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(fr) Nucleaire : EPR or not EPR ?

From Courant alternatif <oclibertaire@hotmail.com>
Date Fri, 22 Nov 2002 10:53:26 -0500 (EST)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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Si l'option nucléaire devait être confirmée en France, c'est vers 2017 que
le parc devra être progressivement remplacé. C'est dans le cadre de cette
hypothèse que, le 3 juillet dernier, Raffarin a annoncé l'ouverture
prochaine d'un "grand débat"... qui sera suivi d'un projet de loi qui
consacrera... une place reconnue à l'énergie nucléaire. Voilà un débat qui
s'annonce passionnant puisque les conclusions en sont déjà connues et les
conséquences tirées : le nucléaire sera consacré, c'est-à-dire durablement
dédié à la déesse Electricité.

La première question qui se pose alors est de savoir quel(s) type(s) de
réacteurs remplaceront les anciens.

Pour les capitaines des industries nucléaires et adjacentes, comme pour la
grande majorité des politiques, cela ne fait pas de doute, c'est EPR qu'il
nous faut !

EPR c'est quoi ?

En 1989, Framatome et Siemens créent une filiale (NPI, nuclear power
international) destinée à concevoir une nouvelle génération de centrales
nucléaires, plus sûres que les précédentes, et exploitées conjointement en
France et en Allemagne. En 1992, EDF et les compagnies électriques
allemandes se joignent au projet, si bien que l'étude de conception d'un
European presured water reactor (EPR) de 1495 MWé est achevée en juin 1997.
Mais cette étude laisse apparaître en même temps que ce réacteur ne sera pas
compétitif par rapport aux centrales à gaz munies de turbines utilisant un
cycle continue. Il faut donc trouver le moyen de réduire de 10 % le coût du
kWh (à 2,74 cents d'euro le kW/h ­ 18 centimes de francs). Un nouveau projet
est alors élaboré, un réacteur plus puissant et qui, s'il est construit en
série, devrait permettre d'atteindre cet objectif. En juillet 1999,
Framatome et Siemens signent un accord avec EDF concrétisant la coopération
et, dès le mois de décembre suivant, les deux "géants" fusionnent. Une
précision s'impose ici : EPR présenté comme "plus sûr" n'est pas un "concept
nouveau", comme on dit dans les milieux branchés, mais une version
modernisée des réacteurs type Civaux et Chooz. Or force est de constater que
ces réacteurs, dits de la classe N4, sur lesquels le modèle de l'EPR est
basé, ont déjà connu de graves problèmes relatifs à la sûreté.

Le nouveau prototype proposé est de 1750 MWé. Pour être rentable
(soit-disant), il lui faudrait, en outre, posséder les caractéristiques
suivantes : un c¦ur composé à 50 % de combustible MOX (mélange d'oxydes
d'uranium et de plutonium) ; l'uranium utilisé comme combustible standard
doit être enrichi jusqu'à 4,9 % en uranium 235 ; le combustible être
déchargé à un taux de combustion allant jusqu'à 60 GWj/t ; la centrale avoir
une durée de vie de soixante ans (!) ; les rechargements et la maintenance
ne pas dépasser vingt jours d'arrêt par an ; avoir une disponibilité moyenne
de 90 %.

Par ailleurs, toute une série de dispositions relatives à la sécurité sont
prévues : doubles murs pour retenir les effluents, réservoir d'eau de
refroidissement en cas de fusion du c¦ur, procédé chimique pour empêcher les
explosions. Et ce n'est pas fini : EPR devra avoir une résistance extrême
aux séismes, se moquer des chutes d'avion, être muni, sous le c¦ur, d'un bac
récupérateur du combustible liquéfié en cas de fusion. Le rêve ! La sécurité
absolue enfin atteinte ! En attendant, l'énumération de ces objectifs
fantasmatiques prouve deux choses essentielles :

1. Que la fusion du c¦ur et l'explosion sont maintenant prises en compte
(mal, cependant) alors qu'elle était "impossible" il y a encore dix ansŠ

2. Que si EPR est plus sûr, c'est que les 56 autres réacteurs en service le
sont moins. Pourtant, le 4 octobre 2002, la direction de la sûreté nucléaire
et de la radioprotection (DGSNR) a déclaré officiellement, après étude, que
les réacteurs français de 900 MWé étaient "sûrs" "jusqu'aux troisièmes
visites décennales" (l'examen des réacteurs de 1300 MWé est en cours, on
attend les résultats, mais soyez certains qu'ils seront bons).

Si l'Allemagne maintient la décision de non-renouvellement de son parc (ce
qui n'est pas certain du tout), le premier EPR devrait, par force, être
construit en France. Et c'est tout à fait possible sur un site déjà en
service. Un premier EPR, qui serait un prototype, est souhaité par les
opérateurs pour 2010, de façon que le parc français puisse commencer à être
remplacé vers 2017.

La décision des politiques devrait être prise vers 2003-2004. Christian
Bataille et Robert Galley, dans L'Aval du cycle nucléaire, tome 1,
recommandaient, il y a peu, qu'EDF passe commande d'un EPR de seulement 1495
MWé (préféré à celui de 1750 MWé, pour d'obscures raisons à mes yeux) et
c'est, semble-t-il, cette option qui a, pour l'instant, la préférence des
politiques.

Mais cette date de 2010 n'est pas seulement, pour l'industrie nucléaire, une
affaire de production d'électricité en France et en Allemagne. 2010, c'est à
peu près le moment où les plus anciens des 430 réacteurs en service dans le
monde commenceront à devoir être remplacés (ou pas !). EPR, ce n'est donc
pas seulement une question de l'avenir du nucléaire en France ou en
Allemagne, mais un projet industriel et commercial destiné à tenter de
réaliser de juteux profits... sans trop de risque puisque, en cas d'échec,
les deniers publics seront là pour limiter la casse. Sachons cependant que
le coût du prototype est évalué entre 2 et 3 milliards d'euros (ce qui veut
dire, en clair, le double). Selon les calculs de ses promoteurs il faudrait
que 35 EPR soient en service en 2050 pour que tout baigne.


Des hommes au service du capital

Framatome est maintenant regroupé avec la Cogema dans Areva (du nom du
célèbre voilier qui remporte sur les mers les succès que l'on sait !). Le
souci de Framatome, et donc maintenant d'Areva, est de faire travailler son
personnel spécialisé pour ne pas le perdre avec ses connaissances. Et comme
toujours en système capitaliste, le savoir se négocie en pépètes plutôt
qu'en bien-être. D'où l'impérieuse nécessité pour lui de mettre EPR en
chantier, de s'ouvrir des marchés, de maintenir son avance en matière de
technologie nucléaire avec ses hommes au service du capital. Le service des
hommes ça sera pour plus tard, lorsque, par exemple, Areva aura fusionné
avec quelques grandes boîtes spécialisées dans la gestion des catastrophes.
La boucle sera alors bouclée : l'alliance du pyromane et du pompier est le
rêve de tout entrepreneur capitaliste.

Pourtant, dans le ciel des profits tout n'est pas bleu. Les débouchés du Mox
s'amenuisent : le Japon a résilié son contrat de 10 tonnes par an et EDF
maintient son option d'en limiter l'utilisation à 20 réacteurs. Or le MOX
c'est important ! C'est même la seule justification de l'extraction du
plutonium par la Cogema à la Hague (16 tonnes par an) . Même si on ne sait
toujours pas, à l'heure actuelle, en retraiter les déchets. Quant au prix du
kilowatt prévu (2,74 cents d'euro) il est, même en haut lieu, considéré
comme démesurément optimiste.

Pour rendre viable ce projet EPR, il faut donc à la fois compter sur une
relance de l'économie mondiale et de ses besoins énergétiques et sur
l'énorme coup de pouce que les accords de Kyoto sur le CO2 ont fourni au
nucléaire. Contre le réchauffement de la planète, une seule solution, le
nucléaire ! C'est le nouveau slogan offert sur un plateau par certains
écologistes à EDF. Car si l'ennemi numéro un est la couche d'ozone et tutti
quanti, alors le nucléaire retrouve sa virginité première. Mieux vaut en fin
de compte une "excursion" avec quelques centaines de milliers de morts
qu'une planète embrasée et détruite par des rayons extraterrestres. Pour
l'instant, il ne reste plus aux exploitants qu'à multiplier les communiqués
rassurants en matière de sûreté... Comme le dernier en date concernant une
"étude" pour évaluer l'exposition des riverains aux rejets radioactifs de la
centrale du Blayais et pour laquelle la Crii-rad a découvert qu'aucune
mesure de carbone 14 n'avait été faite !


EPR sera-t-il utilisé comme un leurre ?

Tout cela étant dit à propos d'EPR, nous aurions tort de croire que le
nucléaire n'a que ce projet dans son sac. S'il s'avérait trop coûteux, sans
perspective de développement, déficient techniquement ou que sais-je
d'autre, le nucléaire ne s'arrêterait pas pour autant, d'autres "solutions"
sont dans les cartons : prolongement de la durée des centrales existantes et
mise en chantier de centrales classiques, voire de la classe 4, peuvent
parfaitement faire l'affaire. Pour le cas où EPR ne serait pas encore décidé
prochainement (et c'est tout à fait possible), le mouvement antinucléaire
n'aurait aucune raison de crier victoire, sinon pour accréditer l'idée
saugrenue que c'est par les pressions parlementaires que l'on obtient
quelque chose. Ne recommençons pas la mascarade de l'abandon de Superphénix,
présenté comme une victoire alors que ce n'était que la conséquence d'une
aberration technologique dont l'abandon programmé fut donné comme un os à
ronger aux Verts.

La récente manifestation qui a rassemblé devant le Parlement européen
environ 8000 personnes n'est certainement pas de nature à transformer
l'essai marqué lors des manifestations du 20 octobre 2001. Non seulement
elle a rassemblé trois fois moins de monde que les cinq manifestations
décentralisées d'il y a un an, mais encore il faut tenir compte qu'une bonne
partie du rassemblement, plutôt traîne-savate, était composé de militants de
13 pays (Allemands surtout). Il est vrai que, pour ses initiateurs, il
s'agissait non de construire un mouvement de lutte mais de capitaliser un
mouvement d'opinion au profit de la politique parlementariste des Verts. Un
très grand nombre de manifestants du 20 octobre dernier a rechigné à se
déplacer très loin pour une manif centrale instrumentalisée par un parti
politique. Soyons cependant lucides : les manifestations locales ou
décentralisées, indépendantes des partis, ne sont pas obligatoirement gages
de succès : le bide du rassemblement à l'île Longue et l'échec de celui de
Civaux au printemps dernier en sont la preuve. C'est pourtant dans cette
voie qu'il faut persévérer : relier la lutte antinucléaire à toutes les
luttes anticapitalistes, ne pas s'engager sur des voies institutionnelles
qui ne mènent à rien d'autre qu'à faire émerger de nouvelles générations de
politiciens reproduisant les procédés les plus éculés de mainmise sur un
mouvement, ne rien céder à la tentation "petite-bourgeoise" consistant à ne
pas remettre en cause le mode dominant de consommation dans nos sociétés, à
seule fin de gagner à la cause antinucléaire celles et ceux pour qui il
serait hors de question de se priver de quoi que ce soit, et à croire qu'on
peut changer la vie sans changer de vie.

JPD

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Article tiré de "Courant alternatif" n°123, novembre 2002.

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