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(fr) L'effet Chomsky ou l'anarchisme d'Etat

From Worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sat, 28 Dec 2002 16:27:05 -0500 (EST)


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[ Texte tiré de la revue "Oiseau tempête" et disponible sur le site de la
CNT-AIT : http://cnt-ait.info/ ]

L'EFFET CHOMSKY OU L'ANARCHISME D'ÉTAT
http://cnt-ait.info/article.php?id_article=475

mardi 22 octobre 2002

La rentrée 2001 a vu culminer un engouement éditorial et militant pour les
textes de Noam Chomsky, perceptible depuis 1998. Plusieurs recueils ont été
publiés (notamment par les éditions Agone), ainsi que des entretiens ; une
partie de la presse anarchiste fait un usage immodéré des nombreux textes et
interviews de Chomsky disponibles sur Internet. Le Monde libertaire lui
consacrait ainsi la une de son premier numéro de rentrée, prélude à une
longue série [1]. Les textes politiques du célèbre linguiste américain
étaient en effet introuvables depuis une vingtaine d'années.

Cette redécouverte s'effectue presque toujours sur le mode du panégyrique. «
Noam Chomsky est le plus connu des anarchistes contemporains ; il est aussi
un des plus célèbres intellectuels vivants », écrit Normand Baillargeon
(L'ordre moins le pouvoir, Agone, 2001). Dans la préface à De la guerre
comme politique étrangère des États-Unis (Agone, 2001) Jean Bricmont le
qualifie tout bonnement de « géant politique méconnu ». Les « auteurs » d'un
entretien, curieusement intitulé Deux heures de lucidité (Les Arènes, 2001),
n'y vont pas de main morte non plus, saluant « un des derniers auteurs et
penseurs vivants véritablement rebelles de ce millénaire naissant », dont
les plages de temps libre, nous apprennent-ils « se réservent six mois à
l'avance ». Nul doute que ces formules, caractéristiques d'un culte de la
personnalité étranger à la tradition libertaire, font rire le principal
intéressé, auquel je ne songe pas à les imputer à crime. Elles visent, et
c'est en quoi elles m'intéressent, à persuader le lecteur qu'il a la chance
de découvrir une pensée absolument originale jusqu'alors méprisée et
ignorée. De la part des journaux et commentateurs libertaires (Baillargeon,
etc.), il s'agit d'utiliser la réputation internationale du linguiste
Chomsky pour servir la diffusion de positions politiques qualifiées
d'anarchistes, ainsi crédibilisées par la reconnaissance universitaire et
scientifique de celui qui les défend. Il faut pour cela présenter Chomsky
comme un linguiste célèbre doublé d'un penseur anarchiste. C'est sur la
légitimité - et les conséquences - de ce dispositif que je souhaite
m'interroger ici.

Il importe auparavant de noter que dans le même temps où l'anarchiste est
présenté au public militant, l'analyste de la politique étrangère (militaire
notamment) des États-Unis se voit ouvrir largement les colonnes de la presse
respectueuse, sans qu'y soient jamais mentionnées ses sympathies
libertaires. Le Monde, qui lui accorde une pleine page dans un supplément
sur la guerre (22 novembre 2001) le qualifie tout de même d'« incarnation
d'une pensée critique radicale ». Le Monde diplomatique, qui publie «
Terrorisme, l'arme des puissants » (décembre 2001) ne souffle mot de ses
engagements. C'est qu'aussi Chomsky lui-même s'abstient d'y faire la moindre
allusion. Autant on peut admettre - sous réserve d'un examen approfondi que
nous nous réservons de tenter dans l'avenir - la séparation qu'il revendique
entre son travail de linguiste et son activité militante (justifiée par le
fait que cette dernière ne doit pas apparaître réservée aux spécialistes),
autant on comprend mal pourquoi l'« anarchiste » Chomsky néglige pareilles
tribunes, et attend qu'on lui pose des questions sur son engagement
anarchiste, comme s'il s'agissait de questions « personnelles », pour
aborder cet aspect des choses. Ce faisant, il contribue à sa propre
instrumentalisation par les fabricants d'idéologie, tantôt ignoré (aux USA
depuis le 11 septembre), tantôt célébré (en France) dans un parfum
d'antiaméricanisme.

Dans son opuscule de vulgarisation L'ordre moins le pouvoir, unanimement
salué par la presse anarchiste, Baillargeon estime que Chomsky a « prolongé
et rénové » la tradition anarchiste. Il s'abstient toutefois - et pour cause
! - de signaler en quoi pourrait constituer cette « rénovation ». Chomsky
lui-même semble plus proche de la vérité lorsqu'il précise (en 1976) : « Je
ne me considère pas vraiment comme un penseur anarchiste. Disons que je suis
une sorte de compagnon de route [2]. » En dehors de la filiation
anarcho-syndicaliste, revendiquée dans nombre d'entretiens accordés à des
revues militantes [3], il n'est pas si facile - malgré la pléthore récente
de publications - de se faire une idée précise du compagnonnage anarchiste
de Chomsky. J'ai limité mes investigations à la question, essentielle, de la
destruction de l'État et de la rupture avec le système capitaliste.

J'indique ici, pour la commodité de mon propos et de sa lecture, que
j'entends par « révolutionnaire » précisément celui ou celle qui prend parti
pour une telle rupture, jugée préalable nécessaire à la construction d'une
société égalitaire et libertaire. Symétriquement, est dit «
contre-révolutionnaire » celui qui proclame la rupture impossible et/ou peu
souhaitable.


Renforcer l'État

Dans l'un des textes récemment publiés [4], Chomsky recommande une politique
qui a - du point de vue anarchiste - le mérite de l'originalité : le
renforcement de l'État. « L'idéal anarchiste, quelle qu'en soit la forme, a
toujours tendu, par définition, vers un démantèlement du pouvoir étatique.
Je partage cet idéal. Pourtant, il entre souvent en conflit direct avec mes
objectifs immédiats, qui sont de défendre, voire de renforcer certains
aspects de l'autorité de l'État [...]. Aujourd'hui, dans le cadre de nos
sociétés, j'estime que la stratégie des anarchistes sincères doit être de
défendre certaines institutions de l'État contre les assauts qu'elles
subissent, tout en s'efforçant de les contraindre à s'ouvrir à une
participation populaire plus large et plus effective. Cette démarche n'est
pas minée de l'intérieur par une contradiction apparente entre stratégie et
idéal ; elle procède tout naturellement d'une hiérarchisation pratique des
idéaux et d'une évaluation, tout aussi pratique, des moyens d'action. »

Chomsky revient sur le sujet dans un autre texte, non traduit en français
[5], dont je vais donner l'essentiel de la teneur, avant de critiquer l'un
et l'autre. Interrogé sur les chances de réaliser une société anarchiste,
Chomsky répond en utilisant un slogan des travailleurs agricoles brésiliens
: « Ils disent qu'ils doivent agrandir leur cage jusqu'à ce qu'ils puissent
en briser les barreaux ». Chomsky estime que, dans la situation actuelle aux
États-Unis, il faut défendre la cage contre des prédateurs extérieurs ;
défendre le pouvoir - certes illégitime - de l'État contre la tyrannie
privée. C'est, dit-il, une chose évidente pour toute personne soucieuse de
justice et de liberté, par exemple quelqu'un qui pense que les enfants
doivent être nourris, mais cela semble difficile à comprendre pour beaucoup
de ceux qui se proclament libertaires et anarchistes. À mon avis,
ajoute-t-il, c'est une des pulsions irrationnelles et autodestructrices des
gens biens qui se considèrent de gauche et qui, en fait, s'éloignent de la
vie et des aspirations légitimes des gens qui souffrent.

Hormis la référence, plus précise que dans le texte précédent, aux seuls
États-Unis, c'est ici la même classique défense et illustration du
soi-disant réalisme réformiste. Cette fois, malgré des précautions
oratoires, les adversaires actuels de l'État sont supposés plus sots que
n'importe quelle personne éprise de justice, et accessoirement, incapables
de comprendre qu'ils contribuent à laisser des enfants mourir de faim ! Les
« anarchistes sincères » sont donc invités à reconnaître honnêtement se
trouver dans une impasse réformiste.

Observons immédiatement que ce fatalisme étatique, doublé d'un moralisme
réformiste assez hargneux n'est pas sans écho en France. La revue libertaire
La Griffe a publié dans sa livraison de l'été 2001 un « Dossier État » dont
le premier article se conclut sur cette formule, calquée sur Chomsky : «
l'état [sic] est aujourd'hui le dernier rempart contre la dictature privée
qui, elle, ne nous fera pas de cadeaux  [6]. »

Puisque de pareilles énormités peuvent être publiées aujourd'hui dans une
revue libertaire, sans que ses animateurs y voient autre chose qu'un point
de vue aussi légitime que d'autres, il est indispensable de contrer les
effets de la « pédagogie » chomskyenne en remettant quelques pendules à
l'heure.


« Idéal » et « réalisme »

L'histoire récente nous fournit des exemples de luttes menées partiellement
au nom de la défense du « service public » (transports, sécurité sociale,
etc.), qui ne méritaient certes pas d'être condamnées au nom d'un principe
antiétatique abstrait. J'ai, par exemple [7], analysé le démantèlement du
réseau ferré traditionnel et son remplacement par le « système TGV » destiné
à une clientèle de cadres, circulant entre les grandes métropoles
européennes. Il s'agissait bien du constat historique de la privatisation
croissante des « services » (transports, santé, poste et télécommunications,
eau, gaz, électricité) et des conséquences néfastes qui en découlent. Il ne
m'est pas venu à l'idée - parce qu'il n'existe aucun lien logique entre les
deux propositions - d'en déduire la nécessité d'une « hiérarchisation
pratique des idéaux », qui conduirait inéluctablement à théoriser un soutien
à l'institution étatique que l'on prétend vouloir détruire.

Qu'il puisse exister, dans un moment historique donné, des ennemis
différents, inégalement dangereux, et qu'un révolutionnaire puisse se
trouver dans la pénible (et aléatoire) nécessité de jouer un adversaire
contre un autre, il faudrait un sot dogmatisme pour ne pas en convenir.
Ainsi n'est-il pas inconcevable de s'appuyer sur l'attachement au « service
public » (à condition de le désacraliser) pour freiner, autant que faire se
peut, les appétits des grandes entreprises. Il est inexact que cela soit
équivalent à un nécessaire renoncement, dont la théorie léniniste du «
dépérissement de l'État » - que Chomsky récuse précisément - fournit la
version calculée. En d'autres termes : renforcer l'État pour mieux l'effacer
ensuite, on nous a déjà fait le coup ! En revanche, si des mouvements
d'opposition aux tendances actuelles du capitalisme conduisent à restaurer,
temporairement, certaines prérogatives des États, je ne vois pas de raison
d'en perdre le sommeil.

On remarquera que Chomsky inverse le processus. Pour lui, c'est l'idéal (du
démantèlement de l'État) qui entre en conflit avec des objectifs immédiats.
Or, l'objectif immédiat n'est pas de renforcer l'État (à moins que ?), mais
par exemple de retarder la privatisation des transports, en raison des
restrictions à la circulation qu'elle amène nécessairement. Le «
renforcement » partiel de l'État est donc ici une conséquence et non un
objectif. Par ailleurs, on voit bien que le fait de baptiser « idéal » la
destruction de l'État revient à repousser cet objectif hors du réel. La
qualification vaut disqualification.

Le véritable réalisme, me semble-t-il, consiste à se souvenir qu'un État ne
dispose que de deux stratégies éventuellement complémentaires pour répondre
au mouvement social et plus encore à une agitation révolutionnaire : la
répression et/ou la réforme/récupération. Un mouvement révolutionnaire,
porteur d'une volonté (consciente ou non) de rupture avec le système en
place ne peut - par définition - obtenir satisfaction d'un État. En
revanche, il peut contraindre celui-ci à jouer de la réforme, des reculades,
de la démagogie.

L'inconvénient du réformisme comme stratégie (accroître la « participation
populaire » à l'État démocratique, dit Chomsky) est qu'il ne réforme jamais
rien. Et ce pour l'excellente raison que l'État auto-adaptateur s'arrange
des réformes au moins aussi bien que de certaines émeutes. Il les désamorce,
les phagocytes, les réduit à rien. Il n'existe pas, hors de la lutte, de
garantie qu'une réforme « progressiste » ne sera pas vidée de son contenu,
mais on doit se rendre à cette évidence, paradoxale seulement en apparence,
que c'est bien l'action révolutionnaire le moyen le plus sûr de réformer la
société. Nombre d'institutions et de dispositifs sociaux sont ainsi les
résultats de luttes ouvrières insurrectionnelles. Le fait qu'elles soient
remises en cause à la fois par les politiciens et par les capitalistes ne
peut conduire à voir le salut dans un renforcement de « l'État », conçu
comme entité abstraite ou comme une espèce de matière inerte, une digue par
exemple, qu'il faudrait consolider pour se protéger des inondations. L'État
institutionnalise à un moment historique donné les rapports de classe
existant dans une société. Rappelons que la définition (en droit
constitutionnel) de l'État moderne est qu'il dispose du monopole de la
violence. Un antiléniniste comme Chomsky sait d'ailleurs qu'il n'existe

pas d'État « ouvrier » ; c'est bien dire que l'État est par nature une arme
de la bourgeoisie.


Critiqué aux USA

Les positions défendues par Chomsky et ses admirateurs canadiens ne
reflètent pas, loin s'en faut, le point de vue général des milieux
libertaires ou anarcho-syndicalistes aux États-Unis. Elles ont notamment été
très critiquées dans le magazine trimestrielle Anarcho-Syndicalist Review,
auquel il avait accordé un entretien [8]. La métaphore de la cage à
agrandir, que Chomsky juge particulièrement éclairante [9], déclenche l'ire
de James Herod : « Les prédateurs ne sont pas en dehors de la cage ; la
cage, c'est eux et leurs pratiques. La cage elle-même est mortelle. Et quand
nous réalisons que la cage est aux dimensions du monde, et qu'il n'y a plus
d'"extérieur" où nous échapper, alors nous pouvons voir que la seule manière
de ne pas être assassinés, ou brutalisés et opprimés, est de détruire la
cage elle-même. »

Si l'ensemble des contributeurs reconnaissent à Chomsky le mérite d'avoir
analysé la politique étrangère des USA [10], donné une visibilité au
mouvement anarcho-syndicaliste américain, et fournit une critique des médias
qui semble neuve outre-Atlantique, trois d'entre eux (sur quatre [11]) se
démarquent absolument de son réformisme. « Il est possible, comme Chomsky le
fait d'être syndicaliste [il est adhérent des Industrial Workers of the
World (IWW), organisation syndicaliste-révolutionnaire] et de défendre les
bienfaits de la démocratie libérale, mais ça n'est ni anarcho-syndicaliste
ni anarchiste », écrit Graham Purchase. « Ce serait une erreur pour nous,
ajoute James Herod, de nous tourner vers Chomsky pour lui demander son
opinion sur des sujets qu'il n'a pas réellement étudiés, parce que ses
priorités étaient ailleurs, notamment ce qui touche à la théorie anarchiste,
à la stratégie révolutionnaire, aux conceptions d'une vie libre, etc. »


En France : au service de quelle stratégie ?

Pourquoi publier aujourd'hui les textes de Chomsky sur l'anarchisme ?
Écartons l'hypothèse simpliste de l'occasion d'une coédition
franco-québécoise, financièrement soutenue -y compris en France- par des
institutions culturelles du Québec [12], même si l'originalité du dispositif
éditorial mérite d'être signalée. S'agit-il plutôt de publier sans
discernement un corpus théorique important -par son volume-, produit par un
scientifique réputé, et apportant une caution sérieuse à un « anarchisme »
dont le contenu précis importerait peu ? Cette deuxième hypothèse est
infirmée par la publication simultanée des textes de Normand Baillargeon,
lequel reprend et détaille le distinguo chomskyen entre les objectifs (à
très long terme) et les buts immédiats, ces derniers étant « déterminés en
tenant compte des possibilités permises par les circonstances » [13],
lesquels servent à justifier un compromis -le mot est de Baillargeon- «
certes conjoncturel, provisoire et mesuré avec l'État ». Baillargeon reprend
également à Chomsky ses arguments larmoyants (les petits enfants affamés) et
ses appels à l'« honnêteté intellectuelle » : « Cela signifie donc, si on ne
joue pas sur les mots, se porter à la défense de certains aspects [sic] de
l'État. » Il avance même, achevant ainsi le renversement chomskyen de la
perspective historique, que l'obtention de réformes « est sans doute la
condition nécessaire » au maintien d'un idéal anarchiste. Le réformisme
n'est donc pas un pis-aller, mais le moyen immédiat de jeter les bases sur
lesquelles sera construit un engin permettant d'atteindre les buts
révolutionnaires. On s'en doute : ni la nature de l'engin ni son mode de
propulsion ne sont indiqués. Cette réhabilitation « libertaire » du
réformisme trouve son écho dans les milieux anarchistes français ou
francophones, comme d'ailleurs dans des démarches comme celle d'Attac, déjà
critiquée dans ces colonnes, qui ne se réfère certes pas à l'« idéal
libertaire » mais recourt à la phraséologie et à l'imaginaire utopique du
mouvement ouvrier (cf. Oiseau-Tempête n° 8). La mode réformiste-libertaire
s'exprime également dans l'écho donné aux thèses « municipalistes »,
reprises de Bookchin, et dans la tentative de créer un pôle
universitaire-libertaire, auquel participent les colloques savants organisés
par les éditions ACL (Lyon) et dans une certaine mesure la revue
Réfractions. Que telle ou telle de ces initiatives soit menée par
d'excellents camarades n'entre pas ici en ligne de compte. À l'heure où les
idées libertaires suscitent un certain regain d'intérêt éditorial et
militant, dont témoignent la création de librairies anarchistes (Rouen,
Besançon, etc.) et de nombreuses publications, se dessine une tendance à
présenter comme compatible avec la tradition anarchiste une version sans
originalité du réformisme, donné comme seul ersatz possible de
bouleversement du monde.

Comme le rappelle l'un des critiques américains de Chomsky, chacun a bien le
droit de prendre un parti qui est celui -à strictement parler- de la
contre-révolution. Il doit être déconstruit et critiqué -en un mot
combattu-, et cela avec d'autant moins de complaisance qu'il se drape dans
les plis du drapeau noir pour donner du panache et un pedigree flatteur à un
anarchisme d'opinion, devenu discipline universitaire, acteur de la
pluralité démocratique ou curiosité muséologique.

La rupture avec le système capitaliste, voie nécessaire vers la construction
d'une société communiste et libertaire, demeure l'une des lignes de fracture
essentielles entre ceux qui acceptent ce monde -cyniques
libéraux-libertaires ou supplétifs citoyens- et ceux qui veulent en inventer
un autre. Dans l'immédiat, on aimerait que tous les honnêtes libertaires qui
sollicitent Chomsky, publient Chomsky, et vendent du Chomsky en piles, en
tirent les conséquences et nous disent si, réflexion faite, ils se rallient
à la stratégie du compromis, à l'anarchisme d'État.

Claude Guillon

Article de l'Oiseau-Tempête n° 9

On peut consulter les anciens numéros de la revue (et la contacter) sur le
site internet http://abirato.free.fr

Notes [1] « Le capitalisme en ordre de guerre » (20 au 26 septembre ; texte
pris sur Internet ; on le retrouve en quatrième de couverture de la revue
Les temps maudits (revue théorique de la CNT), octobre 2001) ; « À propos de
la globalisation capitaliste » (27 sept. au 3 octobre) ; interview prise sur
le Net (15 au 21 novembre 2001).

[2] De l'espoir en l'avenir. Entretiens sur l'anarchisme et le socialisme,
Agone, Comeau & Nadeau, 2001. Ce texte n'est pas inconnu en français ; il
figurait déjà en 1984 dans le recueil publié par Martin Zemliak chez Acratie
(Écrits politiques 1977-1983).

[3] Cf. notamment le site du magazine Z-net : www.zmag.org/chomsky/index.cfm

[4] Responsabilité des intellectuels, Agone, 1998, p.137.

[5] Réponses à huit questions sur l'anarchisme, 1996, Z-net (en anglais).

[6] « L'autogestion n'est pas une institution mais un comportement », P.
Laporte.6

[7] Gare au TGV ! 1993 (épuisé en édition papier ; doit être republié sur le
net).

[8] ASR, n° 25 et n° 26, 1999 (Anarcho-Syndicalist Review, P.O. Box 2824,
Champaign IL 61825, USA).

[9] Outre dans le texte que je cite, Chomsky use de cette métaphore dans ses
entretiens avec D. Barsamian, The Common Good, Odonian Press, 1998.

[10] Dans l'analyse géopolitique, le domaine où ses compétences sont le
moins sujettes à caution, Chomsky adopte la même tournure démocratique et
réformiste. Le nouvel humanisme militaire. Leçons du Kosovo (Éditions Page
deux, Lausanne, 2000) se clôt sur un appel à méditer les mérites du droit
international dont la principale avancée serait, selon un auteur que Chomsky
cite élogieusement, « la mise hors la loi de la guerre et l'interdiction du
recours à la force ». Ce que le préfacier qualifie de « raisonnement d'une
rigueur quasi mathématique » confine ici à la niaiserie juridiste.

[11] Seul Mike Long se livre à un long plaidoyer pour un pragmatisme confus
qui le mène, par exemple, à une évaluation sympathisante du régime de
Castro.

[12] C'est le cas pour Instinct de liberté et De l'espoir en l'avenir
(Chomsky) et pour Les Chiens ont soif (Baillargeon ; cf. note suivante).

[13] Les chiens ont soif. Critiques et propositions libertaires, Agone,
Comeau et Nadeau, 2001. Imprimé au Québec. Publié avec le concours du
Conseil des Arts du Canada, du programme de crédit d'impôt pour l'édition du
gouvernement du Québec et de la SODEC.




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