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(fr) Appel a contribution "Nos pratiques economiques radicales"

From zanzara@free.fr
Date Tue, 24 Sep 2002 14:48:57 -0400 (EDT)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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De : iosk@inventati.org


Appel  à  contribution

les pratiques économiques radicales

Salut à vous

Nous sommes un certain nombre de gens à nous engager dans des luttes 
sociales, libertaires, révolutionnaires, contre le système économique 
capitaliste. Nous sommes un certain nombre, parmi ce nombre, à considérer 
que ces luttes vont de pair avec des constructions concrètes et 
quotidiennes d'alternatives à ce système. Et, notamment, avec des 
expérimentations de logiques d'échange différentes, en opposition aux 
principes de profit, d'accumulation, de méfiance, d?exploitation, de 
consommation, qui bouffent notre société. Cet appel à contribution 
voudrait faire le point, ou faire un point, précisément sur ces 
expérimentations, et sur les débats qui tournent autour. Comment 
faisons-nous pour libérer nos vies des carcans du capitalisme ? Comment 
faisons-nous pour nous désinsérer de ses mécaniques, pour contribuer à les 
détruire ? 

Le sujet est large. Il pourrait déjà être divisé en trois parties. La 
première concernerait nos moyens de subsistance, dont le sens peut 
dépasser la simple débrouille. Comment faisons-nous pour survivre sans 
être esclaves du marché, ou en l'étant le moins possible ? Trouvons-nous 
le salariat acceptable, acceptable de temps à autre, ou inacceptable ? 
Choisissons-nous, tant qu'à gagner de l'argent, de vivre de nos activités 
aimées, par exemple de notre engagement politique (libraires, 
permanent-e-s dans des associations, etc.) ? Ou nous semble-t-il 
contradictoire et coercitif d'adapter ces activités aux exigences du 
marché, du salariat ? Si nous rejetons le travail, de quoi vivons-nous à 
côté ? Considérons-nous le R.M.I. et ses acolytes comme des programmes 
d'assistanat à pirater, ou comme des compromissions à même de nous 
endormir ? La récup est-elle une pratique subversive en tant qu'elle 
profite du gaspillage inhérent au capitalisme, ou nous confine-t-elle 
finalement dans une certaine dépendance, dans un profil bas devant le 
système, dont nous nous contentons des miettes ? Le vol est-il une 
légitime défense face au capitalisme, ou même une forme d?offensive ? Ou ne 
l'atteint-il aucunement, rejoint-il même un principe de consommation ? 
Quelles astuces trouvons-nous pour éviter d'acheter ce dont nous avons 
besoin ? Redéfinir dès maintenant ses besoins matériels à la baisse, 
est-ce un cheminement vers une conscience écologique et sociale ? Vers une 
capacité de répondre nous-mêmes à ces besoins, de casser notre dépendance 
à un appareil de production aliénant ? Ou est-ce une abdication devant une 
société qui produit de l'abondance, qui l'étale devant nous en même temps 
qu'elle nous l'interdit ? Et qu'en est-il de labourer la terre, de 
chercher l'autonomie alimentaire, énergétique, etc. ? Cette autonomie 
est-elle à portée de main dès aujourd?hui ? Ou nécessite-t-elle un tel 
effort qu'elle nous ramène à des logiques de travail, de spécialisation, 
qu'elle accapare nos forces et notre temps sans leur laisser d?autres 
activités ? Bref, salariat, assistanat, récup, vol, auto-subsistance, 
lesquelles oui, lesquelles pas trop, pourquoi et comment, et quelle 
articulation trouve-t-on entre les unes et les autres ? Quels moyens de 
subsistance nous semblent amener le plus de liberté et de cohérence ? 
Lesquels supportons-nous, lesquels refusons-nous, lesquels 
construisons-nous ?

Voilà pour l'une des deux parties. L'autre pourrait concerner les 
différents modes d'échange que nous tentons et construisons concrètement 
dans nos relations. Quelles logiques appliquons-nous en réaction, en 
création, face aux rapports marchands ? Parvenons-nous à construire 
d'autres logiques d'échange, déjà entre gens de sensibilité politique 
proche et radicale ? La vente directe (d'agriculteurice à mangeureuse) 
est-elle déjà une pratique radicale dans la mesure où elle court-circuite 
le maillon et le rôle du marchand ? Qu'est-ce que l'argent ? Est-il un 
outil utilisable à des fins révolutionnaires ? Ou porte-t-il en lui-même 
une logique économique qui contredit et affaiblit nos projets et nos 
constructions ? Comment brassons-nous l'argent ? Arrivons-nous à nous en 
passer complètement ? Quand il nous en faut, où allons-nous le chercher, 
et comment ? Par exemple, préférons-nous instituer un prix fixe  ou un 
prix libre ? Le prix libre marche-t-il dans telle ou telle circonstance, 
son sens politique est-il compris par le " public " ? Arrive-t-il à casser 
les velléités consommatrices ? La gratuité va-t-elle plus loin dans la 
remise en cause des logiques capitalistes ? Comment, avec qui 
l'appliquons-nous, sur quels types d'échanges ? Tenons-nous une 
comptabilité de nos coups de main les un-e-s aux autres ? Si oui, pourquoi 
? Si non, les choses marchent-elles sans à coups, sans rancunes ? 
Avons-nous besoin de reconnaissance comme salaire minimum de nos services 
mutuels ? Comment gérons-nous et échangeons-nous notre activité (notre 
travail ?) dans les collectifs ? Le principe du don arrive-t-il à se 
généraliser, ou celles/ceux qui donnent sont-illes condamné-e-s à n'être 
que des bonnes poires, même dans " nos " milieux ? Les espaces de 
gratuité, les bourses aux vêtements gratuits, fonctionnent-ils ? 

Il pourrait enfin y avoir une troisième partie, qui se centrerait sur les 
questions de l'individualisation ou de la collectivisation des biens. Dans 
une maison collective, comment gérons-nous l'argent ? Quel système de 
participation financière à la vie collective choisissons-nous d'appliquer 
? Un système de cotisations fixes, ou libres, ou proportionnelles aux 
moyens de chacun-e ? Que faisons-nous quand il y a des inégalités 
économiques entre les habitant-e-s ? L'argent reste-t-il une affaire 
intime, privée, individuelle, inter-individuelle ? Ou le collectif s'en 
mêle-t-il en tant que collectif, aide-t-il financièrement l'individu en 
son sein, collectivise-t-il l'argent gagné individuellement, gagne-t-il de 
l'argent collectivement ? Qu'est-ce qui freine nos démarches collectives 
sur ce plan ? Arrive-t-il que des comportements soient taxés de parasites 
? Quand, pourquoi ? Et comment dépensons-nous l'argent collectif ? Comment 
arrivons-nous à distinguer les besoins collectifs, qui mériteront des 
dépenses collectives, et les besoins qui devront être assumés 
individuellement ? Enfin, comment gérons-nous les objets ? Appliquons-nous 
l'idée de la propriété d'usage ? Collectivisons-nous tout ce que nous 
pouvons ? Que deviennent les objets collectivisés : y apportons-nous 
autant de soin qu'à nos biens personnels ? Quels rapports entretenons-nous 
avec nos biens, nos créations, nos écrits, comment sortons-nous de la 
propriété privée, de la propriété intellectuelle ?
 
Toutes ces questions paraissent sans doutes énormes et nombreuses. Mais 
comme elles sont toutes liées, comme notre approche anticapitaliste se 
veut globale, il était important de les réunir ici, et encore, sans doute 
beaucoup ont été oubliées (rajoutez-en !). Peut-être faudra-t-il plus 
d'une brochure, ou plus de dix, pour couvrir tous les sujets proposés. Peu 
importe : lançons-nous, allons-y comme nous pouvons, répondons à une seule 
question si elle nous inspire, ce sera déjà bien... Ecrivons seul-e-s ou à 
plusieurs, après débat ou sondage dans notre collectif, comme il nous 
plaira. Ecrivons par mots ou par bulles, amusons-nous. Signons ou ne 
signons pas, simplement oublions tout copyright. On peut même envoyer des 
documents dénichés loin de chez nous, pondus par d'autres gens. Envoyons 
des plaidoyers et des grandes théories si nous le voulons, mais n'oublions 
pas que ce qui peut être intéressant ici, c'est la confrontation avec la 
pratique et le quotidien : nos grandes théories économiques, comment les 
appliquons-nous, y arrivons-nous, où pêchent-elles, qu'est-ce qui nous 
manque pour les atteindre, ou pour les enfreindre ? 
Une échéance ?... Décembre 2002, ça ira ?

Appel à contribution autour des pratiques économiques radicales
Iosk éditions / Squat des 400 Couverts / 10 traverse des 400 Couverts / 
38000 Grenoble
iosk@inventati.org 




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