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(fr) Bresil : la victoire de Lula et la defaite de la gauche bresilienne

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Tue, 19 Nov 2002 18:11:33 -0500 (EST)


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[re-piqué du site www.alternativelibertaire.org]

Après 4 mois de négociations, rencontres secrètes et alliances brisées, l'Etat
brésilien connaît définitivement et officiellement son président. Un résultat
attendu et tous les acteurs politiques officiels étaient préparés à la victoire
de la coalition gauche du PT avec Lula en tête. Cela a pris 12 ans et 4
candidatures, pour qu'enfin, lors de la dernière tentative, l'ancien
travailleur d'usine soit élu. Tous les 4 ans, son discours devenait de plus en
plus modéré, son programme de plus en plus tiède et les alliances créées se
déplaçaient de plus en plus vers la droite. Le second tour du vote, dimanche 27
octobre 2002, a couronné définitivement un tournant à droite pour le PT, un
parti issu des mouvements sociaux et d'un syndicalisme authentique depuis la
fin des années 70, et qui était issu d'un mouvement populaire important et
avait une proposition originale de socialisme et de démocratie. 

Pour achever la transformation finale de son parti vers une image
correspondante à celle d'un programme social-démocrate pour classe moyenne, une
alliance électorale de classe a été tissée sur un panel allant d'une aile
gauche authentique des mouvements sociaux (qui ont fait une campagne contre
leurs convictions) à la présence symbolique telle que celle d'un patron de
l'industrie textile ayant des investissements à l'étranger, José Alencar, du PL
(Parti Libéral, ayant des liens avec l'église pentecôtiste et la rénovation
charismatique), sénateur de Minas Gerais. Au second tour du vote, comme on s'y
attendait, l'un des partis trotskistes, le PSTU s'est résolu à apporter un
"soutien critique". Argumentant que l'autre partie de la droite s'énervait et
utilisait la peur dans sa stratégie électorale (ce qui était vrai), Lula, ses
alliés et supporters critiques se sont retrouvés dans une campagne émotionnelle
qui a été très loin de toute déclaration ferme concernant un engagement
quelconque vis-à-vis des pauvres de ce pays. Ils se sont beaucoup lamentés et
n'ont rien affirmé. Le résultat : une transition pacifique, calme et
tranquille, avec l'idéologie du PT et des ses leaders nationaux (par chance pas
de prédominance d'anciens staliniens) pour honorer tous les contrats et accords
(y compris vis-à-vis du FMI, IBD et de la Banque mondiale). Les élus ont donné
des signes d'allégeance claire au marché financier (en fait, moins de 1 000
personnes qui utilisent le circuit spéculatif au Brésil), les profits ne
baisseront plus, et tous les politiciens ont renforcé l'idée de la légitimité
des institutions. En d'autres termes, puisque rien n'est réellement en jeu, le
système et ses institutions peuvent fonctionner sans craintes. 

Quelques facteurs doivent être étudiés en profondeur. Ce "désir et cette
volonté de changement", manipulés par les médias et les partis politiques
officiels, a séparé ceux qui pouvaient modifier la distribution du pouvoir
actuellement détenu par l'élite nationale et les compagnies transnationales qui
sont leurs alliés et temporairement annulé les chances d'un changement réel du
monde et des discussions sur les problèmes graves et leurs solutions. Avec des
optiques réformistes, il était possible, même en négociant, de chercher à
obtenir plus, à libérer les forces sociales pour concourir aux élections en
proposant au public un programme de réformes fondamentales du Brésil. Ces même
réformes de bases, redistribuant la production et les territoires urbains et
ruraux, qui ont affaibli le président populiste Joao Goulart le 1er avril 1964,
lorsque la dictature militaire s'est installée au Brésil. Ce sont les mêmes
réformes fondamentales qui ont valu le non-alignement du Brésil à l'ordre
économique mondial et qui auraient conduit un gouvernement de Lula, s'il avait
été élu en 1989, à la destitution par un autre coup d'Etat (par le congrès ou
les militaires). Les réformes minimales sur la terre et la production, le
développement autonome, la fonction sociale de la terre et l'accès aux droits
urbains (réforme urbaine) qu'aucun gouvernement n'appliquera au Brésil ou dans
d'autres pays d'Amérique Latine. Cela car, pour nous, les latinos-américains,
sous influence américaine, les réformes structurelles majeures sont plus une
utopie qu'une révolution sociale, et sont plus éloignées de la réalité de la
lutte qu'un mouvement de militants de base avec son propre programme. 

La semaine précédant le second tour des élections, la couverture de "Veja" (le
magazine politique le plus important au Brésil) du groupe "abril-civita" (lié à
"Rede Globo", la chaîne TV leader au Brésil, un détachement de CNN), si l'on
excepte le fait que c'est un exemple parfait du terrorisme électoral, était un
message clair des grandes compagnies nationales et des capitales étrangères et
des intérêts en place au Brésil. Le magazine déclarait ouvertement que Lula et
les courants hégémoniques du PT (qui sont les plus modérés) auront à
"contrôler" ce qu'ils appellent les "radicaux libres", ou en d'autres termes :
les minorités du PT dans le mouvement social qui sont en train d'organiser leur
opposition au gouvernement de Lula et pensent même quitter le parti. Dans cette
configuration, ni Lula, ni le PT, ni ses coalitions, ni ses alliés de l'aile
droite n'effraient ni n'alarment les classes législatives, les classes
politique et leurs leaders. Il ne reste qu'un problème aux yeux de l'élite : le
danger que le PT et son gouvernement entraînent les forces sociales organisées
vers un programme de conquêtes et d'acquis par le biais de l'Etat bourgeois. La
direction du PT est avertie de cela et à aucun moment de la campagne n'a appelé
les travailleurs, le prolétariat, les femmes, les étudiants, les Noirs au
combat ! L'appel était tout autre, il était lancé à tous et à personne, contre
les figures collectives du capitalisme ce qui ne signifiait rien. Il traitait
tout le monde sur un pied d'égalité (au moins dans les lois et sur le papier)
et appelait les "citoyens, consommateurs, personnes imposables, et électeurs" à
voter, à payer ses impôts, et à suivre la campagne électorale avec des airs de
patriotisme, de porter des drapeaux colorés et des banderoles, et de coller des
autocollants sur leur poitrine. Les gens n'existent plus pour le PT (parce que
pour la droite, ils n'ont jamais existé, et ont toujours été un objet de
contrôle et de répression) que comme une masse et une classe qui est organisée
et lutte contre l'ennemi, ils peuvent être soulagés et rassurés par le triomphe
de Lula. Ce qui existe, c'est juste les citoyens d'un pays qui n'existe que sur
le papier, qui s'appelle le Brésil par hasard et qui grâce à la magie, veut
cesser d'être le pays du génocide et de l'esclavage –dans le passé et
actuellement, dans les geôles et les prisons, dans les cabanes et les
bidonvilles – et devenir "l'une des plus grandes démocraties de la Terre". 

A aucun moment, la volonté de changement ni la campagne civile réformiste n'a
fait irruption dans notre réalité. Le pays est plongé dans un cycle de
récession depuis plus de 4 ans, le chômage a atteint son plus fort taux
historique, nous sommes repartis vers un cycle d'inflation, les salariés ont vu
leur pouvoir d'achat baisser sur les 8 années de triumvirat de Brasilia qui a
suivi les directives de Washington et du FMI : Fernando Henrique
(gouvernement), Pedro Malan (pouvoir économique), et le Général Alberto Cardoso
(le leader militaire). 

Lors de l'une de ses premières sérieuses mais difficiles interviews, le très
important président de la démocratie sociale (PT), l'avocat et stalinien José
Dirceu a reconnu ces faits et déclaré ce qu'ils feraient ou ne feraient pas. Il
a déclaré sur "Rede Cultura" (programme connu d'interview sur la TV d'Etat) que
son gouvernement traiterait le congrès national comme une instance de débats et
de négociations et qu'ils réaliseraient ce qu'ils pouvaient sans rompre aucun
accord ou engagement international, donnant la priorité au maintien d'un
excédent financier (donc, en maintenant les impôts), ne laissant que peu
d'argent pour l'exécutif, et comptant sur les alliances passées pendant la
campagne (avec les hommes d'affaires, avec l'aile droite du PFL, avec les
secteurs et l'oligarchie de l'aile droite du PMBD, et avec les capitales
européennes). Lorsque nous avons demandé quelles seraient les mesures prises
contre les mouvements sociaux qui voulaient revendiquer et se battre contre le
gouvernement fédéral (même si c'est un gouvernement social-démocrate), José
Dirceu n'a pas hésité et a immédiatement déclaré : "Dans ce cas-là, nous
appliquerons la loi dans toute sa sévérité !". En d'autres termes, camarades,
une fois de plus, ils ont prouvé que les anarchistes avaient raison. Une fois
que la bureaucratie est assise sur le trône, avec le pouvoir dans les mains,
elle réprime, persécute comme n'importe quel autre parti politique de droite.
Même ici dans les zones urbaines de Rio Grande du Sud, combien de squats de
sans-abri sont pris à parti violemment par les brigades militaires ? Un exemple
récent : le 8 novembre, 150 familles ont été expulsées d'un squat de Porto
Alegre, avec une violence ostentatoire de la part des "travailleurs de la
sécurité" (C'est ainsi que le PT appelle maintenant sa force de répression). 

Quoiqu'il en soit, si le mouvement populaire est séduit par les offres de
postes et de ministères, il sera toujours bien traité, il sortira toujours
quelques paniers de nourriture ou d'autres cadeaux pour faire taire les
insatisfaits et mettre fin à la contestation. Cela signifie, camarades, que
notre problème est bien plus grand, et que la vie des opprimés ne change pas ou
ne s'améliore pas avec un "homme du peuple" occupant une partie du pouvoir
bourgeois (la présidence). 

Chers camarades, une analyse telle que celle-ci pourrait se continuer
indéfiniment, puisque les exemples qui démontrent la contradiction entre le
discours de justice sociale et la pratique actuelle d'un gouvernement de gauche
ont rempli des milliers de pages. Mais ce n'est pas ce qui nous préoccupe en ce
moment. Nous voulons appeler les authentiques militants socialistes, ceux qui
sont dans les luttes de la base (de modestes, petits militants comme nous le
sommes), sur le combat d'une lutte de classe, les Brésiliens, les organisations
de gauche, les mouvements populaires et les syndicats à identifier un idéal et
un programme de revendications et de combat, peu importe la nature du
gouvernement au pouvoir. 

2003 va être l'année des négociations de l'ALCA et cela est déjà notre première
revendication ! Nous devons nous battre pour un moratoire sur la dette
extérieure, et la suspension de la dette intérieure ! Pour imposer les
compagnies, les constructeurs et les agences immobilières ! Pour urbaniser les
bidonvilles et réaliser des logements pour les sans-abri. Pour une réforme de
la terre basée sur les luttes, en occupant et prenant possession des terres des
grands propriétaires terriens ! Pour l'autonomie de décision et des fonds
publics pour une éducation publique pour tous (élémentaire, secondaire et
universitaire). Pour une expulsion des USA d'Alcantara, et de la base militaire
de Maranhao ! Contre le plan colombien et en solidarité avec les mouvements
révolutionnaires d'Amérique Latine. 

Nous ne gagnerons pas notre libération en obéissant aux règles de nos ennemis.
Pour le peuple opprimé du Brésil, pour plus de 100 millions de Brésiliens
noirs, pour une libération de la classe des travailleurs du fouet, de la faim,
de la misère et de la violence seront nos propres slogans, et rien d'autre.
Nous pensons que seul le combat du peuple peut libérer, que seules nos
organisations politiques et les mouvements sociaux organisés peuvent montrer la
voie à suivre ! Il est urgent et nécessaire que nous puissions construire un
mouvement de lutte populaire et de classes. La lutte populaire ne peut pas être
à la remorque d'une bureaucratie électorale. Peu importe ce que l'on fait
certains dimanches d'octobre, lorsque nous sommes obligés d'aller voter, ce qui
importe c'est notre activité militante quotidienne dans les mouvements
populaires, dans les villes, les bidonvilles, les écoles, les usines, dans
notre quartier et dans la rue ! 

Soit vous votez comme ceux qui gouvernent,

Soit vous vous battez avec ceux d'en bas

Pour construire le pouvoir du peuple. 


Fédération Anarchiste de Gaucha (FAG)
Octobre 2002 
www.fag.rg3.net
adresse : cx postal 5036
CEP 90040-970
Porto Alegre
RS
Brésil



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