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(fr) Côte d'Ivoire : apartheid et maffiafrique

From "Samos99" <dissidance.rds@9online.fr>
Date Tue, 29 Oct 2002 11:13:39 -0500 (EST)


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Côte d'Ivoire : Apartheid et Maffiafrique

Après 6 putschs ou tentatives de putsch sur les deux dernières années et une
économie ruinée, la Côte d'Ivoire est en passe de perdre son statut d'élève
modèle de développement en Afrique de l'Ouest. Passés les 43 ans de règne de
Félix Houphoët-Bouigny - l'inventeur cynique de la formule "Françafrique"
illustrant bien l'imbrication magouilleuse et barbouzarde des intérêts de la
métropole et de ses anciennes colonies -  les principaux débiteurs (FMI,
Banque Mondiale et Union Européenne) ont présenté la note : un endettement
correspondant au double de la production annuelle du pays. Les caisses du
premier exportateur mondial de cacao sont vides, situation inadmissible pour
les premiers garants de la stabilité du système maffieux ivoirien : l'armée.


1 - Chronologie et galerie des monstres

Houphoët-Bouigny se méfiait à juste titre des militaires, mais son
successeur Henri Konan Bédié n'aura pas eu cette prévention. Avant même son
intronisation officielle il se fait monter une garde présidentielle par
Yannick Soizeau, correspondant local de la DGSE , trafiquant d'armes et
connu également pour avoir blanchit à Abidjan une partie de la "taxation" du
RPR sur les marchés parisiens.
En 1995, Bédié conforte sa position en excluant de l'élection présidentielle
son principal rival Alassane Ouattara au nom du principe d'ivoirité.
Ouattara -  ancien premier ministre de Houphoët-Bouigny et un des
vice-présidents du FMI à la fin des années 80 - est également un ami du
bétonneur Martin Bouygues dont le groupe s'est  fait concéder quelques-uns
des principaux services publics ivoiriens. Suivirent 5 années de gabegie
économique et politique pendant que Bédié  et sa clique s'enrichissaient
comme son prédécesseur du détournement de l'aide européenne.
Le 24 décembre 1999, le régime n'ayant plus assez de ressources pour payer
ses militaires, une mutinerie éclate emmenée par le Général Robert Gueï,
ancien chef d'état-major limogé par Bédié, bien connu du sérail miliaire
tricolore puisqu'il a fait école à St-Cyr. Grand ami du Général Jeannou
Lacaze (le conseiller militaire préféré des dictateurs africains) et de
Michel Dupuch
 (conseiller de Jacques Chirac), Gueï  qui prétendait n'être là que pour
organiser des élections transparentes  se sent pousser des ailes et
s'accroche au pouvoir. Il fait rentrer dans un gouvernement d'union une
figure historique de la résistance au système Houphoët-Bouigny : le
"socialiste" Laurent Gbagbo. Puis, pour se débarrasser de l'éternel rival
Ouattara, il fait inscrire dans une nouvelle constitution largement profilée
par les experts français une clause d'ivoirité permettant de refuser la
citoyenneté à plus de la moitié du pays.
Malgré toutes les précautions prises, au cours du scrutin chaotique du 22
octobre 2000 Gbagbo est largement en tête. Gueï tente alors un dernier coup
de force en arrêtant les membres de la Commission Nationale Electorale et en
proclamant sa victoire. Mais sous la pression des manifestations de rue et
du ralliement de l'armée a Gbagbo, il est obligé de quitter la scène. Il
finira assassiné dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 où a éclaté la
mutinerie qui fait actuellement chanceler le régime de Gbagbo.

2 - Nauséabonde "ivoirité"

Le dynamisme économique ivoirien, qui donnait à l'ère Houphoët-Bouigny une
aura de respectabilité, reposait sur l'agriculture extensive et un
défrichement massif au nord du pays. ce qui nécessita une importante main
d'ouvre étrangère (Burkinabé et Maliens principalement). Ainsi, selon la
terminologie officielle, les "résidents étrangers" sont évalués à 3 millions
auxquels s'ajoutent 2 millions de "résidents d'ascendance étrangère" : soit
environ 30% de la population, ce qui ne posait pas de problème dans un pays
multiethnique et traditionnellement tolérant. Mais, lorsque les instances de
la Mondialisation s'attaquèrent au "pré-carré Français" de l'Afrique de
l'Ouest et que le FMI imposa ses plans d'ajustements (dévaluation du Franc
CFA, démolition des acquis sociaux, démantèlement des services publics.), la
moitié des salariés se retrouvèrent au chômage. Les premiers touchés furent
les Ivoiriens du sud employés par les compagnies étrangères. Dans un
contexte où il abordait une élection avec les caisses de l'état vides, Bédié
développa alors le concept d'ivoirité, transformant les populations
"nordistes" Dioulas et les Burkinabé - qui avaient été le fer de lance de
l'économie - en victimes expiatoires du ressentiment de la population du
sud. Devoir être "ivoirien de naissance et de parents ivoiriens" ou
appartenir à un village "typiquement ivoirien" :  autant de critères aussi
ségrégationnistes et absurdes que la quasi-inexistence d'état-civil avant
1960 et  l'arbitraire des frontières décidées entre puissances
impérialistes. Néanmoins, le tout entretenait un flou suffisant pour pouvoir
montrer du doigt et écarter du champ politique n'importe qui.
Malgré avoir tout d'abord dénoncé l'ivoirité en prenant le pouvoir, Gueï la
reprit à son compte et la rendit constitutionnelle pour se débarrasser de
Ouattara. Lui  succédant, Gbagbo  la poussa jusqu'à son actuel paroxysme,
assimilant "mauvais ivoiriens" et partisans politiques de l'éternel
adversaire Ouattara. Arrestations arbitraires, tortures, exécutions
sommaires, charniers comme à Yopougon. les exactions racistes du régime
Gbagbo poussèrent vite les Burkinabé, Maliens et autres Diaoulas résidant au
Sud dans un exode vers Le Nord.


3- Françafrique, Françafric et Maffiafrique.

La fracture civile engendrée par le concept d'ivoirité est telle que les
actuels mutins, qui contrôlent le nord du pays, craignent une "rwandisation"
de la situation, c'est à dire une fuite en avant génocidaire d'un régime aux
abois. Mais même s'ils déclarent ne vouloir renverser Gbagbo que pour mettre
fins aux discriminations ethniques et organiser des élections, l'exemple du
Général Gueï ne pousse certainement pas à leur donner une confiance
excessive.
Cependant, ils savent que tant que les troupes françaises d'élite seront
présentes en permanence sur le territoire ivoirien  (aux termes d'un accord
de défense), aucun changement politique ne pourra être possible sans l'aval
de la France. Les dirigeants politiques, militaires et économiques français
qui ont organisé le pillage systématique de leurs anciennes colonies en
soutenant des autocrates corrompus et des régimes aux relents fascisants ne
sont certainement pas déterminés à abandonner leur "pré-carré". La
corruption qu'ils ont encouragée et dont ils ont récolté (via d'importantes
retro-commisions et autres opérations de blanchiments et de spoliations)
d'importants dividendes les lient fortement au maintient du
néo-colonialisme.
Si les ivoiriens et ivoiriennes veulent se construire un autre futur, ils
devront se débarrasser aussi bien d'une classe politique liberticide et
vermoulue, que des réseaux nauséabonds de la Françafrique et des brigands
internationa



Texte publié dans le Feuille d'Infos Mensuelle du GROupe de la MEtropole
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