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{Info on A-Infos}
(fr) Communiqués de l'EZLN à propos du Pays basque
From
soy-zapatiste@nomade.fr
Date
Thu, 26 Dec 2002 13:42:40 -0500 (EST)
_________________________________________________
A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.
7 décembre 2002
A M. Baltasar Garzón Real,
juge d’instruction auprès de la cour n° 5, audience
nationale
c/. García Gutiérrez 1
28004 Madrid, Espagne.
Monsieur Baltasar Garzón,
J’ai lu la lettre que vous m’avez adressée en date du 3
décembre de cette année qui a été publiée le 6 courant
dans le journal mexicain El Universal. Vous vous
permettez de m’y insulter avec toutes sortes de
qualificatifs et en plus vous me lancez le défi de
débattre aux lieu et date de mon choix.
Je vous informe que j’accepte le défi et (comme le
veulent les lois de la chevalerie errante), étant le
chevalier défié, il me revient le droit de fixer les
conditions de la rencontre.
Voici les conditions :
PREMIEREMENT. Le débat aura lieu aux îles Canaries et
plus concrètement sur l’île de Lanzarote, du 3 au 10
avril 2003.
DEUXIEMEMENT. Monsieur Baltasar Garzón Real devra obtenir
les garanties et sauf-conduits nécessaires et suffisants,
tant du gouvernement espagnol que du gouvernement
mexicain, afin que le chevalier défié et six de ses
écuyers puissent assister à la confrontation et rentrer
sains et saufs dans leurs foyers. Les frais de transport
et de logement du sous-commandant Marcos et de son
escorte seront couverts par l’EZLN, les canoës, galettes,
les haricots et le pozol sont là pour ça ; pour passer la
nuit, le
chevalier errant (ou naviguant) n’a besoin d’aucun autre
toit que le noble ciel des Canaries.
TROISIEMEMENT. Au même endroit que le débat, de manière
parallèle mais non simultanée, se déroulera une rencontre
entre tous les acteurs politiques, sociaux et culturels
de la problématique basque qui désirent participer. Le
thème de la rencontre sera "Le Pays basque : des chemins".
QUATRIEMEMENT. Monsieur Fernando Baltasar Garzón Real
devra assister à cette rencontre, parler et écouter. De
plus, il devra faire l’effort de convaincre le
gouvernement espagnol afin qu’il contribue, par des
mesures de distension, à la création d’une ambiance
propice au déroulement de l’événement et devra également
lui demander d’y envoyer une délégation compétente; peu
importe que cette délégation n’ait pas de pouvoir de
décision, on lui demande seulement d’écouter et de parler.
CINQUIEMEMENT. Le chevalier sous-commandant insurgé
Marcos devra assister à ladite rencontre mais seulement
pour écouter, car le sujet relève uniquement de la
souveraineté du peuple basque.
De plus, le sous-commandant insurgé Marcos devra
s’adresser à l’organisation basque Euskadi ta Askatasuna
(plus connue comme ETA) et lui demander une trêve
unilatérale de 177 jours, période pendant laquelle ETA ne
devra réaliser aucune action militaire offensive. La
trêve d’ETA devra commencer au matin du 24 décembre 2002.
De même, le sous-commandant insurgé Marcos devra
s’adresser aux organisations politiques et sociales
basques et au peuple basque en général et les inviter à
organiser et réaliser la rencontre susnommée.
Le sous-commandant insurgé Marcos s’adressera aussi à la
société civile espagnole et basque en leur demandant
qu’elles se mobilisent pour la campagne "Une chance pour
la parole", dont l’objectif est de faire pression sur le
gouvernement basque et ETA pour qu’ils créent, dans toute
la péninsule ibérique, les conditions propices à la
réalisation de cette rencontre.
SIXIEMEMENT. Le gagnant du débat sera élu par un jury
composé de sept personnes, toutes membres de l’Etat
espagnol. Le sous-commandant insurgé Marcos laisse à
monsieur Fernando Baltasar Garzón Real le privilège de
nommer quatre membres du jury et de désigner qui devra le
présider et, en cas d’abstention s'il y avait égalité,
décider par voix prépondérante qui est le gagnant du
combat. Les trois autres membres du jury seront invités
par l’EZLN.
SEPTIEMEMENT. Si monsieur Fernando Baltasar Garzón Real
bat loyalement le sous-commandant insurgé Marcos, il a le
droit de le démasquer devant qui bon lui semblera. De
plus, le sous-commandant insurgé Marcos lui présentera
publiquement des excuses et se soumettra à la justice
espagnole afin qu’elle le torture (exactement comme on
torture les Basques quand il sont détenus) et il répondra
aux accusations auxquelles monsieur Garzón Real fait
référence dans sa lettre du 3 décembre 2002.
Si, au contraire, c’est monsieur Fernando Baltasar Garzón
Real qui est vaincu loyalement, il s’engage à conseiller
juridiquement l’EZLN concernant les demandes qui, comme
dernier recours pacifique zapatiste, seraient présentées
devant les instances juridiques internationales afin
d’exiger la reconnaissance des droits et de la culture
indigène, lesquels, violant les lois internationales et
celles du bon sens, n’ont été reconnus par aucun des
trois pouvoirs du gouvernement mexicain.
De plus, si cela lui est possible et si ça lui chante, il
représentera légalement l’EZLN devant lesdites instances
internationales SEULEMENT en ce qui concerne la demande
de reconnaissance juridique de nos droits et de notre
culture.
Il en sera ainsi puisque des plaintes pour crime de lèse-
humanité seront présentées contre monsieur Ernesto
Zedillo Ponce de León, responsable de la tuerie d’Acteal
(perpétrée dans les montagnes du Sud-Est mexicain en
décembre 1997) où furent exécutés 45 enfants, femmes,
hommes et anciens, tous indigènes. On se souvient que
monsieur Zedillo a été récemment récompensé par monsieur
José María Aznar, chef du gouvernement espagnol, pour
avoir participé au massacre.
De même, des plaintes seront déposées contre les chefs du
gouvernement espagnol qui, pendant le mandat de monsieur
Zedillo au Mexique, furent complices dans cette agression
ainsi que dans d’autres agressions contre les peuples
indiens mexicains.
Ses conditions ne sont pas négociables, monsieur Fernando
Baltasar Garzón Real devra répondre, dans un délai
raisonnable, s’il les accepte ou non. Par contre, les
détails du débat pourront être discutés par les équipes
qui parrainent l’attaquant et l’attaqué.
Monsieur Fernando Baltasar Garzón Real, comme vous pourrez
voir dans les lettres que j’annexe, j’ai pour ma part
commencé à m’acquitter de la tâche qui m'incombe.
De gachupín à gachupín [individu d’origine espagnole ou
fils d’espagnol], étant donné qu’un quart de sang
hispanique court dans mes veines, j’espère que maintenant
vous comprenez et que vous maintiendrez l’intention de
faire face au débat auquel vous me défiez.
Vous pouvez choisir : ou vous mettez vos connaissances et
votre habileté au service d’une cause juste et noble (et
en passant vous démontrez que la justice internationale
ne sert pas seulement à cautionner des guerres et à
couvrir des criminels), ou vous restez où vous êtes à
vous faire bichonner par ceux qui sont en haut parce que
élevés sur le sang et la douleur de ceux d’en bas.
Bon. Salut et que tout cela serve à donner une chance à
la parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. Sous-commandant
insurgé Marcos.
Décembre 2002
P.-S. Sachez, Votre Honneur, que toutes les insultes que
vous me prodiguez dans votre lettre me laissent
pratiquement i-n-a-m-o-v-i-b-l-e. Mais ce qui m’a fait
rudement mal, c’est cette histoire de "pipe ridicule".
C’est pour ça que je m’en fabrique une nouvelle qui, vous
verrez, fera fureur quand je l’étrennerai sur la Gran Vía
et sur les Ramblas. A propos, on peut fumer devant le
Cibeles ?
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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.
7 décembre 2002
A l'organisation politico-militaire basque Euskadi ta
Askatasuna (ETA). Pays basque.
Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique.
Mesdames et Messieurs,
Je vous écris au nom des enfants, des anciens, des femmes
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale du Mexique.
Comme vous le savez sans doute, il y a quelque temps, et
dans une lettre lue en territoire espagnol, nous avons
fait référence à la lutte du peuple basque pour sa
souveraineté. Bien que le texte fît clairement référence
à la lutte politique basque et non à la lutte militaire,
les paroles furent intentionnellement ambiguës en ce qui
concerne l'action de votre organisation ETA.
L'objectif de l'ambiguïté était de provoquer, ce qui a
réussi. Nous n'ignorons pas que nous avons mis en danger
le capital moral que, nous zapatistes, avons conquis dans
le monde entier, en particulier dans la péninsule
ibérique, mais c'était nécessaire… alors.
Vous et nous savons bien que l'EZLN n'a réalisé et ne
réalisera aucune action militaire contre les civils. Vous
savez aussi que nous condamnons ce type d'attaques, qui
font un grand nombre de victimes chez des personnes qui
ne savent même pas de quoi il s'agit.
Ce n'est pas rien le nombre de victimes civiles que vous
avez provoquées par vos actions. Parmi elles, il y avait
des personnes qui sympathisaient avec notre cause et qui,
comme le reste des victimes civiles, sont mortes dans
l'angoisse de ne pas savoir pourquoi.
Nous considérons la lutte du peuple basque pour sa
souveraineté comme juste et légitime, mais cette noble
cause, ni aucune autre, ne justifie que l'on sacrifie la
vie de civils. Non seulement cela ne produit aucun
bénéfice politique et, même si cela arrivait, le coût
humain n'a pas de prix. Nous condamnons les actions
militaires qui touchent les civils. Et nous les
condamnons de la même manière, qu'elles proviennent d'ETA
ou du gouvernement espagnol, d'Al-Qaida ou de George W.
Bush, d'Israéliens ou de
Palestiniens, ou de quiconque, sous des noms différents
ou des sigles différents, alléguant ou non des raisons
d'Etat, idéologiques ou religieuses, prenne ses victimes
parmi les enfants, les femmes, les anciens et les hommes
qui n'ont rien à voir avec le sujet.
Je sais aussi que, dans le compte des morts et blessés
que réalise le gouvernement espagnol, ne figurent pas les
milliers de Basques qui ont été exécutés, torturés et les
disparus entre les mains des forces de l'Etat. Cependant,
je ne vous écris pas pour comparer le nombre des morts.
En cela, nous surpassons les uns et les autres, vu que ce
sont des millions d'indigènes mexicains qui sont tombés
depuis la conquête espagnole. Personne ne peut
concurrencer nos morts.
Non, ce n'est pas pour parler de ce qui s'est passé avant
que je m'adresse à vous.
Il y a deux jours, le juge Fernando Baltasar Garzon Real
m'a défié à un débat. Je lui ai répondu par l'affirmative
et j'ai posé comme condition, entre autres, que se
réalise une rencontre entre toutes les forces politiques,
sociales et culturelles impliquées ou intéressées par la
problématique du Pays basque, pour qu'elles parlent et
s'écoutent au sujet des chemins basques.
De même, au nom de mes camarades, je vous demande de
décréter une trêve unilatérale pour une période de 177
jours, qui commencerait au matin du 24 décembre 2002. Je
vous demande de ne réaliser aucune opération militaire
offensive durant cette période et de contribuer ainsi à
créer un climat propice à cette rencontre, c'est-à-dire
pour donner une opportunité à la parole.
Il serait bon qu'Euskadi ta Askatasuna envoie plusieurs
délégués parler et écouter, pas à négocier ou à faire un
pacte, pour la rencontre "Le Pays basque : des chemins".
Je sais qu'ils courraient des risques, mais s'ils sont
disposés à mourir ou à être faits prisonniers dans les
actions militaires qu'ils réalisent, je ne vois pas
pourquoi ils ne seraient pas disposés à souffrir la même
chose dans une action politique.
C'est ce que je vous demande, pas de vous rendre ni
d'abandonner vos armes ou vos convictions. Je vous
demande simplement de donner une opportunité à la parole
et honorer ainsi le grand risque que les zapatistes ont
pris et devront prendre. En cas de refus, je me propose
personnellement comme victime propiciatoire de votre
prochaine attaque. Vous pourrez me traiter
de "collaborateur" de l'Etat espagnol (ce qui sera
paradoxal, puisque les autorités espagnoles m'accusent
d'apologie du terrorisme). L'argument
sera le minimum. Il n'y aura pas de reproches ni de
représailles de notre part, mais au moins je saurai
pourquoi je meurs. J'attends votre réponse.
Bon. Salut et une chance à la parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002.
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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.
7 décembre 2002
A toutes les forces politiques, sociales, culturelles et
religieuses du Pays basque, quelle que soit leur idéologie
Du sous-commandant insurgé Marcos
Dames, gentilshommes et enfants,
Je vous écris au nom de l'Armée zapatiste de libération
nationale pour vous inviter à vous unir et à faire vôtre
la mobilisation “Une chance pour la parole” qui prétend
obtenir d'ETA et du gouvernement espagnol un climat
propice à la réalisation de la rencontre "Le Pays
basque : des chemins".
Cette rencontre doit se tenir sur l'île de Lanzarote,
îles Canaries, du 3 au 7 avril 2003 et n'a pas d'autre
motif que d'essayer de changer la logique de guerre qui
assaille le monde.
Nous vous invitons aussi à vous approprier cette
rencontre, à l'organiser et à y participer, au moment et
sous la forme que vous trouverez les plus adéquats.
Au départ, la rencontre est une des conditions que nous
avons fixées pour la réalisation du débat auquel nous a
défié le juge Baltasar Garzon, mais, s'il ne se réalise
pas ou si quelque malheur ou contretemps empêche la
célébration de la joute, nous vous demandons
respectueusement de réaliser cette rencontre, comme vous
le voulez, en lieu et date qui vous convienne.
Je ne vais pas répéter ce qu'il y a dans les lettres que
j'ai annexées.
Nous sommes sûrs que cette initiative, si elle réussit,
se transformera en une lueur d'espérance pour tous les
peuples de la Terre.
Je vous réitère nos salutations, notre respect et notre
admiration.
Bon. Salut, est-ce que ça ne vaut pas la peine de donner
une chance à la parole ?
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002
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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE
7 décembre 2002
A la société civile espagnole et basque.
Péninsule ibérique, planète Terre.
Du sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique
Dames, gentilshommes et enfants,
Je vous écris au nom des anciens, des femmes, des enfants
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale, du Mexique, pour vous saluer.
Il y a quelque temps, une de nos lettres, lue à
l'Aguascalientes madrilène, a déclenché une polémique et
une condamnation contre nous, parce que la lettre était
ambiguë par rapport aux actions armées de l'organisation
basque ETA. Même si, au début de la lettre, on
avertissait que "rien n'est accidentel chez les
zapatistes" et que nous faisions clairement référence à
la lutte politique, et non armée, du peuple basque, le
manque de condamnation explicite du terrorisme a été
interprété comme un appui de l'EZLN
à ETA et à ses actions.
Je dois vous dire que l'ambiguïté était intentionnelle,
comme le ton du reste de la lettre. Nous cherchons à
provoquer le tempérament hispanique d'un homme et ainsi
entreprendre une initiative qui, pour notre part,
représente peut-être la dernière opportunité d'aboutir à
une solution pacifique digne de nos revendications qui
sont, comme tout le monde le sait, la reconnaissance des
droits et de la culture indigènes.
Vous savez bien que nous ne pratiquons pas le terrorisme
et qu'en plusieurs occasions, dans des déclarations
écrites et orales, nous avons condamné la terreur, d'où
qu'elle vienne. Et si cette fois nous ne l'avons pas
explicitement fait, c'est pour des raisons que l'on
commence à voir clairement.
Pour les familles des victimes d'ETA et de l'Etat
espagnol, parmi lesquelles se trouvent nombre de
partisans de notre cause, nous nous excusons si par cette
ambiguïté nous manquons de respect à leur douleur. Nous
voulons de tout cœur qu'ils nous comprennent et qu'un
jour ils nous pardonnent ce que nous avons provoqué.
Nous regrettons aussi que cette souffrance ait été
manipulée par le gouvernement espagnol pour détourner et
cacher son inefficacité criminelle dans la catastrophe
écologique qui s'abat sur le peuple galicien qui a
démontré que l'on peut s'organiser et résoudre ses
problèmes pendant que les gouvernants se promènent dans
les pages sociales des journaux madrilènes.
Comme vous le savez, le juge Fernando Baltasar Garzon
Real m'a provoqué à un débat public sur divers thèmes.
Nous avons décidé d'accepter le débat et de mettre comme
condition que l'on réalise une rencontre entre les
intéressés et concernés par la problématique basque, pour
parler et écouter, sans bombes, balles et ordres de
détention. Le thème de la rencontre est "Le Pays basque :
des chemins".
Pour la réalisation de cette rencontre, je me suis déjà
adressé, par lettre, à l'organisation basque ETA pour lui
demander de déclarer une trêve unilatérale de 177 jours
(commençant le 24 décembre de cette année) et ainsi de
rendre propice un climat adéquat pour la réalisation de
cette rencontre.
Nous pensons que quelque chose doit se faire pour changer
la logique criminelle qui s'impose actuellement dans le
monde. Que la terreur se combatte par la terreur mais
sans pouvoir la vaincre. Que les arguments légaux servent
à justifier les tortures, les disparitions, les
assassinats mais n'en finissent pas avec ceux qui, avec
des arguments idéologiques ou religieux, justifient la
mort des autres.
Le monde d'aujourd'hui nous présente une solution finale
qui, comme toutes les solutions finales, est un piège. On
nous oblige à choisir entre une terreur et une autre et
critiquer l'un veut dire appuyer l'autre. Dans ce cas, on
nous oblige à choisir entre le terrorisme d'ETA et le
terrorisme de l'Etat espagnol, et si nous nous démarquons
de l'un, nous sommes complices de l'autre.
Vous et nous savons que l'alternative n'est pas une chose
ou l'autre, sinon celle que l'on construit comme une
nouvelle voie, comme un nouveau monde.
Il serait joliment juste et instructif que, au milieu
d'un monde polarisé ou la mort et la destruction ne
varient qu'au niveau des arguments et de la déraison (ou
condamner les actions punitives de Bush équivaut à
soutenir la folie fondamentaliste de Bin Laden), ce soit
dans la péninsule ibérique que l'on ouvre un espace pour
donner une chanceé à la parole.
Il serait merveilleux que ce soit la dignité ibérique qui
dise au monde entier que c'est possible, et nécessaire,
de donner une chance à la parole.
A cause de tout cela, nous vous invitons à vous mobiliser
sur tout le sol hispanique pour demander, au gouvernement
espagnol et à ETA, cela : une chance à la parole.
Bon. Salut. Et si ce n'est pas maintenant, quand alors ?
Il faut donner une chance à la parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002
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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.
7 décembre 2002
Aux organisations politiques, sociales et culturelles
basques de gauche (abertzales). Pays basque.
Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique.
Frères et sœurs,
Je vous écris au nom des enfants, des anciens, des femmes
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale du Mexique et je vous salue avec respect et
admiration.
Je crois ne pas me tromper en supposant que vous
connaissez bien la polémique qui s'est développée à
partir de la lettre zapatiste lue à l'Aguascalientes
madrilène à la fin du mois de novembre de cette année.
Comme vous verrez dans la lettre que je joins, j'ai
accepté le défi à débattre que m'a lancé le juge Baltasar
Garzon. Puisque je suis le défié, c'est à moi de fixer
les conditions, et j'ai répondu que l'une d'elles est
que, de manière parallèle au débat, se réalise une
rencontre entre les forces politiques et culturelles
impliquées dans la problématique du Pays basque et qui y
sont disposées. J'ai également écrit à ETA en lui
demandant de déclarer une trêve unilatérale de 177 jours
à partir du 24 décembre
de cette année, afin de créer les conditions propices
pour la réalisation de cette rencontre.
Bien, c'est une courte synthèse. Vous pourrez en savoir
plus avec les lettres mentionnées. Mais je m'adresse
spécialement à vous pour plusieurs raisons.
En plus de vous inviter à participer à la rencontre, je
vous écris pour vous demander de vous joindre à la
demande que je fais à ETA, parce que vous avez l'autorité
morale et le prestige qui me manque pour cela.
Je vous demande aussi, avec inclusion et tolérance, de
réunir les plus grandes forces possibles pour que cette
rencontre puisse avoir lieu. Je vous le demande parce
que, historiquement, la gauche a toujours démontré être
meilleure organisatrice que la droite. Les thèmes, les
rythmes et les autres conditions de la rencontre doivent
être le fruit de la décision de toutes les forces qui
veulent donner une chance à la parole.
Je sais bien que, à la différence de la gauche
parlementaire mexicaine, vous avez, vous, un projet
politique alternatif, pas seulement pour la lutte pour la
souveraineté basque, mais aussi pour la construction d'un
système plus juste, plus démocratique et plus libre,
c'est-à-dire plus humain. Pour cela je m'adresse à vous,
à votre expérience, à votre décision de lutte, à votre
héroïsme et à l'autorité morale qui, cela ne fait aucun
doute, se sont construits à l'intérieur du noble peuple
basque. Qu'il y ait
des voies encore inexplorées pour conquérir la
souveraineté basque ne fait aucun doute.
Et cela ne fait aucun doute que ces voies sont
aujourd'hui fermées par la terreur qui souffle d'un côté
ou de l'autre.
Pour cela, je vous demande de parler et d'écouter. Pas de
renoncer à vos convictions et à vos projets mais de les
faire connaître dans un espace pour lequel vous devez
lutter, cela oui, aux côtés de tous les hommes et femmes
honnêtes.
Je vous demande de lutter pour rendre possible cet
espace, personne n'a rien à perdre (sauf nous, les
zapatistes, mais c'est notre spécialité) et beaucoup à
gagner.
Je vous demande de consacrer vos plus grands efforts à
donner une chance à la parole.
Autre chose (je sais que je demande beaucoup, mais vous
êtes nobles), je vous demande, même si tout va à l'envers
et que rien n'aboutit comme nous l'aurions voulu, de la
manière dont vous le désirez, d'ouvrir cet espace et de
convoquer tous ceux qui le veulent à parler et à entendre
ce que tous et toutes ont à dire et à entendre.
Bon. Salut, je sais que cela ressemble à une consigne de
mobilisation de rue, mais il faut donner une chance à la
parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002.
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