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(fr) Benoit a ete libere, lundi de Pentecote au matin...

From CNT AIT <cnt.ait@wanadoo.fr>
Date Mon, 30 Dec 2002 18:49:34 -0500 (EST)


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BENOÎT A ÉTÉ LIBÉRÉ, LUNDI DE PENTECÔTE AU MATIN...

Ce texte, qui vient seulement de nous parvenir, a été écrit par un
prisonnier en juin 2002. Nous en reproduisons l'essentiel, en omettant les
lignes qui pourraient donner suite à poursuites pour diffamation et celles
qui permettraient d'en localiser l'auteur.
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Benoît a été libéré lundi de Pentecôte au matin.

Avant de nous quitter, il fit le traditionnel périple d'adieu. Il passa aux
cellules du rez-de-chaussée puis chez nous, au premier. Un encouragement
pour ceux qui restent. Un salut pour lui de notre part.

L'exceptionnel d'une libération un jour férié avait sauté aux yeux de
certains d'entre nous. C'était bizarre. Ils auraient pu le libérer le samedi
précédent ou le lendemain, mardi. En prison, si on ne sait pas, eux, ils
savent. Et ils ne font rien au hasard.

Benoît n'avait pas fait trois pas dehors que la mort le rattrapa.

Le dimanche suivant, il était déjà trépassé.

Les médecins avaient-ils prévenu que ce n'était plus qu'une affaire d'heures
?

L'administration avait-elle peur qu'il meure en cellule avec tous les
risques que cela représente pour la tranquillité de la prison ?

Voilà pourquoi on pouvait percevoir dans cette libération le malaise d'une
précipitation. De la panique même. Après des mois d'attente inutile.

En effet, nous le savions malade. Très malade depuis longtemps.

A l'annonce de sa rechute, l'année dernière, et de l'inéluctable pronostic,
nous nous étions mobilisés. Durant plusieurs heures, nous avions bloqué tous
les mouvements de la prison en occupant le rond point central. Nous avions
exigé la libération immédiate des détenus malades et celle de Benoît en
particulier.

Les officiels étaient venus, le procureur et les flics, les directeurs.

Bien sûr, ils nous firent quelques promesses pour apaiser l'incendie.

Mais ce n'étaient que des engagements de Tartuffe.

Pire, car ils firent payer à Benoît le prix de cette mobilisation.

Lors de l'examen de sa demande de libération conditionnelle, dans les
attendus du refus, il lui fut reproché d'être l'un des meneurs du mouvement.

Par la suite, l'administration et le JAP (Juge d'application des peines)
n'ont eu de cesse de lui asséner le chantage : sa demande serait réexaminée
en échange de son silence sur sa situation médicale. Les mois ont passé et
le chantage a parfaitement fonctionné. Il s'est conclu par la libération de
Benoît cinq jours avant sa mort.

Depuis janvier 2002, dans cet établissement de deux cents prisonniers
seulement, trois détenus sont morts de longues maladies.

Il faut souligner que deux d'entre eux entraient dans les critères pour une
libération conditionnelle et cela depuis des mois, voire des années. Mais le
juge et le procureur en ont choisi autrement. Ils ont préféré les laisser
crever derrière les barreaux, jusqu'au bout de la peine, jusqu'aux dernières
heures. Benoît ne sortait pratiquement plus de cellule sauf pour les deux
séances hebdomadaires de chimiothérapie. Il ne pouvait plus travailler.
D'ailleurs, ceci lui valut cette réflexion d'une JAP : "Enfin, Monsieur,
vous ne profiteriez pas de votre état de santé ?"

Désormais, le nom de Benoît s'ajoute à la longue liste des détenus morts
dans notre Centrale depuis son ouverture. Les centrales de sécurité sont de
véritables éliminatorium et, si elles sont très administrativement dénommées
"établissements à effectif limité", il faudrait adjoindre "et de mort à
foison".

Un maton éducateur rappelait fort justement qu'on meurt en prison comme à
l'extérieur on meurt aussi. Mais ce que nous dénonçons, c'est l'acharnement
d'une application des peines qui tend à enfermer les malades jusqu'à la
dernière limite. Jusqu'au denier souffle de vie.

Pour Eddie, sidéen, ils ont attendu qu'il soit impotent pour le traîner sur
un fauteuil jusqu'à l'ambulance. Il est décédé quelques heures plus tard.

Pour Yvon, victime d'une crise cardiaque, ils ont attendu qu'il perde
connaissance pour le transporter aux soins intensifs.

Benoît, Eddie et Yvon avaient-ils été condamnés à la prison jusqu'à ce que
mort s'en suive ? Non ! Alors, pourquoi cet acharnement ?

Un prisonnier
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http://cnt-ait.info

PS : depuis sa création, nous expédions gratuitement "Le Combat syndicaliste
de Midi-Pyrénées" à tous ceux qui veulent le lire et qui n'ont pas les
moyens de payer un abonnement. Cela vaut en particulier pour les prisonniers
politiques et sociaux. Il suffit qu'ils le demandent en nous précisant leur
adresse (ne pas oublier le numéro d'écrou)




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