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(fr) Du "violeur par abus d'autorité" au "flic pas très malin"

From Courant alternatif <oclibertaire@hotmail.com>
Date Thu, 21 Mar 2002 18:59:18 -0500 (EST)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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Quatre gardiens de la paix affectés à la sécurité publique d'Albi (Tarn) ont 
été condamnés, le 24 janvier dernier, à des peines de prison ferme pour 
agressions sexuelles. Pendant un an, ils avaient à plusieurs reprises abusé, 
à son domicile et au commissariat, d'une jeune femme «fragile».


Ce dossier qualifié de «délicat» par le parquet, a été ouvert en janvier 
2001, à la suite de la plainte de Laetitia, alors âgée de 19 ans. 
Hospitalisée dans un service psychiatrique après avoir tenté de se suicider, 
elle est encouragée à mener une action en justice par le personnel médical à 
qui elle confie son histoire: Suite à des menaces de violences de la part de 
son ancien compagnon, elle fait appel à plusieurs reprises au commissariat 
d'Albi. C'est alors qu'elle rencontre les policiers avec qui elle affirme 
avoir eu, entre fin 1999 et fin 2000, des relations sexuelles qu'elle 
n'était pas en mesure de refuser de peur de perdre la garde de son enfant, 
alors âgé de quelques mois. Ces viols ont notamment eu lieu à son domicile 
et dans les locaux du commissariat.


Forcément allumeuse

Quatre policiers sont alors mis en examen le 15 mars 2001. Une enquête de 
l'IPGN aboutira à l'incarcération des fonctionnaires durant trois mois de 
préventive. Mais s'ils ont d'abord démentis les faits, avant de les 
reconnaître partiellement, ils ont toujours affirmé avoir agi avec le 
consentement de la jeune femme, l'accusant d'être une fille facile. «C'était 
un dérapage et, si elle avait refusé, ça ne serait pas arrivé, a soutenu un 
des policiers lors du procès. Nous l'avions perçue comme une personne très 
libérée sexuellement, on avait bien compris qu'on n'était pas tombé sur une 
sainte» et un autre de poursuivre : «j'ai eu le sentiment que c'était pas la 
peine de lui demander son avis». Car dans l'esprit de ces hommes mariés de 
bonne famille, une fille  comme ça, «qui regarde un film porno à sept heures 
du soir et qui se prostitue occasionnellement», est évidemment dépravée, 
dévergondée, et a forcément envie d'être traitée de «salope» et de «pute», 
et de se faire sodomiser collectivement par des flics.


Déqualification des faits

Le viol en France est un crime. Un crime aggravé s'il est commis par des 
personnes dépositaires d'une autorité. Mais à Albi, on n'hésitera pas à 
requalifier les faits et «correctionnaliser» l'épineux dossier. On passera 
donc, après une instruction bâclée, du crime «viol par personnes abusant de 
l'autorité que leur confèrent leurs fonctions» -motif de la mise en examen- 
au délit «atteintes sexuelles avec contraintes». C'est ainsi qu'on évite les 
assises et les peines lourdes qui en dépendent. Le plus surprenant étant que 
personne ne semble scandalisé par cette minimalisation des faits : «Devant 
une cour d'assises, vu les circonstances et la personnalité de la jeune 
femme, il y avait risque d'acquittement», commente l'avocat de Laetitia. 
Même l'association Jeune-Femmes (rassemblement protestant de femmes 
pseudo-féministes luttant contre les violences faites «à la femme», et qui 
s'est porté partie civile dans l'affaire de Laetitia) explique que 
généralement, il est préférable que les viols soient jugés en assises, mais 
«dans des cas comme ça, où on a dit que cette femme à la cuisse légère», il 
vaut mieux se retrouver face à trois magistrats plutôt que face à un jury 
populaire qui pourrait accorder la relaxe au violeur.


Un jugement exemplaire ?

Le tribunal correctionnel d'Albi a rendu sa décision le 24 janvier dernier : 
Trois des policiers ont été condamnés à 5 ans de prison ferme. Une peine de 
3 ans dont 18 mois avec sursis ayant été prononcée çà l'encontre du 
quatrième. Cette décision va bien au-delà des réquisitions du procureur qui, 
faisant preuve d'une mansuétude déplacée ne voulait pas transformer les 
policiers en «criminels avérés», et pensait que «pour rétablir la dignité de 
la justice et de la victime, point n'est besoin de les envoyer derrière les 
barreaux» car après tout, «ils ont bien servi leur pays pendant une 
vingtaine d'années».

Evidement, ce verdict est réjouissant, mais il reste encore quelques points 
noirs dont la justice ne semble pas avoir perçu la subtilité, mais que 
l'avocat des policiers s'est promis d'expliquer à la cours d'appel pour 
atténuer les peines de ses clients : En déqualifiant les faits de viols en 
atteintes sexuelles, le tribunal a déclaré que les actes de pénétration, 
notamment, étaient consentis. Cela signifie que si en première instance 
Laetitia a bien été reconnue comme victime, c'est pour avoir été abusé 
moralement mais pas physiquement. C'est ce que l'avocat des flics 
sous-entend quand il dit qu'«il s'agit de policiers pas très malins, qui ont 
vécu leurs fantasmes en abusant de la situation sans mesurer l'état 
psychologique de la personne. Ils n'avaient pas de mauvaises intentions, et 
je doute qu'ils aient eu conscience de la faiblesse de cette jeune fille». 
Dans ce cadre, la décision du Tribunal Correctionnel d'Albi semble très 
audacieuse et nous en serions pas étonné-es de la voir cassée en appel, ce 
qui permettrait aux policiers d'échapper à l'incarcération.

D'autant que l'on a beaucoup parlé de Laetitia, par son coté «un peu toxico, 
un peu prostitué, finalement un peu paumée», de  sa «fragilité», sa 
«crédulité», des conséquences d'un premier viol collectif subit à 14 ans, 
qui l'ont plongée dans «un état d'insécurité permanent, une incapacité à 
s'opposer à toute autorité, qui l'inhibe au point de la rendre passive là où 
elle voudrait exprimer une absence de consentement». Par contre, tout le 
long du procès, on a soigneusement évité de mettre en avant le fait que les 
flics arrivaient chez elle en uniforme, avec voiture de fonction et arme de 
service. Il n'a pu être prouvé qu'il y ait eu pressions morales, pressions 
par personnes dépositaires de l'autorité. On a rapidement oublié que 
Laetitia avait déclaré qu'elle ne s'était pas opposée à cause de leur tenues 
de policiers, qu'ils lui avaient fait du chantage par rapport à la garde de 
son enfant, qu'elle avait peur. Physiquement.

C'est peut-être un petit point de didactique, mais il change tout le poids 
du verdict car finalement, les policiers serait simplement coupables de 
n'avoir pas su faire preuve de suffisamment de psychologie, et d'avoir mal 
choisi leur camarade de jeux.

L'appel dira si finalement le jury populaire est plus apte à condamner des 
violeurs, que les magistrats à condamner des flics pas très malins.

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Extrait de Courant Alternatif n°117, mars 2002

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