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(fr) Compte-rendu des Journees anarchistes de Porto Alegre

From OCL site web <ocl.web@free.fr>
Date Tue, 5 Mar 2002 14:05:37 -0500 (EST)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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Porto Alegre (31 janvier - 5 février 2002)


Les journées anarchistes contre la globalisation capitaliste


Du 31 janvier au 5 février se sont déroulées les journées anarchistes contre 
la globalisation capitaliste à Porto Alegre à l'initiative de quatre 
collectifs ou organisations du Brésil (Federação Anarquista Gaúcha du Rio 
Grande do Sul, du Collectif Luta Libertária de São Paulo, du Laboratório de 
Estudos Libertários de Rio de Janeiro et de la Federação Anarquista Cabocla 
du Pará) ainsi que la Federación Anarquista Uruguaya.

Organisées pendant le Forum Social Mondial et dans la même ville de Porto 
Alegre, cette initiative se plaçait clairement en opposition à l'opération 
politique social-démocrate du FSM.



Dans le texte d'appel aux Journées Anarchistes contre la globalisation 
capitaliste, le ton était donné :

"Le FSM est le produit d'un grand rassemblement de forces politiques, 
sociales et institutionnelles du monde entier, réunis dans une alliance de 
classe réunissant même certains businessmen soi-disant "progressistes".

Ce grand ensemble de forces politico-sociales qui se réunit non par hasard 
dans une ville et un État du Brésil ayant une tradition de gouvernements du 
PT (parti des travailleurs), a selon ses organisateurs pour but de mener une 
lutte "propositive" contre le néo-libéralisme. À cause des signes évidents 
de l’épuisement du modèle néolibéral, les idéologues du FSM-2002 tentent 
difficilement de parvenir à une monstrueuse coalition de classe au niveau 
international, avec pour objectif stratégique de promouvoir un projet 
d'hégémonie mondial de la social-démocratie comme seule manière efficace de 
gérer le système, au moyen d'une "nouvelle rationalité administrative".

Pour cela, le projet social-démocrate doit pouvoir démontrer qu'il est 
capable de produire le bien-être pour les secteurs sociaux directement 
victimes de l'oppression capitaliste. Quelle meilleure propagande de cette 
"capacité" qu'un capitalisme géré localement par un programme 
social-démocrate dans un pays du Sud et du tiers-monde? La référence qu'ils 
tentent de bâtir autour de ce "capitalisme possible" est l'expérience des 
gouvernements du Front Populaire (sous le contrôle du PT) dans la ville de 
Porto Alegre et l'État de Rio Grande do Sul en conformité avec d’autres 
expressions de "gestion humanitaire du capital" au niveau mondial. De cette 
manière, se mettent en place les relations internationales à l’intérieur 
d’un Front pour l’implantation de ce nouveau projet : l’avènement d’un 
néo-réformisme qui s’étend au prix de la misère du tiers-monde et des 
légitimes manifestations de mécontentement populaire qui en résultent.

Ce "rationalisme" revendiqué par le FSM depuis sa naissance se garde bien 
sûr le droit de ne pas y promouvoir l'action directe populaire contre les 
institutions économico-financières qui symbolisent l'exercice centralisé du 
pouvoir mondial. Le fait est que la dynamique conflictuelle 
qu'engendreraient ces méthodes de manifester pourrait mettre le gouvernement 
de Front Populaire dans la situation critique de devoir faire intervenir son 
appareil policier contre ses propres invités. L'année 2002 se situe dans une 
conjoncture dominée par les élections nationales (présidentielles) et le Rio 
Grande do Sul ainsi que Porto Alegre symbolisent le projet de gouvernement 
que propose la gauche réformiste : - contrôler la volatilité des capitaux 
financiers en spéculation dans les pays périphériques et faire de l'argent 
en prélevant un taux fixé par les gouvernements; - politiques favorisants le 
capital productif national et les PME par un investissement direct des 
multinationales; - maintient des services publics qui ont survécu aux 
privatisations; - récupération des politiques de souveraineté nationale par 
le rétablissement de l'équilibre entre les pouvoirs formels et les 
mécanismes de consultation de la population; - remanier les appareils 
répressifs afin de les intégrer à la vie communautaire et de les instruire 
en matière de droits humains; - encouragement des secteurs de travail 
autonome. C'est à partir de ces grandes lignes maîtresses que doit se 
développer le modèle de développement capitaliste qui constitue la 
proposition d’une gauche "plus mûre", consciente de ses responsabilités 
institutionnelles. L'annulation des dettes externes et internes qui rongent 
les finances des pays appauvris et qui cause l'aliénation sociale des 
richesses publiques produites par les travailleurs est un thème de plus en 
plus tabou chez les réformistes, car il menace la gouvernabilité (conditions 
pour gouverner), une valeur en hausse chez ces messieurs. Dans la dispute 
entre les différents projets politiques pour la société, et parmi ceux dans 
lesquels le FSM tente de s'insérer et de faire entendre sa voix, le débat 
est centré autour des modèles de développement ou de conduites que doivent 
adopter les pouvoirs capitalistes pour parvenir au bien-être général. Les 
institutions capitalistes sont donc acceptées comme telles, les rapports de 
domination qui les ont créés ne sont pas remis en question et la misère et 
de la soumission qui alimente le système sont l’objet de palliatifs qui 
jamais ne modifient son essence cruelle. Les 3 années de gouvernement PT 
dans l'État où nous vivons démontre en quoi la bonne volonté de la gauche 
réformiste s'est transformée lorsqu'elle a du assumer la gestion de 
l’appareil d’Etat. Leur volonté politique s'est pliée à la puissante force 
de conservation qui structure ces institutions d'État impliquant les 
contenus d’une reddition idéologique complète. Les mesures sociales sont 
soumises aux mêmes limitations bureaucratiques. Les grandes compagnies ont 
toujours une influence considérable sur la politique intérieure. Les 
travailleurs des services publics (écoles, télé d'État) subissent les mêmes 
blocages de salaires qu'à l'époque de la droite, comme par exemple les 
fonctionnaires et les professeurs de l’enseignement public qui constituent 
un élément fondamental de la base sociale du nouveau gouvernement. Les 
policiers sont toujours d'aussi bons protecteurs de la propriété privée 
lorsqu'il s'agit de réprimer les occupations du Mouvement des Sans Terre 
(MST), le Mouvement des Sans Toit ou encore les jeunes. Il est aussi 
ridicule, soi dit en passant, d'entendre les flics répondre au téléphone en 
disant: "Gouvernement populaire et démocratique, bonjour?" Dans le scénario 
actuel de la globalisation capitaliste, les possibilités d'un projet de 
développement national bourgeois, d'un pacte de collaboration de classes 
dans un pays déterminé parvenant à assurer une souveraineté réelle sur ses 
politiques, sont quasiment nulles. Les intérêts des transnationales 
provenant de leurs installations productives ou de leurs investissements 
financiers dans tous les pays du monde ont engendré une relation de 
dépendance sans précédents entre les nations (surtout celles du sud). 
D'autre part les institutions multinationales de la politique 
économico-financière (OMC, G8, etc.), véritables appareils administratifs au 
service des intérêts des grandes compagnies et de la politique impérialiste 
d’un groupe réduit d’Etats, constituent les pouvoirs de fait avec une 
incidence décisive sur les politiques nationales des États.

La situation se fait plus problématique encore avec les menaces 
d’intervention du gigantesque appareil militaire commandé par les Etats-Unis 
et ses alliés, sous le couvert de la lutte du "bien" contre le "mal", du 
combat contre la drogue, de lutte contre le terrorisme ou de l'aide 
humanitaire. Telle est la situation, grosso modo, qui entoure le Forum 
Social Mondial et qui déterminera ses activités. Les élections brésiliennes 
de 2002 seront déterminantes dans la définition des positions politiques des 
partis engagés dans le processus électoral de la démocratie bourgeoise. La 
participation des mouvements sociaux (organisations de classe, mouvements 
populaires) à ce jeu électoral se fera très certainement dans les limites du 
projet social-démocrate. Ce projet, qui tire un trait sur l'indépendance des 
classes opprimées et de leurs organisations en fonction des plans du 
gouvernement, ne vise qu'un élargissement de sa base électorale. Cela le 
dispense de prendre en compte le niveau de conscience et les revendications 
de la population, condition indispensable pour un changement réel et profond 
de la société. Il est possible qu'un mouvement social quelconque doté d’une 
grande capacité d'action puisse questionner ces propositions, mais 
l'intégration des mouvements à l'appareil d'État est encore très forte dans 
le Rio Grande do Sul de part l'histoire de la gauche brésilienne et à cause 
des mécanismes efficaces de dépendances qui sont créés pour maintenir les 
mouvements sociaux sous contrôle de l'État."

La rencontre de l'anarchisme organisé



Ces Journées étaient organisées autour d'un certain nombre d'interventions 
préparées qui se sont succédées à la tribune. Chacune d'entre elles était 
suivie d'un débat ou de questions émanant d'une salle trop petite et 
archicomble où se pressaient entre 150 et 200 personnes.

Il ne s'agissait bien évidemment pas de chercher à rivaliser avec le FSM 
mais de saisir cette occasion pour donner une première expression publique à 
l'anarchisme militant, de présenter la vitalité de ses idées, de son projet 
politique et de ses "réalisations pratiques qui lui sont inséparables" : 
donner à connaître "l'anarchisme pour ce qu'il est vraiment, c'est-à-dire 
une alternative pour la lutte des classes opprimées contre la domination 
capitaliste, dans ses versions globalisatrices libérale ou étatistes". 
L'autre enjeu était de resserrer les liens entre les différentes 
organisations libertaires se situant dans une démarche similaire : la 
construction d'un anarchisme organisé, présent dans les luttes sociales et 
inséré dans les mouvements de base et organisations populaires de la société 
brésilienne dans une conjoncture où la social-démocratie (le Parti des 
Travailleurs) est en bonne position pour remporter les élections 
présidentielles d'octobre prochain.

De ce point de vue, le pari a été largement gagné : outre les collectifs et 
organisations invitants, les journées ont pu compter sur la présence de 22 
collectifs, mouvements, centre d'études de São Paulo, Rio de Janeiro, Bahia, 
Minas Gerais, Pernanbuco, Goiana, Maranhao, Rio Grande do Sul… Dans un pays 
grand comme un continent (les camarades de la FACA du Pará ont mis 3 jours 
pour venir) cette initiative a permis la rencontre, des échanges plus 
directs, des débats plus étroits entres militant-e-s ne se connaissant le 
plus souvent que par l'échange des journaux et bulletins publiés.

Dans le public, une majorité de jeunes, des personnes venues du FSM, des 
curieux sont également passés ainsi que quelques journalistes dont certains 
ont relayé (un tout petit peu) l'information dans la presse locale. Enfin, 
ces journées ont pu compter sur la présence de militants d'Argentine, 
Uruguay, Bolivie, Chili, USA, Canada, Espagne, France, Suède, Suisse.

Ces journées ont été un réel succès tant par la qualité des interventions 
que par l'affluence, au-delà même de ce qu'avait prévu et espéré les 
camarades de la FAG et tenant compte du fait que de nombreux groupes et 
collectifs du Brésil mais aussi de Bolivie, du Chili, du Pérou n'ont venir 
pour des raisons économiques évidentes, un long déplacement en bus pouvant 
largement dépasser le montant d'un voire de deux mois de salaire.

Autre élément notable : ces journées ont été un véritable succès du point de 
vue de la cohérence entre les différentes interventions. Si les réalités 
sociales sont encore distinctes d'un pays ou d'une région à l'autre, les 
préoccupations des libertaires qui se sont retrouvés à Porto Alegre sont 
parfaitement identiques : une très forte insertion sociale déterminant une 
capacité à définir des priorités, la volonté de construire une alternative 
sociale, la recherche d'une adéquation entre les formes de lutte, les modes 
d'organisation des mouvements de résistance populaire et un projet 
libertaire conçu et vécu comme absolument nécessaire face à la faillite de 
tous les autres modèles. Car les modèles, ce sont surtout les secteurs de la 
population en lutte qui les inventent : comités de quartier, athénées, 
mouvement pour le logement, organisations de chômeurs, syndicats des 
travailleurs de la rue, mouvements d'éducation populaire, coopératives… Bien 
sûr, les militant-e-s ont un rôle à jouer, en essayant de renforcer 
l'autonomie des mouvements, en défendant le fédéralisme et la solidarité 
horizontale comme mode de construction et de coordination, en suscitant et 
renforçant les liens direct de mouvements à mouvements, en se battant contre 
les tentatives de récupération ou d'instrumentalisation de la part des 
partis politiques interclassistes et/ou de type social-démocrates, en 
luttant pour qu'une "volonté anarchiste insérée socialement et organisée 
avec les critères adéquats à la réalité (ait) la force de dynamiser le 
potentiel d'auto-organisation et la conscience socialiste nécessaire pour 
rompre avec le système capitaliste" . En rejetant les dogmes et les schémas 
inadaptés et en essayant d'inventer de nouvelles méthodologies de travail et 
d'organisation en adéquation avec la situation concrète.

Cette cohérence chez les libertaires d'Amérique Latine rencontrés à Porto 
Alegre, qu'ils soient d'Argentine, d'Uruguay, de Bolivie ou du Brésil, on la 
retrouve également dans la priorité donnée à l'intervention dans les 
quartiers populaires, dans les lieux de résidence, sur le territoire, dans 
le cadre d'un travail à long terme qui allie revendications, luttes 
collectives et resocialisation. Cette option prend une importance 
grandissante à mesure que se développe l'économie informelle, le sous-emploi 
et le chômage et que se réduit la part relative des centres de la production 
classique (industrielle, urbaine…).

Dans ce travail de quartier, dans les favelas, les villas, dans les zones 
péri-urbaines, difficile de passer sous silence l'importance accordée à 
l'expression culturelle, au travail de récuparation de l'identité, aux 
interventions théâtrales, au chant, à la musique, à la danse comme vecteurs 
de la reconstruction d'une subjectivité collective populaire (de classe et 
enracinée dans une histoire faite de génocide, de pillage, d'esclavage, de 
deracinement) et "marqueurs" supplémentaires d'une socialité et d'une 
autonomie territoriale symbolique.

Comme le disait un camarade de Quilombo Libertario (Bolivie), "Aujourd'hui, 
parler de classe opprimée, ce n'est pas parler d'un sujet ou d'un ouvrier, 
c'est parler d'un spectre de sujets qui subissent la domination du système 
capitaliste. Ces sujets ne sont plus concentrés dans les grandes mines ou 
les usines mais dans les communautés de la périphérie, dans les tribus 
indigènes, dans les rues vendant de l'artisanat ou des marchandises de 
contrebande, enfin, dans des lieux les plus divers, fragmentés et dispersés. 
Il est nécessaire que l'anarchisme organisé développe de nouvelles méthodes 
d'organisation et d'action, y compris en apprenant avec le peuple comment on 
doit organiser la lutte".

Aujourd'hui, le mouvement libertaire est dans un processus de développement 
et de construction dans la plupart des Etats de la fédération brésilienne, 
avec de jeunes organisations ou collectifs en pleine croissance et avec 
énormément de perspectives. Prenant acte de cette nouvelle situation, les 
différents groupes et organisations brésiliennes présentes à Porto Alegre 
ont confirmé le projet d'organiser des rencontres anarchistes au mois de mai 
prochain à Belem (Pará) où seront débattues en priorité les stratégies du 
courant libertaire organisé dans les mouvements sociaux.

L'idée d'une rencontre des organisations libertaires à l'échelle de toute 
l'Amérique latine est également en discussion. Pour des raisons économiques 
évidentes (ne pas multiplier les déplacements coûteux), cette rencontre 
continentale pourrait se concrétiser dans le cadre d'un congrès 
international anarchiste à Porto Alegre au cours de l'années 2003. A suivre…



Les Journées : essai de compte-rendu



Le premier jour était dédié à la présentation des différentes organisations 
et collectifs ayant pris l'initiative de ces journées. Le cadre général fut 
rappelé ("Le projet socialiste libertaire face aux structures de la 
domination mondiale, construction d'un monde socialiste et libertaire, 
expression des pratiques de résistance à la domination capitaliste") ainsi 
que le contexte (Forum social mondial comme opération politique 
social-démocrate, interclassiste et institutionnelle, opération médiatique 
en vue des prochaines élections, en France et au Brésil).



Déclaration d'ouverture (extraits) : " Pour nous, les circonstances 
historiques de ces Journées anarchistes dans ce pays où nous vivons ne 
peuvent être meilleures pour approfondir la réflexion sur les expériences de 
lutte et les organisations populaires auxquelles nous participons. Un débat 
d'idées et sur les pratiques aujourd'hui dans un processus d'accumulation à 
travers l'action d'un anarchisme engagé dans la problématique réelle des 
opprimés et qui de plus devra faire face au défi complexe de la construction 
d'une société dans laquelle l'égalité, la liberté et la solidarité – et les 
paroles de Durruti "nous portons un monde dans nos cœurs" – deviennent 
réalité.

Par leur radicalité ou le caractère moralement le plus correct de nos 
discours, les idéologies révolutionnaires, dans lesquelles nous incluons les 
idées libertaires, qui pour une bonne part vivent en ce moment un processus 
d'adaptation à la situation historique présente peuvent ne pas entrer en 
concordance suffisante avec la sensibilité populaire. Ceci nous oblige à un 
travail politique qui soit compréhensible dans la pratique, dans la lutte 
sociale avec les plus opprimés, à être présents dans leur quotidienneté afin 
d'obtenir non seulement la reconnaissance de nos valeurs mais aussi pour que 
se développe une volonté révolutionnaire.

Dans le moment même où nous réalisons ces Journées anarchistes, un ensemble 
de forces interclassistes convoquées par la gauche réformiste mondiale, 
essaie de recueillir les revendications les plus urgentes des expériences 
des mouvements populaires pour les ajouter à leur programme électoral. Cette 
stratégie de gauche aspire à une réforme "humanisante" du système à partir 
d'une réarticulation de l'appareil d'Etat avec la société civile.

Un ensemble d'idée-force de l'anarchisme est aujourd'hui mis en pratique par 
diverses expériences construites par les mouvements populaires partout dans 
le monde. Malgré tout, il ne fait aucun doute que le processus 
révolutionnaire ne s'accomplira nulle part de manière mécaniste même s'il 
existe une force sociale consciente qui aspire aux objectifs de la 
révolution sociale.

Beaucoup de ce qui est considéré comme authentiquement révolutionnaire dans 
les pratiques menées avec les opprimées peut être annulé et résorbé comme 
pur facteur conflictuel à l'intérieur du système. Seule une volonté 
anarchiste insérée socialement et organisée avec les critères adéquats à la 
réalité aura la force de dynamiser le potentiel d'auto-organisation et la 
conscience socialiste nécessaire pour rompre avec le système capitaliste".



Puis fut donné à connaître les différentes organisations présentes ainsi que 
la liste de celles qui, n'ayant pu faire le déplacement, avaient envoyé des 
messages de solidarité.

Cette première matinée se conclut par la présentation d'une pièce de théâtre 
à fort contenu social par des membres de la FAG.



2ème jour : Exposition littéraire



Cette matinée fut consacrée à la présentation de deux livres, le premier 
traitant de l'organisation, avec essentiellement des textes de Bakounine et 
de Nestor Makhno, le second présenté par son auteur s'intitulant "Pouvoir et 
domination".



Pour le camarade du collectif Luta Libertária de São Paulo ce premier livre 
vise à répondre à la méconnaissance des expériences historiques et des 
propositions de certains anarchistes sur la question de l'organisation. Ces 
documents et ces propositions, qu'il convient de replacer dans leurs 
contextes historiques respectifs, sont donc utiles en premier lieu pour ceux 
et celles qui sont aujourd'hui intéressés par un anarchisme intervenant dans 
les luttes populaires de manière organisée. Les positions de Bakounine sont 
peu connues et souvent travesties par certains extraits décontextualisés de 
ses écrits donnant à croire qu'il défendait des idées individualistes. Le 
camarade a insisté sur le fait qu'il faut toujours prendre les affirmations 
et certitudes du passé (et les erreurs) comme des références et jamais comme 
des dogmes pour les anarchistes.

Dans son livre, Pouvoir et domination, Fabio Lopez définit ces concept dans 
une perspective de l'anarchisme militant et dans une situation 
post-révolutionnaire. Pour lui, dans une telle société, il y aura toujours 
des conflits d'intérêts qui s'opposeront en permanence. Une société sans 
conflit où nous serions tous des amis, cette société libertaire dont nous 
parlons et qui nous fait tant rêver, n'existera jamais. Il y a un "faux 
consensus" entre les anarchistes, comme si nous étions un ensemble homogène 
et harmonieux alors que dans la pratique il existe des milliers de groupes, 
tendances qui s'affrontent continuellement. Il y a des projets de société 
différents et aussi des divergences sur la manière de mener un processus de 
transformation sociale. Logiquement, les plus organisées, les mieux préparés 
théoriquement et avec une pratique sociale plus enracinée seront ceux qui 
parviendront à convaincre plus de gens pour ce projet et ceci s'appelle 
pouvoir. Ceux qui ne parviendront pas à convaincre devront passer à la 
résistance et mieux s'organiser pour faire valoir leur projet, si tant est 
qu'ils en aient un. Le pouvoir du capitalisme se base sur le triptyque 
exploitation-domination-oppression. Le pouvoir anarchiste s'articule sur 
l'association-participation-autogestion. Bien que complètement opposé et 
différent du pouvoir capitaliste, il ne cesse pour autant d'être un pouvoir.

Ce fut sans doute un des exposés les plus riches du point de vue de la 
réflexion : les idées étaient argumentées, un vrai travail a été mené sur 
les concepts, les déconstruisant et les reformulant et au passage 
pulvérisant quelques dogmes ou postures idéalistes (le non-pouvoir) chères 
au milieu anarchiste.

Cet exposé a été critiqué par quelques personnes mais a été vécu comme 
salutaire par la plupart des présents (beaucoup prenaient des notes !) : il 
concluait sur la nécessité d'une plus grande rigueur dans la définition et 
l'utilisation de concepts qui sont souvent très vagues (pouvoir, domination, 
classes sociales, organisation, liberté, individu, collectif…), qui 
fonctionnent comme des dogmes et donc ne sont pas des outils efficients dans 
la lutte, dans la pratique quotidienne et l'articulation de celle-ci avec la 
définition et l'enracinement d'un projet d'émancipation sociale.



3ème jour : Le projet libertaire face aux structures de la domination 
mondiale



Pour commencer, intervention d'Augusto, du Laboratoire d'Etudes Libertaires, 
qui tire un bilan des expériences du socialisme autoritaire, en particulier 
la révolution russe lui opposant le socialisme libertaire. Rappel en 
particulier de l'expérience historique de la Mackhnovitchina et de la 
position critique que les anarchistes ont toujours eu sur le modèle 
Etat/parti unique auquel ils ont toujours opposé la continuité des conseils 
populaires (soviet) et la pluralité des organisations partidaires. Rappel a 
été fait qu'ils furent assassinés par l'armée commandée par Trotsky pour 
s'être rebellés contre la dictature bolchevique et qu'il a manqué aux 
anarchistes une meilleure organisation pour lutter contre les projets d'Etat 
totalitaire.



Intervention ensuite de Juan Carlos Mechoso, de la Federación Anarquista 
Uruguaya sur le projet libertaire dans la conjoncture actuelle. Il a 
particulièrement insisté sur un problème majeur que nous rencontrons dans 
les mouvements sociaux comme dans l'ensemble du peuple : la fragmentation, 
l'individualisme dans lequel le système cherche à condamner les plus 
pauvres. Cette fragmentation est l'outil qui permet d'éviter que se réalise 
l'articulation populaire. Nous observons que dans les quartiers 
périphériques, les gens sont de plus en plus enfermés dans leurs maisons, 
atomisés, isolés, séparés les uns des autres. Cela montre la nécessité de 
revitaliser la vie en commun, en ouvrant des espaces solidaires de 
production du politique, du social, culturels, économiques etc. pour rendre 
possible la reconstitution d'un tissus social entre les opprimés. En 
priorité donc, travailler à une réactivation du sentiment collectif et une 
information sur les expériences de lutte.

En Uruguay, les camarades de la FAU construisent des athénées qui sont des 
lieux où les habitants des communautés (quartiers) se retrouvent, 
s'articulent et développent leur luttes. Si le travail syndical continue 
d'être important, les camarades de la FAU animent une tendance classiste à 
l'intérieur du PIT-CNT (syndicat unique regroupant toutes les sensibilités 
de gauche), le travail sur les quartiers acquiert une importance décisive à 
mesure que se développe le chômage et le sous-emploi.

Au cours de son intervention, Juan Carlos fit allusion à la violence 
révolutionnaire, rappelant que la FAU avait eu une expérience particulière, 
douloureuse et nécessaire, de celle-ci dans un contexte donné et selon une 
méthodologie/tactique qui se différenciait des stratégies "foquistes", 
avant-gardistes et substitutistes alors à l'œuvre dans la plupart des pays 
d'Amérique latine et notamment en Uruguay (Tupamaros). Si la violence 
révolutionnaire ne doit pas être écartée comme méthode de lutte, celle-ci 
doit être minutieusement évaluée et intimement lié à de larges mouvements de 
résistance sociale, dans les syndicats, les quartiers, dans des moments 
précis où elle est comprise par une grande partie des opprimés c'est-à-dire 
s'articulant avec des rapports de force réels, comme forme d'appui et de 
soutien à des luttes et non en se substituant à elles.

Juan Carlos a conclu son intervention sur la nécessité d'un anarchisme 
organisé, ouvert, non dogmatique mais avec des positions révolutionnaires 
fermes, inséré socialement dans les luttes et doté d'une stratégie et d'un 
projet clairs et intelligibles par le plus grand nombre. Les organisations 
anarchistes qui se situent dans cette perspective n'ont pas besoin d'être 
d'accord sur tout mais ils est nécessaire qu'elles partagent l'essentiel 
afin de pouvoir travailler ensemble de manière solidaire et coordonées dans 
chaque pays et au niveau international.

Intervention d'Alexande Medeiros (de la FAG) sur le thème "Stratégie de la 
terreur dans un monde en crise" au cours duquel il a abordé les différents 
aspects, militaires, impérialistes, économique (exclusion sociale, 
précarisation…), le racisme, les relations de genre. Le camarade de la FAG, 
fait remarquer que si la terreur et la violence sont exercés par les Etats à 
un niveau macro-social, elles sont également présentes dans tout ce qui nous 
environne, le micro-social de la famille, du travail, le quotidien de nos 
relations interpersonnelles. Alexandre fit également la critique de la 
fausse conception marxiste selon laquelle la société évoluera 
"naturellement" vers la révolution. Aujourd'hui nous savons que la 
révolution est un processus et pas seulement l'insurrection d'une journée. 
Un processus long et qui exige un travail quotidien et continue et non 
quelque chose qui adviendra spontanément selon la conception évolutionniste 
de Darwin qui inspira fortement Marx.



4ème jour : Pratiques de résistance à la globalisation capitaliste



Apoyo Mutuo (Etat espagnol)



Après avoir rappelé l'origine des protestations et des mobilisations 
anti-globalisation, Jose Mari du réseau Apoyo Mutuo est longuement intervenu 
sur la nécessité d'étudier le processus de la globalisation lui-même afin de 
lui trouver des réponses adéquates. Il ne s'agit pas seulement d'une 
globalisation économique, celle-ci existe depuis longtemps et le 
capitalisme, notamment les multinationales et les banques ne connaissent pas 
les frontières. L'étape actuelle du capitalisme est tout au plus marquée par 
une accélération d'un processus qui vient de loin.

La globalisation est surtout un processus beaucoup plus global qui touche 
tous les aspects de la vie, dans ce que nous faisons, lisons, écrivons, 
regardons (médias). Il a une incidence sur les corps (génome), dans ce que 
nous mangeons (transgénique), où que nous soyons et où nous allons 
(immigration, déterritorialisation, fragmentation spaciale, sociale, 
temporelle…). Avec la globalisation, nous subissons une oppression et un 
contrôle plus totalitaire que jamais.

Face à cela, la camarade d'Apoyo Mutuo a expliqué comment se sont exprimées 
les formes de rébellion. La mise en place des réseaux, des mouvements, des 
collectifs de résistance, notamment les marches européennes contre le 
chômage, la présence des libertaires dans ces processus et dans l'apparition 
d'un "bloc rouge et noir" lors des manifestations internationales, réseaux 
qui ont convergé dans ce qu'on appelle le mouvement anti-globalisation au 
sein duquel l'anarchisme doit se situer comme une alternative politique 
concrète.

L'anarchisme en s'appuyant en particulier sur l'apport de 
l'anarcho-syndicalisme qui en Espagne ne se limitait pas aux seules luttes 
d'entreprises, prend en compte la lutte contre la xénophobie, la lutte aux 
coté des sans-papiers, des sans-toits et cherche à regrouper les 
travailleurs fixes avec les chômeurs, les précaires, les intérimaires.

Il faut bien prendre conscience que la configuration sociale aujourd'hui 
n'est plus du tout la même qu'il y a 50 ou même 20 ans. Le sujet historique 
protagoniste des luttes contre le capitalisme globalisé n'est plus la classe 
ouvrière mais l'ensemble des personnes habitant sur un territoire donné (ce 
qu'on appelle improprement les citoyens). Les luttes se mènent sur des 
quartiers, dans des villes, dans les campagnes, et ceci sur tous les aspects 
de la domination. A la globalisation capitaliste, nous ne devons pas opposer 
un contre-globalisation libertaire mais œuvrer à l'organisation de 
communautés réelles luttant pour une plus grande autonomie sociale et 
politique. Pour terminer, Jose Mari a évoqué quelle devrait être 
l'intervention des anarchistes aujourd'hui : elle passe nécessairement par 
la création d'un mouvement qui parvienne à être reconnu par la société, par 
la participation aux luttes sociales en même temps que se créé de 
l'"alternativité", c'est-à-dire des espaces de vie parallèles, des 
expériences concrètes qui avancent dans la voie d'un changement radical du 
système actuel.



Organisation Socialiste Libertaire (Buenos Aires)



Leo de l'OSL de Buenos Aires est tout d'abord revenu sur les événements 
eux-mêmes : le caractère tout à fait spontané des journées du 19 et 20 
décembre, la répression, l'explosion simultanée de deux réalités : les 
pauvres, les chômeurs d'un coté, la classe moyenne de l'autre, l'occupation 
de la place de Mai (symbole du pouvoir), le rejet de l'ensemble de la classe 
politique, l'absence totale des organisations politiques ou syndicales dans 
ces affrontements.

Pour les camarades de l'OSL, les événements de décembre sont un moment 
charnière et il convient de les évaluer de manière critique, avec ses 
aspects positifs (mobilisation massive face à la répression et à l'état de 
siège, chute de deux gouvernements successifs, une première dans l'histoire 
argentine) mais aussi ses limites : le déclencheur a été le "corralito" qui 
empêchait les classes moyennes de retirer leur argent placé en banque. 
Limite également dans le fait que jusqu'à présent dans les interrogations, 
les débats, les mots d'ordre, s'il y a bien rejet d'un modèle et des élites 
politico-économiques (politiciens, banquiers, membres de la Cour suprême…), 
il y a peu de choses qui expriment une réflexion ou une aspiration à une 
nouvelle société basée sur de nouvelles valeurs.

Les assemblées de quartier qui se sont multipliées (surtout dans Buenos 
Aires Capitale Fédérale) sont des espaces d'auto-expression très 
intéressants dans lesquels les militants politiques (et donc aussi ceux qui 
se réfèrent à l'anarchisme organisé) peuvent intervenir et toucher beaucoup 
plus de monde qu'auparavant afin de faire connaître leurs propositions et 
leur projet. Quant aux mouvements des travailleurs au chômage, ils sont 
actuellement la principale force populaire organisée mais ils sont minés et 
extrêmement divisés par des enjeux de pouvoir. Néanmoins, il existe une 
volonté d'autonomie, d'organisation à la base et de coordination horizontale 
très intéressante de la part des secteurs les plus avancés, notamment dans 
la banlieue sud de Buenos Aires (coordination Anibal Verón) mais aussi dans 
l'intérieur du pays.

Le camarade de l'OSL fit remarquer que le mouvement libertaire en Argentine 
dispose de forces très limitées et fragmentées. L'OSL n'existe que sur 
Buenos Aires et dans sa forme actuelle depuis seulement 3 ans. Ils sont 
encore dans un processus d'insertion sociale (mouvement piquetero, 
assemblées de quartier, syndicats...).

Ils participent également à un collectif contre la répression sociale qui 
pour eux est un axe fondamental : dans le grand Buenos Aires, au cours de 
l'années 2001, plusieurs centaines de jeunes ont été abattus par la police 
qui applique une politique du "gatillo fácil" (gâchette facile). Pour les 
camarades, il s'agit d'une politique délibérée de nettoyage social menée par 
les autorités politiques. Cette lutte anti-répressive est menée dans le but 
de donner un caractère politique à cette pratique de meutres en série et de 
mobiliser les familles et les proches des victimes qui appartiennent 
globalement aux mêmes couches sociales susceptibles de se retrouver dans les 
mouvements de piqueteros.

Pour les camarades de l'OSL, la situation est très favorable au 
développement d'un courant libertaire organisé mais il ne faut pas taire ou 
sous-estimer les difficultés liées à la dispersion des forces, même à Buenos 
Aires et au faible poids des anarchistes révolutionnaires dans la 
conjoncture actuelle de l'Argentine.



Quilombo Libertario (Santa Cruz de la Sierra – Bolivie)



L'intervention des camarades boliviens prit la forme d'un rapport historique 
sur les luttes sociales de ce pays et des éléments d'appréciation sur la 
conjoncture actuelle.

Pour résumer, la Bolivie vit actuellement dans une troisième phase : celle 
d'un Etat néo-libéral démocratique (après l'Etat colonial et l'Etat minier) 
marqué par deux traits principaux : d'un coté l'émergence d'une nouvelle 
droite, modernisatrice, néo-libérale, "démocratique-électoraliste", de 
l'autre un processus rapide de déprolétarisation (et dépolitisation) issue 
de la crise internationale de l'étain et de la fermeture des mines.

Longtemps, les mineurs ont constitué la colonne vertébrale du mouvement 
ouvrier bolivien organisé dans la Centrale Ouvrière de Bolivie (COB). Issus 
des communautés paysannes et indigènes, les mineurs conservaient les 
éléments culturels qui ont longtemps favorisé des formes de démocratie de 
base et dont les contenus allaient bien au-delà des revendications strictes 
du syndicalisme traditionnel. La COB se battait pour un changement de 
l'ordre social et sociétal : le socialisme. Le soulèvement des masses a été 
constitutif de la mémoire collective populaire tout au long de l'époque 
contemporaine de la Bolivie : grèves générales, blocages des routes et en 
particulier des camions, lutte anti-dictature, moments presque 
insurrectionnels avec menaces de tout faire sauter (les mineurs disposaient 
abondamment de dynamite et n'hésitaient pas à s'en servir pour mieux se 
faire entendre). Cette force des mineurs ira en s'amenuisant à mesure que 
les mines fermeront. Dans le processus actuel de déprolétarisation et 
dépolitisation, les mythes, les croyances, les références très fortes à la 
grève générale, à l'invincibilité de l'organisation ouvrière et à 
l'inéluctabilité du socialisme s'écroulent en même temps que les mineurs, 
issus des campagnes, doivent se "repaysanner" à partir de 1985 sous la 
pression d'un nouveau modèle économique. Ce changement affecte en premier 
lieu la configuration institutionnelle de l'Etat (passage d'une tendance 
"militariste" à une forme plus "libérale démocratique") mais aussi et 
surtout la structure sociale du pays : destructuration issue de l'altération 
de sa position dans la sphère productive : chômage, sous-emploi, émigration, 
développement du commerce informel et des travailleurs "indépendants".

Dans ce contexte, les vieux acteurs de la gauche traditionnelle se 
retrouvent marginalisés, enfermés dans leurs dogmes et incapables de 
comprendre la réalité des mouvements sociaux actuels. Car les luttes 
sociales n'ont pas disparu, au contraire. Elles se sont simplement déplacées 
dans une nouvelle configuration territoriale avec de nouveaux acteurs : les 
paysans et les communautés indigènes (60% de la population qui maintiennent 
leurs traits ancestraux, en particulier leur lien presque sacré avec la 
terre et/ou territoire originel). La revendication de la terre est la 
principale exigence de ces peuples face à l'Etat "blanc-métis", exigence qui 
prend des traits différents, et parfois antagoniques, selon les 
organisations indigènes représentatives des différents espaces géographiques 
(Hautes Terres / Basses Terres).

Ces luttes pour la terre sont de deux natures :

- celles liées à l'héritage colonial : expansion du grand latifundio avec 
technologie moderne, main d'œuvre peu nombreuse, conditions de travail 
extrêmement dures ayant pour conséquence la localisation forcée des paysans 
dans les zones les plus marginales, les moins productives et sans aucune 
assistance de la part de l'Etat.

- celles menées par les cocaleros (producteurs de coca) dans la région du 
Chapare, qui sont des anciens mineurs "relocalisés") et qui se battent pour 
défendre cette culture.

Les luttes populaires de Bolivie sont marquées par les luttes pour la terre 
et prennent des formes extrêmement dures : blocages massifs des routes, 
marches au siège du gouvernement, manifestations armées et soulèvements de 
caractère semi-insurrectionnels.

Les autres acteurs principaux des luttes actuelles sont les travailleurs 
"informels", au noir, les travailleurs de la rue (vendeurs ambulants…), 
petits commerçants…

Enfin, sur des questions affectant toute la population d'une zone 
considérée, tout le monde se mobilise, y compris la bourgeoisie locale : cas 
de la lutte contre la privatisation de l'eau dans la région de Cochabamba, 
qui a vu un soulèvement généralisé de toutes les catégories, avec batailles 
de rue, barricades, affrontements armés…

Le mouvement libertaire a eu une longue histoire, depuis le début du XXème 
siècle. Son existence publique s'éteindra dans les années cinquante mais les 
idées libertaires garderont une grande influence dans le mouvement ouvrier 
et dans la COB qui reprendra quelques-uns uns des thèmes fondamentaux de 
l'orientation libertaire : démocratie directe, fédéralisme, autonomie 
syndicale vis-à-vis des partis, de l'Etat ou de la tutelle des intellectuels 
"extra-ouvriers". Influence libertaire que l'on retrouvera dans les modes 
d'action des mineurs : action directe, grèves "dures", mobilisation contre 
la dictature sous le mot d'ordre "Tout le pouvoir à la COB" et qui culminera 
avec l'Alliance Ouvriers-Paysans et une mobilisation de masse paralysant le 
pays et l'encerclement de la ville de La Paz. Cette présence libertaire 
s'exprimera aussi par une forme organisée, le Groupe de Travail Syndical 
animé par des militants dont certains joueront un rôle de premier plan 
(Victor López, Liber Forti), en particulier dans la mise en place d'un 
réseau de radios minières indépendantes (vingt ans avant les "radios libres" 
!) et des expériences de travail théâtral (Nuevos Horizontes).

Aujourd'hui, le mouvement libertaire renaît en Bolivie, avec de nouveaux 
acteurs, souvent jeunes. Certains proviennent de la musique hard-core ou 
punk, d'autres sont insérés dans des mouvements culturels, la paysannerie 
des vallées ou de la plaine orientale, le mouvement ouvrier et étudiant, les 
mouvements féministes. A La Paz, Cochabamba, Sucre (Jeunesses Libertaires), 
Santa Cruz de la Sierra (Quilombo Libertario), Tajira et jusqu'à Potosí et 
Oruro. La plupart de ces groupes sont reliés dans un Réseau de Liaison 
Anarchiste de caractère ouvert et pluraliste, respectant les particularités 
d'insertion et les nuances idéologiques mais permettant une solidarité 
réciproque pour essayer de dépasser les distances géographiques et les 
limites économiques.



5è jour : Brésil, expériences de lutte et organisations populaires



Cette matinée était consacrée à l'exposition des interventions menées par 
les camarades brésiliens organisateurs des rencontres.

La Federação Anarquista Cabocla (FACA) de Belem, Pará. Le camarade Fabiano 
est tout d'abord intervenu pour expliquer le travail de récupération de 
l'identité culturelle spécifique de cette région amazonienne, mélange de 
populations indiennes et noires. Cabocla est le terme désignant cette 
identité. Les camarades de la FACA développent des activités communautaires 
avec les paysans et dans les quartiers les plus pauvres. Ils disposent d'une 
radio. Ils développent un travail spécifique en direction des adolescents 
très marqués par les problèmes générés par une violence très très forte : ce 
travail est réalisé avec du théâtre, de la poésie, de la littérature, de la 
musique. Avec des étudiants, ils essaient de mettre en place une université 
populaire dans les quartiers pauvres de la périphérie de Belem. Ils y 
développent des luttes locales en créant des comités pour l'eau, 
l'électricité, les transports.

Dans le milieu étudiant, ils participent aux travaux de deux collectifs, le 
NUARA (Noyau de soutien à la réforme agraire) et le NUARU (pour la réforme 
urbaine), qui depuis une problématique de réflexion sur la socialisation de 
la connaissance académique regroupe des étudiants qui veulent intervenir aux 
côtés des paysans sans terre (MST) et des mouvements urbains de la 
périphérie.

Les camarades ont souligné le peu de moyens dont ils disposent (pour du 
matériel de radio par exemple) et les difficultés pour nouer des contact 
dans l'intérieur du pays à cause des difficultés pour se déplacer.



Le collectif Luta Libertária de São Paulo situe sa principale insertion 
sociale dans Resistência Popular un courant social qui agit dans six 
quartiers différents de la périphérie pauliste. Ce travail est centré sur 
l'organisation des habitants autour de revendications concrètes (eau, 
électricité…) mais aussi pour développer leurs propres espaces d'expression, 
comme par exemple, des radios communautaires. Ils cherchent à travailler 
avec des étudiants qui ont optés pour privilégier une interventions en 
directions des classes opprimées. Il s'agit essentiellement d'un travail 
d'éducation populaire mais basé sur l'échange réciproque et la mise en 
commun d'un savoir : les étudiants font partager leurs connaissances et les 
mettent au service des habitants mais ils viennent aussi apprendre auprès 
des habitants. Les camarades sont très impliqués dans une lutte très 
importante à São Paulo, l'occupation d'un terrain urbain par 1200 familles, 
lutte très dure et compliquée mais très intéressante qui est menée en 
relation étroite avec le MST et d'autres mouvements urbains. Dans ce type de 
lutte, la participation d'étudiants en architecture se fait par un travail 
en relation avec les habitants autour de l'élaboration de projets de 
construction urbaine sur le terrain occupé, avec discussions à tous les 
niveaux sur les besoins, en particulier en matière d'équipements collectifs 
mais aussi le type d'habitat.

Les camarades de Luta Libertária interviennent aussi dans certaines favelas 
dans des conditions très dures à cause des problèmes de drogue et de 
violence. Les interventions se font en directions des jeunes, lycéens, 
adolescents…

Actuellement, ils travaillent à la reconstruction d'un local. Au-delà des 
perspectives dans chacune de leurs interventions et au sein de Resistência 
Popular, ils ont le projet de se transformer en organisation spécifique 
anarchiste, avec local, bibliothèque…



Laboratório de Estudos Libertários de Rio de Janeiro (LEL). Ce collectif de 
propagande anarchiste est né de la pratique militante à l'intérieur de 
mouvements populaires comme les sans toits, le mouvement étudiant et le 
mouvement communautaire. Il édite une revue Ruptura qui est né d'un besoin 
de clarifier les idées politiques et dont l'objectif est d'être un outil 
théorique qui réponde aux nécessités des collectifs ou individus anarchistes 
insérés ou en recherche d'insertion dans le processus de pouvoir populaire.

La plupart de ses membres font également partie du mouvement Resistência 
Popular, courant politico-social ouvert, pluraliste, anticapitaliste et de 
base. Comme les autres organisations, ils privilégient le travail de 
quartier. Ils interviennent actuellement dans quatre favelas différentes au 
sein d'un Front d'éducation populaire, avec un effort particulier sur la 
question de la drogue. Ils ont développé une méthode pratique 
d'alphabétisation des adultes qui a donné de bons résultats et qui permet 
d'ouvrir des perspectives de discussions plus politiques dans ces quartiers 
périphériques.

Le camarade du LEL souligne la difficulté de pénétrer dans certains 
quartiers : il est absolument nécessaire de rejoindre une entité qui soit 
légitime aux yeux de la communauté afin d'éviter les problèmes avec les 
trafiquants. Le LEL publie également un bulletin ("Libera… amor mio") qui 
est un espace de débat, d'expression et de formation politique pour 
l'anarchisme organisé à Rio de Janeiro. Petit bulletin photocopié au départ, 
il prend progressivement la forme d'un journal, avec plusieurs centaines de 
lecteurs.

La forme-collectif du LEL est actuellement dans une phase transitoire : des 
débats sont en cours avec d'autres personnes sur Rio sur la question de 
l'organisation spécifique.



La Federação Anarquista Gaúcha. Le camarade Gaucho a exposé le travail 
réalisé à Gravatai (30 km de Porto Alegre) avec les recollecteurs de déchets 
recyclables qu'ils ont organisé en coopérative afin de vendre à meilleur 
prix la matière récupérée auprès des entreprises qui les achètent. Ce 
travail a pris la forme concrète de la construction d'un galpão (sorte de 
hangar) sur un terrain occupé. Ce local sert également à développer un 
travail d'organisation sociale avec les voisins qui occupent illégalement le 
même terrain : bibliothèque, cantine pour enfants, espace réunion ouvert aux 
habitants (bientôt doivent commencer des réunions de femmes de ce quartier). 
Les mobilisations sociales qu'ils impulsent se construisent autour de luttes 
collectives pour l'eau, l'électricité.

Suite à l'incendie partiel de ce local, ils en ont obtenus un nouveau mais à 
15 km de là ; ils doivent donc se battre maintenant pour résoudre le 
problème du transport. L'ancien local sera reconstruit avec l'aide de 
militants des Sans Toit qui travaillent ou travaillaient dans le bâtiment. 
Ce nouveau projet nécessite des moyens et c'est pour cela qu'une solidarité 
financière se met en place par l'intermédiaire du réseau SIL (Solidarité 
Internationale Libertaire). Ils sont également en relation étroite avec le 
MST de cette zone à la fois pour le projet de restaurant pour enfants 
(fourniture de surplus de denrées) et pour une lutte d'ensemble contre un 
projet d'autoroute dont le tracé prévu passe sur le terrain occupé. Le 
mouvement des "Catadores de material reciclável" se développe au niveau 
national. Il y a actuellement 52 coopératives locales et une fédération 
nationale existe depuis peu : à son premier congrès, 1600 délégués étaient 
représentés. Ce mouvement se développe et s'enracine avec beaucoup de 
perspectives : formation des travailleurs (pour le tri des matières 
notamment), mise en place de postes de récupération intermédiaires, liaison 
de plus en plus étroite avec d'autres mouvements populaires : le MST, les 
mouvements urbains. Dans le Rio Grande do Sul, le travail de mobilisation et 
d'auto-organisation mené par les militants anarchistes est reconnu et c'est 
un militant de la FAG qui a été élu au secrétariat de la fédération de cet 
Etat, ce qui déplaît fortement au PT qui cherche par tous les moyens à 
prendre le contrôle de ces coopératives.

La FAG intervient également à Alegrete où se maintient l'occupation d'un 
terrain par 500 familles commencée il y a plusieurs années. Cette occupation 
se déroule avec des critères communautaires basés sur la solidarité et la 
prise de décisions collectives.

Dans le milieu étudiant, les camarades de la FAG interviennent dans une 
structure de soutien aux luttes sociales à travers un collectif pour 
l'université populaire qui mène un travail de socialisation du savoir en 
direction des organisations populaires. Dans cette optique, des militant-e-s 
de la FAG ont impulsé la création d'un relais local du CMI (Centre des 
médias indépendants). Internet étant peu utilisé par les habitants, le CMI 
Porto Alegre va centrer son travail sur d'autres supports comme la radio ou 
la vidéo afin que la contre-information sur les luttes soit fournie en 
priorité à ceux et celles qui sont susceptibles de les mener.

Ces journées se sont terminées par la lecture d'une déclaration finale 
rédigée par les 5 organisations et collectifs à l'initiative de ces Journées 
anarchistes.

Puis, les participant-e-s ont eu droit à un moment musical. Tout d'abord 
avec un groupe improvisé pendant les Journées formé de camarades du Mato 
Grosso, de Rio de Janeiro et du Rio Grande do Sul : musiques et chants de 
luttes latino-américaines et aussi de la révolution espagnole. Puis, un 
copain des Etats-Unis a interprété quelques unes de ses chansons écrites à 
l'occasion des manifs anti-globalisation. Enfin, le groupe Antitese Social 
de Caxias (région de Porto Alegre) a joué ses propres compositions et tout 
ceci se termina, repris en chœur par toute la salle, par l'inévitable "A las 
barricadas"…



Jeff

Paris, le 27 février



Étaient présents aux Journées Anarchistes des déléguéEs ou membres des 
organisations suivantes :


Brésil Coletivo Luta Libertária (SP), Laboratório de Estudos Libertários 
(RJ), LibeLuta (SC), Coletivo Domingos Passos (RJ), Federação Anarquista 
Cabocla (PA), Construção Libertária Goiana (GO), Espaço Socialista do ABC 
(SP), Mov. Autogestionário (GO), Reunião de Indiv. do Mov. Anarq. (RS), 
Assoc.Cultural Quilombo Cecília (BA), Centro de Estudos Arte e Educação 
Libertária (RS), Proj. Imprensa Anarq. Verbavolant (PE), União Libertária do 
Maranhão (MA), Mov. Humanista pela Cid. Pop. (RS), Guerreiros por Princípios 
(RS), CCL (MG), MAP (BA), Alimente (PR), Proj. Aprendendo e Ensinando Cult. 
Pop. (RS), Núcleo Anti-Capit. (RS), JULI (RS), CELIP (RJ), Resist. Popular 
(RJ), Resist. Popular (SP), CMI (RJ), OPL (BA), MPA (DF).

Amérique Latine et reste du monde Federação Anarq. Uruguaia (UY), OSL Buenos 
Aires (AR), Coletivo Libertário Sta Cruz de La Sierra (Bolivie), CUAC 
(Chili), Utopia Socialista (AR), Grupo Anarq. de Córdoba (AR), Bisagra (UY), 
Grupo de Estudios y Acción Libert. (UY), KAPA (Chili), Org.Apoyo Mutuo 
(Espagne), OSL (Suisse), NEFAC (USA et Canada), SAC (Suède), Alternative 
Libertaire (France), CGT (Espagne), IWW (USA), CLAC (Canada).

Avaient fait parvenir des messages de soutien :

CAMA Colectivo Autónomo Magonista (Mexique), Juventudes Libertarias 
(Bolivie), Colectivo Gritos de Tajira (Bolivie), P04 de Montevideo 
(Uruguay), No Pasaran (France), Organisation Communiste Libertaire (France), 
Cercle d'Etudes libertaires Ideal Peres de Rio de Janeiro (Brésil), CELIP de 
Rio de Janeiro (Brésil)

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Ce texte fait parti d'un dossier sur l’Amérique latine en ligne sur le site de l'OCL 
[http://oclibertaire.free.fr/dossiers/]
On peut y lire des textes sur :
- les Rencontres anarchistes de Porto Alegre qui se sont déroulées du 1er au 5 février 2002.
- le Forum social mondial de Porto Alegre
- l'Argentine
– Les anarchistes en Amérique latine
– la solidarité avec les libertaires d’Amérique latine

http://oclibertaire.free.fr/
oclibertaire@hotmail.com


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