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(fr) Dieu est mort ? La police fera l'affaire

From media <media@sympatico.ca>
Date Mon, 21 Oct 2002 13:56:57 -0400 (EDT)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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C'EST LA NUIT EN PLEIN JOUR

Ainsi nous avons peur, et cette peur est un ordre. Le devoir de peur.
Nous avons peur de Ben Laden, de Ben Bush et de Ben Le Pen. Nous avons
peur du terrorisme, et peur de la guerre. Peur de l¹insécurité. Peur de
l¹autorité. Peur de l¹extrême droite. Peur de notre voisin, de notre
femme, de notre mari, d¹un regard, peur de grossir ou de maigrir, de
trop consommer ou pas assez. Nous avons peur de ne pas trouver un
travail, que nous aurons peur de perdre. Peur de perdre le sommeil et
l¹oubli. Nous avons peur de perdre notre langage par plaques, de
prononcer des mots que nous ne reconnaîtrons plus. Nous avons peur de
montrer notre peur.

Nous avons peur de la pollution, bien sûr. Paris est un marécage.
Bruxelles, Rome, New York, Jérusalem : marécages, marécages, marécages.
C¹est la nuit en plein jour, et nous avons peur des silhouettes qui
progressent difficilement dans les trente centimètres d¹eau boueuse qui
recouvrent les trottoirs. Les pompes installées dans le hall de chaque
immeuble ne suffisent même plus à écoper toute cette fange. Bientôt les
rues chavireront, et nous monterons sur leurs quilles. C¹est
la nuit en plein jour, et nos ombres ont peur de nous.

Ces peurs sont d¹origine contrôlée. Branchons-nous sur l¹archipel
médiatique, et contemplons, impuissants, les grandes peurs lointaines ­
Palestine, Afghanistan, Pakistan, Argentine, Irak ­ ou, plus proches de
nous, les peurs permises, autorisées, élues ­ les banlieues, les
clandestins, les islamistes, les pédophiles, les jeunes.

Dehors c¹est la guerre
Dedans c¹est la violence

Ben Laden (ne tombe-t-il pas à pic, celui-là ?), Le Pen (ne grimpe-t-il
pas ad hoc, ce gros-là ?) : les pouvoirs ont besoin d¹ennemis pour
huiler leur moteur.
Manichéisme stérile qui se transforme en combat de coqs. Nous ne sommes
pas des supporters ! Cette désignation de l¹ennemi est infantilisante,
comme l¹illusion d¹action et d¹engagement politiques qu¹elle suscite.
Exemples d¹absurdités à la mode :

Quand j¹enferme les jeunes, je défends la société. Quand je mange bio,
je protège ma planète. Quand je vote, je sauve la démocratie. Quand je
me méfie de mon voisin, je combats le terrorisme. Quand j¹achète des
actions dans la sécurité, je lutte contre le chômage.

Mais veuillez croire que ce n¹est pas récent : « La connerie est
française, la vérole est française, les porcs sont françaisŠ » (Paul
Eluard) L¹élection présidentielle l¹illustre bien, puisqu¹un président
dont personne ne voulait a été plébiscité dans les urnes funéraires :
quand le vote se déroule sous l¹empire de la peur, la délégation montre
toutes ses limites ; l¹événement se capitalise, fructifie, devient objet
de spéculation. La peur étant un marché de libre concurrence, la
surenchère
est permanente :


Dieu est mort ? La police fera l¹affaire.



Ne nous trompons pas de peur ! Car tandis que l¹espace de la peur est
saturé par ce jeu de masques, nous oublions que le présent tue, et qu¹il
y a urgence à s¹en inquiéter. Il tue dans les régions sous tutelle de
l¹Empire, lequel nous tient dans l¹impuissance organisée. Il tue ceux
qui entravent la terreur d¹État, parfois sans sommation, parfois en les
poussant au désespoir ou à des gestes rapidement et systématiquement
qualifiés de « fous ». Nous oublions que certains meurent déjà
des délires bactériologiques, génétiques, chimiques, et que le monde
entre dans une logique d¹anéantissement (suppression de l¹Afrique par le
sida, mutation des espèces végétales, animales et humaines, premiers
conflits nucléaires en instance).

« Démocratie », vieille salope oligarchique, tu méprises ton peuple !

Chacun pourrait dire : « Mais que vaut la destruction du monde face à la
question de ma propre survie quotidienne ? » Certes, l¹angoisse est
compréhensible. La solitude de la foule et le fatalisme de ses membres
sont à l¹image d¹une vie absurde courant au rythme d¹un monde emballé
par la technique et le besoin de prévaloir, de croître à tout prix.
Cette vie « sociale », nos bons maîtres ne la veulent qu¹animée par des
peurs collectives et bien dirigées. Ainsi, toute peur singulière doit
être tue. Elle n¹est pas nommable, elle ne regarde que vous ­ et le psy
vous déchargera de cette angoisse privatisée. C¹est la nuit en plein
jour :
restez inquiets mais confiants, on s¹occupe à votre place de ces grandes
peurs qui déferlent sous vos yeux et sur vos corps sans les atteindre ;
vous êtes vulnérables mais protégés, indemnes, dédommagés de toute
conscience, dans un lâche et miraculeux soulagement. Nos peurs doivent
regagner l¹éblouissant espace de l¹intime ­ « à ce carrefour qui est
four alchimique des gestes, des jets, des jeux et des tics » (Gherasim
Luca). La peur peut prendre nos corps sans polluer nos esprits ; il n¹y
a rien de plus encourageant que la peur de l¹inconnu. Quand nos peurs
ont une fonction sociale, elles peuvent soit mener à la veulerie bleu
marine, soit quitter la sphère du pouvoir pour retrouver une place entre
l¹indifférence, l¹attirance ou la répulsion. Car elles sont aussi des
modes de rapport à l¹autre et au monde, et nous invitent à les
connaître, à inventer d¹autres qui-vive.

IL N¹Y A PAS DE LIBERTÉ SANS INSÉCURITÉ !



ETC2, Contact : etc.2@wanadoo.fr .

["Etc2" est un collectif d'individus d'expériences et de convictions
parfois assez différentes, sans être divergentes bien sûr, mais qui
reprendraient volontiers à leur compte le rapprochement effectué jadis
par André Breton: "Changer la vie", a dit Rimbaud, "transformer le
monde", a dit Marx - ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un.
Chacun de nous dispose ainsi d'autres moyens d'expression ou d'action;
ensemble, nous ne désirons pas d'autre "marqueur" (ou signature / ou
fonction) que celui d' Etc2. Ce n'est certainement pas par ésotérisme ou
élitisme, mais parce que nous estimons que l'on peut agir et réfléchir,
provoquer à l'action ou à la réflexion, de bien des façons - dont
celle-ci qui n'a pas nécessairement besoin d'être affiliée ou
circonscrite. A chacun(e) de reprendre au besoin certains éléments de
nos analyses, conjugués à d'autres qui lui sont propres, là où il/elle
se trouve, et avec ses compagnons de route habituels. Suffisamment
d'associations
et d'organisations existent par ailleurs.]


[Texte publié pour Calle Luna, octobre 2002]





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