations publiques influera sur le
climat général du syndicalisme. Comme par hasard, le Parti libéral n'a
pas prévu un sous dans son cadre financier pour les augmentations de
salaires et l'équité salariale dans le secteur public. Autrement dit, il
veut faire payer les baisses d'impôts à ses employé-e-s et espère sans
doute nous monter contre eux et elles. L'échéance des conventions
collectives étant pour ce printemps, les 100 premiers jours du
gouvernement libéral seront effectivement déterminant et doneront le ton
pour le reste du mandat. Et on n'a même pas commencé à parler des
coupures dans tous les secteurs, sauf la santé et l'éducation...

Nous sommes prêt (pour la lutte de classe)
Restons forts (et mobilisés)
Il faut voir l'avenir autrement (hors du capitalisme)
Un autre Québec est possible (par nos luttes)


Nicolas Phébus
16 avril 2003



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