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(fr) De l'anarchisme au liberalisme en passant par le municipalisme

From "anar queer" <anarqueer@hotmail.com>
Date Fri, 15 Nov 2002 06:55:47 -0500 (EST)


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[titre d'A-infos-fr]

Article sur un ancien anarco-académicien des années 70, passé bookchiniste, 
maintenant étatiste et propagandiste de droite.  Belle pente !
Publié dans la revue anar montréalaise " Mauvaise Herbe " Numéro 5 octobre 
2002.
mauvaiseherbe@altern.org

Des articles sur :  La sécurité dans les manifs " Le poing de sécurité " , 
le " Sommet mondial sur le développement durable  de Johannesburg : 
Re-think, rise-up, resist " , " Queer ! " , " Problèmes de santé en 
communautés zapatistes " ,  " Pain Panais et Liberté " (comité bouffe et 
environnement) , " arrêtez les déportations d'algérienNEs " , l'arnaque des 
bio-bus à Montréal et bien plus.

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A propos de Stephen Schechter, professeur à l'UQAM


Récemment, Stephen Schecter, un prof à l'UQAM, a fait parler de lui quand il 
a signé une lettre collective qui dénonçait les manifestantEs anti-Netanyahu 
à Concordia. Alors comme prof, Schecter est dans une position pour exercer 
une influence, mais ce n'est  pas cela qui préoccupe le plus dans cette 
affaire. C'est que, dans le passé, il était étroitement associé au milieu 
anarchiste.

L'anarchisme est certes critiquable et le milieu anar aussi, mais ce qu'on 
constate chez ces gens qui ont quitté le milieu, c'est la pauvreté voire le 
côté ridicule des idéologies auxquelles ils ont adhérés par la suite : ça 
fait dure ! Regardons de plus près quelques-uns de ces cheminements.

Les anars, la majorité du temps, sont des jeunes.
Alors quitter la jeunesse, vieillir, signifie dans certains cas quitter 
l'anarchisme, désormais perçu comme un trip de jeunesse. Fini la révolte, 
fini les excès, on rentre dans le droit chemin.

Au Québec, cerlainEs quittent le milieu à cause de la question nationale : 
On devient ou redevient souverainiste. Le référendum de 1995 était un moment 
de vérité pour quelques-unEs qui, au lieu de s'abstenir ou d'annuler, ont 
voté oui, ou qui ont même participé à la campagne du " oui " comme une poète 
" anarchiste, " Anne-Marie Gélinas, qui a récité pendant un événement 
artistique pour la campagne du " oui ".

D'autres ancienNEs anars adhèrent à différentes tendances politiques, telles 
le marxisme-léninisme et la social-démocratie, Le marxisme-léninisme, qui 
avait le vent dans les voiles pendant les années soixante et soixante-dix, 
n'a plus la cote, quoique d'après le nombre de t-shirts Che Guevara qu'on 
voit un peu partout, cette idéologie exerce encore une certaine influence, 
du moins, comme mythe.

Pour les anars qui sont devenuEs sociaux-démocrates, il est plutôt question 
d'abandonner la révolution au profit d'une approche jugée plus réaliste. 
L'aspect anti-étatiste est jeté par-dessus bord et le libre marché est 
accepté. Les ancienNEs anars de ce type se rapprochent parfois du NPD comme 
Sam Wagar (anciennement du collectif Kick it Over), qui a voulu se présenter 
comme candidat aux élections pour le parti en Colombie-Britannique. Le hic, 
c'est qu'il était un sorcier pratiquant - plutôt mal vu par les partis 
mainstream !

Mais revenons à Stephen Schecter dont la feuille de route militante remonte 
au moins à 1974, l'année ou il a rentré au RCM (parti municipal du 
Rassemblement des citoyens de Montréal). Un tel geste de sa part n'a rien à 
voir avec son anarchisme, dira-t-on, et je suis d'accord. Sauf que, 
certainEs " anarchistes " justifient cette dérive électoraliste en ayant 
recours à une théorie qui s'appelle le municipalisme libertaire. Cette 
approche a été élaboré par Murray Bookchin, un ancien marxiste-léniniste qui 
a viré anarchiste.

Le municipalisme libertaire prône la participation des anarchistes aux 
élections municipaux, mais rejette la participation au niveau provincial et 
national. Fidèle à l'approche traditionnelle de la gauche, il s'agit 
d'employer le pouvoir de l'état pour donner le pouvoir au peuple, ou selon 
le
langage Bookchiniste, aux citoyenNEs. D'après Schecter, il s'agit donc en 
premier lieu de créer " une tendance socialiste libertaire à l'intérieur du 
RCM. " Ensuite, pareil aux groupuscules Trotskistes qui infiltrent les 
partis sociaux-démocrates, il s'agit de prendre le contrôle de 
l'organisation (" notre objectif doit être rien de moins que la 
transformation da RCM en mouvement socialiste libertaire. ")

Une poignée d'anarchistes, dont Dimitri Roussopoulos, le patron de Black 
Rose Books (maison d'édition montréalaise), a donc rejoint les rangs du RCM. 
En 1975, Schecter réussit à se faire élire vice-président du parti. Dans son 
livre sur le RCM, A City with a Difference, Timothy
Thomas décrit Schecter comme le chef de file des radicaux de l'organisation 
("acknowledged intellectual leader of the socialist faction.")
Quoiqu'il en soit, Schecter a clairement mis beaucoup d'énergie dans ce 
projet.

Mais cela a été un échec. Dans son livre The Politics of Urban Liberation, 
édité en 1978 par Black Rose, Schecter avoue que " les luttes 
extraparlementaires que le parti s'est proposées se sont rarement mises en 
branle. " II a aussi du constater que c'est la position abstentionniste qui 
a " caractérisée la plupart de la gauche indépendante montréalaise. "

En 1982, Schecter enseigne un cours sur l'anarchisme et est également membre 
du comité de coordination de l'Institut anarchos, un organisme fondé par 
Roussopoulos. Le projet est plutôt académique et élitiste. Mais outre une 
demi-douzaine de profs dans le comité de coordination, il y avait plusieurs 
personnes qui étaient de simple activistes. Une première conférence 
organisée par l'Institut a eu lieu à Montréal. Un discours de Chomsky a 
attiré des centaines de personnes, des ateliers ont eu lieu, puis des livres 
ont été vendus.

Malgré ce succès relatif, bientôt, c'est le scandale qui éclate. 
Roussopoulos part pour un voyage de neuf mois et laisse l'Institut sans le 
sous en empruntant tout l'argent. Face à cela et d'autres pratiques 
autoritaires de Roussopoulos, les membres non-académiques du comité de 
coordination se sont élevés pour demander des changements dans la façon, de 
fonctionner de l'Institut. Pour compliquer le tout, une de ces personnes 
avait récemment été renvoyée de Black Rose par Roussopoulos quand lui et un 
autre anarchiste avaient essayé de collectiviser la maison d'édition. Les 
académiques dans le comité de coordination, Schecter en tête, se sont portés 
à la défense de Roussopoulos qui communiquait avec eux depuis l'Europe. 
Finalement, une réunion a eu lieu où Murray Bookchin était présent. Lui 
aussi s'est porté à la défense de Roussopoulos. Les membres non-académiques 
du comité de coordination ont donc démissionné et ont signé une lettre 
qu'ils ont envoyée aux membres de l'Institut dont ils avaient l'adresse. La 
lettre a été publiée dans plusieurs journaux anarchistes.

Les académiques avaient gagné, mais c'était une victoire à la Pyrrhus. Grâce 
en parti au scandale, l'Institut a bientôt disparu de la carte.

Vers cette époque, il est arrivé des changements dans la vie personnelle de 
Schecter : C'est le passage d'une vie de couple hétérosexuelle aux relations 
d'amour avec les hommes. Son prochain livre, une œuvre de fiction, raconte 
une relation entre Michael, un juif de l'ouest de Montréal, et Richard, un 
marxiste-léniniste francophone.
Comme on peut s'imaginer, Michael se fait traité " d'aventuriste " et " 
d'utopique, " etc. C'est décidément préférable d'éviter de tomber amoureux 
avec des m-1 !
En 1990, Roussopoulos et d'autres personnes fondent le parti Montréal 
écologique. Il s'agit, pour Roussopoulos et plusieurs autres membres, d'une 
autre tentative à saveur municipaliste libertaire, cette fois-ci à un niveau 
plus restreint, mais d'une façon plus pure. Ia tendance municipaliste 
libertaire restera toutefois minoritaire; il faudra composer avec des 
sociaux-démocrates et des verts classiques. Schecter ne rejoint pas le 
parti, ce que Roussopoulos met au compte de son virage vers les questions 
identitaires. Le parti présentera des candidats pendant deux élections et 
disparaîtra par la suite. Puis Roussopoulos et quelques anciens membres 
deviendront membres ou sympathisantEs du ... RCM ! Ce dernier sera bientôt 
avalé par le parti de centre-droite de Gérard Tremblay. Suite à ces échecs 
cuisants, " l'anarchisme électoraliste restera discrédité à Montréal. Au 
niveau international, le courant municipaliste libertaire reste assez fort 
pour organiser des conférences et Roussopoulos a parlé au sujet de Montréal 
à une conférence de ce type organisée à Lisbonne.

Le prochain livre de Schecter, Zen et le Canada post-moderne, est une 
réflexion sur le Canada dans le contexte de l'accord de Charlottetown. Avec 
ce livre, on quitte définitivement le champ de la critique révolutionnaire 
pour tomber dans le bla bla académique.

David and Jonathan, écrit en 1996, introduit un nouveau .sujet identitaire. 
Le David en question c'est celui de la bible qui a tué Goliath; Jonathan est 
un homme qui tombe en amour avec David.

En 2001, Schecter participe à une conférence intitulée " L'avenir de la 
social démocratie au Canada ". Son texte, modéré comme on peut s'imaginer, 
est appelé "The end of Left and Right : Thoughts for Social Democracy" ("La 
fin de la gauche et de la droite: Réflexions pour la social-démocratie")
Le texte contient des énormités telles ; " On se plaint amèrement des 
bureaucraties impersonnelles, mais la vie moderne serait impensable sans des 
systèmes d'experts. "
("We might scream about impersonal bureaucracies, but modem life is 
unthinkable without expert Systems." )

Le Proche-Orient, et plus spécifiquement le conflit israélo-palestinien, 
sera le thème de trois interventions publiques de Schecter en 2002. Ici 
l'anarchisme, prônant l'abolition de l'état, cède à la défense ardente de 
l'étal d'Israël. Dans les pages éditoriales du Devoir paraissent deux 
polémiques. Schecter y réussit le tour de force de ne jamais critiquer la 
politique de l'état d'Israël, ce qui est tout dire. Pour Schecter, la 
situation se réduit à une haine irrationnelle des palestiniens envers les 
juifs.

Il n'est donc guère surprenant que Schecter ait son mot à dire à propos de 
la manif anti-Netanyahu à Concordia. Cette intervention prend la forme de sa 
signature, avec d'autres universitaires, sur une lettre qui exigeait que les 
troubles-fête " soient arrêtés et punis. " Les profs tentaient aussi de 
mousser une campagne contre les manifestantEs (" Au nom des valeurs qui 
fondent l'université, les universitaires devraient exprimer leur indignation 
devant ce qui s'est passé à Concordia. ") Le texte ne souffle pas un mot de 
critique envers Netanyahu, pourtant à droite de Sharon. Dans le texte, on 
loue même l'état canadien, décrit comme " un pays libre et démocratique, 
soucieux du respect des droits fondamentaux. "

II y aurait des critiques de la manif à faire, par exemple en ce qui 
concerne la relation entre les anars et les luttes de libération nationale, 
mais cette critique est à mille lieux des propos de Schecter et les profs.

Il y a au moins un élément positif dans toute cette histoire. D'après ce 
qu'on dit, Schecter n'enseigne plus le cours sur l'anarchisme à l'UQÀM…


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